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Full text of "Oeuvres de Molière"

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OEUVRES 

DE  MOLIÈRE. 


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PARIS.— DE  L'IMPRIMERIE  DE  RIGNOUJf. 

Rue  des  Fr^ncs-BourgeoliTS.-MichlPl  «  n**  8* 


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ec>  Azo&s 


flDIÊ  M(DILIÎÈM 


UÎÏ  COMMENTAIRE  HISTORIQUE  ET  LITTÉRAIRE; 

PRECéoiES 

DU  TABLEAU  DES  MOEURS  DU  DIX-SEPTIÈME  SIÈCLE  , 
£T  DE  LA  VIE  DE  MOLIÈRE , 

PAR  M.  PETITOT. 


TOME  CINQUIÈME. 


'    PARIS. 

J.   P.  AILLAUD,  QUAI  VOLTAIRE,  N»  11. 

M  DCCC  XXIX. 


0*1929  B  1C 


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GEORGE  DANDIN, 

OÙ 

LE  MARI  CONFONDU, 

COMÉDIE 

EN  TROIS  ACTES  ET  EN  PROSE, 

Représentée  à  Versailles,  U  iS  juillet  i6ô8;  et  à  Paris,  sur  le 
théâtre  du  Palais-Rojal  ^  le  9  norembre  de  la  même  année. 


MoLikRB.  5. 


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PERSONNAGES. 

GEORGE  DANDIN9  riche  paysan ,  mari  d'Angélique. 
ANGELIQUE,  femme  de  George  Dandin,  et  fille  de  M.  de 

Sotenvîlle. 
Monsieur  DE  SOTENVILLE)^  gentilhomme  campagnard, 

père  d'Angëlique. 
Madame  DE  SOTENVILLK 
CLITANDRE,  amant  d'Angëlique. 
CLAUDINE,  suivante  d'Angëlique. 
LIIBIN,  paysan  servant  Qitandre. 
COLIN,  vtlet  de  George  Dandin. 


La  scène  est  devant  la  maison  de  George  Dandin ,  à  la  caio];)agne. 


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GEORGE  DANDIN, 

OU 

LE  MARI  CONFONDU. 
ACTE  PREMIER. 


SCÈNE  I. 

GEORGE  DANDIN* 

Ah  1  qu^iine  femme  demoiselle  est  une  étrange  affaire  !  et 
que  mon  mariage  est  une  leçon  bien  parlante  à  tous  les 
paysans  qui  veulent  s*élever  au-dessus  de  leur  condition , 
et  s'allier,  comme  j'ai  fait,  à  la  maison  d'un  gentilhomme I 
La  noblesse  de  soi  est  bonne,  c'est  une  chose  considérable 
assurément;  mais  elle  est  accompagnée  de  tant  de  mau^- 
yaises  circonstances,  qu'il  est  très-bon  de  ne  s'y  point 
frotter.  Je  suis  devenu  là-dessus  savant  à  mes  dépens,  et 
connois  le  style  des  nobles  lorsqu'ils  nous  font,  nous 
autres,  entrer  dans  leur  famille.  L'alliance  qu'ils  font  est 
petite  avec  nos  personnes,  c'est  notre  bien  seul  qu'ils 
épousent:  et  jaurdis  bien  mieux  fait,  tout  ricbe  que  je 
suis,  de  m'allier  en  bonne  et  franche  paysannerie,  quer 
de  prendre  une  femme  qui  se  tient  au-dessus  de  moi, 
s'offense  de  porter  mon  nom,  et  pense  qu'avec  tout  mon 
bien  je  n'ai  pas  assez  acheté  la  qualité  de  son  mari. 


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4  GEORGE  DANDIN. 

George  Dandin!  George  Dandin!  vous  avez  fait  une  sot- 
tise la  plus  grande  du  monde.  Ma  maison  m^est  effroyable 
maintenant,  et  je  ny  rentre  point  sans  y  trouver  quelque 
chagrin. 

SCÈNE  II. 
GEORGE  DANDIN,  LUBIN. 

GEORGE  DANDIN,  à  part,  voyant  sortir  Lubin  de  chez  lai. 

Que  diantre  ce  drôle-là  vient-il  faire  chez  moi? 

LUBIN,  k  part ,  apercevant  George  Dandin. 
Voilà  un  homme  qui  me  regarde! 

GEORGE    DAKDIK,  k  patt» 

II  ne  me  connoit  pas. 

LUBIN,  à  part. 

Il  se  doute  de  quelque  chose. 

GEORGE    DANDIN,  à  part. 

Ouais!  il  a  grand*  peine  à  saluer* 

LUBIN,  à  part* 

Tai  peur  qu'il  n'aille  dire  qu'il  m'a  vu  sortir  de  là- 
dedans. 

GEORGE   DANDIN. 


Bonjour. 
Serviteur. 


LUBIN. 


GEORGE   DANDIN. 

Vous  n'êtes  pas  dlci,  que  je  crois? 

LUBIN. 

Non  i  je  n  y  suis  venu  que  pour  voir  la  fête  dis  demain. 


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ACTE  1,  SCÈNE  II.  5 

GEORGE    DANDIN. 

Hé!  dites-moi  donc  un  peu,  s'il  vous  plaît,  vous  veuiCz 
delà-dedans? 

LUBIN. 

Chut! 

GEORGE   DANDIN. 

Comment? 

LUBIN. 

Paix! 

GEORGE   DANDIN. 

Quoi  donc? 

LUBIN. 

Motus  !  il  ne  faut  pas  dire  que  vous  m*ayez  tu  sortir 
delà. 

GEORGE   DANDIN. 

Pourquoi? 

LUB.IN. 

Mon  Dieu  I  parce. . . 

GEORGE   DANDIN, 

Mais  encore? 

LUBIN. 

Doucement  ;  j'ai  peur  qu'on  ne  nous  écoute. 

GEORGE    DANDIN. 

Point  ^  point. 

LUBIN. 

C'est  que  je  viens  de  parler  à  la  maîtresse  du  logis ,  de 
la  part  àun  certain  monsieur  qui  lui  fait  les  doux  yeux; 
et  il  ne  faut  pas  qu^on  sache  cela,  entendez- vous? 


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fi  GEORGE  DANDIN, 

GEORGE    DANDIN, 

Qui. 

LUBIN. 

Voilà  la  raisoH.  On  m'a  chargé  de  prendre  garde  que 
personne  ne  me  vit;  et  je  vous  prie  au  rnoin^  de  ne  pas 
dire  que  vous  m'ayez  vu. 

GEORGE   DANDIN^ 

Je  n'ai  garde, 

LUBIN. 

Je  suis  bien  aise  de  faire  les  choses  secrètement ,  comme 
on  m^a  recommandé, 

GEORGE   DA.NDIN, 

C'est  bien  fait. 

LUBIN. 

Le  mari 9  à  ce  qu'ils  disent,  est  qn  jaloux  qui  ne  veut 
pas  qu'on  fasse  Tamour  à  sa  femme;  et  il  feroit  le  diable  à 
quatre  si  cela  venoit  à  ses  oreilles.  Vous coipprenez  bien? 

GEORGE    DANDIN. 

Fort  bien. 

LUBIN. 

n  ne  faut  pas  qu'il  sache  rien  de  tout  ceci. 

6EQRGE   DANDIN, 

Sans  doute. 

LUBIN. 

On  le  veut  tromper  tout  doucement.  Vous  entendez 
]bien? 

GEORGE    DANDIN. 

Le  mienz  dn  monde. 


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ACTE  I,  SCÈNE  II,  ^ 

I.UBIN. 

Si  vous  alliez  dire  que  vous  m'avez  vu  sortir  de  chez 
lui,  vous  gâteriez  toute  l'affaire.  Vous  comprenez  bien? 

G£0R<>£   DAlfDIN. 

Assurément.  Hë!  comment  nommez-vous  celui  qui 
vous  a  envoyé  là^edans? 

LUBIN. 

C'est  le  seigneur  de  notre  pays,  monsieur  le  vicomte 
de  chose...  Foin!  je  ne  me  souviens  jamais  comment 

diantre  Us  baragouinent  ce  nom -là;  monsieur  Cli 

Clttandre. 

OE0R6E    DANDIN. 

Est-ce  ce  jeune  courtisan  qui  demeure. . .  ? 

LÙBIN. 

Oui  j  auprès  de  ces  arbres. 

GEORGE   DANDIN,  àpart. 

Cest  pour  cela  que  depuis  peu  ce  damoiseau  poli  s^est 
venu  loger  contre  moi  ;  j'avois  bon  nez,  sans  doute,  et 
sou  voisinage  déjà  m  avoit  donné  quelque  soupçon. 

LUBIN. 

Tétigué  I  c  est  le  plus  honnête  homme  que  vous  ayez 
jamais  vu.  Il  m^a  donné  trois  pièces  d'or  pour  aller  dire 
seulement  à  la  femme  qu^il  est  amoureux  d^elle ,  et  qu'il 
souhaite  fort  fhonneur  de  pouvoir  lui  parler.  Voyez  s'il  y 
a  là  une  grande  Êitigue  pour  me  p£iyer  si  bien  ;  et  ce  qu'est , 
au  prix  de  cela,  une  journée  de  travail  où  je  ne  gagne  que 
dix  sous. 


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H  GEORGE  DANDIN, 

GEORGE   DANDIN. 

Hé  bien!  avez-yous  fait  votre  message? 

LUBIN. 

Oui  :  j'ai  troayé  là-dedans  une  certaine  Claudine  (jai^ 
tout  du  premier  coup,  a  compris  ce  que  je  ypulois,  et  qui 
m'a  fait  parler  à  sa  maîtresse. 

GEORGE   DANDIN,  àpart, 

Ah  I  coquine  de  servante  I 

LUBIN, 

Morguienne  !  cette  Claudine-là  est  tout-à-&it  jolie  ;  elle 
a  gagné  mon  amitié,  et  U  ne  tiendra  qu*à  elle  que  fious; 
soyons  mariés  ensemble. 

GEORGE   DANDIIf. 

Mais  quelle  réponse  a  faite  la  maîtresse  à  ce  monsieqr 
le  courtisan? 

LUBIN. 

Elle  m'a  dit  de  lui  dire. . .  Attendez ,  je  ne  sab  si  je  me 
louyiendrai  bien  de  tout  cela  ;  qu'elle  lui  est  tout-à-fait 
obligée  de  l'affection  qu'il  a  pour  elle  ;  et  qu'à  cause  de  son 
mari,  qui  est  fantasque,  il  garde  d'en  rien  faire  paroître; 
et  qu'il  faudra  songer  à  chercher  quelque  invention  pour 
$e  pouvoir  entretenir  tous  deux.   • 

GEORGE   DANDIN,  à  part. 

Ah  1  pendarde  de  femme  ! 

LUBIN* 

Tétiguicnne  !  cela  sera  drôle ,  car  le  mari  He  se  doutera 
point  de  la  manigance,  voilà  ce  qui  est  de  bon  ;  et  il  aura 
un  pied  de  nez  avec  sa  jalousie,  est-ce  pas? 


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iâÇTE  l  SCÈNE  IL  g 

GEORGE    DANDIN, 

'    Cela  est  vrai, 

LUBIN. 

Àdiea.  Boiicke  cousue,  au  moins.  GarJez  bien  le 
secret,  afin  que  le  mari  ne  le  sache  pas.        ^ 

GEORGE    PANDIN, 

Oui,  oui, 

}  LUBIN. 

Pour  moi,  je  vais  faire  semblant  de  rien.  Je  suis  un  fin 
matois,  et  l'on  ne  çliroit  pas  q^e  j'y  touche, 

SCÈNE  lîL 

GEORGE  DANEIN. 

Hebien!  George  Daudin,  vous  yoyez  de  quel  air 
VQtrç  fe^mle  vous  traite!  Voilà  ce  que  c'est  d avoir  voulu 
épouser  ^ne  demoiselle!  L'on  vous  accommode  de  toutes 
pièces  sans  que  vous  puissiez  vous  venger,  et  la  gentil- 
hommerie  vous  tient  les  bras  liés.  L'égalité  de  condition 
laisse  du  moins  à  l'honneur  d'un  mari  la  liberté  du  ressen- 
timent;  et,  si  c'étoit  une  paysanne,  vous  auriez  mainte- 
nant toutes  vos  coudées  franches  à  vous  en  faire  la  justice 
à  bons  coups  de  bâton.  Mais  vous  avez  voulu  tâter  de  la 
noblesse,  et  il  vous  ennuyoît  d'être  maître  chez  vous.  Ah! 
j'enrage  de  tout  mon  cœur,  et  je  me  donnerois  volontiers 
des  soufflets.  Quoi!  écouter  impudemment  l'amour  d'un 
damoiseau,  et  y  promettre  en  même  temps  de  la  corres- 
pondance! Morbleu!  je  ne  veux  point  laisser  passer  une 


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10  GEORGE  DANDIN, 

occasion  de  la  sorte.  Il  me  faut  de  ce  pas  aller  faire  mes 
plaintes  au  père  et  à  la  mère,  et  les  rendre  témoins,  à 
telle  fin  que  de  raison,  des  sujets  de  chagrin  et  de  ressen- 
timent que  leur- fille  me  donne.  Mais  les  Yoici  Tun  et 
Tautre  fort  à  propos* 

SCÈNE  IV. 

M.  DE  SOTENVILLE ,  MADAME  DE  SOTENVILLE , 
GEORGE  DANDIN, 

M.    DE   SOTENVILLE» 

Qu'bsT'CE,  mon  gendre?  vous  me  paroissez  tout 
trouble, 

GCOEOE  DANDIN, 

Aussi  en  ai- je  du  sujet,  et . . 

MADAME   DE  SOTENVILLE. 

Mou  Dieu!  notre  gendre,  que  vous  avez  peu  de  civilité 
de  ne  pas  saluer  les  gens  quand  vous  les  approchez  ! 

GEORGE   DANDIN, 

Ma  foi,  ma  belle  mère,  cW  que  j'ai  d'aulrcs  choses  en 
tête;  et.  •• 

MADAME    DE   SOTENVILLE. 

Encore  !  Est-il  possible ,  notre  gendre,  que  vous  sachiez 
si  peu  votre  monde,  et  qu'il  n'y  ait  pas  moyen  de  vous 
instruire  de  la  manière  qu'il  Êiut  vivre  parmi  les  per- 
sonnes de  qualité? 

GEORGE   DANDIN. 

Comment? 


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ACTE  I,  SCÈNE  IV.  n 

MADAME   DB  SOTSNYILLE. 

Ne  Yoas  déferez-yoas  jamais  avec  moi  de  la  fiunilîarité 
de  ce  mot  de  ma  belle-mère?  et  ne  sauriez^vous  tous  ac- 
coutumer à  me  dire  madame? 

GEORGE   DAKDIIY. 

Parbleu!  si  vous  m'appelez  votre  gendre,  il  me  semble 
que  je  puis  vous  appeler  ma  belle-mère, 

MADAME   DE   SOTENVILLB. 

Il  y  a  fort  à  dire,  et  les  choses  ne  sont  pas  égales. 
Apprenez,  s'il  vous  plaît,  que  ce  n'est  pas  à  vous  à  vous 
servir  de  ce  mot  Jà  avec  une  personne  de  ma  condition  ; 
que  tout  notre  gendre  que  vous  soyez,  il  y  a  grande  di£^ 
rence  de  vous  à  nous,  et  que  vous  devez  vous  connoitre. 

M,   DE   SOTENVILLE.      > 

C'en  est  as^z,  m'amour;  laissons  cela. 

MADAME   DE  SOTENVILLE. 

Mon  Dieu!  monsieur  de  Sotenville,  vous  avez  des  in- 
dulgences qui  n'appartiennent  qu'à  vous ,  et  vous  ne  savez 
pas  vous  faire  rendre  par  les  gens  ce  qui  vous  est  dû, 

M.   DE  SOTENVILLE. 

jCorbleu!  pardopnez-moi ,  on  ne  peut  point  me  Êiire  de 
leçons  là-dessus;  et  j'ai  su  montrer  en  ma  vie,  par  vingt 
actions  do  vigueur,  que  je  ne  suis  point  homme  à  démor- 
dre jamsûs  dW  pouce  de  mes  prétentions  :  mais  ij  suffit 
de  li|i  avoir  donné  un  petit  avertissement.  Sachons  UP 
peu,  mon  gendre,  ce  que  vous  avez  danis  l'esprit* 


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n  GEORGE  DANDIN. 

GEORGE    DANDIN. 

Puisqu'il  &at  donc  parler  catégoriquement,  je  vous 
dirai ,  monsieur  de  Soteuville ,  que  j'ai  lieu  de. . , 

M.    DE   S0TENVII«LÇ. 

Doucement,  mon  gendre;  apprenez  qull  n*est  pas  res- 
pectueux d'appeler  les  gens  par  leur  nom,  et  qu*à  ceux 
qui  sont  au-dessus  de  nous  il  faut  dire  monsieur  tout 
court. 

GEORGE    DANDIN. 

Hé  bien  I  monsieur  tout  court ,  et  non  plus  monsieur  de 
Sotenyille ,  j  ai  à  vous  dire  que  ma  femme  me  donne. . . 

M.    DE   SOTENYILLE. 

Tout  beau!  apprenez  aussi  que  vous  ne  devez  pas  dire 
ma  femme  quand  vous  parlez  de  notre  fille. 

GEORGE    DANDIN. 

Jenrage!  Comment!  ma  fei^ire  n'est  pts  ma  femme? 

MADAAfE    DE   SOTÇNVILLE. 

Oui,  notre  gendre ,  elle  est  votre  femme;  mais  il  ne 
VOUS  est  pas  permis  de  l'appeler  ainsi,  et  cest  tout  ce  que 
vous  pourriez  faire  si  vous  aviez  épousé  uqe  de  vos 
pareilles. 

GEORGE    DANDIN,   à  part. 

Ah!  George  Dandin,  où  t'es-tu  fourré  1  (  haut.  )  Hé!  de 
grâce,  mettez  pour  un  moment  votre  gentilhommerie  à 
côté,  et  sou£B:ez  que  je  vous  parle  maintenant  comme  je 
pourrai.  (  à  part.  )  Au  diantre  soit  la  tyrannie  de  toutes  ces 
histoires -là!  (  à  M.  de  SotenviUe.  )  Je  VOUS  dis  donc  que  je 
suis  mal  satisfait  de  mon  mariage. 


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ACTE  I,  SCÈNE  IV.  i3 

M.    DE    SOTÉyyiLLE. 

Et  la  raison  j  mon  gendre  ? 

IIADAMB   D£   SOTENYILLE. 

Quôil  parler  ainsi  d'une  chose  dont  vous  avez  iïté  de 
si  grands  avantages  ! 

GEORGE   DANDIN* 

Et  quels  avantages,  madanie?  puisque  madame  y  a. 
L'aventure  na  pas  été  mauvaise  pour  vous;  car  sans  moi 
vos  afiaires  ^  avec  votre  permission ,  étoient  fort  délabrées , 
et  mon  argent  a  servi  à  reboucher  d^assez  bons  trous  :  mais 
moi  y  de  quoi  y  ai^je  profité,  je  vous  prie^  que  d'un  allon- 
gement de  nom,  et^  au  lieu  de  George  Dandin,  d'avoir 
reçu  par  vous  le  titre  de  M.  de  la  Dandinière? 

M.    DE   SOTENVILLE. 

Ne  comptez-vous  pour  rien,  mon  gendre,  l'avantage 
d^être  allié  à  la  maison  de  Sotenville? 

MADAME   DE   SOTENVILLE» 

Et  à  celle  de  la  Prudoterie,  dont  j'ai  l'honneur  d'être 
issue;  maison  où  le  ventre  anoblit >  et  qui  par  ce  beau 
privilège  rendra  vos  enËints  gentilshonmies? 

GEORGE   DANDIN« 

Oui,  voilà  qui  est  bien,  mes  enËuits  Seront  gentils- 
hommes; mais  je  serai  cocu,  moi,  si  Ton  n'y  met  ordre. 

M.    DE   SOTENVILLE. 

Que  veut  dire  cela ,  mon  gendre  ? 

GEORGE   DANDIN. 

Cela  veut  dire  que  votre  fille  ne  vit  pas  comme  il  faut 


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i4  GEORGE  DANDIN. 

qu^une  femme  yiye^  et  qu'elle  ËiU  des  choses  qui  sout 

contre  l'honneur. 

MADAME   DE   S0T£NYILL£« 

Tout  beaul  prenez  garde  à  ce  r{ue  tous  dites*  Ma  fille 
est  d'une  race  trop  pleine  de  vertu  pour  se  porter  jamais 
à  faire  aucune  chose  dont  Ihonnâteté  soit  blessée;  et,  de 
lia  maison  de  la  Prudoterie,  il  y  a  plus  de  trois  cents  ans 
qu'on  n'a  point  remarqué  qu'il  y  ait  eu  une  femme ,  Dieu 
merci ,  qui  ait  fait  parler  d'elle. 

M.    DB  SOTENVIILE. 

Corbleu^  dans  la  maison  de  Sotenyille  on  na  jamais 
vu  de  coquette;  et  la  bravoure  n'y  est  pas  plus  héréditaire 
aux  mâles  que  la  chasteté  aux  femelles. 

MADAME   DB   SOTENVILLE* 

Nous  avons  eu  une  Jacqueline  de  la  Pnidoterie  qui  ne 
voulut  jamais  être  la  maîtresse  d'un  duc  et  pair^  gotiver* 
neur  de  notre  province. 

M.   DE   SOTBNVILEB. 

Il  y  a  eu  une  Mathurine  de  Sotenville  qui  refusa  vingt 
mille  écus  d'un  j&vôri  du  roi ,  qui  ne  demandoit  seulement 
que  la  faveur  de  lui  parler* 

GEORGE   DANDiNi 

Oh  bien  1  Votre  fille  n'est  pas  si  difficile  que  cela ,  et  clk 
s'est  apprivoisée  depuis  qu'elle  est  chez  moi. 

M*   DB   SOTBNVIILE* 

Expliquez-vous,  mon  gendre^  Nous  ne  sommes  point 
gens  à  la  supporter  dans  de  mauvaises  actions;  et  nous 


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ACTE  I,  SCÈNE  IV.  i5 

serons  les  premiers,  sa  mère  et  moi,  à  tous  en  &ire  la 
justice» 

MADAIIE   DB  SOTENtiLLË. 

Noos  n^entendons  point  raillerie  sur  les  matières  de 
rhomieur,  et  nous  Payons  élevée  dans  toute  la  sévérité 
possible» 

GEORGE   DAI^DIN^ 

Tout  ce  que  je  vous  puis  dire,  c'est  qu'il  y  a  ici  un  cer- 
tain courtisan  que  vous  avez  vu,  qui  est  amoureux  d^elle 
i  ma  barl>e ,  et  qui  lui  a  fait  faire  des  protestations  d  amour , 
qu  elle  a  très^humainement  écoutées. 

HADAMB   DE  SOTEI^VILLB. 

Jour  de  Dieu!  je  l'étranglerois  de  mes  propres  mains, 
sH  falloit  qu  elle  forlignât  de  rhonnêteté  de  sa  mère» 

M.   DE  SOTENVILIE. 

Gorbleul  je  lui  passerois  mon  épée  au  travers  dti  corps , 
i  elle  et  au  galant,  si  elle  avoit  forfait  à  son  honneur^ 

GEORGE   DANDIN. 

Je  vous  ai  dit  ce  qui  îe  passe,  pour  vous  faire  mes 
[^bintes;  et  je  vous  demande  raison  de  cette  afiaire-là. 

M.    DE   SOTENVJLLE. 

Ne  vous  tourmentez  point,  je  vous  la  ierai  de  tous 
deux;  et  je  suis  homme  pour  serrer  le  bouton  à  qui  que  ce 
puisse  être.  Mais  êtes- vous  bien  sûr  aussi  de  ce  que  vous 
nous  dites? 

GEORGE   DANDIN. 

Très-sûr. 


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16  GEORGE  DANDIN- 

11.    DB   SOTENVILLEé 

Prenez  biengarde,auinoins;  car^entre  gentilshommes, 
ce  sont  des  choses  chatouilleuses ,  e(  il  n^est  pas  question 
d'aller  Êdre  ici  un  pas  de  clerc. 

0E0R6E    DANDINi 

Je  ne  vous  ai  rien  dit,  vous  dis- je,  qui  ne  soit  yéri- 
tablée 

H.  DE  SOTEUYILLE. 

ATainoiir,  alle2-yous-en  parler  à  votre  fille,  tandiff 
qu  avec  mon  gendre  j'irai  parler  à  l'homme. 

MADAME  DB  SOTÉNTILLEi 

Se  pourroit-il,  mon  fils,  qu'elle  s^oùbliât  de  la  sorte, 
après  le  sage  exemple  que  vous  savez  yous-même  que  je 
hii  ai  donné! 

Ué   DE  SOTENTILLE. 

Nou^  allons  éclaircir  Tafiaire.  Suivez-moiy  mon  gendre, 
et  ne  vous  lùettez  pas  en  peine.  Vous  verrez  de  quel  bois 
nous  nous  chaufibns  lorsqu^on  s'attaque  à  ceux  qui  nous 
peuvent  appartenir.  • 

GEORGE   DANDIIT^ 

Le  voici  qui  vient  vers  nous. 


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ACTE  I,  SCENE  V.  17 

SCÈNE  V. 

M.  DE  SOTENVILLE,  CLITANDRE,  GEORGE 
DANDIN, 

M.    DE   SOTENVILLE. 

Monsieur,  suis- je  connu  de  vous? 

CLITANDRE. 

Non  pas,  que  je  sache,  monsieur. 

M.    DE   SOTENVILLE. 

Je  m  appelle  le  baron  de  Sotenville. 

CLITANDRE. 

Je  m'en  réjouis  fort 

M.    DE  SOTENVILLE. 

Mon  nom  est  connu  à  la  cour;  et  j^eus  rhonnenr,  dan^ 
ma  jeunesse,  de  me  signaler  des  premiers  à  l'arrière-ban 
de  Nancy. 

CLITANDPE. 

A  la  bonne  heure. 

M.    DE   SOTENVILLE. 

Monsieur  mon  père,  Jean-Gilles  de  Sotenville,  eut  la 
gloire  d^assister  en  personne  au  grand  siège  de  Mon- 
taoban. 

CLITANDRE. 

J'en  suis  ravi. 

M.    DE   SOTENVILLE. 

Et  j'ai  eu  un  aïeul,  Bertrand  de  Sotenville,  <juî fat  si 
considéré  en  son  temps ,  que  d'avoir  permission  de  vendr« 
tout  son  bien  pour  le  voyage  d'outre-mer. 


*«>^«»** 


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t8  GEORGE  DANDIN. 

CLITANDRE. 

Je  le  veux  croire. 

M.    DE   SOTENYILLE. 

n  m'a  été  rapporté ,  monsieur ,  que  tous  aimez  et 
poursuivez  une  jeune  personne ,  qui  est  ma  fille  j  pour 
laquelle  je  m'intéresse  (montrant  George  Dandin),  et  pour 
rhomme  que  vous  voyez,  qui  a  llionneur  d^étre  mon 
gendre. 

CLITANDRE. 

Qui?  moi? 

M.    DE   80TENVILLE. 

Oui;  et  je  suis  bien  aise  de  vous  parler,  pour  tirer  de 
vous,  sll  vous  plait,  un  éclaircissement  de  cette  afiàire. 

CLITANDRE. 

Voilà  une  étrange  médisance!  Qui  vous  a  dit  cela, 
monsieur? 

M.    DE    SOTBNVILLE. 

Quelqu'un  qui  croit  le  bien  savoir. 

CLITANDRB. 

Ce  quelqu'uQ-là  en  a  menti.  Je  suis  honnftte  homme. 
Me  croyez-vous  capable,  monsieur,  dune  action  aussi 
lâche  que  celle-là?  Moi,  aimer  une  jeune  et  belle  personne 
qui  a  Fhonneur  d'être  la  fille  de  monsieur  le  baron  de  So- 
tenville!  je  vous  révère  trop  pour  cela,  et  suis  trop  votre 
serviteur.  Quiconque  vous  X^  dit  est  un  sot 

M.    QB   SOTENVIIil. 

Allons,  mon  gendre. 


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ACTE  I,  SCÈNE  V,  ig 

GEORGE    DANDIN. 

Quoi? 

CLITANDRB. 

C'est  un  coquin  et  un  maraud. 

M.   DE  SOTENYILLE,  à  George  Dandin.' 

Répondez. 

GKOROB   DANDIN. 

HéponcleK  voufr-mime. 

CLITANPRE. 

Si  je  savois  qui  ce  peut  être ,  je  lui  donnerois ,  en  votre 
présence  9  de  Fépée  dans  le  ventre. 

M.   DE  SOTENVILLE,  à  George  Dandin, 

Soutenez  donc  la  chose. 

GEORGE   DAITDIN. 

Elle  est  toute  soutenue.  Cela  est  vrai. 

GLITAKDRE. 

Est-ce  votire  gendre ,  monsieiir,  qui*  •  •  ? 

M.    DE  8i>TEII^v1lIE. 

Oui,  c'est  lui-même  qui  s'en  est  plaint  à  moL 

CLITANDRB. 

Certes,  il  put  remercier  l'avantage  quïl  a  de  vous  ap- 
partenir; et  sans  cela  je  lui  apprendrois  bien  à  tenir  de 
pareils  discours  d'une  personne  comme  moL 


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ao  GEORGE  DANDIN. 

SCÈNE   VL 

M.  DE  SOTENVILLE,  MADAME  DE  SOTENVILLE, 
ANGÉLIQUE^  CUTANDRE,  GEORGE  DANDIN, 
CLAUDINE, 

MADAME    DE    SOTENVILIE. 

Pour  ce  qui  est  de  cela,  la  jalousie  est  une  étrange 
chose  !  Pamène  ici  ma  fille  pour  éclaiicir  Tafiaire  en  pré- 
sence de  tout  le  monde, 

CLITANDRE,  à  Angélique. 

Est-ce  donc  vous,  madame,  cpii  ayez  dit  à  yotre  mari 
que  je  suis  amoureux  de  vous? 

AITGELIQUE. 

Moi?  Hé!  comment  lui  aurois-je  dit?  Est-ce  (jue  cela 
est?  Je  voudrois  bien  le  voir,  vraiment,  que  vous  fussiez 
amoureux  de  moi!  Jouez -vous -y,  je  vous  en  prie;  vous 
trouverez  à  qui  parler;  c'est  une  chose  que  je  vous  con- 
seille de  faire.  Ayez  recours,  pourvoir,  à  tous  les  détours 
des  amants  :  essayez  ufi  peu,  par  plaisir,  à  m^envoyerdes 
ambassades,  à  m'écrire  secrètement  de  petits  billets  doux, 
à  épier  les  moments  que  mon  mari  n'y  sera  pas,  ou  le 
temps  que  je  sortirai,  pour  me  parler  de  votre  amour: 
vous  navez  qu'à  y  venir,  je  vous  promets  que  vous  serez 
reçu  comme  il  faut. 

CLITANDRE. 

Hé!  là,  là,  madame,  tout  doucement.  11  n^est  pas  né- 
cessaire de  me  faire  tant  de  leçons,  et  de  vous  tant  scan- 
daliser. Qui  vous  dit  que  je  songe  à  v^ous  aimer? 


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ACTE  I,  SCÈNE  VI.  ai 

▲  NOÉLIQUE. 

Que  sais- je,  moi,  ce  qu'on  me  vient  conter  ici? 

CLITANDRE. 

On  dira  ce  que  Ton  youdra  ;  mais  vous  savez  si  je  vous 
ai  parié  d'amour  lorsque  je  vous  ai  rencontrée. 

ANGÉLIQUE. 

Vous  n'aviez  qu*à  le  &ire,  vous  auriez  été  bien  venu. 

CLITANDRE. 

Je  vous  assure  qu'avec  moi  vous  uWez  rien  à  craindre; 
que  je  ne  suis  point  homme  à  donner  du  chagrin  aux 
beUes;  et  que  je  vous  respecte  trop,  et  vous,  et  messieurs 
vos  parents,  pour  avoir  la  pensée  d'être  amoureux  de 
vous. 

MADAME  DE  SOTENVILLE,  à  George  Dandin. 

Hé  bien  !  vous  le  voyez. 

BL    DE   SOTENVILLE. 

Vous  voilà  satis&it,  mon  gendre.  Que  dites-vous  à 
cela? 

GEORGE   DANDIN. 

Je  dis  que  ce  sont  là  des  contes  à  dormir  debout;  que 
je  sais  bien  ce  que  je  sab  ;  et  que  tantôt ,  puisqu'il  fiiut 
parler  net,  elle  a  reçu  une  ambassade  de  sa  part 

ANGELIQUE. 

Moi?  j'ai  reçu  une  ambassade? 

CLITANDRE. 

Jai  envoyé  une  ambassade? 

ANGJ^LIQDE. 

Claudine? 


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22  GEORGE  DANDIN. 

CLITAHDâ£,  àCkudine. 

Est-U  vrai? 

CLAUDINE» 

Par  ma  foi,  voilà  une  étrange  Ëiasseté I 

«CSOIIOX  DAIfBIIf. 

Taisez-vous,  carogne  ({ue  vous  êtes.  Je  sais  de  vos 
nonvriks;  et  icW  VOBS  tapa  UûaSLèt  avez  Û9ttiX)duit  le  cour- 
rier. 

C£AU«I(EfB. 

Qin?Hoi? 

Oui ,  vous.  Ne  faites  point  tant  la  sucré*. 

CLAUDINE. 

Hélas!  que  le  monde  aujourdlnii  est  rempli  de  mé- 
chanceté, de  m'aller  soupçonner  aiBsi>  moi  <jui  suis  l'in- 
nocence même! 

nÈOflGE  I^ANDIK. 

Taisez-vous,  bonne  pièce.  Vous  faites  la  sournoise, 
mais  je  vous  connoîs  il  y  à  long-temps;  et  vous  êtes  une 
dessalée. 

tSLAUDtNfi,  à  ABgéli({tte. 

Madame,  eist-ce  que. . .? 

GEOlti&B   DANDIN. 

Taisez-vous,  VOUS  dis- je;  vous  pourriez  bien  porter  la 
folle  enchère  de  tous  les  autres,  et  vous  n'avez  point  de 
père  gentilhomme. 

AmaÉLK^uc. 

C'est  une  imposture  si  grande ,  et  qui  me  toucl^  si  fort 


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ACTE  I,  SCÈNE  VI. 
au  cœur,  que  je  ne  puis  pas  mécue  avoir  la  force  d'y  ré- 
pondre. Cela  est  bien  horrible  d'être  accusée  par  un  mari, 
lorsqu'on  ne  lui  Êiit  rien  qui  ne  soit  à  fiôrel  Hélas!  si  je 
suis  blâmable  de  quelque  chose,  c'est  d'en  user  trop  bien 
ayec  lui. 

CLAUDINE. 

Assurément. 

ANGELIQUE. 

Tout  mon  malheur  est  de  le  trop  considérer  ;  et  plût  au 
ciel  que  je  fusse  capable  de  souffi:ir,  comme  il  dit,  les  ga< 
lanteries  de  quelqu'un  I  je  ne  serois  point  tant  à  plaindre. 
Adieu,  je  me  retire-,  je  ne  puis  plus  endurer  qu  on  m'ou* 
tr^ge  de  cette  sorte. 

SCÈNE   VIL 

M.  DE  SOTENVILLE,  MADAME  DE  SOTENVILLE^ 
ÇLITANÊRE,  GEORGE  DANDIN,  CLAUDINE. 

MADAME   DE   SOTENVILLE,  à  George  DandÎD. 

Allez,  vous  ne  méritez  pas  Thonnête  femme  qu^oii 
vous  a  donnée. 

CLAUDINE. 

Par  ma  foi,  il  mériteroit  quelle  lui  fit  dire  vraî  :  é(,  si 
j^étois  en  sa  place,  je  n  y  marchanderois  pas.  (à  GHtàtidre.) 
Oui,  monsieur,  vous  devez,  pour  te  punir,  faire  lamour 
à  ma  maîtresse.  Poussez ,  c'est  moi  qtu  Vous  h  dis,  ëe  sem 
fort  bien  employé;  et  je  m  oftè  à  vou^  y  servir,  puisqu'il 
mWadéjltatée. 

(  Claudine  sort. } 


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a4  GEORGE  DANDIN. 

M.    DE   SOTENVILLE, 

Vous  méritez,  mon  gendre ,  qu'on  vous  dise  ces  choses- 
là-,  et  votre  procédé  met  tout  le  monde  contre  vous. 

MADAME    DE  SOTEICYILLE. 

Allez,  songez  à  mieux  traiter  une  demoiselle  bien  née; 
et  prenez  garde  désormais  à  ne  plus  faire  de  pareilles 
bévues. 

GEORGE    DANDIIT,   àpart. 

Tenrage  de  bon  cœur  d'avoir  tort  lors<jue  f  ai  raison. 

SCÈNE  VIII. 

M.  DE  SOTENVILLE,  CLIT ANDRE,  GEORGE 
DANDIN. 

CLITANDRE,   à  M.  de  Sotenyîlle. 

Monsieur  y  vous  voyez  comme  j^ai  été  faussement 
accusé  :  vous  êtes  homme  qui  savez  les  maximes  du  point 
dlonneur;  et  je  vous  demande  raison  de  lafiront  qui  m'a 
été  fait. 

M.    DE  SOTENVILLE. 

Cela  est  juste,  et  c'est  l'ordre  des  procédés.  Allons 
mon  gendre,  faites  satisfaction  à  monsieur. 

GEORGE    DANDIN. 

Comment  !  satisfaction  ? 

M.    DE   SOTENVILLE. 

Oui,  cela  se  doit  dans  les  règles,  pour.  Favoir  à  tort 
accusé. 


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ACTE  1,  SCÈNE  VHI.  a5 

OE0&6E   DANDIir. 

Cest  une  chose,  moi,  dont  je  ne  demeure  pas  d'accord, 
de  ravoir  à  tort  accusé  ;  et  je  sais  bien  ce  que  j'en  pense. , 

M.  DE   SOTENYILLE. 

n  n'importe.  Quelque  pensée  qui  vous  puisse  rester,  il 
a  nié ,  c'est  satis&ire  les  personnes  ;  et  Ton  n  a  nul  droit  de 
se  plaindre  de  tout  homme  qui  se  dédit 

GEORGE   DANDIN. 

Si  bien  donc  que,  si  je  le  trouvois  couché  avec  ma 
femme ,  il  en  seroit  quitte  pour  se.  dédire  7 

M.  DE  SOTENYILLE. 

Point  de  raisonnement.  Faites-lui  les  excuses  que  je 
vous  dis. 

GEORGE   DÀNDIN. 

Moi  I  je  lui  ferai  encore  des  excuses  après. . .  ! 

M.   DE  SOTENYILLE. 

Allons,  Yôus  dis-je,  il  n'y  a  rien  à  balancer;  et  yous 
n'avez  que  faire  d  avoir  peur  d'en  trop  faire ,  puisque  c'est 
moi  qui  vous  conduis. 

GEORGE   DANDIIT. 

Je  ne  saurois. . . 

M.    DE   SOTENYILLE. 

Corbleu!  mon  gendre,  ne  m'échauffez  pas  la  bile.  Je 
me  mettrois  avec  lui  contre  vous.  Allons ,  laissez- vous 
gouverner  par  moi. 

GEORGE   DANDIN,  k  part. 

Ah  I  George  Dandin  ! 


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OBORÛE  DANDtN. 

M.    DB  âOTÉlTTILLE. 

Votre  bonnet  à  h  main  le  premier;  monsieur  est  gentil- 
homme, et  yoùs  ne  Fêtes  pas. 

6E0RGB  DAirniH)  èpArtylebottnetàlamaiii. 

J^enragel 

U.   DE   SOTENYILLE. 

Répétez  après  moi. . .  Monsieur. . . 

GEOR&B    DANDIN, 

Monsieur. . . 

tf.   DE  SOt£KVUt.& 

Je  TOUS  demande  pardon. .  • 

(yojant  que  George  DAndin  ikit  ^fficuhe  de  lui  obéir.  ) 

Ah! 

6E0R6B   DAVDIV. 

Je  TOUS  demande  pardon.  •  • 

M.    DE  SOTENYILLE, 

Des  mauvaises  pensées  <jue  j'ai  eues  de  yous. 

GEORGE    DANDIN. 

Des  mauvaises  pensées  que  j^ai  eues  de  vous. 

M.    DE  SOTENVTLLB. 

C'est  que  je  n'avois  pas  l'honneur  de  vous  conûoiti^. 

GEORGE   DANDIN. 

C  est  que  je  n  avois  pas  l' honneur  de  vous  connoître, 

M.    DE   SOTENVILLE. 

Et  je  vous  prie  de  croire. . . 

GEORClE   DAl9ri)nr. 

Et  je  vous  prie  de  croire. . . 

M.    DE   SGIfBNVlttE. 

Que  je  suis  votre  serviteur. 


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ACTE  I,  SCÈNE  Vlli.  27 

GEORGE   DANDIN. 

Voulez-vous  (jue  je  sois  serviteur  d'un  homme  qui  me 
▼eut  faire  cocu? 

Ué  DE  60TEICVILLE,  le  uMnaq&nt  encart. 
Àhl 

CLITANDRE. 

Il  suffit,  monsieur. 

H.    DE  SOTENVILLE. 

Non,  je  veux  qu'il  achève ,  et  que  tout  aille  dans  les 
formes. .  •  Que  je  suis  votre  serviteur. 

GEORGE    DANDIN. 

Que  je  suis  votre  serviteur. 

GLITANDRE,   à  George  Dandin. 

Monsieur,  je  suis  le  vôtre  de  tout  mon  cœur,  et  je  ne 
songe  plus  à  ce  qui  s'est  passé,  (à M.  deSotenyiUe.)  Pour 
70US.  monsieur,  je  vous  donne  le  bonjour,  et  suis  fâché 
du  petit  chagrin  que  vous  avez  eu. 

M.   DE   SOTENVILLE. 

Je  vous  baise  les  mains;  et,  quand  il  vous  plaira,  je 
vous  donnerai  le  divertissement  de  courre  un  lièvre. 

CLITANDRE. 

C'est  trop  de  grâce  que  vous  me  faites. 

(Clitandresort.) 
M.   DB   SOTENVILLE. 

Voilà,  mon  gendre,  comme  il  faut  pousser  les  choses. 
Adieu.  Sachez  que  vous  êtes  entré  dans  une  Ëimille  qui 
vous  donnera  de  lappui,  et  ne  souflOrira  point  que  Ton 
vous  ÛLSse  aucun  affiront. 


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aS  GEORGE  DANDIN. 

SCÈNE  IX. 

GEORGE  DANDIN. 

Ah!  (jue  je...  Vous  lavez  voulu,  vous  lavez  voulu, 
George  Dandin,  vous  Favez  voulu;  cela  votis  sied  fort 
bieu,  et  vous  voilà  ajusté  comme  il  &ut  :  vous  avez  juste- 
ment ce  que  vous  méritez.  Allons ,  il  s^agit  seulement  de 
désabuser  le  père  et  la  mère;  et  je  pourrai  trouver  peut- 
être  quelque  moyen  d^  réussir. 


VfV    DU   PIIBMIER    ÂGT2. 


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GEORGE  DANDIN.  ag 

ACTE  SECOND. 


»«i^»^«^^*^»*«^>^«^i^«^^>^^»^i^^»^^»^«^«^«^«^^«ii^^^^^^i^«i#^w^^^ii^^»i^» 


SCÈNE   I. 
CLAUDINE,  LUBIN. 

CLAUDINE. 

Oui,  j'ai  bien  deviné  qu'il  faUoit  que  cela  vînt  de  toi,  et 
que  tu  Peusses  dit  à  quelqu'un  qui  Tait  rapporté  à  notre 
maître, 

LUBIN. 

Par  ma  foi,  je  n'en  ai  touché  qu'un  petit  mot  en  pas- 
sant à  un  homme,  afin  qu^il  ne  dit  point  qu'il  m'avoit  vu 
sortir;  et  il  Ëiut  que  les  gens,  en  ce  pays-ci,  soient  de 
grands  babillards. 

CLAUDINE. 

Vraiment,  ce  monsieur  le  vicomte  a  bien  choisi  son 
monde,  que  de  te  prendre  pour  son  ambassadeur;  et  il 
s'est  allé  servir  là  d'un  homme  bien  chanceux. 

LUBIN. 

Va,  une  autre  fois  je  serai  plus  fin,  et  je  prendrai 
mieux  garde  à  moi. 

CLAUDINE. 

Oui ,  oui ,  il  sera  temps. 


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Zo  GEORGE  DAND1N« 

LUBIH. 

Ne  parlons  plus  de  cela.  Écoute. 

CIiAVl^INB. 

Que  yeux-tn  que  j'écoute? 

LUBIN.  ^ 

Tourne  on  peu  ton  yisage  devers  moL 

CLAUDINE. 

Hé  bienl  qa*est-ce? 

LUBIN. 

Claudine. 

GLAUPIirX« 

Quoi? 

LUBIN. 

Héllà!  ne  sais-tu  pas  bien  ce  que  je  veux  dire? 

CLAUDINB. 

Non. 

LUBIll. 

Morgue!  je  faime. 

CLAUDINB. 

Tout  de  bon 7 

LUIIN. 

Oui,  le  diidile  m'emporte  1  tu  me  pewi  anm^  piùicpie 
j'en  jure. 

CLAUDINB^ 

  la  bonne  beure. 

LUllN. 

Je  me  sens  tout  tribouillcr  le  eceur  quand  je  (e  regarde. 


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ACTE  II,  SCÈNE  I.  3i 

Je  m'en  réjouis. 

LUBIN. 

Comment  est-ce  que  tu  fais  pour  être  si  jolie  7 
Je  £us  comme  &m%  les  autres. 

LUBIN, 

Vois-tu  y  il  ne  faut  point  tant  de  beurre  pour  feire  un 
quarteron  :  si  tu  yeux  tu  sieras  ma  femme,  je  serai  ton 
mari;  et  nous  serons  tous  deux  mari  et  femme. 

CLAUDINE. 

Tu  serois  peut-être  jaloux  comme  notre  maître. 

LUBIN. 

Point 

CLAUDINE. 

Pour  moi,  je  hais  les  maris  soupçonneux,  et  j'en  veux 
on  qui  ne  s'épouvante  de  rien,  un  si  plein  de  confiance, 
et  si  sûr  de  ma  chasteté,  qu^il  me  vit  sans  inquiétude  au 
milieu  de  trente  hommes. 

I^UBIN. 

Hé  bien!  je  serai  tout  comme  cela. 

CLAUDINE. 

C  est  la  plus  sotte  chose  du  monde  que  de  se  défier 
d'une  femme,  et  de  la  tourmenter.  La  vérité  de  Tafiaire 
est  qu'on  n  y  gagne  rien  de  bon  :  cela  nous  Êiit  songer  à 
mal;  et  ce  sont  souvent  les  maris  qui,  avec  leurs  vacarmes, 
te  font  eux-mêmes  ce  qu^ils  $onl. 


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3a  GEORGE  DANDIN. 

LUBIN. 

Hé  bien!  je  te  donnerai  la  liberté  de  Êdre  tout  ce  quil 
te  plaira. 

CLAXrDIIfE. 

Voilà  comme  il  faut  faire  pour  n  être  point  trompé. 
Lorsqu'un  mari  se  met  à  notre  discrétion,  nous  ne  pre. 
Dons  de  liberté  que  ce  qu^il  nous  en  faut;  et  il  en  est 
comme  avec  ceux  qui  nous  ouvrent  leur  bourse,  et  nous 
disent,  Prenez  :  nous  en  usons  honnêtement,  et  nous 
nous  contentons  de  la  raison.  Mais  ceux  qui  nous  chi- 
canent, nous  nous  efforçons  de  les  tondre,  et  nous  ne  les 
épargnons  point. 

LUBIW. 

Va,  je  serai  de  ceux  qui  ouvrent  leur  bourse,  et  tu  n'as 
qu'à  te  marier  avec  moi, 

CLAUDINE. 

Hé  bien ,  bien  j  nous  verrons. 

LUBIV, 

Viens  donc  ici,  Qaudine. 

CLAUDIKX. 

Que  veux-tu? 

LUBIV. 

Viens,  te  dis-je» 

CLAUDINE. 

Âh!  doucement.  Je  n'aime  pas  les  patineurs. 

LUBIN. 

Hé!  un  petit  brin  d'amitié. 


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ACTE  H,  SCÈNE  I.  33 

CLAUDINE. 

Laisse-moi  là,  te  dis-je;  je  n'entends  pa» raillerie. 

LUBIN. 

Claudine. 

GLATJBINE,  repoussant  tiubia . 

Hai! 

LtJBIN« 

Ah!  que  tu  es  rude  à  pauvres  gens!  Fi!  que  cela  est 
malhonnête  de  refuser  les  personnes!  N'as-tu  point  de 
honte  d'être  belle,  et  de  ne  vouloir  pas  quon  té  caresse I 
Héllà! 

CLAUDINE. 

Je  te  donnerai  sur  le  nez. 

LUBIN. 

Oh  !  la  farouche  !  la  sauvage  !  Fil  pouah!  la  vilaine  qui 
est  cruelle! 

CLAUDINE. 

Tu  t'émancipes  trop. 

LUBIN, 

Qu'est-ce  que  cela  te  coûteroit  de  me  laisser  un  peu 
feire? 

CLAUDINE. 

Il  faut  que  tu  te  donnes  patience. 

LUBIN. 

Uh  petit  baiser  seulement,  en  rabattant  sur  notre 
mariage. 

CLAUDINE. 

Je  suis  votre  servante. 

MoL;)(mc.  5.  3 


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34  OEORGE  DANDIN, 

LUBIN. 

Claudine  >  \$  i'en.fAe^  sur  Fet  taiht  moins.  ' 

CLAVDIIIB. 

Hé!  que  nenni.  J  y  ai  déjà  été  attrapée.  Adieu*  Va- t'en, 
et  dis  à  monsieur  le.ykc^ta«que.  faïu^i  soia  de  rendre  son 
billet 

Aidieu^  beauté  mdàniàr)e4 

lie  motestaïQoiïfeuiCi 

LtJBIN. 

Adieu,  rocher,  caillou,  pierre  dp  taille,  et  tout  ce  qu'il, 
y  a  de  plus  dur  au  monde. 

GLAtJDIIiE,  seule. 

J^¥ai$irei|i^ttre  apx  mains  de  ma  maîtresse...  Mais  la 
voici  avec  son  mari  :  éloignons-nous,  et  attendbns qu'elle 
soit  seule. 

SCÈNE   IL 
GEORGE  DANDIN^  ANGÉLIQUE. 

GEORGE    DANDIN. 

Non,  non;  on  ne  m'abuse  pas  avec  tant  de  facilité;  et 
je  ne  suis  que  trop  certain  que  le  rappoi^t  que  Ion  m'a 
fait  est  véritable.  J'ai  de  meilleurs  yeux  qu'on  ne  pense, 
cl  votrei galimatias  ne  m!a  point  tantôt  ébloui. 

■■.■'- 

^  Et  tant  moins ,  tci*me  de  réduction  qui  signifia  en  déduction. 


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ACTE  II,  SCÈN«  IIL  5S 

SCÈNE   IIL 
CLITANDRE,  ANGÉLIQUE,  GEORGE  DANDIR 

CLITANDRBjà  part,  dans  le  fond  du  théâtrer 

AhI  la  voilà;  mais  le  mari  est  avec  elle. 

GEORGE   DANDIN,  sans  voir  Glitandre. 

Au  travers  de  toutes  vos  grimaces,  j'ai  vu  la  vérité  de 
ce  que  l'on  m'a  dit ,  et  le  peu  de  respect  que  vous  avez 
pour  le  nœud  qui  nous  joint. 

(Glitandre  et  Angélique  se  saluent.  ) 

Mon  Dieu!  laissez  là  votre  révérence;  ce  n'est  pas  de 
ces  sortes  de  respects  dont  je  vous  parle,  et  vous  n^avéz 
que  faire  de  vous  moquer. 

ANGÉLIQUE. 

Moi,  me  moquer!  en  aucune  façoii. 

GEORGEDANDIN. 

Je  sais  votre  pensée,  et  connois. • . 

(  Glitandre  et  Angélique  se  saluent  encore.  ) 

Encore!  Ah!  ne  raillons  point  davanta^.  Je  n'ignore  pas 
qu^à  cause  de  votre  noblesse  vous  me  tenez  fort  au-dessous 
de  vous  :  et  le  respect  que  je  veux  dire  ne  regarde  point 
ma  personne;  j'entends  parler  de  celui  que  vous  devez  à 
des  nœuds  aussi  vénérables  que  le  sont  ceux  du  mariage. 

('Angélique  fait  signe  à  Glitandre.  ) 

Il  ne  faut  point  lever  les  épaides,  et  je  ne  dis  point  de 
sottises. 

ANGELIQUE. 

Qui  songe  à  lever  les  épaule.s? 


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36  GEORGE  DANDIN. 

GEORGE    DANDIN. 

Mon  Dieu!  nous  voyons  clair.  Je  vous  âis  encore  une 
fois  que  le  mariage  eslAinethaîne  à  laquelle  on  doit  porter 
toutes  sortes  de  respects,  et  que  c'est  fort  mal  fait  â  vous 
d'en  user  comme  vous  faites. 

^'Angélique  fait  signe  de  la  tête  à  Clitandre.  ) 
Oui,  oui,  mal  fait  à  vous;  et  vous  n^avez  que  faire  de  ho- 
cher la  tête  et  de  me  faire  la  grimace. 

ANGÉLIQUE. 

Moi?  je  ne  sais  ce  que  vous  voulez  dire. 

GEOrRGE    DANDIN, 

Je  le  sais  fort  bien,  moi;  et  vos  mépris  me  sont  connus. 
Si  je  ne  suis  pas  né  noble ,  au  moins  suis-je  d  une  race  où 
il  n'y  a  point  de  reproche;  et  la  famille  des  Dandins. . . 

CLITANDRE,  derrière  Angélique ,  sans  être  aperçu  de  George 
Dandin. 

Un  moment  d  entretien. 

/ 

GEORGE   DANDIN,    sans  voir €Iitandre., 

Hé! 

ANGÉLIQUE. 

Quoi?  je  ne  ne  dis  mot, 

(  George  Dandin  tourne  autour  de  sa  femme, «t  Clitandre  se  retire 
en  faisant  une  grande  révérence  à  George  Daiidin.) 


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ACTE  Il/SCÈNE  IV.  3; 

SCÈNE   IV. 
GEORGE  i)ANDIN,  ANGÉLIQUE. 

.  GEORGE    DANDIN. 

L  E  voilà  qui  vient  rôder  autour  de  vous* 

ANGÉLIQUE. 

Hé  bien!  est-ce  ma.  feiute?  Que  voule2;-vou&  que  j'y 
fasse/ 

GEORGE   DANDIIt.  ^ 

Je  veux  que  vous  y  fassiez  ce  que  fait  une  femme  qui 
ne  veut  plaire  qu'à  son  mari.  Quoi  qu'on  en  puisse  dire , 
les  galants  n'obsèdent  jamais  que  quand  on  le  veut  bien  : 
il  y  a  un  certain  air  doucereux  qui  les  attire,  ainsi  que  le 
miel  fait  les  mouches;  et  les  honnêtes  femmes  ont  des  ma- 
nières qui  les  savent  chasser  d^abord. 

ANGÉLIQUE. 

Moi,  fes  chasser!  et  par  quelle  raison?  Je  ne  meso^in- 
dalise  point  qu'on  me  trouve  bien  Êiite  \  et  cela  me  fait  dii 
plaisir; 

GEORGE    DANDIN; 

Oui!  Mais  quel  personnage  voulez -vous  que  joue  un 
mari  pendant  cette  galanterie? 

ANGÉLIQUE. 

Le  personnage  dun  honnête  homme,  qui- est  bien  aise 
de  voir  sa  femme  considéréei 

GEORGE    DANniN. 

Je  suis  votre  valet.  Ce  n'est  pas  là  mon  compte ,  ejt  les 
Dandins  ne  soni  point  acceutumés  à  cette  mode-là. 


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58  GEORGE*DANDIN. 

ANGÉLIQUE. 

Oh  !  les  Dandins  s'y  accoutumeront  s  ils  veulent  ;  car, 
pour  moi^  je  vous  déclare  que  mon  dessein  n'est  pas  de 
renoncer  au  monde  et  de  m'enterrer  toute  vive  dans  un 
mari.  Comment!  parce  qu'un  homme  s'avise  de  nous 
épouser ,  il  faut  d'abord  que  toutes  choses  soient  finies 
pour  nous,  et  que  nous  rompions  tout  commerce  avec  les 
vivants!  C'est  une  chose  merveilleuse  que  cette  tyrannie 
de  messieurs  les  maris  ;  et  je  les  trouve  bons  de  vouloir 
qu'on  soit  morte  à  tous  les  divertissements  y  et  qu'on  ne 
vive  que  pour  eux  !  Je  me  moque  de  cela,  et  ne  veux  point 
çiourir  si  jeune. 

GEORGE    DANDIN. 

C'est  ainsi  que  vous  satisfaites  aux  engagements  de  la 
foi  que  vous  mVvez  donnée  publiquement? 

ANGÉLIQUE. 

Moi?  je  ne  vous  l'ai  point  donnée  de  bon  cœur^^  et  vous 
me  l'avez  arrachée.  M'avez-vous  avant  le  mariage  demandé 
mon  consentement,  et  si  je  voulois  bien  de  vous?  Vous 
n'avez  consulté  pour  cela  que  mon  père  et  ma  mère  :  ce 
^nt  eux  proprement  qui  vous  ont  épousé;  et  cest  pour- 
quoi vous  ferez  bien  de  vous  plaindre  toujours  à  eux  des 
torts  que  l'on  pourra  vous  feire.  Pour  moi,  qui  ne  vous  ai 
point  dit  de  tous  marier  avec  moi ,  et  que  vous  avez 
prise  sans  consulter  mes  sentiments ,  je  prétends  n'être 
point  obligée  à  me  soumettre  en  esclave  à  vos  volontés; 
et  je  veux  jouir,  s  il  vous  plait,  de  quelque  nombre  de 
)>eaux  jouiv  qu9  m'oSie  la  jeunesse ,  prendre  les  douce» 


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ACTE  II,  SCENE  IV,  89 

libertés  que  l'âge  me  permet,  rcir  un  peu  le  beau  monde, 
et  goâter  le  plaisir  de  m'ouïr  dire  des  douceurs.  n*épatez- 
Yous-y  pour  votre  punition,  et  rendez  'grâces  au  del  dé 
ce  que  je  ne  suis  pas  capable  de  «pielque  cfaofle  de  pin. 

6SOR6B   DAMDIN. 

Oui!  c'est  ainsi  (jue  vous  le'prenez!  Je  suis  votre  mari., 
et  je  vwis  dis  que  je  n'enteocb  pas  œk. 

▲NGéLIQUE. 

Moi,  je  suis  votre  femme,  et  je  vous  dis  que  je  Feu-- 
tends. 

GEORGE   DÀNXtlN^  à  pairt. 

11  mé  {nrend  des  tentations  d'aeoottiAiodef  tout  ion 
visage  à  la  compote ,  et  le  nielli^  éû  état  de  ne  plôirë  de  sa 
vie  aux  diseurs  de  fleurettes.  Ah  !  allons,  George  Dandin.; 
je  ne  pourrois  me  retenir^  et  il  Yatit  mieux  quitter  W 
place. 

SCÈNE  V. 
ANGJÈLIQUB^  CLAUDINE. 

CLAUDINE. 

J'avoi^j  madame,  impatience  qu'il  s^en  allât,  pour 
vous  rendre  ce  mot  de  la  part  que  vous  savez. 

ANGÉLIQUE. 

Voyons. 

CLAUDINE^  Impart. 

A  ce  que  je  puis  remajtpier^  ce  ^on  lut  écrtf  né  lui 
dëplait  pas  trop. 


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4o  GEORGE  DANDIN. 

ANGELIQUE. 

Ahl  Claudine,  que  ce  billet  s  explique  d'une  Êiçon  ga- 
lante I  Que  dans*  tous  leurs  discours  et  dans  toutes  leurs 
actions  les  gens  de  cour  ont  un  air  agréable!  et  qu'est-ce 
gue  c'est  auprès  d^eux  que  nos  gens  de  province? 

CLAUDINE. 

Je  crois  qu'après  les  avoir  vus  les  Dandins  ne  vous 
plaisent  guëre^ 

ANGELIQUE. 

Demeure  ici,  je  m'en  vais  Mre  la  réponse. 

CLAUDINE,  seule. 

Je  n  ai  pa&  besoin ,  que  je  pense ,  de  lui  recommander 
de  la  Êdre  agréable.  Mais  voicL. . 

SCÈNE  VL 
CLITANDRE,  LOBIN,  CLAUDINE. 

CLAUDINE. 

Vraiment  y  monsieur^  vous  avez  pris  là  un  babite 
messager! 

CLITANDRE. 

Je  n  ai  pas  osé  envoyer  de  mes  gens.  Mais,  ma  pauvre 
Claudine,  il  Ëiut  que  je  te  récompense  des  bons  offices  que 
je  sais  que  tu  m'as  rendus. 

(Il  firaille  dans  sa  poche.) 
CLAUDINE. 

Hé!  monsieur,  il  n'est  pas  nécessaire.  Non ,  monsieur  7 
TOUS  n^avez  que  £iire  de  vous  donner  cette  peine-là;  et  je 


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ACTE  II,  SCÈNE  VI.    .  4i 

TOUS  rends  service  parce  que  vous  le  méritez;  et  je  me 
sens  au  cœur  de  l'inclination  pour  vous. 

CLITANDREj   donnaat  de  Targent  à  Claudine; 

Je  te  suis  abligé. 

LUBIN,  à  Claudine. 

Puisque  nous  serons  mariés,  donne-moi  cela  que  je  le 
mette  avec  le  mien. 

CLAUDINE. 

Je  te  le  garde  aussi-bien  que  le  baiser. 

CLITANDRB,  à  Claudine. 

Dis-moi,  as-tu  rendu  mon  billet  à  ta  beUe  maîtresse? 

CLAUDINE. 

Oui;  elle  est  allée  y  répondre. 

CLITANDRE. 

Mais,  Claudine,  n^  a-t-il  pas  moyen  que  je  la  puisse 
entretenir? 

CLAUDINE. 

Oui  ;  venez  avec  moi ,  je  vous  ferai  parler  à  elle. 

CLITANDRE. 

Mais  le  trouvera-t-çlle  bon?  et  n'y  a-t-il rien  à  risquer? 

CLAUDINE. 

Non,  non.  Son  mari  n'est  pas  au  logis  :  et  puis,  ce 
n'est  pas  lui  qu  elle  a  le  plus  à  ménager,  c'est  son  père  et 
sa  mère;  et  pourvu  qu'ils  soient  prévenus,  tout  le  reste 
n'est  point  à  craindre» 

CLITANDRE. 

Je  m'abandonrie  à  ta  conduite. 


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4a  GEORGE  DANDIN. 

LUBIN,  Bdtil. 

Testiguenne!  que  j'aurai  là  une  babile  femme!  Elle  a 
de  Tesprit  comme  quatre. 

SCÈNE   VIL 

GEORGE  DANDIN,  LUBIN. 

GEORGE  DANDIN,  bas,  &  part. 

Voici  mon  homme  de  tantôt  Plût  au  ciel  qu*il  pût  se 
résoudre  à  vouloir  rendre  témoignage  au  père  et  &  la  mère 
.  de  ce  qu  ils  ne  veulent  point  croire  1 

ttJBIN« 

Ah!  vous  voilà  ^  monsieur  le  babillard,  k  qui  j  a  vois 
tant  recommandé  de  ne  point  parler,  et  qui  me  Faviez 
tant  promis!  Vous  êtes  donc  un  causeur,  et  vous  allez 
redire  ce  que  l'on  vous  dit  en  secret. 

GEORGE    DANDIN. 

Moi? 

LVBIN. 

Oui  ;  vous  avez  été  tout  rapporter  au  mari,  et  vous  êtes 
cause  qu'il  a  fait  du  vacarme.  Je  suis  bien  aise  de  savoir 
que  vous  avez  de  la  langue ,  et  cela  m*apprendra  à  ne  vous 
plus  rien  dire. 

GEORGE   DANDIN. 

Écoute,  mon  ami. 

LUBIN. 

Si  vous  n'aviez  pas  babillé,  je  vous  anrois  conté  ce  qui 
se  passe  k  cette  heure;  mais,  pour  votre  punition,  vous 
Dc  saurez  rien  du  tout 


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ACTE  II,  SCÈNE  VIL  43 

GEORGX    DàNDIN. 

Comment  !  C[u'est-ce  qui  se  passe  ? 

LUBIN. 

Rien ,  rien.  Voilà  ce  que  c'est  d'avoir  causé;  vous  n'en 
tàterez  plus ,  et  je  tous  laisse  sur  la  bonne  bouche. 

6E0R6B   DÀNDI^. 

Arrête  un  peu. 

LVBIN. 

Point. 

6E0R6B   DANDIir. 

Je  ne  te  yeux  dire  quW  mot. 

LUBIN. 

Nennin,  nennin.  Vous  avez  envie  de  me  tirer  les  vers 
du  nez. 

GEORGE    DANDI5. 

Non,  ce  nest  pas  cela. 

LUBIN. 

Hé  !  quelque  sot. .  «  Je  vous  vois  venir^ 

GEORGE    DANDIir. 

C'est  autre  chose.  Écoute. 

LUBIN. 

Point  d'affaire.  Vous*  voudriez  que  je  vous  disse  que 
monsieur  le  vicomte  vient  de  donner  de  Taisent  à  Clau- 
dine, et  qu'elle  l'a  mené  chez  sa  maltresse.  Mais  je  ne  suis 
pas  si  bête. 

GEORGE    DÀITDIIT. 

De  grâce. 


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44 

GEORGE  DANDIN, 

EUE  IN. 

Non. 

GEORGE.  DANDIN^ 

Je  te  donnerai. . . 

LUBIN. 

Tarare. 

SCÈNE  VIII. 

GEORGE  DANDIN. 

J3  n'ai  pu  me  servir  avec  cet  innocent  ^  de  la  pen- 
sée que  j'avois.  Mais  le  nouvel  avis  (jui  lui  est  échappé 
feroit  la  même  chose;  et,  si  le  galant  est  chez  moi,  ce 
seroit  pour  avoir  raison  aux  yeux  du  père  et  de  la  mère, 
et  les  convaincre  pleinement  de  Teffronterie  de  leur  fille. 
Le  mal  de  tout  ceci,  c'est  que  je  ne  sais  comment  faire 
pour  profiter  dun  tel  avis.  Si  je  rentre  chez  moi,  je  ferai 
évader  le  drôle;  et,  ^elque  chose  que  je  puisse  voir  moi- 
même  de  mon  déshonneur,  je  n'en  serai  point  cru  à  mon 
serment,  et  Ton  me  dira  que  je  rêve.  S,  d'autre  part,  je 
vais  quérir  beau-père  et  belle-mèi  e  sans  être  sûr  de  trouver 
chez  moi  le  galant,  ce  sera  la  même  chose;  et  je  retom- 
berai dans  Finconvénient  de  tantôt.  Pourrois-je  point 
m'éclaircir  doucement  s'il  y  est  encore? 

(  après  avoir  été  regarder  par  le  trou  de  la  serrure.  ) 
Ah  ciel!  il  n'en  faut  plus  douter,  et  je  viens  de  l'aperce- 
voir par  le  trou  de  la  porte.  Le  sort  me  donne  ici  de  quoi 
confondre  ma  partie;  et,  pour  achever  Faventure,  il  fait 
venir  à  point  nommé  les  juges  dont  j'avois  besoin. 


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ACTE  H,  SCÈNE   IX.  45 

SCÈNE  IX. 

M.  DE  SOTENVILLE,  MADAME  DE  SOTENVILLE, 
GEORGE  DANDIN. 

GEORGE    DANDIN. 

Enfin,  vous  ne  m'avez  pas  voulu  croire  tantôt,  et 
votre  fille  Ta  emporté  sur  moi  :  mais^j'ai  en  main  de  quoi 
vous  faire  voir  comme  elle  m'accommode  ;  et,  Dieu  merci , 
mon  déshonneur  est  si  clair  maintenant,  que  vous  n'en 
pourrez  plus  douter: 

M.    DE   SOTENVILLE. 

Comment  !  mon  gendre ,  vous  en  êtes  encore  là-dessus  ? 

GEORGE    DANDIN, 

Oui,  fy  suis,  et  jamais  je  n'eus  tant  de  sujet  d'y  être. 

MADAME    DE   SOTEtîVILLE. 

Vous  nous  venez  encore  étourdir  la  tête? 

GEORGE    DANDIN. 

Oui,  madame,  et  Ton  fait  bien  pis  à  la  mienne, 

M.    DE  SOTENVILLE. 

Ne  VOUS  lassez-vous  point  de  vous  rendre  importun? 

GEORGE    DANDIN. 

Non  •,  mais  je  me  lasse  fort  d'être  pris  pour  dupe. 

MADAME    DE  SOTENVILLE,  • 

Ne  voulez-vous  point  vous  défaire  de  vos  pensées 
extravagantes? 

GEORGE    DANDIN. 

Non ,  madame;  mais  je  voudrois  bien  me  défaire  dune 
femme  qui  me  déshonore. 


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4G  GEORGE  DANDIN. 

MADAME    DE   SOTENVILLE. 

'  Jour  de  Dieu!  notre  gendre,  apprenez  â  parler. 

M,   DE   SOTENYILLS. 

Gorbleul  cherchez  des  termes  moins  offensants  que 
ceux-là. 

GEORGE   DANDIN. 

Marchand  qui  perd  ne  peut  rire. 

MADAME    DE   SOTENVILLE. 

Souvenez-vous  que  vous  avez  épousé  une  demoiselle^ 

GEORGE   DANDIN. 

Je  m'en  souviens  assez  ^  et  ne  m'en  souviendrai  que 
trop. 

U.   DE   SOTENVILLE. 

Si  vous  vous  en  souvenez ,  songez  donc  à  parler  d'elle 
avec  plus  de  respect. 

GEORGE   DANDIN. 

Mais  que  ne  songe-t-elle  plutôt  à  me  traiter  plus  hon- 
nêtement? Quoi!  parce  quelle  est  demoiselle,  il  faut 
qu^elle  ait  la  liberté  de  me  faire  ce  qui  lui  plait  sans  que 
j^ose  souffler? 

M.    DE   SOTENVILLE. 

Qu'aïKZ-vous  donc,  et  que  pouvez-vous  dire?  PTavez- 
vous  parvu  ce  matin  qu'elle  s'est  défendue  de  connoître 
celui  dont  vous  m'étiez  venu  parler? 

GEORGE    DANDIN* 

Oui;  mais,  vous,  que  pourrez-vous  dire  si  je  vous  fais 
voir  maintenant  que  le  galant  est  avec  elle? 


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ACTE  II,  SCÈNE  IX.  4^ 

MADAME   0£   SOTENVILLE. 

Avetelle? 

GEOB,GE   DANDIN. 

Ouî^  avec  elle,  et  dans  ma  maison. 

M.    OE   SOTENVILLB. 

Dans^ votre  maison? 

GEORGE   DAN9IN. 

Oui ,  dans  ma  propre  maison. 

MADAME   DE   SOTENYILLE. 

Si  cela  est,  nous  serons  pour  vous  cbntre  elle. 

M.    DE   SOTENVILI.E. 

Oui ,  l'honneur  de  notre  famille  nous  est  plus  cher  que 
toute  chose;  et,  si  vous  dites  vrai,  nous  la  renoncerons 
pour  notre  sang,  et  labandonnerons  à  votre  colère. 

GEORGE    DANDIN. 

Vous  n'avez  qu'à  me  suivre. 

MADAME   DE  80TENVILLE. 

Gardez  de  vous  tromper* 

m.   DE   SOTENVILLE. 

N'allez  pas  faire  comme  tantôt. 

GEORGE  DANDIN. 
Mon  Dieu!  vous  allez  voir,  (montrant  Clitandre  qui  tort 

avec  Angélique. ) T^pez ,  ai-je  menti? 


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43  GEORGE  DANDIN. 

SCÈNE   X. 

ANGÉUQUE,  CLITANDRE,  CLAUDINE;  M.  DE 
SOTENVILLE  et  MADAME  DE  SOTENVILLE 
AVEC  GEORGE  DANDIN,   dans  le  fond    du 

THiATRE. 

ANGÉLIQUE,  à Clitandrc. 

Adieu;  j'ai  peur  qu'on  vous  surprenne  ici,  et  faî 
quelçjues  mesures  à  garder. 

**     CLITANDRE. 

Promettez-moi  donc,  madame,  que  je  pourrai  vous 
parler  cette  nuit. 

an6]£lique. 
J'y  ferai  mes  efforts. 

GEORGE   DANDIN, à  monsieur  et  k  madame  de  SotènT  ille. 

Approchons  doucement  par  derrière,  et  tâchons  de 
n'être  point  vus. 

CLAUDINE. 

Ah  !  madame ,  tout  est  perdu  !  Voilà  votre  père  et  votre 
mère  accompagnés  de  votre  mari. 

CLITANDRE. 

Ah  ciel! 

A  N  G  É  L I Q  U  E ,  bas ,  à  Clitan  dre  et  à  Claudine. 

Ne  Élites  pas  semblant  de  rien,  et  me  laissez  faire  tous 
deux.  (hautàClitandre.)  Quoi!  VOUS  osez  eu  user  de  la 
sorte,  après  l'affaire  de  tantôt,  et  c'est  ainsi  que  vous  dis- 
simulez vos  sentiments!  On  me  vient  rapporter  que  vous 
avez  de  lamour  pour  moi,  et  que  vous  faites  des  desseins 


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ACTE  II,  SCÈNE  X.  49 

de  me  solliciter;  j'en  témoigne  mon  dépit,  et  m'expligpo 
à  vous  clairement  en  présence  de  tout  le  monde  ;  vous  niez 
hautement  là  chose,  et  me  donnez  pdrole  de  n'avoir  au- 
cune pensée  de  m'offeiiser  :  et  cependant  le  même  jour 
vous  prenez  la  hardiesse  de  venir  chez  moi  me  rendre 
visite ,  de  me  dire  que  vous  m  aimez ,  de  me  faire  cent  sots 
contes,  pour  me  persuader  de  repondre  à  vos  extrava- 
gances, comme  si  j'étois  femme  k  violer  la  toi  que  j'ai 
donnée  4  un  mari ,  et  m'éloigner  jamais  de  la  vertu  que 
mes  parents  m'ont  enseignée!  Si  mon  père  savoît  cela,  il 
vou^  apprdndroit  bien  à  tenter  de  ces  entreprises!  Mais 
une  honnête  femme  n  aime  point  les  éclats  ;  je  n'd  garde 
de  lui  en  rien  dire; 

(après  ayoir  fait  signe  à  Claudine  d'apporter  un  i)Àton. ) 
et  je  veux  vous  montrer  que,  toute  femme  que  je  suis,  j'ai 
assez  de  courage  pour  ine  venger  moi-niémé  des  offenses 
qtie  1  oii  me  fait.  L'action  que  vous  avez  feite  n  est  pas 
d'un  gentilhomme,  et  ce  n'est  pas  en  gentillibmme  aussi 
que  je  veux  vous  traiter. 

(Angélique  prend  le  b^tôh  et  le  lève  siir  Clitandre ,  qui  se  range 
de  façon  que  les  coups  tombent  iur  George  Daâdiù.  ) 

CLITANDRE,  criant  comme  s'il  afoit  été  frappé« 
Ah  !  àh  î  ah  !  âh  !  ah  !  dîouceme'nt  î 


liïOLikBE.    5. 


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6o  GEORGE  DANDIN. 

SCÈNE  XI. 

M,  DE  SOTENVILLE,  MADAME  DE  SOTENVILLE, 
ANGÉUQ13E,  GEORGE  DANDIN,  CLAUDINE. 

GLAUDIKE. 

Fort!  madame,  frappez  comme  il  faut* 

ANGELIQUE,  faisant  semblant  de  parler  à  Clitandre. 
S'il  VOUS  demeure  quelque  chose  sur  le  cœur,  je  suis 
pour  vous  répondre. 

CLAUDINE. 

Apprenez  à  qui  vous  vous  jouez. 

A N  G é  L I Q U  E  ,  faisant  rétonnée. 

Ah  !  mon  père ,  vous  êtes  là! 

M.     DE    SOTENVILLE. 

Oui,  ma  fille;  et  je  vois  qu'en  sagesse  et  en  courage  tu 
te  montres  un  digne  rejeton  de  la  maison  de  Sotenville. 
Viens  çàj  approche-toi  que  je  t  embrasse. 

MADAME    DE   SOTENVILLE. 

Embrasse-moi  aussi,  ma  fille.  Las!  je  pleure  de  pie,  et 
reconnois  mon  sang  aux  choses  que  tu  viens  de  faire. 

M.    DE   SOTENVILLE. 

Mon  gendre,  que  vous  devez  être  ravi!  et  que  cette 
aventure  est  pour  vous  pleine  de  douceurs  !  Vous  aviez  un 
juste  sujet  de  ^us  alarmer  ;  mais  vos  soupçons  se  trouvent 
dissipés  le  plus  avantageusement  du  monde. 

MADAME    DE   SOTENVILLE. 

Sans  donte,  notre  gendre,  et  vous  devez  maintenant 
être  le  plus  content  des  hommes. 


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ACTE  H,  SCÈNE  XI.  5i 

CLAUDINE. 

Assurément.  Voilà  une  femme ,  celle-là!  vous  êtes  trop 
heureux  de  ravoïr,,et  tous  deffriez  baiser  les  pas  où  elfe 
passe.  \  . 

GEORGE   DANDIN5  àparti 

Hé!  traîtresse! 

M.    DE   SOTENVltliB. 

Qu'est-'cc  j  mon  geiidre?  Que  ne  remefciez-vous  un  peu 
votre feinme de lamitié  que  vous  voyez  qu'elle  montre 
pour  vous? 

A!^GÉLÏQUÈ. 

Non,  non ^ mon  père,  il  n  est  pas  nécessaire  :  il  ne  in'a 
aucune  obligation  de  ce  qu'il  vient  de  voir,  et  tout  cô  que 
j^en  fais  n*ést  que  pour  l'amour  de  moi-même. 

M.    DE   SOTENVILLB. 

Oii  allez-yous,  ma 'fille  7 

ANGELIQUE. 

Je  me  retire,  mon  père,  pour  ne  me  voir  point  obligée 
à  recevoir  ses  compliments. 

CLAUDINE,  à  George  Daiydin. 

Elle  a  raison  d'être  en  colère.  C'est  une  femme  qui  mé- 
rite d'être  adorée,  et  voùs^  ne  la  traitez  pais  comme  vous 
devriez. 

GEOAOlt  DAnDIK,  a  patt^ 

Scélfamtel 


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5a  GEORGE  DANDIN. 

SCÈNE   XIL 

M.  DE  SOTENVILLE,  MADAME  DE  SOTENVILLE, 
GEORGE  DANDIN. 

M.    DE   SOTEirviLLE^ 

C'est  un  petit  ressentiment  de  l'affaire  de  tantôt,  et 
cela  se  passera  avec  un  peu  de  caresses  que  vous  lui  ferez. 
Adieu,  mon  gendre;  vous  voilà  en  état  de  ne  vous  plus 
inquiéter.  Âllez-rvous-en  Êiire  la  paix  ensemble  ^  et  tâchez 
de  l'apaiser  par  des  excuses  de  votre  emportement. 

MADAME   DE   SOTENVILLE. 

Vous  devez  considérer  que  c'est  une  jeune  fille  élevée 
à  la  vertu,  et  qui  n'est  point  accoutumée  à  se  voir  soup- 
çonner d  aucune  vilaine  action.  Adieu.  Je  suis  ravie  de 
voir  vos  désordres  '  finis,  et  des  transports  de  joie  que 
vous  doit  donner  sa  conduite. 

SCÈNE   XIII. 

GEORGE  DANDIN. 

Je  ne  dis  mot^  car  je  ne  gagnerois  rien  k  parler  :  et  ja- 
mais  il  ne  s'est  rien  vu  d'égal  à  ma  disgrâce.  Oui ,  j'admire 
mon  malheur,  et  la  subtile  adresse  de  ma  carogne  de 
femme  pour  se  donner  toujours  raison  et  me  £ûre  avoir 

-  "     -*-  , 

*  Dluordret  est  là  pour  démêlés. 


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ACTE  II,  SCÈNE  XIII.  53 

tort.  Est-il  possible  |^e  toujours  j  aurai  du  dessous  avec 
elle,  que  les  apparences  toujours  tourneront  contre  moi, 
et  que  je  np;  parvïeiîdyai  point  ^iqpnyaJi^Grp  mon  eflSrontée  ? 
Oâel,  seconde  mes  desseins,  et  i^'accorde  la  grâce  de 
Êdre  voif  aux  gens  que  l'on  me  déshonore  ! 


FIN   DU   SÇCOKD   AGTEl 


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b4  GEORGE  DANDIU. 


^^»^^^^«^»^-^^»«^*^^^^»^~^-*>'^^^N»^'^^^«^>^^'^-^'^-^'^«^>^»*»'^'»-^'^'^«^-^^'^ 


ACTE  TROISIÈME. 


SCÈNE  I. 

CLITANDRE,  LUBIN, 

CLITANDRE. 

La  nuit  est  avancée,  et  j'ai  peur  qu'il  ne  soit  trop  tari 
Je  ne  vois  point  à  me  conduire.  Lubin. 

LTJBIN, 

Monsieur? 

CLITANDRB. 

Est-ce  par  ici?  * 

LXJBIN. 

Je  pense  que  oui.  Morgue I  voilà  une  sotte  nuit,  d'être 
si  noire  que  cela! 

CLITANDRE. 

Elle  a  tort  assurément;  mais,  si  d'un  c6té  elle  nous 
empêche  de  voir,  elle  empêche  de  Fautre  que  nous  ne 
§Qyons  vus. 

LXJBIN. 

Vous  avez  raison ,  elle  n'a  pa*  tant  de  tort.  Je  voudrois 
bien  savoir,  monsieur,  vou^  qui  êtes  savant  ^  pourquoi  il 
ne  Élit  point  jour  la  nuit. 


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ACTE  III,  SCENE  I.  55 

CLITAKDRE. 

Cest  uRe  grande  questipn ,  et  qiû  est  difficile.  Tu  es 
curieux,  Lubin. 

Oui.  Si  j'avois  étudié,  j^aufois  été  songer  à  des  choses 
où  on  n^a  jamais  songé* 

CLITAWDRE. 

Je  le  crois.  Tu  as  la  mine  d  avoir  Kesprit  subtil  et  pô« 
nétiant. 

Ll/BIN. 

Cela  est  vrai.  Tenez,  j'explique  du  latin,  quoî(jue  ja- 
mais je  ne  Taie  appris  ;  et  voyant  l'autre  jour  écrit  sur  uns 
grande  porte,  collegium,  je  devinai  que  cela  vouloit  dire 
collège. 

CXITANDRE. 

Cela  est  admirable.  Tu  sais  donc  lii'e,  Lubin?         ^ 

LUBIN. 

Oui,  je  sais  lire  la  lettre  moulée,  mais  je  nai  jamaiâ  su 
apprendre  à  lire  l'écriture. 

CLITANDRE. 
Nous  voici  contre  la  maison,  (après  avoir  frappé  dans  ie* 

mains.)  C'est  le  signal  que  m'a  donné  Claudine. 

LUBIN. 

Par  ma  foi,  c'est  une  fille  qui  vaut  de  l'argent,  et  je 
Taime  &e  tout  mon  cœur. 

CLITANPRE. 

Aussi  t'ai-je  amené  avec  moi  pour  lien tretenkr. 


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56  GEORGE  DANDIN. 

LUBINf 

Monsieur,  je  vous  suis: . . 

CLITAIÏDRB. 

Chut,  JTentends  <juel<jue  bruit. 

SCÈNvË   IL 
ANGÉU.QUP,  CLAUDINE,  CLITANDRE^  LIJBIN. 

▲  NGELIQUEt 

Claudine. 

GLAVDIIfE, 

Hébion? 

ANGÉLIQUE, 

Laisse  la  porte  entr^ouyerte. 

CLAUDINE. 

Voilà  qui  *est  Êiit. 
(Scène  de  nuit.  Les  acteurs  s^  cherchent  les  un|  Ips  autres  dans 
robscurité.) 
CLITANDRE,  à  Lubin, 

Ce  sont  elles.  St. 

ANGÉLIQUE, 
St. 

LUBIN. 

St, 

CLAUDINE. 
St. 
CLITANDREjà  Claudine,  qnil  prend  pour  Angélique. 

Madame. 


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ACTE  III,  SCÈNE  II.  5y 

ANGELIQUE,  à  Lubin ,  qu  elle  prend  ponr  Glitandre« 

Quoi? 

LIJBIN,  à  Angéli^qe,  qu'il  prend  pour  Claudine. 
Claudine. 

CLAUDINE,  à  Glitandre,  quelle  prend  pour  Lubin. 
Qu'est-ce? 

CLITANDRE,à  Claudine,  croyant  parler  à  Angélique. 
Ah  î  madame*  que  f  ai  de  joie  ! 

LUBIN,  à  Angélique ,  croyant  parler  à  Claudine. 

Claudine,  ma  pauvre  Claudine! 

CLAUDINE,  à'Clitandre, 

Doucement ,  monsieur. 

ANGELIQUE,  à  Cubiq. 

Tout  beau,  Lubin, 

ÇLITANqRP. 

Est-ce  toi ,  Clfiudine  ? 

CLAUDINE. 

Oui. 

LUBIN. 

Est-ce  vous,  madame? 

ANGÉLIQUE, 

Oui. 

CLAUDINE,  à  Clitandr«0 

Vous  avez  pris  l'une  ppur  l'autre.   . 

LUB^IN,  à  Angélique.. 

Ma  foi ,  la  nuit  on  n'y  voit  goutte. 

ANGÉLIQUE. 

Est-ce  pas  vous,  Clitandro? 


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58  GEORGE  DANDIN. 

CLITANDRK. 

Oui,  madame. 

Mon  mari  ronfle  comme  il  faut,  et  j^ai  pri»  ce  Umips 
pour  nous  entretenir  ici. 

CLITANDRE. 

Cbercbons  quelque  lieu  pour  nouç  as^eoir^ 

CLAVDIIfS.  • 

C'est  fort  Irien.  avi$é* 

(  Angélique ,  Clitandre  et  Clandiae  y^^t  ft'i^Meoir  ^vu  If  fimd  du 

théâtre.) 

L  U  B I N  y'  cherchant  Claudine. 

Claudine ,  où  est-ce  que  tu  es  ? 

SCÈNE   III, 

ANGÉLIQUE,  CLITANDRE  et  CLAUDINE,  assis  au 
roND  DU  THEATRE;  GEORGE  DANDIN,  a  MorriÉ 

DÉSHABILLÉ;   LUBIN. 

GEORGE  BAFDIN,  à  part. 

Tai  entendu  descendre  ma  femme,  et  ja  sue  sui»  yitc 
habiUé  pour  descendre  appèss.  elle.  Où  peut-elle  être  allée? 
Seroit-elle  sortie? 

LUBIN,  olieffchjint  Claudine. 

Où  es-tu  donc  ,.  Claudine?  (prenant  Geotgç  Danib  pour 

Claudine  )  Ah  !  te  Yoilà.  Par  ma  foi,  ton  maître  est  plaisam- 
ment attrapé,  et  je  trouve  ced  avssi  drâle  que  les  coups 
de  bâton  de  tantôt,  dont  on  m^a  &it  récit.  Ta  maîtresse 
dit  qu'il  ronfle  à  cette  heure  comme  toqs  les  diautKS;  et 


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ACTE  JII,  SCÈNE  III.  Sg 

il  ne  sait  pas  (jue  monsieur  le  vicomte  et  elle  sont  ensemble 
pendant  qu^il  dort.  Je  youebrois  Uen  savoir  quel  songe  il 
fait  maipfen^t.  Ceh  e$l  tout- à -fait  ri^ible.  De  quoi 
s'avise-t-il  aussi  d'être  jaloux  de  sa  femme,  et  de  vouloir 
qu  elle  soit  â  lui  tout  seul?  C'est  un  impertinent 9  et  pion- 
sieur  le  vicomte  lui  fait  trop  d'honneur.  Tu  ne  dis  mot, 
Claudine!  Allons,  suivons-les,  et  me  donne  ta  petite  me- 
notte ,  que  je  la  baise.  Ah  I  que  cela  est  doux ,  il  me  semble 
que  je  mange  des  confitures. 
(  à  George  Dandin ,  <}u*il  prend  toujours  pour  Claudine ,  et  qui  le 

repousse  rudement.  ) 
Tubleu!  comme  vous  y  allez!  Voilà  une  petite  menotte 
qui  est  un  peu  bien  rude. 

QEORGE    DÀNDIN, 

Qui  va  là? 
Personne, 

GEORGE    DANPIN. 

n  fuit,  et  me  laisse  in&rmé  de  la  nouvelle  perfidie  de 
ma  coquine.  Allons,  il  faut  que,  sans  tarder,  j'envoie  ap- 
peler son  père  et  sa  mère,  et  que  cette  aventure  me  serve 
à  Bfte  Étire  séparer  d'elle.  Holà!  Colin!  Cplin! 


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6o  GEORGE  QANDIN. 

SCÈNE   IV. 

ANGÉLIQUE  et  CLITANDRE  avec  CLAUDINE 

ET  LUBIN,  ÀSSJS  AU  FOND  DU  THEATRE  J  GEORGE 

DANDTN,  COLIN. 

COLIN,  à  la  fenêtre. 

Monsieur? 

george  dandin, 
Allons  vite,  ici  bas. 

COLIN,  sititant  par  la  fenêtre,  • 

M'y  voilà,  on  ne  peut  pas  plus  vite. 

GEORGE   DANDfN. 

Tu  es  là? 

COLIN, 

Oui,  monsieur.  .    • 

(Pendant  que  George  Dandiii  ya  chercher  Colin  du  cdté  où  il  a 
entendu  sa  Toix ,  Colin  passe  de  l'autre ,  et  s*endort.] 

GEORGE   DANDIN,   se  tournant  du  cdté  où  il  croit  qu'est 
Colin. 

Doucement,  parle  bas.  Écoute.  Va-t'en  chez  mon  beau- 
père  et  ma  belle-mère,  et  leur  dis  que  je  les  prie  très-ins- 
tamment de  venir  tout  à  Fheure  ici.  Entends-tu?  Hé! 
Colin,  Colin! 

C  O  L I N ,  de  l'autre  cÀtê ,  se  réyeiUant. 

Monsieur? 

GEORGE   DANDIN. 

Où  diable  es-tu? 


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ACTE  III,  SCÈNE  IV.  Ci 

COLIN. 

Ici. 

GEORGB   DÀI^DIN. 

Peste  soit  du  marouâe  qui  s'éloigne  de  moi? 

(Pendant  que  George  Dandin  retourne  du  cAté  où  il  croit  que 
Colin  est  resté,  Colin ,  à  moitié  eùdormi,  passe  de  Tantre  côté^ 
et  se  rendort.  ) 

Je  te  diis  que  tu  aifles  de  ce  pas  trouver  mon  beau-père  et 
ma  l)elle-mère^  et  leur  dire  que  je  les  ccHijure  de  se  rendre 
ici  tout  à  l'heure.  M'entends -tu  bien?  Réponds.  Colin  > 
Colin  I 

C  0  L I N  ,  de  Tautre  c^té  ^  st  réreillant» 

Monsieur? 

GEORGE   DÀNDIN. 

Voilà  lin  pendard  qui  me  fera  enrager.  Viétts-t'en 
moii 

(  Ils  se  rencontrent ,  et  tombent  tbué  deiix.  ) 

Ah!  le  traître!  il  m'a  estropié.  Où  est-ce  que  tu  es? 
Approche^  que  je  te  donne  mille  coups*  Je  pense  qu'il  me 
fuit 

COLIN. 

Assurément^ 

GEORGB    BAirnim 

Veux-tu  venir? 

COLIN* 

Nenni^mafoi. 

GEORGE    DANÙIIT. 

Viens,  te  dis- je. 


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6a  GEORGE  DANDIN. 

COLIN. 

Points  Vous  me  voulez  battre. 

GEORGE    DANDINé 

Hé  bien!  non.  Je  ne  te  ferai  rien. 

COLIN. 

Assurément? 

OEaRGE   DAN^IN. 
Otd.  Appidcbe.  Bon.  (  à  Colin ,  ^11  tient  par  !e  bras.  )  Tû 

es  bien  heureux  de  ce  (jue  j'ai  besoin  de  toi*  Va-t'en  tîte, 
de  ma  part ,  prier  mon  beau-père  et  ma  belle-mère  de  se 
rendre  ici  le  plus  tôt  qu%  pourront,  et  leur  dis  que  c'est 
pour  une  affaire  de  la  dernière  conséquence;  et  s^ib  Ëii- 
soient  quelque  difficulté  à  cause  de  l'heure,  ne  manque 
pas  de  les  (presser,  et  de  kur  bien  faire  entendre  quHL  est 
très -important  qu'ils  viennent,  en  quelque  état  qu'ils 
soient.  Tu  m'entends  bien  tnaintensoit? 
C0LIW4 
Oui,  monsieur^ 

GEORGE    DAKDIN. 

Va  vite,  et  reviens  de  mêihe.  (se  croj.ant  seul.)  Et  moi, 
je  vais  rentrer  dans  ma  maison,  attendant  que.. ^  Mais 
j^cntends  quelqu'un.  Ne  seroit-ce  point  ma  femme?  U  faut 
que  j'écoute,  et  me  serve  de  Fobscurîte  qu'il  fait. 

(  George  Dandin  se  range  près  la  porte  de  sa  maison.  ) 


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ACTE  111,  SCÈNE  V.  C3 

SCÈNE  V. 

ANGÉLIQUE,  CLITANDRE,  CLAUDINE,  LUBIN, 
GEORGE  DANDIN. 

ANGÉLIQUE,  à  ClitandTC. 

Adieu  ,  il  est  temps  de  se  retirer. 

CLITANDRE. 

Quoi)  sitôt? 

ANGBIiIQUE* 

Nous  nous  sommes  assez  entretoHis« 

GLiTANDftB. 

Ah  !  madame ,  pt|îs-jé  aÉset  Vôm  efllreleûir ,  et  trouver, 
en  si  peu  de  tempd,  loutels  les  piffole»  dont  faà  besoin? 
n  me  faudroit  des  jouiHées  entièfefs  pom^  ma  liien  expli- 
quer à  vous  de  tout  ce  que  je  sens  ;  et  je  ne  Vous  ai  pas  dit  ' 
encore  la  moindre  partie  de  ce  que  j'ai  à  vous  dire. 

ANGELIQUE. 

Nous  en  écouterons  une  autre  fois  davantage. 

CLITANDRE. 

Hélas!  de  quel  coup  me  percez-vous  Fâme,  lorsque 
vous  parlez  de  vous  retirer!  et  avec  combien  de  chagrins 
m'alTez-vous  laisser  maintenant  ! 

ANGÉLIQUE. 

Nous  trouverons  moyen  de  nous  revoir. 

CLITANDRE. 

Oui;  mais  je  songe  qu'en  me  quittant  vous  allez  trou- 
ver un  mari.  Cette  pensée  m^ssassine,  et  les  privilèges 


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64  GEORGE  DANDIN. 

qu'ont  les  maris  sont  des  choses  cruelles  pour  un  amant 
qui  aime  bien. 

ÀNGÉLÏQI^E. 

Serez-YOtts  assez  foible  pour  avoir  cette  inquiétude?  et 
pensez-vous  qu^on  soit  capable  d'aimer  de  certains  maris 
qu'il  y  a?  On  leâ  frend  parce  qu'on  ne  s'en  peut  défendre , 
et  qt^e  l'on  dépend  de  paretits  qui  n'ont  des  yeux  <}ué  pour 
le  bien;  mais  on  sait  leur  rendre  justice,  et  Ton  se  moque 
fort  de  les  cbnsidérer  au-delà  de  ce  qu'ils  méritent^ 

GEORGE   DANDIN,  àpart. 

Voilà  nos  carognes  de  femmes  I 

GLITANDRE. 

•Ahl  qu'il  faut  avouer  que  celui  qu'on  vous  a  donné 
étoit  peu  digne  de  l'honneur  qu'il  a  reçu!  et  que  c'est  une 
étrange  chose  que  l'assemblage  qu'on  a  £adtd'une  personne 
comme  vous  avec  un  homme  comme  lui! 

GEORGE  DANDIN,  àpart. 

Pauvres  maris,  voilà  comme  on  vous  traite! 

CLITANDRE. 

Vous  méritez,  sans  doute ^  une  tout  autre  destinée,  et 
le  ciel  ne  vous  a  point  faite  pour  être  la  femme  d'uu 
paysan. 

ÔEÔItGE   DANDIN^ 

Plût  au  ciel  fût-elle  la  ti«;nnel  tu  changerois  bien  ie 
langage*  Rentrons,  c'en  est  assez. 

(  George  Dandin ,  étant  rentré  p  fefme  la  porte  en  dedans.  ) 


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ACTE  m,  SCÈNE  VL  65 

SCÈNE   VL 
ANGÉLIQUE,  CUTANDRE,  CLAUDINE^  LDBIN. 

CLAUDINE. 

MADAaiE,  si  VOUS  ayez  à  dire  du  mal  de  votre  mari, 
déj^chez  vite,  car  il  est  tard, 

CLITANDRB. 

Ah!  Claudine,  tu  es  cruelle! 

ANGÉLIQUE,  à  Glicandr». 

Elle  a  raison,  séparons-nous. 

CLITANDRE. 

n  Êiut  donc  s  y  résoudre ,  puisque  vous  le  voulez  ;  mais 
au  moins  je  vous  conjure  de  me  plaindre  un  peu  des  mé- 
chants moments  que  je  "^is  passer. 

ANGÉLIQUE. 

Adieu. 

I.UBIN. 

Où  es- tu,  Claudine?  que  je  te  donne  le  bonsoir. 

CLAUDINE. 

Va,  va,  je  le  reçois  de  loin,  et  je  t'en  Fenvoîe  autant, 

SCÈNE   VIL 
ANGÉLIQUE,  CLAUDINE 

ANGÉLIQUE. 

Rentrons  satis  faire  de  bruit, 

CLAUDINE. 

La  porte  s'est  fermée. 

MOLX&llE.   5.  ^ 


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66  GEORGE  DANDIN. 

ÀNGIÎLIQVE. 

Tai  le  passe-partout. 

CLÀVDIIfE. 

Ouvrez  donc  doucement. 

ANGELIQUE. 

On  a  fermé  en  dedans^  et  |e  ne  sais  comment  nous 
ferons. 

CLÀUDIIfB. 

Appelez  le  garçon  qui  couche  là. 

ANGÉLIQUE. 

Colin!  Colinl  Colin! 

SCÈNE  VIIL 
GEORGE  DANDIN,  ANGÉLIQUE,  CLAUDINE. 

GEORGE   DANDIN^  à  la  fenêtre. 

Colin!  Colin!  Ah!  je  tous  y  prends  donc,  madame 
ma  femme  ;  et  vous  faites  des  escampatwos  '  pendant  que 
je  dors  !  Je  suis  bien  aise  de  cela ,  et  de  vous  Yoir  dehors  à 
Fheure  qu'il  est 

ANGÉLIQUE. 

Hé  bien!  quel  grand  mal  est-ce  qu'il  y  a  à  prendre  le 
frais  de  la  nuit? 

GEORGE   DANDIN. 

Oui,  oui,  ITieure  est  bonne  à  prendre  le  frais.  C'est 
bien  plutôt  le  chaud,  madame  la  coquine  ;  et  nous  savons 

'  Faire  des  escampativos ,  expression  populaire ,  sortir  a  la 
dérobée ,  s'esquiver  en  cachette. 


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ACTE  III,  SCÈNE  VIII.  Cy 

taate  Fintrigue  du  rendez-vous  et  du  damoiseau.  Nous 
ayons  entendu  yotre  galant  entretien ,  et  les  beaux  vers  à 
ma  louange  que  vous  avez  dits  Tun  et  l'autre.  Mais  ma 
consolation ,  c  est  que  je  vais  être  vepgé ,  et  que  votre  père 
et  votre  mère  seront  convaincus  maintenant  de  la  juinice 
de  mes  plaintes ,  et  du  dérèglement  de  votre  conduite.  Je 
les  ai  envoyé  qûerir,  et  ils  vont  être  ici  dans  un  moment. 

ANCiLIQUE,  à  part. 


Ah  ciel! 
Madame! 


CLÀUDIIfJK. 


6B0R6B   DANDIN, 

Voilà  un  coup  sans  doute  où  vous  ne  vous  attendiez 
pas.  C'est  maintenant  que  je  triomphe,  et  j'ai  de  quoi 
mettre  à  bas  votre  orgueil  et  détruire  vos  artifices.  Jus- 
qu^ici  vous  avez  joué  mes  accusations,  éHoui  vos  parents, 
et  plâtré  vos  malversations..  J'ai  eu  beau  voir  et  beau  dire , 
votre  adresse  toujours  la  emporté  sur  mon  bon  droit,  et 
toujours  vous  avez  trouvé  moyen  d'avoir  raison;  mais  à 
cette  fois.  Dieu  merci,  les  choses  vont  être  éclaircies,  et 
votre  effi-onterie  sera  pleinement  confondue. 

ANGÉLIQUE. 

Hé  !  je  vous  prie ,  faites-moi  ouvrir  la  porte. 

GEORGE.  DANDIN. 

Non,  non;  il  faut  attendre  la  venue  de  ceux  que  jai 
mandés,  et  je  veux  qu^ils  vous  trouvent  dehors  à  la  bdle 
heure  qu^il  est.  En  attendant  qu'ik  viennent,  songez,  si 
vous  voulez,  â  chercher  dans  votre  tête  quelque  nouveau 


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68  GEORGE  DANDIN. 

détour  pour  vous  tirer  de  cette  affaire,  à  inventer  quelque 
moyen  de  rhabiller  vôtre  escapade;  à  trouver  quelque 
b^e  ruse  pour  éluder  ici  les  gens  et  paroitre  innocente  ; 
quelque  prétexte  spécieux  de  pèlerinage  nocturne,  ou 
d'amie  en  travail  d  enfant  que  vous  veniez  de  secourir. 

ANGÉLIQUE. 

Non,  mon  intenrïon  n'est  j,as  de  vous  rien  déguiser.  Je 
ne  prétends  point  me  défen<be  ni  vous  nier  les  choses, 
puisque  vous  les  savez. 

GEORGB    DANDIN. 

C'est  que  vous  voyez  bien  que  tous  les  moyens  vous  en 
sont  fermés^  et  que  dans  cette  affaire  vous  ne  sauriez  in- 
venter d'excuse  qu'il  ne  me  soit  facile  de  convaincre  de 
fausseté. 

ANGÉLIQUE. 

Oui ,  je  confesse  que  j'ai  tort ,  et  que  vous  avez  sujet  de 
vous  plaindre;  mais  je  vous  demande  par  grâce  de  ne 
m  exposer  point  maintenant  à  la  mauvaise  humeur  de 
mes  parents,  et  de  me  faire  promptement  ouvrir. 

GEORGE    DANDIN. 

Je  vous  baise  les  mains. 

ANGÉLIQUE. 

Hé  !  mon  pauvre  petit  mari,  je  vous  en  conjure. 

GEORGE    DANDIN. 

Ah!  mon  pauvre  petit  mari?  Je  suis  votre  petit  mari 
maintenant  parce  que  vous  vous  sentez  prise.  Je  suis  bien 
aise  de  cela;  et  vous  ne  vous  étiez  jamais  avisée  de  me 
dire  de  ces  douceurs. 


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ACTE  III,  SCÈNE  Vin  69 

ANGÉLIQUE. 

Tenez ,  je  vous  promets  de  ne  vous  plus  donner  aucun 
sujet  de  déplaisir,  et  de  me. . . 

GEORGE    DANDIW. 

Tout  ceh  n'est  rien.  Je  ne  veux  point  perdre  cette 
aventure,  et  il  m'importe  qu'on  soit  une  fois  éclairci  à 
fond  de  vos  déportements. 

ANGÉLIQUE. 

De  grâce,  laissez-moi  vous  dire.  Je  vous  demande  un 
moment  d'audience. 

f  EORGE    DANDIN, 

Hé  bien?  quoi? 

ANGÉLIQUE. 

Il  est  vrai  que  j'ai  failli ,  je  vous  Favoue  encore  une  fois  ^ 
et  que  votre  ressentiment  est  juste;  que  j  ai  pris  le  temps 
de  sortir  pendant  que  vous  dormiez,  et  que  cette  sortie 
est  un  rendez-vous  que  j  avois  donné  à  la  personne  que 
vous  dites  :  mais  enfin  ce  sont  des  actions  que  vous  devez 
pardonner  à  mon  âge,  des  emportements  de  jeune  per- 
sonne qui  n'a  encore  rien  vu,  et  ne  fait  que  d'entrer  au 
monde;  des  libertés  où  Ton  s^abandonne  sans  j  penser  de 
mal,  et  qui,  sans  doute,  dans  le  fond  n'ont  rien  de. . . 

GEORGE    DANi)IN. 

Oui,  vous  le  dites,  et  ce  sont  de  ces  choses  qui  ont 
besoin  qu^on  les  croie  pieusement. 

ANGÉLIQUE. 

Je  ne  veux  point  m'excuser  par-là  d'être  coupable  en- 
vers vous,  et  je  vous  prie  seulement  d'oublier  une  offense 


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70  GEORGE  DANDIN. 

dont  je  vous  demande  pardon  de  tout  mon  cœur^  et  de 
m'épargner  en  cette  rencontre  le  déplaisir  que  me  pour* 
roient  causer  les  reproches  fâcheux  de  mon  père  et  de  ma 
mère.  Si  vous  m  accordez  généreusement  la  grâce  que  je 
TOUS  demande,  ce  procédé  obligeant,  cette  bouté  que 
vous  me  ferez  ypir  me  gagnera  entièrement^  elle  touchera 
tout-à-Ëdt  mon  cœur,  et  y  fera  naître  pour  yous  ce  que 
tout  le  pouvoir  de  mes  parents  et  les  liens  du  mariage 
nayoient  pu  y  jeter;  en  un  mot,  elle  sera  cause  que  je 
renoncerai  à  toutes  les  galanteries,  et  n  aurai  de  rattache- 
ment que  pour  yous.  Oui,  je  yous  donne  ma  parole  que 
vousm^allez  yoir  désormais  la  meilleure  femme  du  monde, 
et  que  je  yous  témoignerai  tant  d amitié,  tant  d'amitié, 
que  yous  en  serez  satisfait* 

GEORGE    DANDIN. 

Ah!  crocodile  qui  flatte  les  gens  pour  les  étrangler  1 

ANGÉLIQUE. 

Accordez-moi  cette  fayeur. 

GEORGE  DANDlNé 

Point  d'afiaire,  je  suis  inexorable. 

ANGÉLIQUE. 

Montrez-yous  généreux. 

GEORGE    DANDIN, 


Non. 
De  grâce. 
Point. 


ANGELIQUE. 
GEORGE  DANDIN« 


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ACTE  m,  SCÈNE  VIII.  71 

ANGÉLIQUE. 

Je  TOUS  en  conjure  de  tout  mon  cœur. 

GEOUGE    DANDIIf. 

Non ,  non ,  non.  Je  veux  (jti'ôn  soit  détrompé  de  vous , 
et  que  votre  confusion  éclaté. 

ANGÉLIQTTË. 

Hé  bien!  si  vous  me  réduisez  ait  désespoir,  je  rou^ 
avertis  qu'une  femme  en  cet  état  est  capable  de  tout,  et 
que  je  ferai  quelque  chose  ici  dont  vous  vous  repeûtiirezt^ 

GEORGE   DANDIN. 

Et  que  ferez-vous,  s'il  vous  plaît? 

ANGÉLIQUE. 

Mon  cœur  se  portera  jusqu'aux  extrêmes  résolutions, 
et ,  de  ce  couteau  que  voici ,  je  me  tuerai  sur  la  place. 

GEORGE   DANDIN. 

Ahl  ahl  à  la  bonne  heure. 

ANGÉLIQUE. 

Pas  tant  à  la  bonne  heure  pour  vous  que  vous  vous 
imaginez.  On  sait  de  tous  côtés  nos  diflEérents  et  les  cha- 
grins perpétuek  que  vous  concevez  contre  moi.  Lorsqu  on 
me  trouvera  morte,  il  n'y  aura  personne  qui  mette  en 
doute  que  ce  ne  soit  vous  qui  m'aurez^  tuée  ;  et  mes  parents 
ne  sont  pas  gens  assurément  à  laisser  cette  mort  impunie^ 
et  ils  en  feront  sur  votre  personne  toute  la  punition  que 
leur  pourront  offrir  et  les  poursuites  de  la  justice  et  la 
chaleur  de  leur  ressentiment.  C'est  par-là  que  je  trouverai 
moyem  de  me  venger  de  vous  ;  et  je  ne  suis  pas  la  première 
qui  ait  su  recourir  à  de  pareilles  vengeances ,  qui  n'ait  pas 


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-a  GEORGE  DANDIN. 

fait  difficulté  de  se  donner  la  mort  pbor  perdre  ceux  qui 
ont  la  cruauté  de  nous  pousser  à  la  dernière  extrémité. 

GEORGE   DANDIN. 

Je  suis  votre  valet.  On  ne  s'avise  plus  de  se  tuer  soi- 
même;  et  la  mode  en  est  passée  il  y  a  long-temps. 

ÀNGiLIQUE. 

C'est  une  chose  dont^vous  pouvez  vous  tenir  sûr;  et, 
si  vous  persistez  dans  votre  refus,  si  vous  ne  me  faites  ou- 
vrir, je  vous  jure  que  tout  à  l'heure  je  vais  vous  faire  voir 
jusqu^où  peut  aller  la  résolution  d'une  personne  qu'on 
met  au  désespoir. 

GEORGE    DANDIN. 

Bagatelles  I  bagatelles  l'c'est  pour  me  faire  peur. 

ANGELIQUE, 

Hé  bien  I  puisqu'il  le  faut ,  voici  qui  nous  contentera 
tous  deux,  et  montrera  si  je  me  moque,  (après  avoir  fait 
semblant  de  se  tuer.)  Âh!  c'eo  est  fait!  fasse  le  ciel  que  ma 
mort  soit  vengée  comme  je  le  souhaite ,  et  que  celiii  qui  en 
est  cause  reçoive  un  juste  châtiment  de  la  dureté  qull  a 
eue  pour  moi! 

GEORGE   DANDIN. 

Ouais  I  seroit-elle  bien  si  malicieuse  que  de  s'être  tuée 
pour  me  faite  pendre?  Prenons  un  bout  de  chandelle  pour 
aller  voir. 


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ACTE  III,  scène;  IX.  73 

SCÈNE  IX. 
ANGÉLIQUE,  CLAUDINE. 

ANGÉLIQUE,  àClandine. 

St!  Paix!  Rangeons -nous  chacune  immédiatement 
contre  un  des  côtés  de  la  porte. 

SCÈNE  X. 
ANGÉLIQUE  et  CLAUDINE,  eotrant  dans  ul  ujlisov 

AU  MOMENT  QUE  GEORGE  DANDIN  EN  SORT,  ET  FERMANT 
LA  PORTE  EN  DEDANS;  GEORGE  DANDIN,  UNE  CHAN- 
DELLE A  LA  MAIN. 

GEORGE    DANDIN. 

La  méchanceté  d  une  femme  iroît-elle  bien  josque-là? 

(tenl,  après  ayoir  regardé  partout.)  Il  vi^y  a  personne.  Hé!  je 

m'en  étois  bien  douté;  et  la  pendarde  s'est  retirée,  yoyant 
qu^elle  île  gagnoit  rien  après  moi,. ni  par  prières,  ni  par 
menaces.  Tant  mieux,  cela  rendra  ses  afikires  encore  plus 
mauvaises;  et  le  père  et  la  mère,  qui  vont  venir,  en  ver- 
ront mieux  son  crime,  (après  ayoir  été  à  la  porte  de  sa  maison 
pour  rentrer.)  Ah!  ah!  la  porte  s'est  fermée!  Holà!  oh! 
quelqu'un!  qu'on  m'ouvre  promptement. 


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74  GEORGE  DANDIIT. 

SCÈNE  XL 

ANGÉLIQUE  et  CLAUDINE,  a  tx  fenêtre; 
GEORGE  DANDIN. 

ANGÉLIQUE. 

Comment  I  c'est  toi  I  D'où  viens-ta ,  bon  pendard? 
Est-il  rheure  de  revenir  chez  soi  quand  le  jour  est  près 
de  paroître?  et  cette  manière  de  vie  est-elle  celle  que  doit 
suivre  un  honnête  mari? 

CLAUDINE* 

Cela  est-il  he^n  d'aller  ivrogndr  toufe  la  nuit,  et  de 
laisser  ainsi  toute  seule  une  pauvre  jeune  femme  dans  la 
maison? 

GEORGE   DANDIN. 

Comment?  vous  avez.  • . 

ANGÉLIQUE. 

Va,  va,  traître,  je  suis  lasse  de  tes  déportements,  et  je 
m'en  veux  plaindre  sans  plus  tarder  à  mon  père  et  à  ma 
mère. 

GEORGE    DANDIN. 

Quoi  I  c'est  ainsi  que  vous  osez. . . 


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ACTE  III,  SCÈNE  XII.  75 

SCÈNE  XII. 
M.  DE  SOTENVILLE  et  MADAME  DE  SOTENVILLE, 

EN  DÉSHABILLÉ  DE  NUIT;  COLIN,  PORTANT  UNE  LAN- 
TERNE ;  ANGÉLIQUE  et  CLAUDINE  a  la  fenêtre  ; 
GEORGE  DANDIN. 

ANGELIQUE,  à  M.  et  à  madame  de  Sotenyille. 
Approchez,  de  grâce;  et  venez  me  faire  raison  de 
1  insolence  la  plus  grande  du  monde ,  d(f  n  mari  à  qui  le 
vin  et  la  jalousie  ont  troublé  de  telle  sprte  la  cervelle, 
qu'il  ne  sait  plus  ni  ce  qu'il  dit  ni  ce  qu'il  fait,  et  vous  a 
lui-même  envoyé  quérir  pour  vous  faire  témoins  de  Fex- 
travagance  la  plus  étrange  dont  on  ait  jamais  ouï  parler. 
Le  voilà  qui  revient,  comme  vous  voyez,  après  s^étre  &it 
attendre  toute  la  nuit  :  et ,  si  vous  voulez  Fécouter ,  il  vous 
dira  quil  a  les  plus  grandes  plaintes  du  monde  à  vous 
Ëdre  de  moi;  que,  durant  qu'il  dormoit,  je  me  suis  dérobée 
d'auprès  de  lui  pour  m'en  aller  courir ,  et  cent  autres  contes 
de  même  nature  qu'il  est  allé  rêver. 

GEORGE   DANDIN,  à  part. 

Voilà  une  méchante  carognel 

CLAUDINE. 

Oui,  il  nous  a  voulu  faire  accroire  qu'il  étoit  dans  la 
maison,  et  que  nous  en  étions  dehors  ;  et  c'est  une  folie 
qui]  n'y  a  pas  moyen  de  lui  ôter  de  la  tête. 

M.   DB  SOTENVILLE. 

Comment  !  qu'est-ce  A  dure  cela? 


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yS  GEORGE  DANDIN. 

MADAME    DE   SOTE^KVILLE. 

Voilà  une  furieuse  impudence  (jue  de  nous  envoyer 
quérir? 

GEOJaGE   DANDIN. 

Jamais... 

ANGÉLIQUE. 

Non,  mon  père,  je  ne  puis  plus  souflSrir  un  mari  de  la 
sorte;  ma  patience  est  poussée  à  bout  :  et  il  vient  de  me 
dire  cent  paroles  injurieuses, 

M.   DE  SOTENTILLE,  à  George  Dandîn. 

Gorbleu!  vous  êtes  un  malhonnête  homme! 

CLAUDINE. 

C'est  une  conscience  de  voir  une  pauvre  jeune  femme 
traitée  de  la  Ëiçon  ;  et  cela  crie  vengeance  au  ciel. 

GEORGE   DANDIN. 

Peut-on...? 

M.   DE  SOTENVILLE. 

Allez,  vous  devriez  mourir  de  honte. 

GEORGE   DANDIN. 

Laissez-moi  vous  dire  deux  mots. 

ANGÉLIQUE. 

Vous  n'avez  qu'à  l'écouter,  il  va  vous  en  conter  de 
belles. 

GEORGE   DANDIN,  à  part. 

Je  désespère. 

CLAUniNE. 

n  a  tant  bu,  que  je  ne  pense  pas  quon  puisse  durer 


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ACTE  III,  SCÈNE  XIL  yj 

contre  lui;  et  l'odeur  du  vin  qu'il  souffle  est  montée  jus- 
qu'à nous. 

GEORGE   DAIfDIN. 

Monsieur  mon  beau-père,  je  vous  conjure. . . 

M.    DE   SOTENVILLE. 

Retirez-vous,  vous  puez  le  vin  à  pleine  boucle. 

GEORGE    DANDIK. 

Madame ,  je  vous  prie. . . 

MADAME    DE   SOTENVILLE. 

Fi!  ne  m'approchez  pas,  votre  haleine  est  empestée. 

GEORGE   DANDIN,  à  M.  de  Sotenyille. 
Souffirez  que  je  vous. . . 

M.    DE   SOTENYILLE. 

Retirez-vous,  vous  dis-je  :  on  ne  peut  vous  souflBrir. 

GEORGE  DANDIN,  à  madame  de  Sotenyille. 
Permettez ,  de  grâce ,  que. . . 

MADAME    DE   SOTENVILLE. 

Pouah!  vous  m'engloutissez  le  cœur.  Parlez  de  loin,  si 
VOUS  voulez. 

GEORGE   DANDIN. 

Hé  bien!  oui,  je  parle  de  loin.  Je  vous  jure  que  je  nai 
bougé  de  chez  moi,  et  que  c'est  elle  qui  est  sortie. 

ANGÉLIQUE. 

Ne  voilà  pas  ce  que  je  vous  ai  dit? 

CLAUDINE. 

Vou$  voyez  quelle  apparence  il  y  a. 


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78  GEORGE  DANDIN, 

M.   D£  SOTEiryiLLB,  à  George  Dandio. 

Allez,  VOUS  VOUS  moquez  des  gens.  Descendez,  ma 
fille,  et  Tenez  icL 

SCÈNE    XIIL 

M.  DE  SOTENVILLE,  MADAME  DE  SOTENVILLE, 
GEORGE  DANDIN,  COLIN. 

GEORGE   DAKDIir. 

/atteste  le  ciel  qae  fétois  dans  la  maison,  et  que.  •. 

M.    de   SOTENVILLE, 

Taisez-Tous,  c^est  une  extravagance  <jni  n'est  pas  sup- 
portable. 

GEORGE    DAUDIir. 

Que  la  fondre  m'écrase  tont  à  Heure,  si. . . 

M.    DE  SOTENVILLE. 

Ne  nous  rompez  pas  davantage  la  tète,  et  songez  à  de- 
mander pardon  à  votre  femme. 

GEORGE    DANDIN. 

Moi  !  demander  pardon  ? 

M.   DE  SOTENVILLE. 

Oui,  pardon,  et  sur-le-champ. 

GEORGE   DANDIN. 

Quoi!  je... 

•  M.    DE   SOTENVILLE. 

Corbleu!  si  vous  me  répliquez,  je  vous  apprendrai  ce 
que  c'est  que  de  vous  jouer  à  nous. 

GEORGE   DANDIN. 

Ah  !  George  Dandin  !  ' 


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ACTE  III,  SCÈNE  XIV.  79 

SCÈNE  XIV. 

M,  PE  SOTENVILLE,  MADAME  DE  SOTENVILLE, 
ANGÉUQDE,  GEORGE  DAIÎDIN,  CLAUDINE, 
COLIN. 

M.    DE    SOTENVILLE. 

Allons  y  venez,  ma  fille,  que  votre  mari  vous  demande 
pardon. 

ANGÉLIQUE. 

Moi!  luî  pardonner  tout  ce  qu'il  m'a  dit?  Non,  non, 
mon  père,  il  m  est  impossible  de  m'y  résoudre;  et  je  vous 
prie  de  me  séparer  d'un  mari  avec  lequel  je  ne  saurois  plus 
vivre. 

CLAUDINE. 

Le  moyen  d'y  résister! 

M.    DE   SOTENVILLE. 

Ma  fille,  de  semblables  séparations  ne  se  font  point 
sans  grand  scandale;  et  vous  devez  vous  montrerions  saga 
que  lui ,  et  patienter  encore  cette  fois. 

ANGÉLIQUE. 

Comment I  patienter,  api?ès  de  telles  indignités?  Non , 
mon  père,  c'est  une  chose  où  je  ne  puis  consentir. 

M.    DE   SOTENVILLE. 

Il  le  faut,  ma  fille;  et  c'est  moi  qui  vous  le  commande. 

ANGÉLIQUE. 

Ce  mot  me  ferme- la  bouche,  et  vous  avez  sur  moi  une 
puissance  absolue. 


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8o  GEORGE  DANDIN 

CLAUDINE. 

Quelle  douceur! 

ANGELIQUE. 

n  est  fâcheux  d'être  contrainte  d  oublier  de  telles  in- 
jures; mais,  quelque  violence  que  je  me  &sse^  c'est  à  moi 
de  vous  obéir. 

CLAUDINE. 

Pauvre  mouton  I 

H.   DE  SOTENVILLE,  àAngéli^e. 

Approchez, 

ANGÉLIQUE. 

Tout  ce  que  vous  me  faites  faire  ne  servira  de  rien  ;  et 
VOUS  verrez  que  ce  sera  dès  demaili  à  recommencer. 

M.    DE   SOTENVIU.E. 

Nous  y  donnerons  ordre,  (à  George  Dandin.}  Allons ^ 
mettez-vous  à  genoux. 

GEORGE    DANDJN. 

A  genoux? 

M.    DE  SOTENVILLE. 

Oui;  à  genoux,  et  sans  tarder. 

GEORGE  DANDIN,  à  genoux ,  une  chandelle  II  la  maia. 
(à  part.)    (àM.  de  Sotenville.) 

O  ciel!  Que  Êiut-il  dire? 

M.    DE   SOTENVILLE. 

Madame ,  je  vous  prie  de  me  pardonner. .  • 

GEORGE    DANDIN. 

Madame,  je  vous  prie  de  mc.paidonner... 


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ACTE  III,  SCÈNE  XIV.  81 

M.    DE   SOTENYILLE. 

L'extravagance  <jue  j  ai  faite. . . 

GEORGE   DANDIN. 

L'eztrayaganceque j'ai&ite. . .  (  à  part.  )  devous  épouser. 

M.    DB  SOTENYILLE. 

Et  je  vous  promets  de  mieux  vivre  à  Tavenir. 

GEORGE    DAKDIN. 

Et  je  VOUS  promets  de  mieux  vivre  à  l'avenir. 

M.    DE  SOTSNVILLE,  à  George  Dandln« 

Prenez-y  garde,  et  sachez  que  c'est  ici  la  dernière  de 
vos  impertinences  que  nous  souffirirons. 

MADAME   DE   SOTENVILLE. 

Jour  de  Dieu!  si  voils  y  retournez ,  on  vous  apprendra 
le  respect  que  vous  devez  à  votre  femme ,  et  à  ceux  de  qui 
elle  sort. 

M.    DE   SOTENVILLE. 

Voilà  le  jour  qui  va  paroître.  Adieu. 

(  à  George  Dandiii .  ) 

Rentrez  chez  vous,  et  songez  Ken  à  être  sage. 
(h  madame  de  Sotenyille.  ) 

Et  nous,  m'amour,  allons  nous  mettre  au  lit 


MoLiànB.  5. 


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8a     GEORGE  DANDIN.  ACTE  IH ,  SCÈNE  XV.     . 

■.  SCÈNE   XV. 

GEORGE  DANDIN. 

t 

Ah  !  je  le  quitte  *  maintenant ,  et  je  n  y  vois  plus  de  re- 
mède. Lorscpon  a,  comme  moi,  épousé  une  méchante 
femme,  le  meilleur  parti  qu*on  puisse  prendre,  c'est  de 
s  aller  jeter  dans  Peau  la  tête  la  première. 
I 

■  Je  le  quitte,  pour,  j'y  renonce* 


riN   DB   6EOROB   DANriIT. 


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RÉFLEXIONS 


SCR 


GEORGE  DANDIN. 


Ci'EST  l'unique  fois  que  Molière  a  présenté  une  femme  mariée 
manquant  k  ses  devoirs.  Ce  sujet ,  très-délicat  par  lui-même , 
parut  traité  avec  tant  d'art  et  de  mesure ,  qu'il  n'excita  dé 
scandale,  ni  à  Is^  cour  de  Louis  XIY^  oà  la  pièce  fit  partie 
d'une  fête  célèbre ,  ni  à  la  ville ,  ^oh  elle  fut  jouée  avec  le  plus 
grand  succès.  Dans  le  dix-huitième  siècle  y  un  prétendu  phi- 
losophe, dont  nous  avons  déjà  eu  l'occasion  de  parler  dans 
nos  réflexions  sur  l'Ava&e  ,  s'éleva  contre  le  sujet  de  George 
Danoin  avec  une  austérité  feinte,  et  prétendit  que  Molière 
avoit  attenté  aux  bonnes  mœurs  en  le  développant  sur  la 
scène.  Il  oublîoit  que  lui-même  avoit  composé  des  ouvrages 
bien  plus  répréhensibles ,  et  qu'en  donnant  aux  égarements 
les  plus  condamnables  les.  dehors  de  la  sensibilité  %i  de  la 
vertu,  on  s'expose  plus  à  corrompre  et  à  dépraver  les  cœurs 
que  si  l'on  o&e  sans  détour  le  vice  dans  toute  sa  difformité. 
Quoi  qu'il  en  soit,  voici  les  questions  que  J.  J.  Rousseau  agita 
dans  sa  LFrraE  sua  les  Spectacles. 

«  Quel  est  le  plus  criminel,  dît-il,  d'un  paysan  assez  fou 
fc  pour  épouser  une  demoiselle ,  ou  d'une  femme  qui  cherche 
«  «  déshonorer  son  époux  ?  Que  penser  d'une  pièce  où  le  par- 


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84  REFLEXIO:SS 

<(  terre  applaudit  à  Pinfidélité ,  au  mensonge ,  à  l'impudence 
K  de  celle-ci ,  et  rit  de  la  bêtise  du  manant  puni  ?  » 

Autant  de  mots,  autant  d'erreurs.  Molière  ne  cherche  pas 
quel  est  le  plus  criminel  des  deux  ëpoux;  ce  n'est  point  l'af- 
faire du  théâtre;  il  se  borne  à  exposer  avec  vérité  ce  qui  arrive 
souvent.  Un  paj'san  enrichi  a  trouvé  à  son  goiit  la  fille  d'un 
gentilhomme  de  campagne;  il  l'a  épousée  sans  la  consulter;  et 
les  parents ,  d'accord  avec  lui ,  ont  seuls  (ait  ce  mariage.  Que 
doit-il  attendre,  non-seulement  d'une  alliance  aussi  dispro- 
portionnée, mais  de  la  contrainte  à  laquelle  sa  jeune  femme  a 
été  réduite  ?  Ce  qui  lui  arrive.  Il  sera  obligé  d'essuyer  les  hau- 
teurs des  nobles  parents  qui  Pont  adopté  en  le  méprisant ,  et 
de  soufirir  patiemment  les  désordres  d'une  femme  dont  il  n*a 
jamais  été  aimé ,  et  qu'il  a  épousée  malgré  elle.  Ne  mérite- 1- il 
pas  son  sort?  Peut-on  taxer  de  simple  sottise  la  vanité  d'un 
paysan  qui  a  voulu  s'unir  à  une  demoiselle ,  et  qui  n'a  pas  eu 
la  précaution  de  s'assurer  de  son  aveu?  Cette  vanité  ridicule, 
ce  défaut  de  délicatesse,  ne  sont-ils  pas  la  cause  principale  de 
presque  tous^  les  mauvais  mariages  ?  Ne  doivent-ils  pas  être 
considérés  comme  des  vices  contraires  k  la  société  et  à  la  mo- 
rale? Et  peut -on  trouver  mauvais  que  Molière  en  ait  déve- 
loppé les  suites  funestes? 

Le  grand  écueil  du  sujet  éloitle  rôle  d'Angélique  :  si  l^^o- 
lièrc  i'eût  peinte  avec  les  charmes  qu'il  se  plaît  à  répandre  sur 
les  jeunes  personnes  qu'il  met  en  scène,  on  auroit  pu  le  blâ- 
mer; mais  il  suit  une  route  différente  :  le  parterre  n'applaudit 
pas ,  comme  le  croit  Rousseau ,  à  l'infidélité  et  au  mensonge. 
Le  moment  où  Angélique  auroit  pu  être  très-intéressante,  est 
celui  où  elle  répond  à  George  Dandin  qui  lui  fait  des  re- 
proches sur  sa  conduite ,  et  qui  lui  rappelle  la  foi  qu'elle  lui  a  ^ 
jdrce  :  «  Moi,  dit-elle,  je  ne  vous  l'ai  pas  donne e  de  bon  cœÛr, 


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SUR  GEORGE  DANDIN.  85 

«  vous  me  l'avez  arrachde.  M'avez-vous,  avant  le  mariagC) 
a  demandé  mon  consentement ,  et  si  je  voulois  bien  de  vous?  » 
Ici  Molière  auroit  pu  s'étendre  beaucoup ,  comme  n'auroient 
pas  manqué  de  faire  plusieurs  auteurs  modernes,  et  Rousseau 
lui-même  :  il  auroit  pu  présenter  Angélique  comme  une  vic- 
time de  la  tyrannie  de  ses  parents,  justifier  sa  foiblesse,  et 
montrer  que  des  passions  fortes  sont  une  excuse  suffisante  pour 
toutes  les  fautes;  mais  il  est  loin  d'en  agir  ainsi  :  Angélique 
continue  gaîment,  dit  qu'à  son  âge  elle  veut  s'amuser  et  vivre 
dans  le  monde  ;  et  rendez  grâce  au  cUt,  ajoute-t-elle,  </«  ce  que  je 
ne  suis  pas  capable  de  quelque  chose  de  pis»  Le  reste  de  SOn  rôle  est 
sur  le  même  ton  :  elle  n'intéresse  jamais  ;  et  si  Ton  rît  des  sot- 
tises et  des  humiliations  de  George  Dandifi,  on  ne  peut  ap- 
plaudir au«  ruses  de  sa  femme.  En  efiet,  ses  justifications 
n'annoncent  ni  délicatesse,  ni  esprit;  elle  profite  de  la  foiblesse 
de  son  mari  et  de  la  crédulité  de  ses  parents  pour  nier  avec 
impudence  des  faits  avérés  :  die  ne  cherche  pas  à  tromper 
George  Dandin  ;  elle  ne  veut  que  l'asservir.  Gomment  donc 
Rousseau  a-t-il  pu  trouver  que  le  parterre  devoit  applaudir  à 
une  telle  femme  ?  Il  n'a  pas  senti  que  ce  rôle ,  dont  les  diffi- 
cultés paroîtroient  insurmontables ,  si  le  génie  de  Molière  ne 
les  eût  pas  aplanies,  est  dans  la  plus  jujite  mesure,  et  qu'il 
oSie  le  premier  exemple  au  théâtre  d'une  femme  qui  trompe 
un  homme  sans  avoir  le  public  de  son  côté.  G  est  un  effort  de 
l'art  qui  ne  nous  frappe  pas  assez,  parce  qu'il  paroît  rentrer 
dans  la  nature  du  sujet. 

Les  autres  rôles  sont  parfaitement  appropriés  à  l'action. 
M.  et  madame  de  Sotenville  présentent  la  peinture  fidèle  des 
nobles  campagnards  du  dix -septième  siècle.  Leur  orgueil, 
leur  morgue,  leur  simplicité ,  donnent  lieu  à  une  multitude 
de  traits  comiques.  Lés  indiscrétions  de  Lubin  rappellent 


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86  RÉFLEXIONS 

quelquefois  celles  d'Horace  dans  l'École  des  Femmes  :  mais 
la  situation  est  absolument  différente;  et  l'indiscret  a  un  tout 
autre  caractère  que  celui  de  l'amant  d'Agnès.  On  a  prétendu 
mal  à  propos  que  ce  rôle  de  Lubin  avoit  servi  de  modèle 
aux  paysans  si  souvent  employés  dans  les  pièces  de  Dan- 
court.  On  s'est  trompé.  Le  comique  de  cet  auteur  consiste  à 
leur  donner  beaucoup  d'esprit  et  de  finesse  sous  l'apparence 
de  la  niaiserie.  L'intention  de  Molière ,  dans  ce  rôle  y  n'a  pas 
été  la  même  :  il  a  peint  au  contraire  un  paysan  qui  se  croit  de 
l'esprit  et  qui  n'en  a  point ,  dont  toutes  les  ruses  échouent,  et 
dont  l'indiscrétion  est  un  obstacle  continuel  aux  projets  de 
son  maître. 

Il  n'y  a  point  de  pièce  de  Molière  où  la  naïveté  des  bour- 
geois du  dix-septième  siècle  soit  plus  franche  et  plus  gaic^Le 
rôle  de  George  Dandin  fourmille  de  traits  qui  lui  sont  arrachés 
par  sa  situation,  et  qui  peignent  ce  mélange  de  bonhomie  et 
d'égoîsme  qui  distinguoit  cette  classe.  En  général ,  dans  cette 
pièce,  qu'on  affecte  aujourd'hui  de  dédaigner,  on  ne  trouve 
pas  un  mot,  pas  un  incident  qui  ne  soit  du  comique  le  plus 
naturel  et  le  plus  fort. 

Deux  nouvelles  de  Bocace  ont  fourni  à  Molière  l'idée  de 
cette  comédie ,  dont  tous  les  détails  lui  appartiennent. 

Le  fond  du  sujet  est  pris  de  la  huitième  nouvelle  de  la  sep- 
tième journée  du  Décaméron.  Arriguccio  Berlinghièri ,  riche 
marchand,  a  épousé  une  demoiselle  noble,  appelée  Sismonde  : 
cette  jeune  femme  a  un  amant  qu'elle  reçoit  la  nuit.  Arriguccio 
s'aperçoit  de  leur  intelligence^  et  sort  pour  attaquer  l'amant 
dans  la  rue.  Sismoude  profite  de  son  absence ,  et  fait  mettre 
une  servante  à  sa  place  dans  sou  lit.  Le  mari  rentre,  bat  cette 
fille,  croyant  battre  Sismonde,,  lui  coupe  les  cheveux,  et  va 
chercher  les  parents  de  sa  femme*  Aussitôt  celle-ci  renvoie  la 


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SUR  GEORGE  DANDIN.  87 

servante  9  et  attend  tranquillement  son  mari  y  qui  revient  très- 
irritë  :  il  est  accompagne  de  la  mère  de  Sismonde;  et  quel  est 
son  étonnementy  au  moment  où  il  croit  pouvoir  couvrir  sa 
femme  de  honte,  de  la  tj^ouver  avec  ses  cheveux  et  sans  contu- 
sion! Elle  Taccuse  hardiment  d'être  un.  ivrogne ,  un  libertin , 
et  d'avoir  y  dans  son^vresse,  maltraite  une  autre  femme  :  elle 
ajoute  qu'elle  lui  pardonne,  et  prie  généreusement  sa  mère 
d'avoir  la  même  indulgence.  La  mère  fait  grand  bruit*.  '  .'«Par 
cela  croix  de  notre  Seigneur^  s'ëcrie-t-elle ,  il  est  indigne  de 
«  cette  grâce  i  au  contraire,  il  faudroit  faire  périr  sous  le  bâton 
ce  cet  animal  ingrat  et  orgueilleux.  Jamais  il  ne  fut  digne  d'a- 
ce voir  une  femme  de  ta  naissance  et  bcUe  comme  toi.  H 
«  pourroit  se  conduire  ainsi,  s'il  favoit  prise  dans  la  lie  du 
ce  peuple,  etc.»  Cette  femme  furieuse  raconte  aux  frères  de 
Sismonde  l'outrage  qu'elle  a  reçu  :  ils  maltraitent  Arriguiîcio, 
et  lui  font  promettre  de  n'être  plus  jaloux. 

Le  dénoûment  de  George  Dajïdin  a  de  grands  rapports 
avec  celui  de  la  quatrième  nouvelle  de  la  même  journée. 
Ghita,  femme  de  Tofano^  a  un ^ amant  :  son  mari,  jaloux,  la 
surveille  de  très-près.  Malheureusemetit  pour  lui,  il  a  l'habi- 
lude  de  s'enivrer  à  Tentrée  de  la  nuit;  et  sa  femme  profite  de 
ce  moment  pour  aller  voir  celui  qu'elle  aime.  Cependant, 
ayant  conçu  quelques  soupçons,  il  se  ménage,  et  feint  un  soir 
d'être  plus  ivre  que  de  coutume.  Gl^ta  sort;  il  ferme  aussitôt 
la  porte,  et  se  met  à  la  fenêtre  pour  attendre  son  retour.  Elle 
revient ,  fait  de  vains  efibrts  pour  entrer  chez  elle ,  et  soo  mari 


'  Alla  ciFoce  d*Iddio  figliuola  mia,  cotesto  non  si  vorrebbe  toie^  anâ  si 
Torrebbe  uœidere  questo  can  Êutidioso  e  scoooscente  cbe  egli  nonne  fil 
degno  dliavere  aua  figliuola  fatta  corne  se*  tu.  Fraie  Lene  tta,  basterebbt 
k'egli  t*l:aresse  ricolta  del  faDgo,  etc. 


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88  RÉFLEXIONS 

lui  parle  ainsi  :  '  «  Vous  vous  fatiguez  inutilement ,  madame  ; 
(f  vous  ne  pouvez  rentrer.  Retournez  dans  Pcndroit  d'où  vous 
((  venez;  et  soyez  sûre  que  je  ne  vous  laisserai  pas  reparoîtrc 
c(  ici,  avant  qu'en  présence  de  vos  parents  et  des  voisins,  j'aie 
«  dévoilé  vos  actions,  et  que  vous  en  ayez  retiré  la  récom- 
((  pense  qu'elles  méritent.»  Ghita,  absolument  dan^  la  même 
situation  qu'Angélique,  conjure  son  mari  de  lui  ouvrir,  en  lui 
faisant  les  plus  belles  promesses  :  il  est  inflexible ,  comme 
George  Dandin.  Enfin  elle  a  recours  aux  menaces  :  «  Si  vous  ne 
«  m'ouvrez  pas^Jui  dit-elle,  je  vous  rendrai  l'homme  le  plus 
«  malheureux  qui  existe. — Et  que  pouvez-vous  me  faire?  ré- 
<(  pliquo-t-il.  —  Avant ,  poursuit-elle ,  de  supporter  la  honte 
c(  dont  vous  voulez  me  couvrir ,  je  me  jetterai  dans  le  puits 
«  qui  est  près  d'ici.  Quand  on  m'y  trouvera  morte,  personne 
«  ne  doutera  que  dans  un  moment  d'ivresse  vous  ne  m'y  ayez 
«  jetée.  Alors  il  faudra  fuir,  et  perdre  tout  ce  que  vous  avez, 
«  ou  plutôt  on  fera  tomber  votre  tête  sur  l'échafaud  ;  et  vous 
c(  mériterez  ce  supplice,  comme  mon  assassin.  »  Tofano,  ne  la 
croyant  pas  capable  de  cette  résolution ,  persiste  dans  son  re- 

K  Donna,  ta  ti  &tîclii  in  vano ,  percio  che  qua  entro  non  potrai  tu  ter- 
nare.  Ya,  toroati  là  dove  infino  adliora  se'  stata,  et  habbi  par  cerio  che  eu 
non  ci  tornerai  mai  infino  a  tanto  che  io  di  questa  cosa,  in  presenza  de* 
parenti  tuoi  e  de'  vicini  te  n'havro  fatto  quello  honore  che  ti  9  conviene. 
La  donna. . ,  —  Se  tu  non  m'apri ,  io  ti  faro  il  più  tristo  hnom  che  viva.  A 
cm  ToÊmo  rispose.  E  che  mi  puoi  tu  &re? — îïmanzi  ch'io  vogUa  soffifrire 
la  vergogna  che  tu  mi  vuoi  fare  ricerere  a  toito,  io  mi  gilterô  in  quesito 
pozzo,  che  qui  è  vicino,  nel  quale  essendo  poi  trovata  morta ,  niona  per- 
«ona  sarà  che  creda  che'altri  che  tu  per  ebhrezza  mi  v'habbia  gittata,  e 
o  ti  converrà  fiiggire  e  perder  cio  che  tu  hai  e  «sere  in  bando,  o  con- 
verràche  ti  sia  tagliata  la  testa  siccome  a  micidial  di  me ,  che  tu  veramente 
sarai  stato. — Hor  ecco  10  non  posso  più  soffiire  qnesto  luo  Êutidio.  Dio  il 
li  perdoni,  etc. 


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SUR  GEORGE  DANDIN.  89 

fus.  a  Allons,  dit-elle,  je  ne  peux  plus  souffrir  tant  de  mépris, 
<t  je  prie  Dieu  qu'il  tous  pardonne  ma  mort.  »  A  ces  mots,  elle 
j3tle  une  très -grosse  pierre  dans  le  puits,  en  s'écriant  : 
<f  O  Dieu,  pardonnez-moi.  »  Tofano,  trompé  par  le  bruit  de 
la  pierre ,  croit  que  sa  femme  se  noie  ;  i|  sort  pour  aller  à  son 
secours.  Ghita  rentre  précipitamment ,  ferme  la  porte ,  se  met 
à  la  fenôtre,  et  fait  mille  reproches  à  son  mari  :  elle  le  traiic 
d'ivrogne  et  de  libertin.  Les  voisins  accourent;  elle  leurraconie 
en  pleurant  que  son  mari  passe  les  nuits  à  boire  hors  de  sa 
maison,  et  demande  ce  qu'on  penseroit,  si,  comme  lui,  elle 
étoit  dans  la  rue  à  une  pareille  heure.  Les  parents  de  Ghiîa 
arrivent;  et  le  mari,  battu,  maltraite  par  eux ,  est  oblige  de 
demander  pardon  à  sa  femme. 

On  voit  que  Molière  a  beaucoup  profité  de  cette  nouvelle 
pour  le  dénoûment  de  George  Dandiit.  Il  a  même  employé 
presque  tout  le  dialogue  de  Bocace.  Il  ne  faut  pas  conclure 
de  ces  emprunts  qu'il  ait  eu  moins  de  mérite  que  s'il  eût  in- 
?euté  le  sujet  et  le  dénoûment  de  la  pièce.  «Je  prie  les  con- 
te noisseurs,  dit  Riccoboni,  en  oubliant  un  instant  George 
aDANDiN  pris  de  deux. contes  de  Bocace,  de  lire  ces  contes, 
<(  et  de  juger  après  s'il  est  aisé  ou  s'il  est  possible  d'en  faire 
xc  une  comédie.  Je  suis  sûr  qu'ils  diront  que  non.  Si  quelque 
«  bel  esprit  le  trouve  facile ,  je  lui  donnerai  à  choisir  le  conte 
«  qu*il  voudra  mettre  sur  le  théâtre ,  et  je  gagerai  d'avance 
<(  qu'il  n'en  viendra  pas  à  bout.  »  Le  génie  de  Molière  se 
montre  principalement  dans  son  aptitude  à  tirer  parti  de  tous 
les  sujets,'  à  leur  donner  une  forme  dramatique,  et  un  but 
moral  dont  on  ne  les  auroit  pas  crus  susceptibles. 

La  relation  ofHcielle  de  la  fête  qui  eut  lieu  pour  la  paix 
de  1 668  est  placée  à  la  fin  de  ce  volume.  On  lira  avec  inté- 
lit  cotte  relation,  qui  donne  une  idce  de  .'a  magnificence  de 


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90       RÉFLEXIONS  SDR  GEORGE  DANDDÎ. 

Louis  XIV.  On  7  voit  que  la  pièce  de  Molière  en  fut  un  des 
principaux  ornements  :  elle  of&e  en  outre  les  intermèdes  que 
l'auteur  avoit  joints  à  sa  comëdie>  afin  de  rendre  le  spectacle 
plus  varie  et  plus  agréable. 


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MONSIEUR 

DE  POURCEAUGNAC, 

COMÉDIE-BALLET 

EN  TROIS  ACTES  ET  EN  PROSE, 

Représentée  à  Ghambord,  le  6  octobre  1669;  et  à  Paris,  sur  le 
théAtru  du  Palais-Rojal ,  le  1 5  norembre  de  la  même  année. 


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PERSONNAGES  DE  LA  COMEDIE. 

MONSIEUR  DE  POURCEAUGNAC. 

ORONTE,  père  de  Julie. 

JULIE,  mie  d'Oronte. 

ÊRASTE,  amant  de  Julie. 

NËRINE,  femme  d'intrigue,  feinte  Picarde. 

LUCETTE,  feinte  Languedocienne. 

SBRIGANI,  Napolitain,  homme  d'intrigue. 

PREMIER  MÉDECIN. 

SECOND  MÊDECIJV. 

UN  APOTHICAIRE, 

UN  PAYSAN. 

UNE  PAYSANNE. 

PREMIER  SUISSE. 

SECOND  SUISSE. 

UN  EXEMPT. 

DEUX  ARCHERS. 

PERSONNAGES  DU  BALLET. 

UNE  MUSICIENNE. 
DEUX  MUSICIENS. 
TROUPE  DE  DANSEURS. 

D2LX  MAÎTRES  A  DANSER. 

DEUX  PAGES  dansants. 

QUATRE  CURIEUX  DE  SPECTACLES  dansants. 

DEUX  SUISSES  dansants. 
DEUX  MÉDECINS  GROTESQUES. 
MATASSINS  dansants. 


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9Î  PERSONNAGES. 

DEUX  AVOCATS  chantants. 
DEUX  PROCUREURS  dansants. 
DEUX  SERGENTS  dansants. 
TROUPE  DE  MASQUES. 

UNE  ÉGYPTIENNE  chantante. 

UN  ÉGYPTIEN  chanunt. 

UN  PANTALON  chantant. 

CHOEUR  DE  MASQUES  chantants. 
SAUVAGES  dansants. 
BISCAYENS  dansants. 


La  icéne  est  à  Paris. 


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MONSIEUR 

DE  POURCEAUGNAC. 

ACTE  PREMIER. 


SCÈNE  I. 

ÉRASTE;  UNE  MUSICIENNE,  DEUX  MUSICIENS, 
CHAKTAHTS)  PLUSIEURS  AUTRES,  totjakt  des 
rasTRUMENTs;  TROUPE  DE  DANSEURS. 

ÉRASTE^  aux  musiciens  et  aux  danseurs. 
Suivez  les  ordres  qne  je  vous  ai  donnés  pour  la  sérénade. 
Pour  moi,  je  me  retire,  et  ne  veux  point  paroître  ici. 

SCÈNE  IL 

UNE  MUSICIENNE;  DEUX  MUSICIENS,  chantants; 
PLUSIEURS  AUTRES,  jouant  des  instruments: 
TROUPE  DE  DANSEURS. 

(Cette  sérénade  est  composée  de  chants,  d'instruments,  et  de  danses.  Les 
paroles  qui  s'j  chantent  ont  rapport  à  la  situation  ou  Êraste  se  trouve 
ivec  Julie ,  et  expriment  les  sentiments  de  deux  amants  qui  sont  tra- 
Tersés  dans  leur  amour  par  le  caprice  de  leurs  parents.  ) 

USE    MUSICIESVE. 

Répasds ,  charmante  nuit,  répands  sur  tous  les  jeux 
De  tes  pavots  la  douce  violence , 


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9«  M.  DE  POURCEAUGNAC 

Et  ne  laisse  yeiller  en  ces  aimables  lieux 
Que  les  cœurs  que  l'Amour  soumet  à  sa  puiisanoe^ 
Tes  ombres  et  ton  silence, 
Plus  beaux  que  le  plus  beau  jour, 
Offrent  de  doux  mom«pts  à  soupirer  d'amour. 

PBEMISE    MUftlCIEN. 

•Que  soupirer  d'amour 
Est  une  douce  chose , 
Quand  rien  k  nos  yœux  ne  s'oppose  ! 
A  d'aimables  penchants  notre  cœur  nous  dispose; 
Mais  on  a  des  tjrans  à  qui  l'on  doit  le  jour. 
Que  soupirer  d'amour 
Est  une  douce  chose , 
Quand  rien  à  nos  yœux  ne  s'oppose  ! 

SECOND   MUSICIES. 

Tout  ce  qu'à  nos  yœux  on  oppose 
Contre  tin  parfait  amour  ne  gagne  jamais  rien  : 
Et  pour  yaincre  toute  chose 
Il  ne  faut  que  s'aimer  bien. 

TOUS    TBOIS    ENSEMBLE. 

Aimons-nous  donc  d'une  ardeur  étemelle  ; 
Les  rigueurs  des  parents ,  la  contrainte  cruelle  ^ 
L'absence ,'  les  trayaux ,  la  fortune  rebelle , 
Ne  font  que  redoubler  une  amitié  fidèle. 
Aimons-nous  donc  d'une  ardeur  étemelle  ; 
Quand  deux  cœurs  s'aiment  bien» 
Tout  le  reste  n'est  rien. 

PREMIÈRE  ENTRÉE  DE  BALLET. 

(  Dansé  'de  deux  maîtres  à  danset.  ) 

DEUXIÈME  ENTRÉE  DE  BALLET, 

(  Danse  de  deux  pages. } 


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ACTE  I,  SCÈNE  II.       97 

TROISIÈME  ENTRÉE  DE  BALLET. 

(Quatre  curieax  de  spectacles  »  qui  ont  pris  quei*elle  pec'dant  la  danse  des 
deux  pages  y  4u>Mnt  en  èe  batunt  Tépëe  à  4a  main.  ) 

QUATRIÈME  EIïtRÊE  DE  BALLET. 

(Deux  Suisses  séparent  les  quatre  ôombatUnts,  et,  après  les  avoir  mis 
d'accord ,  dansent  àrec  eux.) 

SCÈNE    IIL 

JULIE,  ÈRA5TÉ,  NÉRINE. 

iuLifi. 
Mon  Dieul  Éraste,  gardons  d'être  surpris,  ie  tremble 
qu'on  ne  nous  voie  ensemble;  et  tout  seroit  perdu,  après 
la  défense  que  Vàn  ài'a  lâîté. 

ERAST^. 

Je  regardé  de  tàu^  côtés,  et  je  n'aperçois  rieti. 

JULIE,  àNérine. 

Aie  aussi  fœil  au  guet,  Nériile;  et  prends  bien  garde 
qu'il  ne  vieàne  personne. 

NÉRINE,  se  retirant  clans  le  lond  du  théàti'e; 

Reposez-Vous  sUr  mbi,'  et  dîtes  hardinient  ce  que  vous 
avez  à  Vous  dil'e. 

ixjî.iEÎ. 

Avez-vous  imaginé  pour  notre  affaire  quelque  chose 
de  fevorable?  et  croyez-vous,  Éraste,  pouvoir  venir  à 
bout  de  détourner  ce  fâcheux  mariage  que  mon  père  s  est 
mis  en  têtd? 

ERASTE. 

Au  moins  y  travailtotis-nous  forteihent;  et  déjà  nous 
MoLikRC.  5*  ;7 


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y8  M.  DE  POURCEAUGNAC- 

avons  préparé  un  bon  nombre  de  batteries  poti^  renverser 
ce  dessein  ridicule. 

•  N  £  RI  N  £  9  accDuvant  »  Julit» 

Par  ma  foi ,  voilà  votre  père* 

JULIE. 

Ah  !  séparons-nous  vite. 

NÉRÎNE* 

Non,  non,  non,  ne  bougez;  je  m^étoîs  trompée. 

JUtlE. 

Mon  Dieu!  Nérine,  que  tu  es  sotte  de  nous  donner  de 
ces  frayeurs! 

ÉRASTE. 

Ouij  belle  Julie,  nous  avons à-essé  pour  cela  quantité 
de  machines;  et  nous  ne  feignons  point  de  mettre  tout  en 
usage,  sur  la  permission  que  vous  m'avez  donnée.  Ne 
nous  demandez  point  tous  les  ressorts  que  nous  ferons 
jouer,  vous  en  aurez  le  divertissement;  et,  comme  aux 
comédies,  il  est  bon  de  vous  laisser  le  plaisir  de  la  surprise, 
et  de  ne  vous  avertir  point  de  tout  ce  qu'on  vous  fera  voir  : 
c'est  assez  de  vous  dire  que  nous. avons  en  main  divers 
stratagèmes  tout  prêts  à  produire  dans  Foccasion,  et  que 
l'ingénieuse  Nérine  et  l'adroit  Sbrigani  entreprennent 
l'afiaire. 

KÉRINÊ» 

Assurément.  Votre  père  se  moque-t-îl,  de  vouloir  vous 
auger  '  de  son  avocat  de  Limoges ,  nionsieur  de  Pourcéau- 

*  Jnger,  pour»  ckarjgerj  embarrasser^ 


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ACTE  îj  SCÈNE  lIL  99 

gnac  j  qu'il  n'a  vu  de  sa  vie ,  et  qui  vient  par  le  côcké  vous 
enlever  j  à  notre  barbe?  Fàut-il  cjue  trois  ou  quatre  mille 
éôus  de  plusj  sur  la  parole  dé  vôtre  oncle  ^  lui  faésent 
réjeter  un  amant  qui  vous  agrée?  et  une  personne  comme 
vous  est-elîe  faite  pour  un  Limôsin?  S'il  a  envie  de  se  ma- 
rier, que  ûe  prend-il  une  Lîmosine,  et  ne  laissé-t-il  en 
repos  les  chrétieùs?  Le  seul  nom  d#  monsieur  de  Pbur- 
ceaugnac  m'a  misé  dans  une  col^e  efitoyable.  J'enrage  de 
monsieui'  de  PoiirceaugnaCi  Quand  il  n'y  àuroit  que  ce 
nom-là^  moiisîeur  de  Pourceaugnac>  jy  brûlerai  mes 
livres,  ou  je  romprai  ce  mariage,  et  vous  ne  iseréz  point 
madame  de  Pourceaugnac.  Pourceattgnac  !  (îela  se  peut-il 
souffrir?  Non,  Pourceaugnac  est  une  cbo^e  que  je  ne  sau- 
rois  Supporter;  et  nous  lui  jouerons  tant  de  piècei^,  nous 
lui  ferons  tatit  de  niches  sur  niches ,  que  nous  renvoierotis 
à  Limoges  monsieur  de  Pôurceaùgnaiî. 

ÉRASTE. 

Voici  notre  iubtil  Napolitain  j  qui  nbus  dira  des  nou- 
velles* 

Sgèn.è  ÎY. 
jtjlïej  éraste,  sbrigani,  nerinè 

SBRIGAKt. 

MoN^lÉtJil^  Votre  tomme  arrivé.  Je  l'ai  Vu  à  trois  lieues 
dlcï,  où  a  couché  le  coche;  ét^j  dans  la  cuisiné ,  o^iilest 
descendu  pour  déjeuner,  je  l'ai  étudié  Utlé  bonne  grosse 
demUieure ,  et  je  le  sais  déjà  car  cœuïi  I*our  sa  figure ,  je 
ne  veux  point  vous  en  parler;  vous  verrez  de  quel  air  la 


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100  M»  DE  POORCEAUGNAC. 

nature  Fa  dessiné  ^  et  si  rajustement  qui  l'accompagne  y 
répond  comme  il  faut  :  mais  pour  son  esprit,  je  vous  aver- 
tis par  avance  qu'il  est  des  plus  épais  qui  se  fassent;^  que 
nous  trouvons  en  lui  une  matière  fout-à-fait  disposée  pour 
ce  que  nous  voulons ,  et  qu'il  est  homme  enfin  à  donner 
dans  tous  les  panneaux  *  qu'on  lui  présentera. 

^         ÉRASTE. 

Nous  dis-tu  vrai? 

sbrigànL 
Oui  5  si  je  me  connois  en  gens. 

NÉRINE. 

Madame,  voilà  un  illustre.  Votre  affaire  nepouvoît  étr« 
mise  en  de  meilleures  mains,  et  c'est  le  héros  de  notre 
siècle  pour  les  exploits  dont  il  s'agit  ;  un  homme  qui  vingt 
fois  en  sa  vie,  pour  servir  ses  amis,  a  généreusement 
affronté  les  galères;  qui,  au  péril  de  ses  bras  et  de  ses 
épaules,  sait  mettre  noblement  à  Sn  les  aventures  les  plus 
difficiles ,  et  qui ,  tel  que  vous  le  voyez ,  est  exilé  de  son 
pays  pour  je  ne  sais  combien  d'actions  honorables  qu'il  a 
généreusement  entreprises. 

SBRIGANI. 

Je  suis  con^  des  louanges  dont  vous  m'honorez  5  et  jd 
pourrois  vous  en  donner  avec  plus  de  justice  sur  les  mer- 
veilles de  votre  vie,  et  principalement  sur  la  gloire  que 
vous  acquiteâr,  lorsqu'avec  tant  d'hoiinêteté  votïs  pipâtes 
au  jeu,  pour  douze  mille  écus,  ce  jeune  seigneur* étranger 

'  Donner  dans  les  panneaua:^  expression  proverbiale  tirée  de  la 
ohassci  On  tend  des  panneaux  ou  lacets  aux  lapins ,  etc» 


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ACTE  I,  SCÈNE  IV.  loi 

que  Ton  mena^ chez  vous;  lorsque  vous  fites  galamment 
ce  &UX  contrat  qui  ruina  toute  une  famille  ;  loi*squ^avec 
tant  de  grandeur  d'âme  vous  sûtes  nier  le  dépôt  qu'on 
vous  avoit  confié,  et  que  si  généreusement  on  vous  vit 
prêter  votre  témoignage  à  faire  pendre  ces  deux  personnes 
qui  ne  Favoient  pas  mérité. 

Ce  sont  petites  bagatelles  qui  ne  valent  pas  qu'on  en 
parle  ;  et  vos  éloges  me  font  rougir. 

SBRIGANI. 

Je  veux  bien  épargner  votre  modestie;  laissons  cela; 
et ,  pour  commencer  notre  afikire ,  allons  vite  joindre 
notre  provincial,  tandis  que  de  votre  côté  vous  nous 
tiendrez  prêts  au  besoin  les  autyes  acteurs  de  la  comédie. 

ÉRASTE. 

Au  moins j  madame,  souvenez-vous  de  votre  rôle;  et, 
pour  naieux  couvrir  notre  jeu ,  feignez ,  comme  on  vous  a 
dit,  d'être  la  plus  contante  du  monde  des  résolutions  de 
votre  père. 

JULIE. 

SU  ne  tient  qu'à  cela ,  les  choses  iront  à  merveille. 

ÉRASTE. 

Mais,  belle  Julie,  si  toutes  nos  machines  venoient  à  ne 
pas  réussir? 

JULIE. 

Je  déclarerai  à  mon  père  mes  véritables  sentiments. 

ÉRASTE. 

El  si  contre  vos  sentiments  il  s'obstinoit  i  son  dessein? 


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iQ2^        M,  DE  pourcï;augp^ac. 

Je  le  menacerois  de  me  jeter  dans  un  cquyeiit, 

KKASTE, 

Mais  si  malgré  touj  cela  il  voflloif  yP^.  fo^Cei^  ^  ^ 
mariage? 

JULIE. 

Que  VQ^lez-vous  <jue  je  vous  dise? 
Ce  (jue  je  veux  que  vous  me  disiez  \ 

^UL|E, 

Qui. 

Çc  qu'on  dit  quand  on  ^ime  bieàiy 

JULIE, 

Mais  quoi? 

iRAST^. 

Que  rien  ne  pourra  vous  contraindrp,  et  que,  malgré 
tous  les  efforts  d W  père ,  vous  me  promette?  d'êtye  à  qioi, 

JU^IE, 

Mon  Dieu!  Érî^çte,  contentez^yous  de  ce  que  je  feis 
maintenant,  et  n'allez  point  tenter  sur  l'avenir  les  résolu^ 
tjons  de  mon  cœu?;  n^  fatiguez  point  n^on  devoir  pa^-  les 
propositions  d'une  fâcheuse  ei^trémité  dont  peut-être 
p'auroDÇ-nous  pas  besoin;  et,  sll  y  faut  venir,  sQufBrez 
^i;  mc^ins  que  fy  3ois  entraînée  par  la  suite  des  choses. 

ÉRASTE. 

Hé  bien!... 


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ACTE  I,  SCÈNE  IV.  ip3 

SBRIGAiri. 

Ma  foi ,  voici  notre  homme  ;%ongeoii$  à  noii5. 

NÉRINB*  • 

Ab  !  comme  U  est  bâti  I 

^    SCÈNE  V, 
M.  DE  POURCEAUGNAC,  SBRIGANI. 

H.   DE   POURGEAUGlTi.Cp  se  retournant  du  côté  doù  ii  est 
venu ,  et  parlant  à  des  gens  qui  le  suivent. 

Hé  bien?  quoi?  qu est-ce?  qu'y  a-t-il?  Au  diantre 
soient  la  sotte  ville  et  les  sottes  gens  qui  y  sont!  Ne  pou- 
voir faire  un  pas  sans  trouver  des  nigauds  qui  vous  re- 
gardent et  se  mettent  i  rireî  Hél  messieurs  les  badauds, 
faites  vos  affaires,  et  laissez  passer  les  personnes  sans  leur 
rire  au  nez.  Je  me  donne  au  diable ,  si  je  ne  baille  un  coup 
de  poing  au  premier  que  je  verrai  rire. 

s B  R {  6  AK I ,  parlant  ûux  nêmeB  peivionnes. 

Qu'est-ce  que  c'est,  messieurs?  que  vewl  <ttrc  cela?  A 
qui  en  avez-vous?  Faut^ii  é^  moquer  ainsi  des  honnêtes 
étrangers  qui  arrivent  ici? 

M.  DE   PdUR6JI4rGNAG. 

Voilà  un  homme  raisonnable,  celiri-là. 

sBri^aA. 
Quel  procédé  «st  le  vôtrci  Et  «p'avez-^ous  à  rire  ? 

M,    DE   PeURGEAVONAa 

Fort  bien. 

SBRIGÀiri. 

Monsieur  a-t-5!  quelque  d|o«e  de  jrutcttle  en  a^? 


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io4  M.  DE  POURCEAUGNAC. 

M.    D£   POURGEAUGITAC. 

Oui?..,  • 

SBEI^Airi. 

Est-il  autrement  que  les  autres? 

M.    DE    P0URCE4U69AC, 

Suis-je  tortu  ou  bossu? 

ÇBRIGAITI, 

Apprenez  à  connoître  les  gens. 

M.   DE    POURCBÂirONACf 

Qest  bien  dit. 

SBRIGANI. 

Monsieur  est  d^mie  mine  à  respecter. 

il.    DE   rOURCÇAUGICAC. 

Çelfi  $st  vrai. 

SBI^IGANI, 

Personne  de  condition . 

M.    DE   POURGEAUGITAC, 

Oui,  gentilhomme  limosin. 

SBRIGAIfl. 

Homme  d  esprit. 

M.    DE   BOTJBÇEAUGNAC, 

Qui  a  étudié  en  droit. 

S^IGANI. 

n  youi  Êdt  trop  d'honneur  de  venir  dans  votre  ville. 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Çans  doute. 

SBRIGANI. 

Monsieur  n'est  point  une  personne  à  faire  rire. 


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ACTE  I,  SCÈN-E  V.  io5 

M.   DE   POURCEAtJGNAC, 

AssuriSment. 

SBRIGAKI. 

El  quiconque  rira  dç  lui  aura  afiaim  à  moi, 

M.    DE   POURCEAUGNAC,  à  Sbrigani. 

Monsieur,  je  vous  suis  infiniment  obligé. 

SBRI6ANI. 

Je  suis  fâché ^  monsieur,  de  voir  recevoir  de  la  sorte 
une  per3onne  comme  vous,  et  je  vous  demande  pardon 
pour  la  ville. 

M.   DE   P0VRCEAU6ICAC 

Je  sub  votre  serviteur. 

/■.-..■ 

8BRI6ANI. 

Je  yous  ai  vu  ce  matin,  monsieur,  avec  le  coche,  lors- 
que yous  avez  déjeuné;  et  la  grâce  avec  laquelle  vous 
mangiez  yotre  pain  ip'a  ^it  naître  d'abord  de  Famitié  pour 
vous  :  et  comme  je  sais  que  vous  n'êtes  jamais  vepu  ein  ce 
pays,  et  que  vous  y  été?  tout  neuf,  je  suis  bien  aise  de 
vous  avoir  trouvé  pour  vous  offrir  mon  service  à  cçtte  ar- 
rivée, et  vous  aide^;*  à  yous  çopduire  parmi  ce  peuple ,  qui 
n'a  pas  parfois  pour  les  honnêtes  gens  toute  la  considéra- 
tion qu'il  &udroit. 

M.    DE    POURCEAUGNAC. 

C^est  trop  de  grâce  que  vous  pie  Êtites. 

SBRIGANI. 

Je  vous  Fai  déjà  dit  ;  du  moment  que  je  vous  ai  vu ,  je 
me  suis  senti  pour  vous  de  Tinclination. 


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loâ         M,  DE  POURCEAUGNAC 

M,    DE   POU^CEÀVGIV^G^ 

Je  VOUS  suis  obligé, 

BBKlGAVh 

Votre  phywonomie  m'a  plu, 

M,    DE   POURCEAVGVA<:, 

Ce  m'est  beaucoup  d^honneur. 

SBEIGAiri. 

J'y  ai  vu  quelcjue  chose  d'honnête. . , 

M,    DE    POURCEAVGNAC, 

Je  suis  votre  serviteur. 

jgBRIGANI,         ^ 

Quelque  chose  d'aimable. . . 

¥.    PÇ   POURCEAUGIfAC, 

Ah!  ah! 

SBRIGANI, 

Degracieuj(.,. 

M,  P«  POURCEAUGNAC. 

Ah!  ah! 

SBRIGANI. 

De  doux. . , 

M,    DE    POURCEAUGKAC^ 

Ah!  ah! 

SBRIGANI, 

De  majestueux. . , 

If.    DE   POURCBAUOÎCAIU 

Ah!  ah! 

6Bmi«Airi. 
De  franc. . . 


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ACTP  I,  SCÈNE  V,  107 

AhUh! 
Et4p<3prdial,  ^ 
Abjahî 

SBRIOAiri, 

Je  vous  assure  que  je  suis  tout  4  YQ^t 

M.   DB   PeVRGEATJGKAqi 

Jç  YQus  aj  beaucoup  4'obUgatiQU, 

SBRTGAiri. 

C'est  du  fbud  du  cœur  que  je  parle. 

¥t   Dp   PQUHCE4UGKAG, 

Je  le  crqis, 

SBRIOANI, 

Si  j  ayois  rhonneurd'étfe  copnu devoirs,  voua  sauriez 
que  je  suis  un  homme  tont-&-fait  sincère, . , 

M,   PB   PpIJRÇEAVGI^AÇi 

Je  n'en  doute  poînt. 
E!nnen)i  de  la  fourherie, , , 

M.    DE   POXJRClEAVGNAq^ 

J'en  mis  persuadé, 

SBRIGÀiri. 

Et  c;.uî  n'est  pas  capable  de  déguiser  ses  sentiments, 
Vous  regardez  mon  habit,  qui  n'est  pas  fait  comme  los 
autres  :  mais  je  suis  originaire  de  Naples,  à  votre  service, 


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io8  M.  DE  PODRCEAUGNAC, 

cl  j'ai  voulu  conservor  un  peu  la  manière  de  sliabîUer  et 

la  sincérité  4e  mon  pays. 

M.    DE    POURCEAUGNAC. 

Ce^  fort  bien  fait.  Pour  moi,  j^ai  yoi^u  me  mettre  à  la 
mode  de  la  cour  pour  la  campagne. 

SBRIGANI. 

Ma  foi,  cela  vous  va  mieux  qu'à  tous  nos  courtisans. 

M.    DE   BOURCEAU6NAC. 

C'est  ce  que  n^'£^  dit  mon  tailleur.  Lliabit  est  propre  et 
riche,  et  il  fera  du  bruit  ici. 

SBRIGANI. 

Sans  doute.  N'ire;z^vous  pas  au  Louvre? 

M.    DE   POURCEAUGNAC, 

n  faudra  bien  aller  faire  ma  cour. 

SBRIGANI. 

Le  roi  ser^  ravi  de  vous  voir. 

M.    DE    POURCEAUGNAC. 

Je  le  crois. 


SBRIGANI. 


Avcz-vous  arrêté  un  loffîs? 


b'* 


I 


M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Non^  j'allois  en  chercher  un. 

SBRIGANI. 

Je  serai  bien  aise  d'être  avec  vous  pour  cela ,  et  je  con- 
nois  tout  ce  pays-ci. 


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ACTE  I,  SCÈNE  VI.  109 

SCÈNE   VL 

ÉRASTE,  M.  DÉ  POtRCEAUÛNAC,  S^RIGANL 

ÉRASTE. 

AhI  qu'est-ce  cieciîque  vois-jé?  Quelle  heureuse  ren- 
contre! Monsieur  de  Pourceaugnacl  Que  je  suis  ravi  de 
vous  voir!  Comment  !  il  semble  que  Totis  ayez  peine  à  me 
reconneître! 

M.    DE   POURGEAUOKAO. 

Monsieur  9  je  suis  votre  serviteur. 

ÉRASTE. 

Est-il  possible  que  cinq  où  six  atinées  in^^nt  àté  de 
votre  mémoire,  et  que  vous  ne  reconnoissiez  pas  le 
meilleur  ami  de  toute  k  Ëunille  des  Pèurceaugiiacs! 

H.    DE,  POURCEAUGNAC. 

Pardônnez-moi.  (  bas ,  à  Sbrigaj|i.  )  Ma  foi  j  je  ne  sais  qui 
il  est4 

^RAâTS. 

n  n'y  a  pas  un  Pourceaugnac  à  Limoges  que  je  ne  con- 
noisse,  depuis  le  plus  grand  jusqu'au  plus  petite  je  ne  finé- 
quentois  qu'eux  dans  le  temps  que  j'y  élob,  et  j'avois 
l'honneur  de  vous  voir  presque  tous  les  jours. 

M.    DE   POURCEAU6NAC4 

C  est  moi  qui  lai  reçu,  monsieui^< 

ÉRASTE» 

Vous  tie  vous  remettez  point  mon  visage? 

M.    DE   POURGEAUONAC. 

Si  fait,  (à  ^rigani.)  Je  ne  le  connoiâ  point. 


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no  M.  DE  POUÏlCBAUGNAa 

Vous  tie  vous  ressouvenez  paâ  que  j'ai  eu  le  bonheur 
(ie  boire  avec  vous  je  ne  sais  combien  de  fois? 

il.   U£   POUHCEAUGNAG. 

Ë»msât^môié  (à  Sbrigam.)  Je  Be  sais  ce  (px^  cWsft*: 

éltASTE. 

Coiutnént  a]pjpeioz*yôuS  ce  toîteUr  â»  LimDg^fr  ijui  lait 
si  bonne  chère? 

04   BB   f dtJRCBÀVdlfiLCi 

Petit4ean? 

litJLBTBi 

Le  imii.  Neilâ  âllidos  le  pkis  èenùfem  &AÈéiaùAe  chez 
lut  soUs  réjouin  Commdul  est-ce  ^e  rots  nommei  à 
Limdge»  ce  Iktt  ùk  Ton  se  pr<>inène  ? 

Ui  DE   POUECB'AU.éKAfii 

L«  Cimetière  deâ  arabes?. 

ÉRASiB. 

«Justement.  C'est  où- je.  passbis  de  A  doUces  beUrés  â 
jouL^  de  vdtre  agréable  cbnvenatiom  Vous  ne  tous  re- 
mettez pas  tbut  cela? 

JH.    DB  t»0XJR<3£AUaNA0« 

Ëicusez-moi,  je  ine  lé  mmefts  (k  Sb^ni.)  Diable  effl^ 
porte  si  je  m'en  souyienst 

SBRlGANIy  bas,  2i  Bf.  de  Pcittrdea4ignâ<}. 
Il  y  a  cent  choses  comUie  cela  qui  passent  de  la  téte^ 

ÉRASTBi 

Embraiteèz*ffldi  donCj  je'  vous  priej  et  resserrons  les 
nœuds  de  nùtr^  ancienne  amitiéi 


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4lCTB  I,  SCÈNE  VI.  III 

Sfi&IGANIj  àfif«  de  Poareeai^aCk 
Voilà  un  homme  qtii  vous  aime  fcHrt» 

iRASTEk 

Ûiteâ-mot  un  peu  des  nouyelles  cb  tottte  la  parente. 
Comment  se  porte  monsieur  yotrci  ^.  IL  *«  ^i  ^  si  hon- 
nête homme? 

M.   DÉ   POTJAeitAU(ïKAG^ 

Mon  frère  le  consul?. 

iRASTlt* 

Ouï» 

iL    Dit    PdVACBAlFIȣfA<}. 

11  se  porte  le  mieux  du  monde. 

ÉltASTfc. 

Certes  j  fen  suis  ravi.  Et  celui  qui  èâl  de  Si  bonne  hu»- 
meur  ?  là».  « .  moûsieilr  votre*  *  • 

M»    DÉ   POURGSAUdNACSk 

Mon  cousin  FasiSeSseiff? 

liRASTlE. 

Justement» 

M»    DE   PÔURCfiAUGlTAt. 

Toujours  gai  et  gaillard» 

ÉRAStÊ. 
Ma  foi)  j'eiji  ai  beaucoup  de  joié^  Et  mônsiettr  Votid 
oncle j  le**.? 

M.   D£   POlTRdËAU&KAG. 

Je  n^ai  point  dWde. 

Vous  ayiez  pourtant  en  ce  temps-là.  •  « 


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112          M.  DE  POORCEAUGNAC. 

M.    DE   fOURCEAUaKAC. 

Non  y  rien  qu'une  tante. 

ÉaASTl^. 

C'est  ce  que  je  Toulois  dire  ;  madame  rotre  tante  ^  com<* 
ment  se  porte-t-elle? 

M.    DE    POURCEAÙGIfACi 

Elle  est  morte  depub  six  mois; 

ÉRASTE. 

Hélâs!  la  pauvre  fenmiel  Elle  étoit  si  bontie  personne! 

M.    DE    POURCEAVGNAC. 

Nbiîs  avons  aussi  mon  neveu  le  chanoine^  qui  a  pensé 
mourir  de  la  petite  vérole. 

ERASTE. 

Quel  dommage  c  auroit  été  ! 

M.    DE    POURGEAUGN'AGi 

Lé  connoissez-vous  aussi? 

ÉRASTB. 

Vraîiment  si  je  le  connoisl  Un  grand  garçon  bien  fait. 

M.   DE   POURGEAUGNAC. 

Pa^  des  plus  grands^ 

^RASTEi 

Non,  mais  de  taille  bien  prise. 

H.    DE   POURCEAVGNAC^ 

Hél  oui. 

'ÉRASTEi 

Qui  est  votre  neveu. . . 

M.    DE   POTJRCBAUGNAC. 

Oui. 


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ACTE  I,  SCÈNE  VI.  ii3 

ÉRASTE. 

Fils  de  votre  frère  ou  de  votre  sœur. . . 

M.    DB   POtRCEAUGNAC. 

Justement. 

ÉRASTE. 

Chanoine  de  Téglise  de. . .  Comment  Tappelez-vous? 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

De  Saint-Etienne. 

iRASTE. 

Le  voilà  -,  je  ne  connois  autre. 

M.   DE   POURCEAVGNAC)  à  Sbrigani. 

Il  dit  toute  la  parenté, 

SBRIGANI. 

n  vous  connoît  plus  que  vous  ne  croyez. 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

A  ce  que  je  vois,  vous  avez  demeuré  long-temps  dans 
notre  ville? 

ERASTE. 

Deux  ans  entiers. 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Vous  étiez  donc  là  quand  mon  cousin  Télu  fit  tenir  son 
enfant  à  monsieur  notre  gouverneur? 

ÉRASTE. 

Vraiment  oui ,  j'y  fus  convié  des  premiers. 

M.    DE   POURCBAUGICAC. 

Cela  fut  galant. 

ÉRASTE. 

Très-galant. 
MoLikEX.  $• 


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ii4  M.  DE  POURCEAUGNAC. 

M.    DE   POUKr.EAUGVAC. 

C'étoit  un  repas  bien  troussé. 

ÉRASTE. 

Sans  doute. 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Vous  Vîtes  donc  aussi  la  querelle  que  feus  avec  ce  gen- 
tilhomme périgordin? 

ÉRASTE. 

Oui. 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Parbleu!  il  trouva  à  qui  parler. 

iRASTE. 

Ahlah! 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Il  me  donna  un  soufflet  ;  mais  je  lui  dis  bien  son  fait. 

ÉRASTE. 

Assurément.  Au  reste,  je  ne  prétends  pas  que  vous 
preniez  d^autre  logis  que  le  mien. 

M.    DE    POURCEAUGNAC. 

Je  n'ai  garde  de. . . 

ERASTE. 

Vous  moquez-vous?  Je  ne  soul&irai  point  du  tout  quf 
mon  meilleur  aôû  soit  autre  part  que  dans  ma  maison. 

M.   DE   POURCEAUGNAC. 

Ce  seroit  vous. . . 

ERASTE. 

Non;  le  diable  m'emporte  !  vous  logerez  chsz  moi.  ' 


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ACTE  I,  SCENE  VI.  nô 

SBAf  GANI ,  à  M.  de  Ponroeaugnac. 

Puisqu'il  le  yeut  obstinément ,  je  vous  conseille  d'ac- 
cepter Tolfre. 

ÉRASTE. 

Oh  sont  vos  bardes? 

H*   DB   POURCEAUGNAC. 

Je  les  ai  laissées  arec  mon  valet  où  je  suis  descendu. 

ÏRASTE. 

Envoyons-les  quérir  par  quelqu'un. 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Non,  je  lui  ai  défendu  de  bouger,  à  moins  que  fy  fiissc 
moi-même ,  de  peur  de  quelque  fourberie. 

SBRIGANI. 

C'est  prudemment  avisé, 

M.    DE   POURGEAUGNAC. 

Ce  pays-ci  est  un  peu  sujet  à  caution. 

^RASTE. 

On  voit  les  gens  d'esprit  en  tout. 

SBRIGANI. 

Je  vais  accompagner  monsietir,  et  le  ramènerai  où 
vous  voudrez, 

BRASTE. 

Oui.  Je  serai  bien  aise  de  donner  quelques  ordres,  et 
vous  n'avez  qu  à  re^'enir  à  cette  maison-U. 

SBRIGANI. 

Nous  sommes  â  vous  tout  à  l'heure. 

ÉRASTE,  àM.  dePomceftuÇBae,    . 
Je  VOUS  attends  avec  impatience. 


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ii6  M.  DE  POURCEAUGNAC 

H.    DB   POURCEAUGNAC,  à Sbrigani. 

Voilà  une  coDnoissance  oh  je  ne  m'attendois  point. 

SBRIGANI. 

Il  a  la  mine  d*étre  honnête  homme. 

ÉRASTE,  seul. 

Ma  foi,  monsienr  de  Pourceaugnac,  nous  vous  en  don- 
nerons de  toutes  les  façons  :  les  choses  sont  préparées,  et 
je  n'ai  qu'à  frapper.  Holà! 

SCÈNE   VIL 

UN  APOTHICAIRE,  ÉRASTE. 

ÉRASTE. 

Je  crois ,  monsieur,  que  vous  êtes  le  médecin  à  qui  Ton 
est  venu  parler  de  ma  part? 

l'apothicaire. 

Non ,  monsieur,  ce  n'est  pas  moi  qui  suis  le  médecin  ;  à 
moi  n'appartient  pas  cet  honneur;  et  je  ne  suis qu^apothi- 
caire,  apothicaire  indigne,  pour  vous  servir. 

ÉRASTE. 

Et  monsieur  le  médecin  est-il  à  la  maison? 

l'apothicaire. 
Oui.  U  est  là  embarrassé  à  expédier  quelques  malades, 
et  je  vais  lui  dire  que  vous  êtes  ici. 

ÉRASTE. 

Non ,  ne  bougez  ;  j  attendrai  qu'il  ait  fait.  C'est  pour  lui 
mettre  entre  les  mains  certain  parent  que  nous  avons  ^ 
dont  on  lui  a  parlé,  et  qui  se  trouve  attaqué  de  quelque 


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ACTE  I,  SCÈNE  VIL  117 

folie  que  nous  serions  bien  aises  quli  pût  guérir  ayant  que 
de  le  marier. 

L^APOTHIGAIRE. 

Je  sab  ce  que  c'est ,  je  sais  ce  que  c  est,  et  j'étois  ayec 
lui  quand  on  lui  a  parlé  de  cette  affaire.  Ma  foi,  ma  foi, 
TOUS  ne  pouviez  pas  vous  adresser  S  uu  médecin  plus  ha- 
bile; c^est  un  homme  qui  sait  la  médecine  à  fond,  comme 
je  sais  ma  croix  de  par  Dieu,  et  qui,  quand  on  devroit 
creyer ,  ne  démordroit  pas  d'un  iota  des  règles  des  anciens. 
Oui ,  il  suit  toujours  le  grand  chemin ,  le  grand  chemin ,  et 
ne  va  pas  chercher  midi  à  quatorze  heures;  et,  pour  tout 
lor  du  monde,  il  ne  voudroit  pas  avoir  guéri  une  personne 
avec  d'autres  remèdes  que  ceux  que  la  faculté  permet. 

ERASTE. 

Il  fait  fort  bien.  Un  malade  ne  doit  point  vouloir  gué- 
rir ,  que  la  ÊLCulté  n'y  consente. 

l'apothicaire. 

Ce  n  est  pas  parce  que  nous  sommes  grands  amis  que 
j'en  parle  ;  mais  il  y  a  plaisir  d'être  son  malade  :  et  j  aime- 
rois  mieux  mourir  de  ses  remèdes  que  de  guérir  de  ceux 
d'un  autre;  car,  quoi  qu'il  puisse  arriver,  on  est  assuré 
que  les  choses  sont  toujours  dans  l'ordre;  et  quand  on 
meurt  sous  sa  conduite ,  vos  héritiers  n'ont  rien  à  vous  re* 
procher. 

iRASTE. 

C  est  une  grande  consolation  pour  un  défunt. 

l'apothicaire. 
Assurément  On  est  bien  aise  au  moins  d'être  mort  mé- 


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ci3  M.  DE  PODRCEAUGNAC. 

thodiquement.  Au  reste,  il  n'est  pas  de  ces  médecins  qui 
marchandent  les  maladies  :  c'est  un  homme  expéditif ,  ex- 
pédîtif,  gui  aime  à  dépêcher  ses  malades;  et  quand  on  a 
à  mourir,  cela  se  fait  avec  lui  le  plus  vite  du  monde. 

En  eâèt,  il  n*est  ifen  tel  que  de  sortir  promptement 
daffaire. 

l'apothicaire. 

Cela  est  vrai.  A  quoi  bon  tant  barguigner ,  '  et  tant 
tourner  autour  du  pot  ?  Il  feut  savoir  vitement  le  court  ou 
le  long  d'unie  maladie. 

^RASTE. 

Vous  avez  raison. 

l'apothicaire. 

Voilà  déjà  trois  de  mes  enfants  dont  il  ma  fait  Thon- 
neur  de  conduire  la  maladie,  qui  sont  morts  en  moins  de 
quatre  jours,  et  qui,  entre  les  mains  d'un  autre,  auroient 
langui  plus  de  trois  mois. 

ÉRASTE. 

Il  est  bon  d'avoir  des  amis  comme  cela, 
l'apothicaire. 

Sans  doute.  Il  ne  me  reste  plus  que  deux  enfants  dont 
il  prend  soin  comme  des  siens;  il  les  traite  et  gouverne  à 
sa  fantaisie,  sans  que  je  me  môle  de  rien;  et  le  plus  sou- 

'  Barguigner  vient  de  bàrcanîare,  qu'on  trouve  dans  les  cap- 
tulaires  de  Charles-le-Chauve.  On  en  a  fait  bargagner,  puis  bar- 
guigner.  Ce  mot,  <}ui  ne  s'emploie  plus,  signifioit  marchander;  au 
figuré ,  késUer, 


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ACTE  I,  SCÈNE  Vil.  ,19 

vent,  quand  je  reviens  de  la  ville,  je  suis  tout  étonné  que 
}c  les  troave  saignés  ou  purgés  par  son  ordre. 

ÉRASTS. 

Voilà  des  soins  fort  obligeants.  « 

l'apothicaire. 
Le  voici ,  le  voici ,  le  voici  qui  vient» 

SCÈNE  VIIL 

ÉRASTE,  PREMIER  MÉDECIN,  L'APOTfflCAlRE, 
UN  PAYSAN,  UNE  PAYSANNE. 

LE    PAYSAN,  au  médecin. 

Monsieur,  il  n'en  peut  plus;  et  il  dit  qu'U  sent  daii5 
la  tête  les  plus  grandes  douleurs  du  monde. 

premier   J*IÉD£CIN. 

Le  malade  est  un  sot;  d autant  plus  que,  dans  la  ma- 
ladie dont  il  est  attaqué,  ce  n'est  pas  la  tête ,  selon  Galien, 
mais  la  rate,  qui  lui  doit  faire  maL 
le  paysan. 

Quoi  que  c'en  soit,  monsieur,  il  a  toujours  avec  cela 
son  cours  de  ventre  depuis  six  mois. 

PREMIER   MÉBECIN. 

Bon ,  c  est  signe  que  le  dedans  se  dégage.  Je  Tirai  visiter 
dans  deux  ou  trois  jours  :  mais  s'il  mouroit  avant  ce  temp- 
le, ne  manquez  pas  de  m  en  donner  avis,  car  il  n'est  pas 
ie  la  civilité  qu'un  médecin  visite  un  mort. 

LA  PAYSANNE,  au  médecin. 

Mon  pire,  monsieur,  est  toujours  malade  de  plus  en 
plus. 


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lao  M.  DE  ^OURCEAUGNAC. 

PREMIER   MÉDECIN. 

Ce  n^est  pas  ma  faule.  Je  lui  donne  des  remèdes,  que 
ne  guérit-il?  Combien  a-^-il  été  saigné  de  fois  ? 

LA   PAYSANNE. 

Quinze,  monsieur,  depuis  vingt  jours. 

PREMIER  MEDECIN. 

Quinze  fois  saigné? 

LA   PAYSANNE. 

Oui. 

PREMIER   MÉDECIN. 

Et  il  ne  guérit  point? 

tA   PAYSANNE. 

Non  ^monsieur. 

PREMIER  MÉDECIN. 

C'est  signe  <p.e  la  maladie  n'est  pas  dans  le  sang.  Nous 
le  ferons  purger -autant  de  fois,  pour  voir  si  elle  n'est  pas 
dans  les  humeurs;  et,  si  rien  ne  nous  réussit,  nous  l'en- 
voierons  ans  bains» 

l'apothicaire. 

Voilà  lef  fin  cela ,  voilà  le  fin  de  la  médecine. 

SCÈNE  IX. 
ÉRASTE^  PREMIER  MÉDECIN,  L'APOTfflCAlRE. 

É-R  A STE)  Au  médecin. 

C'est  moi^  monsieur,  qui  vous  ai  envoyé  parler  ces 
jours  passés  pour  un  parent  un  peu  troublé  d  esprit  que 
je  veux  vous  donner  chez  vous,  afin  de  le  guérir  avec 
plus  de  commodité,  et  qu^il  soit  vu  de  moius  de  monde. 


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ACTE  I,  SCÈNE  IX,  lai 

PREMIER  MEDECIir. 

Oui,  monsieur;  j'ai  déjà  disposé  tout,  et  promets  d'en 
avoir  tous  les  soins  imaginables. 

ERASTE. 

Le  voici. 

PREMIER   MÉDECIN. 

La  conjoncture  est  tout-à-fait  heureuse,  et  j^ai  ici  un 
anciea  de  mes  amis  avec  le({uel  je  serai  bien  aise  de  con- 
sulter  sa  maladie. 

SCÈNE  X. 

M,  DE  PODRCEAUGNAC,  ÉRASTE,  PREMIER 
MÉDECIN,  L'APOTHICAIRE. 

ÉRASTE,  à  M.  de  Pourceaugnae. 
Une  petite  affaire  m^est  survenue ,  qui  m'oblige  à  vous 
quitter;  (montrant  le  médecin)  mais  voilà  uue  personne 
entre  les  mains  dé  qui  je  vous  laisse,  qui  aura  soin  pour 
moi  de  vous  traiter  du  mieux  qu'il  lui  sera  possible. 

PREMIER   MÉDECIN. 

Le  devoir  de  ma  profession  m'y  oblige,  et  c'est  assez 
que  vous  me  chargiez  de  ce  soin. 

M.   DE  POURCEAUGNÀC,kpaTt. 

C'est  son  maitre-dliôtel,  sans  doute;  et  il  &ut  que  ce 
soit  un  homnie  de  qualité. 

PREMIER  MÉDECIN,  à  Éraste. 

Oui ,  je  vous  assure  que  je  traiterai  monsieur  méthodi- 
quement^ et  dans  toutes  les  régularités  de  notre  art 


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laa  M.  DE  PO L RCEAtTGNA C. 

M.    DE   POURCEAUGICAG. 

Mon  Dieu  !  il  ne  &ut  point  tant  de  cérémonies  ;  et  je  ne 
viens  pas  ici  pour  incommoder* 

PREMIER   MEDECIN. 

Un  tel  emploi  ne  me  donne  que  de  la  joie. 
ERASTE^au  médecin. 

Voilà  toujours  dix  pîstoles  d'avance,  en  attendant  ce 
que  j'ai  promis. 

M.    DE   POURCEAUGKAC. 

Non,  s'il  vous  plaît,  je  n'entends  pas  que  vous  fassiez 
de  dépnse,  et  que  tou5  envoyiez  rien  acheter  pour  moi. 

ÉRASTE.* 

Mon  Dieu!  laissez  fairç^  ce  n'est  pas  pour  ce  que  vous 
pensez. 

M.    Dï   POURCEAUGNAC. 

Je  vous  demande  de  ne  me  traiter  qu'en  ami. 

ÉRASTE. 

C'est  ce  qoe  je  veux  faire.  (  bas ,  au  médecin.  )  Je  vous  re- 
commande surtout  de  ne  le  point  laisser  sortir  de  vos 
mains;  car  parfois  il  veut  s'échapper. 

PREMIER   MEDECIN. 

Ne  vous  mettez  pas  eiLpeine. 

ÉRASTE,  à  M.  de  Pourceaugnac. 

Je  VOUS  prie  de  m'^jxcuser  de  Fincivilité  que  je  com- 
mets. 

M,    DB  POURCEAUGNAC. 

Vous  VOUS  moquez  9  et  c'est  trop  de  grâce  que  vous  me 

faites. 


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ACTE  I,  SCÈNE  Xi  ja3 

SCÈNE  XL 

M.  DE  POURCEADGNAC,  PREMIER  MÉDECIN, 
SECOND  MÉDECIN,  L'APOTfflCAIRE. 

PREMIER   MÉDECIN. 

Ce  m'est  beaucoup  dliODneur ,  monsieur,  d*étre  choisi 
pour  vous  rendre  service. 

M.    DE   POTJRCEAUGNAC. 

Je  suis  votre  serviteur. 

PREMIER   MÉDECIIf. 

Voici  un  habile  homme,  mon  confrère,  avec  lequel  je 
vais  consulter  la  manière  dont  nous  vous  traiterons. 

M.    DE    POURCEAUONAC. 

Il  ne  feut  point  tant  de  façons,  vous  dis- je;  je  suis 
homme  à  me  contenter  de  l'ordinaire. 

PREMIER   MJ^D^CIN. 

Allons,  des  sièges. 

(  Des  laquais  entrent  et  donnent  des  sièges.  ) 
M.   DE   P0URCEAUGI7AC,  àpart. 

Voilà,  pour  un  jeune  homme,  des  domestiques  bien 
lugubres. 

PREMIER   MÉDECIN. 

AUons,  monsieur;  prenez  votre  place,  monsieur. 
(  Les  deux  médecins  font  asseoir  M.  de  Pouicca;îgnac  entre 
eax  denx.  '^ 


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if4         M,  DE  POURCEAUGNAC 

M.    DE   POURCEAUGNAC,  fl'asieyaat. 

Votre  très-humble  valet. 
(  Les  deux  médecins  lui  prenant  chacun  une  main  pour  lui 
tâter  le  pouls.) 

Que  veut  dire  cela? 

PREMIER   MEDECIN. 

Mangez-vous  bien ,  monsieur? 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Oui  9  et  bois  encore  mieux. 

PREMIER   MÉDECIN, 

Tant  pis.  Cette  grande  appétition  du  froid  et  de  Thu- 
mide  est  une  indication  de  la  chaleur  et  sécheresse  qui  est 
au-dedans.  Dormez-vous  fort? 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Oui,  quand  j^ai  bien  soupe. 

PREMIER  MÉDECIN.- 

Faites-vous  des  songes? 

M.   PE   POURCEAUGNAC 

Quelquefois. 

PREMIER   MÉDECIN. 

De  quelle  nature  sont-ils? 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

De  la  nature  des  songes.  Quelle  diable  de  conversation 
est-ce  là? 

PREMIER   MEDECIN. 

Vos  déjections  ;  comment  sont-elles? 


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ACTE  I,  SCÈNE  XL  t%S 

M.    DE   P0URCEAU6NAC. 

Ma  foi,  je  ne  comprends  rien  à  toutes  ces  questions  : 
et  je  yeux  plutôt  boire  un  coup. 

PREMIER   MÉDECIN. 

Un  peu  de  patience  :  nous  allons  raisonner  sur  votio 
affaire  devant  vous  ;  et  nous  le  ferons  en  françois  pour  être 
[dus  intelligibles. 

M.    DE   P0URCEAU6NAC. 

Quel  grand  raisonnement  &ut-il  pour  manger  un  mor- 
ceau?. 

PREMIER   MÉDECIir. 

Comme  ainsi  soit  qu  on  ne  puisse  guérir  une  maladie 
quon  ne  la  çonnoisse  parfaiteinent,  et  qu'on  ne  la  puisse 
parÊiitement  counoître  sans  en  bien  établir  l'idée  particu- 
lière et  la  véritable  espèce  par  ses  signes  diagnostiques  et 
progiiostiqifes,vous  me  permettrez ,  monsieur  notre  an- 
cien ,  d^'entrer  en  considération  de  la  maladie  dont  il 
s  agit,  avant  que  de  toucher  à  la  thérapeutique,  et  aux 
remèdes  qu'il  nous  conviendra  faire  pour  la  parfaite  cura- 
tion  dlcelle.  Je  dis  donc,  monsieur,  avec  votre  permis- 
sion, que  notre  malade  ici  présent  est  malheureusement 
attaqué,  affecté,  possédé,  travaillé  de  cette  sorte  de  folie 
que  nous  nommons  fort  bien  mélancolie  hypocondriaque  ; 
espèce  de  folie  très-fâcheuse,  et  qui  ne  demande  pas  moins 
quW  Esculape  comme  vous,  consommé  dans  notre  art; 
vous^dis-je,  qui  avez  blanchi,  comme  on  dit,  sous  le  har- 
noîs,  et  auquel  il  en  a  tant  passé  par  les  mains  de  toutes 
1a5  £iço]is.~Je  rappelle  mélancolie  hypocondriaque,  pour 


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laS  M.  DE  POURCEAUGNAC. 

la  distinguer  des  deax  autres  ;  car  le  célèbre  Galien  établit 
doctement,  à  son  ordinaire,  trois  espèces  de  cette  maladie 
que  nous  nommons  mélancolie,  ainsi  appelée  non-seule- 
ment par  les  Latins,  mais  encore  par  les  Grecs;  ce  qui  est 
bien  à  remarquer  pour  notre  chaire  :  la  première,  qui 
Tient  du  propre  vice  du  cerveau;  la  seconde ,  qui  vient  de 
tout  le  sang  fait  et  rendu  atrabilaire  ;  la  troisième ,  appelée 
hypocondriaque,  qui  est  la  nôtre,  laquelle  procède  du 
vice  de  quelque  jftirtie  du  bas-ventre,  et  de  !a  région  in- 
férieure ,  mais  particulièrement  de  la  rate ,  dont  la  cbaleuf 
et  l'inflammation  portent  au  cerveau  de  notre  malade 
beaucoup  de  fuligines  épaisses  et  crasses,  dont  la  vapeur 
noire  et  maligne  cause  dépravation  aux  fonctions  de  la 
faculté  princesse,  et  fait  la  maladie  dont,  par  notre  rai- 
sonnement, il  est  manifestement  atteint  et  convaincu. 
Qu'ainsi  ne  soit  :  pour  diagnostique  incontestable  de  ce 
que  je  dis,  vous  n'avez  qu'à  considérer  ce  grand  sérieux 
que  vous  voyez ,  cette  tristesse  accompagnée  de  crainte  et 
de  défiance ,  signes  pathognomonîques  et  individuels  de 
cette  maladie,  si  bien  marqués  chez  le  divin  vieillard 
Ètippocrate;  cette  physionomie ,  ces  yeux  rouges  et  ha- 
gards, cette  grande  barbe,  cette  habitude  du  corps  menue, 
grêle,  noite,  et  velue;  lesquels' signes  le  dénotent  très-af- 
fecté de  cette  maladie ,  procédante  du  vice  des  hypocondres  ; 
laquelle  maladie ,  par  laps  de  temps  naturalisée ,  ehvîeillie , 
habituée ,  et  ayant  pris  droit  de  bourgeoisie  chez  lui,  pour- 
loit  bien  dégénérer  .ou  en  manie,  ou  en  phthisîe ,  ou  en 
apople3[:ie ,  ou  même  en  fine  plirénésie  et  fureur.  Tcmt  ceci 


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ACTE  I,  SCÈNE  XL  raj 

soj^posé^  {mkc(u'tine  maladie  bien  connue  est  à  demi 
guérie,  car  ignoti  nidla  est  curatio  morbî,  il  ne  vous  sera 
pas  difficile  de  convenir  des  remèdes  que  nous  devons 
âdre  à  monsieur.  Premièrement ,  pour  remédier  à  cette 
pléthore  obturante,  et  à  cette  cacocbymie  luxuriante  par 
tout  le  corps,  je  suis  d'avis  qu'il  soit  phlëbotomisé  Jiibéra- 
lemcnt,  c'est-à-dire  que  les  saignées  soient  j&équentes  et 
plantureuses,  en  premier  lieu  de  la  basilique,  puis  de  la 
céphalique ,  et  même ,  si  le  mal  ^est  opiniâtre ,  d^  hii  ouvrir 
la  veine  du  front,  et  que  l'puvertiu'e  soit  large,  afin  que 
le  gros  sang  puisse  sortir,  et  en  même  temps  de  le  purger , 
désopiler,  et  évacuer  par  purgatife  propres  et  convenables, 
c'est-à-dire  par  cholagogues,  mélanagogues,  ef  cmtera  : 
et  comme  la  véritable  source  de  tout  le  mal  est ,  ou  une 
humeur  crasse  et  féculente,  ou  une  vapeur  noire  et  gros- 
sière qui  obscurcit,  infecte  et  salit  les  esprits  animaux,  il 
est  à  propos  ensuite  qu'il  prenne  un  bain  d'eau  pure  et 
nette,  avec  force  ptit-Iait  clair,  pour  purifier  par  Feau  la 
féculence  de  rhumeur  crasse,  et  éciaircir  par  le  lai^  clair 
la  noirceur  de  cett(3  vapeur  :  mais,  avant  toute  chose,  je 
trouve  qu'il  est  bon  de  le  réjouir  par  agréables  conversa- 
tions^ chants  et  instruments  de  musique;  à  quoi  il  n'y  a 
pas  d^inconvénient  de  joindre  des  danseurs ,  afin  que  leurs 
mouvements ,  disposition  et  agilité ,  puissent  exciter  et  ré* 
veiller  la  paresse  de  ses  esprits  engourdis,  qui  occasione 
répaîsseur  de  son^ng,  d'où  procède  la  maladie.  Voilà  les 
:emèdes  que  j'imagine ,  auxquels  pourront  être  ajoutés 
beaiicoap  d'auti^s  meilleui^  par  monsieur  notre  mattre  et 


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laS  M.  DE  PODRCEAUGNAC. 

aucien,  suivant  lexpërience,  jugement,  lumière  et  sufii* 

sance  qu'il  s^est  acquis  dans  notre  art  DixL 

SECOND   UéDECIlf. 

A  Dieu  ne  plaise,  monsieur,  quil  me  tombe  en  pensée 
d'ajouter  rien  à  ce  que  vous  venez  de  dire!  Vous  avez  si 
bien  discouru  sur  tous  les  signes,  les  symptômes  et  les 
causes  de  la  maladie  de  monsieur;  le  raisonnement  que 
vous  en  avez  fait  est  si  docte  et  si  beau,  qull  est  impos* 
sible  qu'il  ne  soil  pas  fou  et  mélancolique  Hypocondriaque  ; 
et  ^  quand  il  ne  le  seroit  pas ,  il  faudroit  qu  il  le  devint  pour 
la  beauté  des  choses  que  vous  avez  dites,  et  la  justesse  du 
raisonnement  que  vous  avez  fait.  Oui,  monsieur,  vous 
avez  dépeint  fort  graphiquement ,  graphicè  depinxisti, 
tout  ce  qui  appartient  à  cette  maladie  :  il  ne  se  peut  rien 
de  plus  doctement,  sagement,  ingénieusement  conçu, 
pensé,  imaginé,  que  ce  que  vous  avez  prononcé  au  sujet 
de  ce  mal ,  soit  pour  la  diagnose  ^  ou  la  prognose ,,  ou  la 
thérapie;  et  il  ne  me  reste  rien  ici  que  de  féliciter  mon- 
sieur d'être  tombé  entre  vos  mains,  et  de  lui  dire  qull  est 
trop  heureux  d'être  fou,  pour  éprouver  Tefficace  et  la 
douceur  des  remèdes  que  vous  avez  si  judicieusement 
proposés.  Je  les  approuve  tous,  manibus  et  pedibus  des- 
cendo  in  tuam  sententiam.  Tout  ce  que  j'y  voudrois,  c'est 
do  faire  les  saignées  et  les  pulsations  en  nombre  impair, 
numéro  deus  impare  gaudet,  de  prendre  le  lait  clair  avant 
le  bain  ;  de  lui  composer  un  fronteàu  où  il  entre  du  sel,  le 
sel  est  synibole  de  la  sagesse  ;  de  faire  blanchir  les  mu- 
raïUes  de  sa  chambre ,  pour  dissiper  les  ténèbres  de  ses 


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ACTE  I,  SCÈNE  XL  lag 

«sprits,  album  est  disgregativum  visus;  et  de  lui  donner 
tout  à  rheure  un  petit  lavement,  pour  servir  de  prélude 
et  d'introduction  à  ces  judicieux  remèdes ,  dont ,  s'il  a  à 
guérir,  il  doit  recevoir  du  soulagement.  Fasse  le  ciel  que 
ces  remèdes,  monsieur,  qui  sont  les  vôtres,  réussissent  ao 
malade  selon  notre  intention! 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Messieurs,  il  y  a  une  heure  que  je  vous  écoute.  Est-ce 
jue  nous  jouons  ici  une  comédie? 

PBEMIER   MEDECIN. 

Non,  monsieur,  nous  ne  jouons  point. 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Qu'est-ce  que  tout  ceci?  et  que  voulez-vous  dire  avec 
votre  galimatias  et  vos  sottises? 

PREMIER    MÉDECIN. 

Bon.  Dire  des  injures,  voilà  un  diagnostique  qui  nous 
manquoit  pour  la  confirmation  de  son  mal  j  et  ceci  pour- 
roit  bien  tourner  en  manie. 

M.    DE   POURCEAUGNACj^à  part. 
Avec  qui  m'a-^-on  mis  ici?  (  Il  crache  deux  ou  troîs  fois.  ) 
PREMIER   MÉDECIN. 

Autre  diagnostique ,  la  Siputation  fréquente. 

M.    DE    POURCEAUGNAC. 

Laisson3  cela,  et  sortons  d'ici. 

PREMIER   MÉDECIN. 

Autre  encore ,  l'inquiétude  de  changer  de  place. 
MoLtkRE.  5.  9 


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f3o  M.  DE  POURCEAUGNAC. 

M.    DE    POURCEAUGICAC. 

Qu  est-ce  donc  que  toute  cette  affaire?  et  que  me  vou- 
lez-vous? 

PREMIER   MÉDECIN. 

Vous  guérir  selon  Tordre  qui  nous  a  été  donné. 

M.    DE    POURCEAUGNAC. 

Me  guérir] 

PREMIER    wéDECIN. 

Oui. 

M.    DE    POURCEAUGNAC. 

Parbleu  !  je  ne  suis  pas  malade. 

PREMIER   MEDECIN. 

Mauvais  signe,  lorsqu'un  malade  ne  sent  pas  son  mal. 

M.    DE    POURCEAUGNAC. 

Je  vous  dis  que  jç  me  porte  bien. 

PREMIER   MÉDECIN. 

Nous  savons  mieux  que.  vous  comment  vous  vous 
portez  5  et  nous  sommes  médecins  qui  voyons  clair  dans 
votre  constitution. 

M.    DE    POURCEAUGNAC 

Si  vous  êtes  médecins ,  je  n'ai  que  faire  de  vous,  et  je 
me  moque  de  la  médecine. 

PREMIER    MÉDECIN. 

HonJ  bon!  voici  un  bomme  plus  fou  que  nous  ne 
pensons. 

M.    DE    POURCEAUGNAC. 

Mon  père  et  ma  mère  n  ont  jamais  voulu  de  remèdes; 
et  ils  sont  morts  tous  deux  sans  lassistance  des  médecins! 


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ACTE  I,  SCÈNE  XL  i3i 

PREMIER   MÉDECIN. 

Je  ne  m'étonne  pas  s  il|s  ont  engendré  un  fik  qui  est  in- 
sensé ( au  second  médecin.  )  Allons,  procédons  à  lâ  curation  ; 
et,  par  la  douceur  exhilarante  de  rbarmonie,  adoucissons, 
lénifions,  et  accoisons  l'aigreur  de  ses  esprits,  q[ue  je  vois 
prêts  k  s^enflammer. 

SCÈNE   XII. 

M.  DE  POURCEAUGNAC. 

Que  diable  est-ce  là?  Les  gens  de  ce  pays- ci  sont-ils 
insensés?  je  n  ai  jamais  rien  vu  de  tel ,  et  je  n'y  comprends 
rien  du  tout. 

SCÈNE  XIII. 

M.  DE  POURCEAUGNAC,  DEUX  MÉDECINS 
r      GROTESQUES. 

(Us  s*asseyent  cl*abord  tous  trois;  les  médeckis  se  lèvent  à  différentes 
reprises  pour  saluer  M.  de  Ponrceaugnac ,  qui  se  lève  autant  de  fois 
pour  les  saluer.  ) 

LES    DEUX    MÉnEClHS. 

BnoR  di,  buon  di,  buon  di. 
Non  yi  lasciate  uccidere 
Dal  dolor  malinconico  : 
Noi  vi  faremo  ridera 
Col  nostro  canto  armonico  ; 
Sol'  per  guarirvi 
Siamo  yenuti  qui. 
Buon  di ,  buon  di ,  buon  di. 


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i32  M.  DE  PODRTCEAUGNAC. 

PREMIER    HlËDECIir. 

Altro  non  é  la  pazzia 
€he  malinconia. 

llmalato 
Non  «  disperato , 
Se  yol  pigliar  un  poco  d'allegria^ 
Altro  non  é  la  pazzia 
Che  malinconia. 

8ECOHD    MéDECIU. 

Su  f  cantate ,  ballate  »  ridete  ; 
E ,  se  far  meglio  voleté, 
Quando  sentite  il  delirio  vicino, 

Pigliate  del  yino , 
■£  qualche  volta  un  poco  di  tabac, 
Ayegramente ,  monsu  Pourceaugnac. 

SCÈNE  XIV. 

M.  DE  POURCEAUGNAC,  DEUX  MÉDECINS 
GROTESQUES,  MATASSINS. 

ENTRIËE  DE  BALLET. 
(Danse  dn  niMassins  aatonr  de  M.  de  Pourceauginac.  ) 

SCÈNE    XV. 

M.  DE  POURCEAUGNAC,  UN  APOTHICAIRE 
tenant  une  seringue. 

l'apothicaire. 
Monsieur,  voici  un  petit  remède,  un  petit  remède 
qu'il  vous  faut  prendre,  s  il  vous  plaît,  s'il  vous  plaît. 

M.    DE    POURCEAUGNAC. 

Comment!  je  n'ai  que  feiire  de  cela. 


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ACTE  I^  SCÈNE  XV.  i33 

l'apothicaire. 
Ua  été  ordonné,  monsieur,  il  a  été  ordonné. 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Âhl<]ue  de  bruit! 

l'apothicaire. 
Prenez-le,  monsieur,  prenez-le;  il  ne  vous  fera  point 
de  mal,  il  ne  vous  fera  point  de  mal. 

M.    de    POURCEAUGNAC. 

Ahî 

l'apothicaire. 

C'est  un  petit  clystère ,  un  petit  efystère ,  bénin,  bénin  ; 
il  est  bénin,  bénin;  là,  prenez,  prenez,  monsieur;  c'est 
pour  déterger,  pour  déterger,  deterger. 

SCÈNE  xvr. 

M.  DE  POURCEAUGNAC,.  UAPOTHICAIRE, 
LES  DEUX  MÉDECINS  GROTESQUES,  et 

LES  MATASSINS.  AVEC   DES  SERINGUES. 

I»ES    DEUX    MiDECIBS. 
'     PlGLZALO  SU, 

Signor  monsu  ; 
Pîglialo ,  piglialo ,  piglialo  ,6Ù 

Che  non  ti  farà  maie. 
Piglialo  su  questo  seryiziale  ; 

Piglialo  su, 

Signoc  monsu  ; 
Pîglialo,  piglialo,  piglialo  su. 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Allez-vous-en  au  diable. 


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i34  M.  DE  POURCEAUGNAC. 

(  M.  de  Pourceaugnac,  mettant  son  chapeau  ponr  se  garantir  des  seringues, 
est  suivi  par  les  deux  mëdecins  et  par  les  matassins;  il  passe  par  der- 
rière le  théâtre,  et  revient  se  mettre  sur  sa  chaise,  auprès  de  laquelle  il 
trouve  l'apothicaire  qui  l'attendoit;  les  deux  médecin»  et  les  matassins 
rentrent  aussi } 

LES    DEUX    MiDEClSS. 

Piglialo  su, 

Signer  monsu  : 
Piglialo ,  piglialo ,  piglialo  su , 

Ghe  non  ti  farà  maie. 
Piglialo  su  questo  seryiziale  ; 

Piglialo  su, 

Signor  monsu  ; 
Piglialo ,  piglialo ,  piglialo  su. 

(M.  de  Pourceaugnac  s'enfuit  avec  la  chaise,  l'apothicaire  appuie  sa  se- 
ringue contre,  et  les  médecins  et  les  nc^tassins  le  suivent. } 


Fil»    pu    PREMIER    ACTE. 


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M.  DE  POURCEAUGNAC.  i35 


r'.*x%»»<»-«^.^sr-*^^^««»'-^«*>o  - 


ACTE  SECOND. 


SCÈNE-I. 
PREMIER  MÉDECIN,  SBRIGANI; 

s 
PREMIER   MÉDECIN. 

Il  a  forcé  tous  leSypbstacles  que  j'avois  mis ,  et  s'est  dérobé 
aux  remèdes  que  je  commençoîs  de  lui  faire. 

SBRIGANI. 

C'est  être  bien  ennemi  de  soi-même  que  de  fiiir  des  re- 
mèdes aussi  salutaires  que  les  vôtres. 

PREMIER   MÉDECIN. 

Marque  d'un  cerveau  démonté  et  d'une  raison  dépravée , 
que  de  ne  vouloir  pas  guérir. 

SBRIGANI. 

Vou5  Fauriez  guéri  haut  la  main. 

PREMIER   MÉDECIN. 

Sans  doute,quand  il  y  auroit  eu  complication  de  douze 
maladies. 

SBRIGANI. 

Cependant  voilà  cinquante  pistoles  bien  acquises  qu'il 
vous  fait  perdre. 

PREMIER   MÉDECIN. 

Moi,  je  n'entends  point  les  perdre,  et  je  prétends  le 


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i36  M.  DE  POURCEAUGNAC. 

guérir  en  dépit  qu'il  en  ait.  Il  est  lié  et  engagé  à  mes  rer 
mèdes;  et  je  yeux  le  faire  saisir  où  je  le  trouverai ,  comme 
déserteur  de  la  médecine,  et  infracteur  de  mes  ordon- 
nances. 

SBRIGANI. 

Vous  ayez  raison.  Vos  remèdes  étpient  un  coup  sûr,  et 
c*est  de  l'argent  qu'il  yous  yole. 

PREMIER   MÉDECIN. 

Où  puis-je  en  ayoir  des  nouvelles? 

SBRI6ANI. 

Chez  le  bon  homme  Oronte ,  assurément ,  dont  il  yient 
épouser  la  fille,  et  qui,  ne  sachant  rien  de  l'infirmité  de 
son  gendre  futur,  youdra  peut-être  se  hâter  de  conclure 
le  mariage. 

PREMIER   MÉDECIN. 

Je  yais  lui  parler  tout  à  l'heure. 

SBRIGANI. 

Vous  ne  ferez  point  maL 

PREMIER   MÉDECIN. 

Il  est  hypothéqué  à  mes  consultations;  et  un  malade 
ne  se  moquera  pas  d'un  médecin. 

SBRIGANI. 

C'est  fort  bien  dit  à  yous;  et,  si  yous  m  en  croyez,  yous 
ne  souflfrirez  point  qu'il  se  marie  que  yous  ne  layez  pnsé 
tout  yotre  soûl. 

PREMIER   MÉDECIN. 

Laissez-moi  faire. 


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ACTE  II,  SCÈNE  L  iSj 

SBRI6ANÏ,  à  part,  en  s*en  allant. 

Je  vais,  de  mon  côté,  dresser  une  autre  batterie;  et  le 
beau-père  est  aussi  dupe  que  le  gendre. 

SCÈNE  IL 
ORONTE,  PREMIER  MÉDECIN. 

PREMIER   M^nEGIN. 

Vous  avez,  monsieur,  un  certain  monsieur  de  Pour- 
ceaugnac  qui  doit  épouser  votre  fille. 

ORONTE. 

Oui;  je  l'attends  de  Limoges,  et  il  devroit  être  arrivé. 

PREMIER   MEDECIN. 

Aussi  i'est-il,  et  il  s'est  enfui  de  chez  moi  après  y  avoir 
été  mis  :  mais  je  vous  défends,  de  la  part  de  la  médecine, 
de  procéder  au  mariage  que  vous  avez  conclu,  que  je  ne 
Taie  dûment  préparé  pour  cela ,  et  mis  en  état  de  procréer 
des  enfants  bien  conditionnés  et  de  corps  et  d'esprit. 

ORONTE. 

Comment  donc? 

PREMIER   MÉDECIN. 

Votre  prétendu  gendre  a  été  constitué  mon  malade  :  sa 
maladie,  qu'on  m'a  donnée  à  guérir,  est  un  meuble  qui 
«l'appartient ,  et  que  je  compte  entre  mes  effets  ;  et  je  vous 
déclare  que  je  ne  prétends  point  qu'il  se  marie,  qu'au  préa- 
lable il  n'ait  satisÊdt  à  la  médecine,  et  subi  les  remèdes 
que  je  lui  ai  ordonnés. 

ORONTE. 

II  a  quelque  mal? 


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i3a         M.  DE  POURCEAUGNAa 

PREMIER   MEDBGIir. 

Oui. 

ORONTE. 

Et  (juel  mal,  s  il  vous  platt? 

PREMIER   MEDECIN. 

Ne  vous  en  mettez  pas  en  peine. 

ORONTE. 

Est-ce  quelque  mal. . .  ? 

PREMIER   MÉDECIN. 

Les  médecins  sont  obligés  au  secret.  Il  suffit  que  je 
VOUS  ordonne ,  à  vous  et  à  votre  fille ,  de  ne  point  céléhrer 
sans  mon  consentement  vos  noces  avec  lui,  sur  peine 
d'encourir  la  disgrâce  de  la  faculté,  et  d'être  accablés  de 
toutes  les  maladies  qu  il  nous  plaira. 

ORONTE. 

Je  n'ai  garde,  si  cela  est,  de  faire  le  mariage^ 

PREMIER   MEDECIN. 

On  me  la  mis  entre  les  mains,  et  il  est  obligé  d'être 
mon  malade. 

ORONTE. 

A  la  bonne  heure. 

PREMIER   MEDECIN. 

Il  a  beau  fîiir,  je  le  fa:ai  condamner  par  arrêt  à  se  Êiire 
guérir  par  moi. 

ORONTE. 

J'y  consens. 

PREMIER   MÉDECIN. 

Ouï,  il  faut  qu'il  crève ,  ou  que  je  le  guérisse. 


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ACTE  II,  SCÈNE  II.  iSg 

ORONTE. 

Je  le  yeux  bien. 

PREMIER    MEDECIN. 

Et  si  je  ne  le  trouve,  je  m'en  prendrai  à  vous;  et  je 
vous  guérirai  au  lieu  de  lui. 

ORONTE. 

Je  me  porte  bien. 

PREMIER   MÉDECÏIC. 

II  n'importe;  il  me  faut  un  malade,  et  je  prendrai  qui 
je  pourrai. 

ORONTE. 

Prenez  <jui  vous  voudrez;  mais  ce  ne  sera  pas  moi. 
(  seul.  )  Voyez  un  peu  la  belle  raison  ! 

SCÈNE   III. 
ORONTE;  SBRIGANI,  en  marchand  flamand. 

SBRIGANI. 

MoNTSiR,  avec  le  fostre  permission,  je  suis  un  tran- 
cher marchend  flamane  qui  foudroit  bienne  fous  deman- 
dair  un  petit  nouvel. 

ORONTE. 

Quoi,  monsieur? 

SBRIGANI. 

Mettez  le  fostre  chapeau  sur  le  tête,  montslr,  si  ve 
plaît. 

ORONTE. 

Dites-moi,  monsieur,  ce  que  vous  voulez. 


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i4o  M.  DE  POURCEADGNAC. 

SBRIGANI. 

Moi  le  dire  rien ,  montsir  ^  si  fous  le  mettre  pas  le  cha- 
peau sur  le  tête. 

ORONTE. 

Soit.  Qu'y  a-t-il,  monsieur? 

SBRIGANI. 

Fous  connoître  point  en  sti  file  un  certe  monlsir 
Oronte, 

O  BONTE. 

Oui,  je  le  connois. 

SBRIGANI. 

Et  quel  homme  est-il,  montsir,  si  ve  plaît ^ 

ORONTE. 

C'est  un  homme  comme  les  autres. 

SBRIGANI. 

Je  fous  temande,  montsir,  s'ij  est  un  homme  riche,  qui 
a  du  bienne. 

ORONTE. 

Oui. 

SBRIGANI. 

Mais  riche  beaucoup  grandement,  montsir? 

ORONTE. 

Oui. 

SBRIGANI. 

J'en  suis  aise  beaucoup,  montsir. 

ORONTE. 

Mais  pourquoi  cela? 


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ACTE  II,  SCÈNE  III.  i4i 

SBRIGANI. 

L'est,  montsir ,  pour  un  petit  raisonne  de  consécjuence 
pour  nous. 

ORONTE. 

Mais  encore,  pourquoi? 

SBRIGANI. 

L'est,  montsir,  que  sti  montsir  Oronte  donne  son  fille 
en  mariage  à  un  certe  montsir  de  Pourcegnac. 

ORONTE. 

Hé  bien? 

SBRIGANI. 

Et  Sti  montsir  de  Pouï*cegnac,  montsir,  l'est  un  homme 
que  doive  beaucoup  grandement  à  dix  ou  douze  mar- 
chanes  flamanes  qui  être  venus  ici. 

ORONTE. 

Ce  monsieur  de  Pourceaugnac  doit  beaucoup  à  dix  ou 
douze  marchands? 

SBRIGANI, 

Oui,  montsir;  et  dépuis  huite  mois  nous  afoir  obtenir 
un  petit  sentence  contre  lui;  et  lui  a  remettre  à  payer  tou 
ce  créancier  de  sti  mariage  que  sti  montsir  Oronte  donne 
pour  son  fille. 

ORONTE. 

Hon,  bon,  il. a  remis  là  à  payer  ses  créanciers? 

SBRIGA^rr 

Oui,  montsir;  et  avec  un  grant  défotion  nous  tous 
attendre  sti  mariage. 


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i42  a  DE  POURCEAPGNAa 

ORONTE^à  part. 

L'avis  nW  pas  mauvais,  (haut.)  Je  vous  donne  le  bon- 
jour. 

SBRI6ANI. 

Je  remercie  montsir  de  la  Êiveur  grande. 

ORONTE. 

Votre  très-humble  valet.  ' 

SBRIGANI. 

'  Je  le  suis,  montsir,  obliger  plus  (jue  beaucoup  du  bon 
nouvel  <jue  montsir  m'avoir  donné. 

(seul,  après  avoir  ôté  sa  barbe,  et  dépouillé  l'habit  de  flamand 
qu'il  a  par-dessus  le  sien.  ) 

Cela  ne  va  pas  mal.  Quittons  notre  ajustement  de  fla- 
mand pour  songer  à  d autres  machines;  et  tâchons  de 
semer  tant  de  soupçons  et  de  division  entre  le  beau-père 
et  le  gendre,  que  cela  rompe  le  mariage  prétendu.  Tous 
deux  également  sont  propres  à  gober  les  hameçons  qu  on 
leur  veut  tendre;  et,  entre  nous  autres  fourbes  de  la  pre- 
mière classe,  nous  ne  Ëiisons  que  nous  jouer  lorsque  nous 
trouvons  un  gibier  aussi  facile  que  celui-là. 

SCÈNE   IV. 
M.  DE  POURCEAUGNAC,  SBRIGANI. 

M.    DE   POURCEAUGNAC ,  se  crojant  senU  • 

PiGLiALO  su,  pîglialo  su, 
Signor  nLonsu. . . 
Que  diable  est-ce  là?  ( apercevant  Sbrigani.)  Ah! 
SBRIGANI. 

Quest-ce,  monsieur,  qu'avez-vous? 


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ACTE  II,  SCÈNE  IV.  i43 

M.   DE   POURCEAUGNAC. 

Tout  ce  que  je  vois  me  semble  lavement. 

SBRIGANl. 

Comment? 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Vous  ne  savez  pas  ce  qui  m'est  arrivé  dans  ce  logis  à  la 
porte  duquel  vous  m  avez  conduit? 

SBRIGANl. 

Won,  vraiment.  Qu'est-ce  que  c'est? 

M.    DE    POURCEAUGNAC 

Je  pensois  y  être  régalé  comme  il  faut. 

SBRIGANl. 

Hé  bien? 

M.    DE   POURCEAUGNAC 

Je  vous  laisse  entre  les  mains  de  monsieur.  Des  méde- 
cins habillés  de  noir.  Dans  une  chaise.  Tâter  le  pouls. 
Comme  ainsi  soit.  Il  est  fou.  Deux  gros  joufflus.  Grands 
chapeaux.  Buon  di,  buon  dl.  Six  pantalons.  Ta,  ra,  ta, 
la;  ta,  ra,  ta,  ta;  aïlegramente,  monsu  Pourceaugnac, 
Apothicaire.  Lavement.  Pren^,  monsieur,  prenez,  pre- 
nez. Il  est  bénin,  bénin.  C'est  pour  déterger,  pour  dé- 
terger,  déterger.  Piglialo  su,  signôr  monsu;  piglialo, 
piglialo,  piglialo  su.  Jamais  je  n'ai  été  si  soûl  de  sottises. 

SBRIGANl. 

Qu'est-ce  que  tout  cela  veut  dire? 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Cela  veut  dire  que  cet  homme-là ,  avec  ses  grandes  em- 


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i44  M.  DE  POURCEAUGNAC. 

brassades,  est  un  fourbe,  (jui  m'a  mis  dans  une  maison 
pour  se  moquer  de  moi  et  me  faire  une  pièce. 

SBRIGANI. 

Cela  est-il  possible? 

H.    DE   POURCEAIJGNAC. 

Sans  doute.  Ils  étoient  une  douzaine  de  possédés  après 
mes  chausses;  et  j'ai  eu  toutes  les  peines  du  mondé  à 
m'échapper  de  leurs  pattes. 

SBRIGANI. 

Voyez  un  peu;  les  mines  sont  bien  trompeuses!  Je 
Taurois  cru  le  plus  affectionné  de  vos  amis.  Voili  un  de 
mes  étonnements ,  comme  il  est  possible  qu'il  y  ait  des 
fourbes  comme  cela  dans  le  monde. 

M.    DE    POURCEAUGNAC. 

Ne  sens-je  point  le  lavement?  Voyez ,  je  vous  prie. 

SBRIGANI. 

Hé!  il  y  a  (juelque  petite  chose  gui  approche  de  cela. 

M.    DE    POURCEAUGNAC 

J'ai  l'odorat  et  l'imagination  tout  remplis  de  cela;  et  il 
me  semble  toujours  que  j^  vois  une  douzaine  de  lave- 
ments qui  me  couchent  en  joue. 

•     SBRIGANl. 

Voilà  une  méchanceté  bien  grande!  et  les  hommes 
sont  bien  traîtres  et  scélérats! 

M.    DE    POURCEAUGNAC 

Enseignez-moi,  de  grâce,  le  logis  de  monsieur  Oronte  ; 
je  suis  bien  aise  d  y  aller  tout  à  l'heure. 


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AjCTE  II,  SCÈNE  IV.  145 

SBRIGANI. 

Âh!  ah!  yous^tes  donc  de  complexion  amoureuse;  et 
vous  avez  ouï  parler  que  .ce  monsieur  Qronte  a  une  fille... 

M.    DE    PÔURCEAUGNAC. 

Ouï ,  je  viens  lepouser. 

SBRIGANI; 

L'é...  Fépouser? 

H.    DE   POURCEAUGNAC. 

Oui. 

SBRIGANI. 

En  mariage? 

H.    DE   POURCEAUGNAC. 

De  quelle  Êiçon  donc? 

SBRlGÀNt. 

Âhl  c'est  une  autre  chose;  je  vous  demande  pardon. 

M.    DE    POURCEAUGNAC 

Qu  est-ce  que  cela  veut  dire? 

SBRIGANI. 

Rien. 

M.    DE    POURCEAUGNAC 

Mais  encore? 

SBRIGANI. 

Rien,  vous  dis-je.  «Tai  un  peu  parlé  trop  vite. 

M.    DE   POURCEAUGNAC 

Je  vous  prie  de  me  dire  ce  qu'il  y  a  là-dessous. 

SBRIGANI. 

Non ,  cela  n'est  pas  nécessaire. 
MoLikiiE.  5.  to 


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i46         M.  DE  POURCEAUGNAC. 

M.    DB  1»OURCEAUONAG 

De  grâce. 

sfiRiaAîrî. 
Point  :  je  vous  prie  de  m'en  dispensert 

M.    DE   POURGBAUGNAC. 

Est-ce  que  vous  n'êtes  point  de  mes  amis? 

SBRIGAI^I. 

Si  fait;  on  ne  petit  pas  l^étre  davantage. 

M.    DE    POURGEAUGNAG* 

Vous  devez  donc  ne  me  rien  cacher. 

SBRIGANI. 

C'est  une  chose  où  il  y  va  de  Fintérêt  du  prochain. 

M.    DE   POURGEAUGNAG. 

Afin  de  vous  obliger  à  m'ouvrir  votre  cœur^  voilà  une 
petite  bague  que  je  vous  prie  de  garder  pour  l'amour  do 
moi. 

SBRlGAirt« 

Laissez-moi  consulter  un  peu  si  je  le  puis  faire  en 

conscience.  (  après  s'être  un  peu  éloigné  de  M.  de  Pourceaugnac.  ) 
C'est  un  homme  qui  cherche  son  bien,  qui  tâche  de  pour- 
voir sa  fille  le  plus  avantageusement  quil  est  possiUe;  et 
il  ne  faut  nuire  à  personne  :  ce  sont  des  choses  qui  sont 
connues  à  la  vérité;  mais  j^îraî  les  découvrir  à  un  homme 
qui  les  ignore ,  et  il  est  défendu  de  scandaliser  son  pro- 
chain, cela  est  Vtai.  Mart  d'autre  part  voilà  un  étranger 
qu^on  veut  surprendre^  «t\]^^  de  bonne  foi,  vient  se  ma* 
rier  avec  tme  fille  qu^il  m  ooBtoit  pas /et  qu'A  n'a  jamais 


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ACTE  II,  SCiNE  iV.  i47 

vue  ;  un  geUtilboiàBie  plesi  i&  franchise^  pour  qui  |e  me 
sens  de  l^Inclination,  qui  me  fait  rhonueur  de  me  tenir 
poui"  son  ami,  prend  confiaBce  tia  moi,  et  me  donne  une 
bague  A  garder  pour  l'amour  de  lui.  (  ^  M.  fie  Pvrutceangiiac.  ) 
Oui ,  je  trouve  que  je  puis  vous  clire  les  clioses  isan3 
blesser  tna  couscienct  ;  mais  tâcbôns  dé  vous  les  dire  le 
plus  doucement  qu'il  ndus  ^ra  possible,  et  d'épargoer  les 
gens  le  plus  que  nous  pourrons.  De  vous  dire  que  cette 
fille-là  mène  tine  yi«  déshounéte,  cda  seroit  uii  peu  trop 
fort;  cherclions,  pour  uOQs  expUqtlet^  quelques  termes 
plus  doul.  Le  mot  dé  galante  aussi  n'est  pas  assez,  celui 
de  côqilette  achevée  me  semble  propre  à  ce  que  nous  vou- 
lons, et  je  m'eti  puis  servir  pour  vbUâ  dire  honuêtemerit 
ce  qti  elle  est» 

L*on  me  veiit  donc  prendre  peur  dupe  if 

SBRIOÀNIi 

Peut-être  dâiis  le  fond  n'y  û'^t-it  pas  tant  de  mal  que 
tout  le  monde  croit  ;  et  pui^  il  y  â  àeÉ  geiis  après  fout 
qui  se  mettent  au'^dessus  dé  te$  sortes  de  choses  j  et  qui 
ne  croient  pas  que  letu*  honneur  dépende. .  « 

Je  suis  votre  s<}rvitéU^,^  \é  ne  Me  vetix  p^int  n^ttre  sur 
la  tête  un  chapeau  comme  celui-là;  et  Ion  aim« à  aller  le 
firent  levé  dans  la  famille  des  PoUrceaugnacs. 

SB&IOAKIi 

Voilà  le  père. 


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i48  M.  DE  POURCEAUGNAC. 

M.    DB   POU&GEAUGNAO. 

Ce  yieillard-li? 

SBRIGANI. 

Oui.  Je  me  retire. 

SCÈNE  V. 
ORONTE,  M.  DE  POURCEAUGNAC. 

M*    DE   POURCEAUGNAC. 

Bonjour ,  monsieur ,  bonjofur. 

ORONTE. 

Serviteur,  monsieur,  serviteur. 

M.    DE    POURCEAUGNAC. 

Vous  êtes  monsieur  Oronte,  nVt-ce  pas? 

ORONTE. 

Oui. 

M.  DE    POURCEAUGNAC. 

Et  moi,  monsieur  de  Pourceaugnac. 

ORONTE. 

A  la  bonne  heure. 

M.    DE    POURCEAUGNAC. 

Croyez -VOUS,  monsieur  Oronte,  que  les  Limosins 
soient  des  sots?    . 

ORONTE. 

Croyez-vous,  monsieur  de  Pourceaugnac,  que  les  Pa- 
risiens soient  des  bétes? 


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ACTE  II,  SCÈNE  V.  i4g 

M.    DB   POURCEAUGNAC. 

Vous  imaginez-vous,  noionsleiir  Oronte,  <juW  homme 
comme  moi  soit  si  aflfâmé  de  femme? 

ORONTE. 

Vous  imaginez -vous ,  monsieur  de  Poniceaugnac , 
qu'une  fille  comme  la  mienne  soit  si  afiamée  de  mari? 

SCÈNE  VI. 
JULIE,  OROKTE,  M.  DE  PODRCEAUGNAC. 

JULIE. 

0  N  vient  de  me  dire ,  mon  père ,  que  monsieur  de  Pour- 
ceaugnac  est  arrivé.  Ah  !  le  voilâ  sans  doute ,  et  mon  cœur 
me  le  dit.  Qu  il  est  bien  fait!  Qu'il  a  bon  air!  Et  que  je 
suis  contente  d'avoir  un  tel  époux!  SouflSi^ez  que  je  l'em- 
brasse, et  que  je  lui  témoigne. .  ; 

ORONTH. 

Doucement,  ma  fille,  doucement.  • 

M.   DE   PbURCEAUCNAÇ,àpart.   . 

Tudieu!  quelle  galante!  Comme  elle  prend  feu  d'abord  I 

QRQNTE. 

Je  voudrois  bien  savoir,  monsieur  de  PourceaugnaC) 
par^ quelle  raison  vous  yenez. . . 

JULIE  s'approche  'de  M.,  de  Pourceaugnac ,  le  regarde  d'un  air 
languissant ,  et  lui  veut  prendre  la  main. 
QUe  je  suis  aise  de  vous  voir!  et  que  je  brûle  d'impa« 
tience. . . 

ORONTE. 

Ah  !  ma  fille ,  ôtez-vous  de  là ,  vous  dis-je. 


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iSft  M.  DE  POUKCEAiJGNAC. 

M,    DE  P^URCEAUGNAq,  ipait. 

Obi  oh! ^elb  égrillarde! 

QRONTB^ 

Je  voudrois  bien,  dis-je,  savoir  par  quelle  raisop,  ii\ 
j4m  jplait,  YQ^  avez  }a  hardiesse  de. . . 

(  Julie  continue  le  même  jeu,  ) 
M.    DE    POURCEAUGN4C,2»p^|jt, 

Vertu  de  ma  vie  I 

OR0NTB,àJul^, 

Encore  !  qu'est-ce  à  dire ,  cela  ? 
Jtj|:,iE. 
Ne  voulez-vous  pas  que  jç  caresse  l^pwjç  qtïe  vou? 
mWez  choisi? 

ORONTE, 

Non.  Rentrez  fà-dedans. 

JULIE, 

Jjaissez-moi  le  regarder, 

CROifTtI, 

Rentrez ,  tous  dis-je, 

;ruiiB, 
Je  veux  demeurer  là,  s'il  vous  plaît, 

ORONTE. 

Je  ne  veux  pas,  moi  ;  et ,  si  tu  ife  rentres  tout  à  l'heure ^ 
je... 

^ULIE. 

* 

fié  bien!  je  rentre. 

ORONTE. 

Ma  fille  est  une  sotte ,  qui  ne  sait  pas  les  choses. 


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ACTE  II,  SCÈNE  VI.  i5i 

M.    DE   POURCEAUGNAG. 

Comme  nous  lui  plaisons! 

ORONTE,  à  ft^ip  ^ui  est  restée  après  «Toir  fait  citriques  pat 
pour  s  en  aller. 

Tu  ne  veux  paii  te  retirer? 

Quand  est-ce  donc  que  tous,  me  iparieree  àfec  mon- 
sieur? ♦' 

e  OBiOI^TE. 

Jamais  ]^et  tu  x^W-pas  pour  lui. 

JUtlE. 

J^T€W,j^Wi^9«i^^9  puisque  ypju^  xn^^lav^z  pomis. 
8i  *jt  te  Tai  pv|>mis,*je  te  U  dëpromett. 

M.    DE   POURGBirUGNAC,àpart. 

EHe  Voudroit  bien  me  tenir. 

JULIE. 

Vous  avez  beau  fiiire.  nous  serons  maries  ensemble  eo 
dépit  de  tout  le  monde, 

OROtr^E. 

Je  vous  en  empéclieraî  bien  tous  deux  ^  je  vous  assure. 
Voyez  un  p€lu  quel  vertigo  lui  prend  ! 


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i52  M.  DE  POURCEAUGNAC. 

SCÈNE   VIL 
ORONTE,  M.  DE  POURCEAUGNAC. 

M.    DE    POURCEAUGNAC. 

Mon  Dieu  !  notre  beau-père  prétendu,  ne  tous  fatiguez 
point  imt  ;  on  n'a  pas  envie  de  you&  enlever  votre  fille ,  et 
vos  grimaces  n^attraperont  rien. 

ORONTE.  % 

Toutes  les  vôtres  n'auront  pas  graâd  éftt 

H.    DE    POURGEAUONAC. 

Vous  êtes-vous  mis  dans  la  lêtt  qtfe  Lioniferd  de  1^)ur- 
ceaugnac  soit  un  homme  à  acheter  chat  en  poche ,  et  qu'il 
n  ait  pas  là-dedans  quelque  iporceau  de  judiciaire  pour  se 
conduire,  pqur  sp  faire  informer  dp  lliistoire  du  monde, 
et  voir,  en  se  mariant,  si  son  honneur  a  bien  toutes  ses 
sûretés? 

ORONTE. 

Je  ne  sais  pas  ce  que  cela  veut  diçe  :  mais  vous  étes- 
vous  mis  dans  la  tête  qu'un  hoinme  de  soixante  et  trois 
ans  ait  si  peu  de  cerVelle,  et  considère  si  peu  sa  fille,  que 
de  la  marier  avec  un  hogune  qui  a  ce  que  vous  savez,  et 
^i  a  été  mis' chez  un  m^ecin  pour  être  pansé? 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

C'est  une  pièce  que  l'on  m'a  faite,  et  je  n'ai  aucun  mal. 

ORONTE. 

Le  médecin  me  Fa  dit  lui-mâiAe. 


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ACTE  II,  SCÈNE  VIL  i53 

M.    DE   POURGEAUGNAC. 

Le  médecin  en  a  menti.  Je  suis  gentilhomme,  et  je 
veux  le  voir  Fépée  4  la  main- 

ORONTE. 

Je  sais  ce  que  j'en  dois  croire;  et  vous  ne  m'abuserez 
pas  là-dessus,  BOîn  plus  que  sur  les  dettes  que  vous  avez 
assignées  sur  le  mariage  de  ma  fille. 

M.    DK    POURCEAUG^AG. 

Quelles  dettes? 

ORONXE. 

La  feinte  ici  est  inutile;  et  j'ai  vu  le  marchand  flamand 
qui,  avec  les  autres  créanciers,  a  obtenu  depuis  huit  mois 
sentence  contre  vous. 

M.    DB   POURCEAUGNAG. 

Quel  marchand  flamand?  Quels  créanciers?  Quelle 
sentence  obtenue  contre  moi? 

ORONTE. 

Vous  saVez  bien  ce  que  je  vçux  dire. 

SCÈKE  VIII. 
LUÇETTE,  ORONTÉ,  M.  DE  PODRCEADGNAC. 

LXJCETXE,  contrefaisant  une  Languedocienne. 

Âh!  tu  es  assi,  et  à  la  fi  jeu  te  trobi  apr^s  abé  fait  tant 
de  passés!  Podes-tu,  scélérat,  podes-tu  sousteni  ma  bisto? 

M.    DE    POURCEAUONAG. 

Qu'est-ce  que  veut  cette  femme-là? 

LUCETTE. 

Que  te  boli,  ioJfame?  Tu  lis  sémblan  de  nou  me  pas 


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i54         M.  DE  POURCEAUGNAC, 

connouisse,  et  nou  rougisses  pas,  impudint  que  tu  sios, 
tu  ne  rougissd^pas  de  me  beyre?  (à  Oronte)  Nou  sabi  pas, 
moussur,  sacpos  bous  dont  m  an  dit  que  bouillo  espousa 
la  fiUo;  may  jeu  bous  déclari  que  yen  soun  sa  fenno,  et 
que  y  ja  set  ans,  n^oussur,  qu'en  passant  à  Pézéuas,  e] 
auguet  F  adresse ,  dambé  sas  mignardisos ,  commo  saptabla 
fayre,  de  me  gagna  lou  cor,  et  m'oubligel  pra  quel 
moueyeu  à  ly  donna  la  man  per  l'espousa. 

ORONTU, 

Oh!  oh! 

M,   DE   POURCEAUGNAC 

Que  diaUe  est-ce  ci? 

LUCETTB. 

Lou  trayté  me  quitel  très  ans  après,  sul  préteste  de 
cpal^as  ^(kyTts  qœ  lltpelabon  dtns  soun  paySj  et  des- 
pey  nouD  Vy  resçau  put  quA$o  -de  sdubelo  ;  may  dius  lou 
tens  qu^  soungeabi  lou«  mens,  m'an  donnât  abist  que 
begnio  dins  aquesto  UUq  per  se  remarida  dami>é  un  autro 
jouena  fillo,  que  sous  parens  ly  an  procurado,  sensse 
saupé  res  de  soun  premier  mtriàtge.  Yen  ai  tout  quittât 
en  diligenfiso,  et  m^  souy  rendu^Mlinsaqnestebc,  lou  pu 
leu  quay  pouscut ,  per  m'oupousa  en  aquel  criminel  ma«* 
riatge5  et  ^confondre  as  elys  de  tout  h  ^Un3e  lou  plus 
méchant  day  hommes. 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

VoUà  une  étrange  elErôntée  ! 

LUÇETTE. 

ImpocUnt,  n^a  pas  honttdeVn'injiuria,  alloc  d'être  con- 


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ACTB  Uj  SC6NB  VIU,  a56 

tm  4»j  Tep9po]i«0  tecÀ)|9  ^ue  ti^  ooiiso»ek)C|K>  10  dau 
fcyrç? 

M.    D£    ÇOURC9AUOI74Ç, 

]y(oi|  je  suis  yotre  m^? 

Ï.UCETTE. 

Infâme,  gausos-tu diSB îpu  contrairi?  Hé!  tu  sabes  bé, 
per  ma  penno ,  c[ue  n*e9  que  ti^p  Wtat  ;  ejt  pbgue^SQ  al 
cel  qu'aco  nous  fouguesso  pas^  çt  que  pi'auquesso  lays- 
çaclo  dins  Tétat  dlunoue^senco  et  dins  la  tra^quillitat  pun 
moun  amo  bibio  daba,n  que  tà^s  charmes  et  tas  trou^pa- 
riés  oun  m'en  benguesson  malheurousomeu  fayre  sourti! 
yeu  nou  serio  pas  réduite  À  layré  lou  triste  pefsounatge 
queyeufayepréseptemeu,'  àbeyre  un  marit  cruel  meSpresa 
touto  Fardou  que  yeu  ay  |fer  el ,  et  me  laissa  sensse  cap  de 
piélat  abandpunado  &  las  -indurteles  4oulous  que  yeû  re^ 
s^ti  de  sas  perfidos  açci&^' 

Je  ne  saurois  m'eriipêcber  de  pleurer.  (àM.  de^our- 
oeaugnacO  Allez,  VOUS  étes  un  méchant  hon^me, 

M.    DE   ï><)TÎRCEAU«NiC, 

Je  ne  connois  riei  à  to«t  ceci. 

SC^NE  IX. 

TÎÉRINE,  LUCETtE,  ORONTE,  M.  DE 
POURCfiAUGNAC. 

K  é  m  ir  £ ,  conmfaHttirt  «ne  Picarde. 
Ah!  je  n'en  pis  plus,  je  sis  tout  essoflée.  Ah!  finfaron, 
tu  m'as  bien  Ëiit,  courir,  tu  ne  mecaperas  <ndl.  Juatiche! 


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i56  M.  DE  PODRCEAUGNAC. 

justichel  je  boute  empéchemeaf  au  mariage.  (àOronte,) 
Chés  mon  méri,  moQsieu,  et  je  yeux  £dre  peindre  dié 
bon  pendard-là. 

M.    DE   POURGEAVGirAG. 

Encore! 

ORONTE,  àpai^. 

Quel  diable  d^homme  e6t-ce  ci  ? 

LUCETTE. 

Et  que  boblez-bous  dir^  ambé  bostre  empachomen  et 
bostro  pendarie?  qu^aquel  bomo  est  bostre  marit? 

Oui,  i^edéme,  et  je  sis  sa  femme. 

lucei:j:e. 
Âc[«o  e^  fau^,  aquos  jeu  ^e  soun  sa  fenno;  et  se 
deustre  pendut,  aquo  sera  yeii  (^e  lou  ferai  penjat. 

lïÉRJIïE. 

Je  n'entains  mie  cbe  baragoin-là. 

LUCETTE. 

Yeu  bous  disi  que  ye\L  soim  sa  feni^o. 

NBRIItE.       * 

Sa  femme  Z 

LUCETTE. 

Oy.  .     ♦ 

UTERINE. 

Je  vous  di  que  chest  mi,  ewore  in  co«qp,  qui  le  sis. 

LUCETTE. 

Eliyeu  bous  sousteni,  yeu,  qu'aquos  yeu. 


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ACTE  II,  SCÈNE  IX.  167 

NÉRINE. 

Il  y  a  c[uetre  ans  qu'il  m'a  éposëe. 

liUCETTB. 

Et  yéu  set  ans  7  a  que  m'a  preso  pr  fenno. 

NARINE. 

J'ai  des  gairants  de  toi^  ce  que  je  di. 

LUCfiTTB. 

Tout  ition  pay  lo  sap. 

NiaiNB. 
No  TÎlle  en  est  témoin. 

LUCEtTE. 

Tout  Pézénas  a  bistn^re  mariatge. 

irtRINE. 

Tout  Chin-Quentin  a  assisfé  à  nos  noches. 

LUCETTE. 

Nott  y  a  res  de  tant  téri^able. 
N^ft  Vf  E. 
11  gn'y  a  rien  de  plus  chertain. 

LUCETTE,  à  Mi  de  Pôutceaugnac. 

Gausos-tu  dire  loii  contrari,  yaliquos? 

NARINE,  à  M.  dé  Pourcfiau^ac; 
Est-che  que  tu  me  démentiras,  méchaint  homme? 

M.    DE   POURCEAUGNAG. 

Il  est  aussi  vrai  l'un  que  lautre 

LUCETTE. 

Quakign  impudensso!  Et  coussy,-  misérable,  nou  te 
soubennes  phiç  de  la  pauro  Françbn  et  d^l  panré  Jeaoïnet , 
que  soun  lous  fruits  de  nostre  mariatge? 


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t58  M..  DE  PÔURCEAUGNAC. 

Bàjéz  tiki  peu  l'insoIeDcel  Quoi ^  tune  tff  soturkis' mie 
de  ciiette  pauvre  aiki&m,  no  petite  Madelaine/que  tu 
m^as  laichée  pour  gaige  de  ta  &i? 

Mi    DE    POVKCEJLVÙVkCt 

Voilà  deux  impiudeàtes  ciffognes. 

LUQEtTE. 

Béni,  Françoû;  betii,  Jeatmet;  béni  tOu^ttftl,lleb^  teus- 
taine,  béni  fajt^  beyré  i  un  payre  dénaturât  la  duretat 
qu*elap9nosires. 

VeneZ)  Bbdeiaine^  tBeii*ii|Jiin^  TendB^^teg^eit  îclit 
fidre  honte  à  yo  père  de  Pimptdaindie  qu'il  a» 

SCÈNE  X. 

ORONTÈ,  M.  t)Ë  POUROgAUGNAC,  LUCÉÏTE, 
NÈRINE,  PLUajEÉRS  ENFANTS. 

Ah!  mou  papal  inon  papal  mon  papdl 

M.    DE   P0tRGJEfAU6NAG« 

Diantre  soit  des  petits  fils  de  putaitis  I 

ttJCETTÈ. 

Coussy ,  tjrayte,  tii  nou  sios  par  dihs  la  demiare  cônfii* 
siu  de  reitôaupre  à  tal  tous  enfanta  ^  et  dé  (étmâk  Foreillo  â 
la  tetldresso  paternello  ?  Tu  Aôu  ni  e^caparas  pa^  y  infâme  : 
yen  te  boly  fleguy  pertout ,  et  te  reproucha  ton  crime  y  jus- 
quoa  à  taàtipiie  Bie  sio  benitdo  ^  et  que  t'ayo  %t  penjat  y 
couquy,  te  boly  layre  puqat. 


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ACTE  II,  SCÈNE  X.  159 

NÉRINE. 

Né  rougis-tu  mie  de  dire  ches  mots-là,,  et  d'être  insain- 
sible  aux  cairesses  de  chette  pauvre  ainfain?  Tu  ne  te  sau- 
veras mie  de  mes  pattes  :  et ,  en  dépit  de  tes  dains ,  je  ferai 
bien  voir  que  je  sis  ta  femme ,  et  je  te  ferai  pindre. 

LES   ENFANTS. 

Mon  papa  !  mon  papa  !  mon  papa  ! 

M.    DE    POURCËAtJGNAC. 

Au  secours!  au  secours!  Où  fuirai- je?  Je  n'en  puis 
plu^» 

0  R  0  N  t  E ,  à  Lticette  et  à  Nërine» 

Allez,  vous  ferez  bien  de  le  Êiire  punir;  et  il  mérite 
d^ètre  pndu. 

SCÈNE  XL 

SBRIGANL 

Je  conduis  de  Toeil  toutes  choses,  et  tout  cela  ne  va  pas 
mal.  Nous  fatiguerons  tant  notre  provincial  ^^  qu'il  Êiudra, 
ma  foi,  qu'il  déguerpisse. 

SCÈNE  XIL 

M.  DE  PODRCEAIIOIfAC,  SBRIOANI. 

if.  de  pourgeauokac. 
An!  je  suis  assommé.  Quelle  peine!  quelle  maudite 
ville!  Assassiné  de  tous  côtés! 

iSBRIGANI. 

Qu'est-ce  >  monsieur?  Est- il  eucord  arrivé  queljuô 
thôse? 


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i6o  M.  DE  POURCEAUGNAC. 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Oui;  il  pleut  en  ce  pap  des  femmes  et  des  lavements. 

SBRIGANI. 

Comment  donc? 

M.    DE  POURCEAUGNAC. 

Deux  carognes  de  baragouineuses  me  sont  venues  ac- 
cuser de  les  avoir  épousées  toutes  deux,  et  me  mçnacent 
de  la  justice. 

SBRIGANI. 

Voilà  une  méchante  affaire;  et  la  justice  en  ce  pays-cî 
est  rigoureuse  en  diable  contre  cette  sorte  de  crime. 

M.    DE   POURCEAUGNAC 

Ouf;  mais  quand  il  y  auroit  information,  ajournement, 
décret  et  jugement  obtenu  par  surprise,  défaut  et  contu- 
mace ,  j'ai  la  voie  du  conflit  de  juridiction  pour  temporiser 
et  venir  aux  moyens  dé  nullité  gui  seront  dans  les  procé- 
dures. 

SBRIGANIi 

Voilà  en  parler  dans  tous  les  termes;  et  Ton  voit  bien, 
monsieur,  que  vous  êtes  du  métier. 

1*.    IJE    POURCEAUGNAC. 

Moi!  point  du  tout;  je  suis  gentilhomme.  : 

SBRIGANI. 

Il  faut  bien,  pour  parler  ainsi,  que  vous  ayez  étudié  la 
pratique. 

M.   DE   POURCEAUGNAC. 

Point;  ce  n'est  que  le  sens  commun  qui  me  fait  juger 
que  je  serai  toujours  reçu  à  mes  Êiits  justificatifs,  et  qu'on 


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ACTE  II,  SCÈNE  XIL  i6i 

oe  me  sauroit  condamner  sur  une  simple  accusation ,  sans 
un  récolement  et  confrontation  avec  mes  psBrties. 

SBRIGANI. 

En  voilà  du  plus  fin  encore. 

M.    DE   POURGEAUGNAC. 

Ces  mots-là  me  viennent  sans  que  je  les  sache. 

SBRIGANI. 

Il  me  semble  que  le  sens  commun  d'un  gentilhomme 
peut  bien  aller  à  concevoir  ce  qui  est  du  droit  et  de  Tordre 
de  la  justice,  mais  non  pas  à  savoir  les  vrais  termes  de  la 
chicane. 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Ce  sont  quelques  mots  que  j  ai  retenus  en  lisant  les 
romans. 

SBRIGANI. 

Ah!  fort  bien. 

M.    DE    POURCEAUGNAC. 

Pour  vous  montrer  que  je  n'entends  rien  du  tout  à  la 
chicane,  je  vous  prie  de  me  mener  chez  quelque  avocat 
pour  consulter  mon  affaire. 

SBRIGANI. 

Je  le  veux,  et  vais  vous  conduire  chez  deux  hommes 
fort  habiles  :  mais  j'ai  auparavant  à  vous  avertir  de  n^étre 
poînt  surprb  de  leur  maniée  de  parler;  ils  ont  contracté 
du  barreau  certaine  habitude  de  déclamation ,  qui  Êiit  que 
l'on  diroit qu'ils  chantent,  et  vous  {^rendrez  pour  musique 
tout  ce  qu'ils  vous  diront. 

MOLllmS*  5.  Il 


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iGa  M.  DE  POURCEADGNAa 

M,    DE   POURCEAUGNAC. 

Qu'importe  comme  ils  parlent ,  pourvu  qu'ils  me  disent 
ce  que  je  veux  savoir. 

SCÈNE   XIIL 
M.  DE  POURCEAUGNAC,  SBRIGANI,  DEUX 
AVOCATS,  DEUX  PROCUREURS,  DEUX 
SERGENTS. 

PESMIEB   ÀTOCÀT,  traînant  ses  proies  en  chantant. 
La  poljgamie  est  un  cas , 
Est  un  cas  pendable. 
SECOVD  ATOCÀT,  chantant  fort  vite  en  bredouillant. 
Votre  fait 
Est  clair  et  net , 
Et  tout  le  droit , 
Sur  cet  endroit , 
Conclut  tout  droit. 
Si  vous  consultez  nos  auteurs , 
Législateurs  et  glossatéurs , 
Justinian ,  Papinian , 
Ulpian  et  Tribonian , 
Fernandy  Rebuffe,  Jean  Imole, 
Paul  Castre ,  Julian ,  Barthole , 
Jason ,  Alciat ,  et  Cujas , 

Ce  grand  homme  si  capable , 
La  polygamie  est  un  cas , 
Est  un  cas  pendable. 

ENTRÉE  DE  BALLET. 

(  Danse  de  deux  procureurs  et  de  detif  serments.  Pendant  que  le  second 

avocat  chante  les  paroles  qui  suivent  :) 

Tous  les  peuples  policés , 
Et  bien  sensés, 


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ACTE, II,  SCÈNE  XIII.  i63 

Les  François ,  Anglois ,  Holïandots , 

Danois ,  Suédois ,  Polonois , 
Portugais ,  Espagnols ,  Flamands , 

Italiens ,  Allemands , 
Sur  ce  fait  tiennent  loi  semblable  ; 
Et  l'affaire  est  sans  embarras. 
La  poljgamie  est  un  cas , 
Est  un  cas  pendable. 

LE  phemieh  atocat  chaaU  eelles^L 
La  polygamie  est  un  cas , 
Est  un  cas  pendable. 

(  M.  de  Pourceangnao ,  impalienté ,  les  cbaMe.  ) 


ri5    DU   SECOND    ACTE. 


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i64  M.  DE  POURCEAUGNAC. 


ACTE  TROISIÈME. 


SCÈNE  L 

ÉRASTE,  SBRIGANI. 

SBRIGANI. 

O  XJI9  les  choses  s^acheminent  où  nous  voulons  ;  et  comme 
ses  lumières  sont  fort  petites,  et  son  sens  le  plus  borné  du 
monde,  je  lui  ai  feit  prendre  une  frayeur  si  grande  de  la 
sévérité  de  la  justice  de  ce  pays,  et  des  apprêts  cpi'on  fai- 
soit  déjà  pour  sa  mort,  qu'il  veut  prendre  la  fuite;  et, 
pour  se  dérober  avec  plus  de  facilité  aux  gens  que  je  lui  ai 
dit  qu'on  avoît  mis  pour  Tarrêter  aux  portes  de  la  ville,  il 
s'est  résolu  à  se  déguiser,  et  le  déguisement  qu'il  a  pris  est 
rhabit  d'une  femme. 

ÉRASTE. 

le  voudrois  bien  le  voir  en  cet  équipage. 

SBRIGANI. 

Songez  de  votre  part  à  achever  la  comédie  ;  et  tandis 
que  je  jouerai  mes  scènes  avec  lui,  allez-vous-en.  (il  lui 
parle  à  l'oreille.  )  Vous  entendez  bien? 

SRASTE. 

Oui. 


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ACTE  III,  SCÈNE  L  i65 

SBRIGANI. 

Et  lorsque  je  l'aurai  mis  ob  je  veux.  •  •  (  n  lui  parle  k  l'o- 

reîUe,) 

ÉRA8TE. 

Fort  bien. 

SBRIGANI. 

Et  quand  le  père  aura  été  averti  par  moi. . .  (  a  lui  parl« 

encore  à  Toreille.  ) 

ÉRASTB. 

Cela  Ta  le  mieux  du  monde. 

SBRIGANI.  . 

Voici  notre  demoiselle.  Allez  vite ,  qu'il  ne  nou»  voie 
ensemble. 

SCÈNE  II. 

M.  DE  POURCEADGNAC,  en  femme;  SBRIGANI. 

SBRIGANI. 

Pour  moi,  je  ne  crob  pas  qu'en  cet  état  on  puisse  ja- 
mais vous  connoitre  ;  et  vous  avez  la  mine  comme  cela 
d'une  femme  de  conditioiL 

M.    DE   POITRGEAUGNAC. 

Voilà  qui  m'étonne,  qu^en  ce  pays-ci  les  formes  de  la 
justice  ne  soient  point  observées. 

SBRIGANI. 

Oui,  je  vous  l'ai  déjà  dit,  ils  commencent  ici  par  fidn> 
pendre  un  homme,  et  puis  ils  lui  font  son  procès. 

M.    DE  POURCEAUONAC. 

Voilà  une  justice  bien  injuste. 


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i6(î  M.  DE  POURCEAUGNAC. 

SBRIGANI. 

Elle  est  sévère  comme  tous  les  diables ,  particulière- 
ment sur  ces  sortes  de  crimes. 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Mais  quand  on  est  innocent? 

SBRI6ANL 

N'importe,  ils  ne  s'enquêtent  point  de  cela  :  et  puis  ils 
ont  en  cette  ville  une  haine  eflfroyable  pour  les  g«is  de 
votre  pays  ;  et  ils  ne  sont  pas  plus  ravis  que  de  voir 
pendre  un  Limosin. 

M.    DE   POURCEAUGNAC 

Qu'est-ce  que  les  Limosins  leur  ont  donc  fait? 

SBRIGANI. 

Ce  sont  des  brutaux,  ennemis  de  la  gentillesse  et  du 
mérite  des  autres  villes.  Pour  moi ,  je  vous  avoue  que  je 
suis  pour  vous  dans  une  peur  épouvantable-;  et  je  ne  me 
consolerois  de  ma  vie  si  vous  vpniez  à  être  pendu. 

M.   DIS   POURCEAUGNAC. 

Ce  n'est  pas  tant  la  peur  de  la  motl  qui  me  fait  fiiir , 
que  de  ce  qu'il  est  fâcheux  à  un  gentilbonuxie  d'éU'e  pendu , 
et  qu'une  preuve  comme  celle-là  feroit  tort  à  nos  titres  de 
noblesse. 

SBRIGANI. 

Vous  avez  raison  ;  on  vous  contesteroit  après  cela  le 
titre  d'écuyer.  Au  reste,  étudiez -vous,  if^nà  je  vous 
mènerai  par  la  main,  à  bien  marcher  oQmiQe  une  femme, 
et  à  prendre  le  engage  et  toutes  1^  manières  d'une  per- 
sonne de  qualité. 


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ACTE  III,  SCÈNE  IL  167 

M.    DB  POURCEAUOVaC. 

Laissez-moi  Êiire  5  j'ai  yu  les  persoimes  du  bel  air.  Tout 
ce  qu'il  y  a,  cest  que  j'ai  un  peu  de  barbe, 

SfiRIGANI. 

Votre  barbe  n^est  rien;  il  y  a  des  fenunes  qui  en  ont 
autant  que  vous.  Çà,  voyons  un  peu  comme  vous  ferez. 
(après  que  M.  de  Pourceaugnac  a  contrefait  la  femme  de  condi- 
tion.) Bon. 

M.    DS   POURCEAUftlTAC. 

Allons  donc,  mon  carrosse;  où  est-ce  qu'est  mon  car- 
rosse? Mon  Dieu!  Qu'on  est  misérable  d'avoir  des  gens 
comme  cela!  Est-ce  quon  me  fera  attendre  toute  la 
journée  sur  le  pavë^  et  qu'on  ne  me  fera  point  venir  mon 
carrosse  ? 

S6AI6AN1. 

Fort  bien. 

M.    OB    POURCEAUGNAC. 

'Holàl  ho!  cocher,  petit  laquais.  Ah!  petit  fripon, 
qiié  de  coups  de  fouet  je  vous  ferai  donner  tantôt  !  Petit 
laquais,  petit  laquais.  Où  est-ce  donc  qu'est  ce  petit  la- 
quais? ce  petit  laquais  ne  se  trouvera- t-il  point?  ne  me 
fera-t-on  point  venir  ce  petit  laquais?  Est-ce  que  je  n'ai 
point  un  petit  laquais  dans  le  monde? 

SBRIGANI. 

Voilà  qui  va  à  merveille,  Mab  je  remarque  unechosc  ; 
cette  coiffe  est  un  peu  trop  défiée;  j'en  vais  quérir  une  un 
peu  plus  épaisse ,  pour  vous  mieux  oacher  lé  visage  en  cas 
(le  quelque  rencontre. 


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i68         M.  DE  POURCEAUGNAO. 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Que  deyiendrai- je  cependant? 

SBRIGANI. 

Attendez-moi  là,  je  suis  k  vous  dans  tm  moment;  vous 
u  avez  qu'à  vous  promener. 

(H.  de  PouTceaugnac  fait  plusieurs  tours  sur  le  théâtre ,  eu  conti- 
nuant à  contrefaire  la  femme  de  qualité.  ) 

SCÈNE  IIL 
M.  DE  POURCEAUGNAO,  DEUX  SUISSES. 

PREMIER  SUISSE,  sans  voir  M.  de  Pourceau;. oac. 

ALLoiTS,dépêchons ,  camerade  ;  Ijr  &ut  allair  tous  deux 
nous  à  la  Crève  pour  regarter  un  peu  chousticier  sti 
montsir  de  Porcegnac,  qui  Fa  été  contané  par  ortonnancc 
à  Tétre  pendu  par  son  cou. 

SECOND  SUISSE,  sans  voir  M.  de  Pourceaugnac. 
Ly  Êiut  nous  loer  un  fenestre  pour  foir  sti  choustice. 

PREMIER  SUISSE. 

Lj  disent  que  Ton  Êiit  téjà  planter  un  grand  potence 
foute  neuve,  pour  ly  accrocher  sti  Porcegnac. 

SECOND   SUISSE. 

Ly  sira,  ma  foi,  un  grant  plabir  d'y  regarter  pendre  sti 
limossin. 

PREMIER   SUISSE^ 

Oui,  te  ly  foir  gambSler  les  pieds  en  haut  te£mt  tout 
le  monde. 


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ACTE  III,  SCÈNE  III.  169 

'   SECOND   SUISSE. 

Ly  est  un  plaisant  trôle,  oui  :  ly  disent  cpic  s'être  marié 
Iroy  foie, 

PREMIER   SVrsSE. 

Sti  diable  ly  fouloir  troy  femmes  à  ly  tout  seul$  ly  être 
bien  assez  t  We. 

SECOND  SUISSE,  en  aperceyant  M.  de  Pourceauçnac. 

Ah!  pon  cbour,  mameselle. 

PREMIER   SUISSE. 

Que  faire  fous  là  tout  seul? 

M.    DE    POURCEAUGNAC. 

Tattends  mes  gens,  messieurs. 

SECOND   SUISSE. 

Ly  être  belle,  par  mon  foi. 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Doucement,  messieurs. 

-  PREMIER  SUISSE. 

Fous ,  mameselle,  fouloir  finir  rechouir  fous  à  la  Crève? 
Nous  foire  foir  à  fous  un  petit  pendement  pien  choli. 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Je  vous  rends  grâce. 

SECOND   SUISSE. 

Uêtre  un  gentilhomme  limossin ,  qui  sera  pendu  chan- 
timent  à  un  grand  potence. 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Je  n'ai  pas  de  curiosité. 

PREMIER   SUISSE. 

Ly  être  là  un  petit  tétoft  qui  Test  trôle. 


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170  M.  DE  POURCEAUGNAC 

M.    DE    POURCEAUGNAC. 

Tout  beau. 

PHEMIEH   SUISSE. 

Mon  foi ,  moi  couchair  pien  afec  fous. 

M.    DE   P0URGEAV6ITAC. 

Ah  !  c'en  est  trop  ;  et  ces  sortes  d'ordures-Ià  ne  se  disent 
point  à  une  femme  de  ma  condition. 

SECOND    SUISSE. 

Laisse,  toi;  l'être  moi  qui  veux  couchair  afec  elle. 

PREMIER   SUISSE. 

Moi ,  ne  fouloir  pas  laisser. 

SECOND    SUISSE. 

Moi ,  \y  fouloir,  moi. 

(  Les  deux  Suisses  tirent  M.  de  Pourceaugnac  ayec  Tiolence.  ) 
PREMIER   SUISSE. 

Moi,  ne  faire  rien, 

SECOND   SUISSE. 

Toi ,  Tafoir  pfen  menti. 

PREMIER   SUISSE. 

Parti,  toi,  l'afoir  menti  toi-même. 

M.    DE   POURCEAUGNAC. 

Au  secours,  à  la  force! 


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ACTE  III,  SCÈNE  IV.  ijf 

SCÈNE   IV. 

M.  DE  POURCEAUGNAC,  UN  EXEMPT,  DEUX 
ARCHERS,  DEUX  SUISSES. 

L^EXEMPT. 

Qu'est-ce?  ,Quelle  violence  est-ce  là?  Et  que  voulez- 
vous  Élire  à  madame?  Allons ,  que  Ion  sorte  de  là ,  si  vous 
ne  voulez  que  je  vous  mette  en  prison. 

PREMIER   SUISSE. 

Parti ,  pon ,  toi  Fafoir  point. 

SECOND*SUISSE. 

Parti,  pon  aussi,  toi  ne  1  afoir  point  encore. 

SCÈNE  V. 

M.  DE  POURCEAUGNAC,  UN  EXEMPT. 

M.    DE    POURGEAtJGNiC. 

Je  vous  suis  obligé,  monsieur,  de  m'avoîr  délivrée  de 
ces  insolents. 

l'exempt. 

Ouais  I  voilà  un  visage  qui  ressemble  bien  à  celui  que 
Ton  m'a  dépeint. 

M.   DB  FiOUilCBAUGHAa 

Ce  n'est  pas  moi ,  je  vous  assure. 
l'exempt. 
Ah  !  ah  !  qu  est-ce  que  veut  dire.  * .  ? 

M.    I^E   POURGSAIfGNAC. 

Jecesabpas. 


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lya  M.  DE  PODRCEAUGNAC. 

l'exempt. 
Pounjaoi  donc  dites-vous  cela? 

M.    DE   POURGEAUGNAC. 

Pour  rien. 

l'exempt. 
Voilà  un  discours  qui  marque  quelque  chose ,  et  je  vous 
arrête  prisonnier. 

M.    DE   POVRCEAUGNAC. 

Hél  monsieur 9  de  grâce! 

l'exempt. 

Non,  non;  à  votre  mine  ^t  à  vos  discours,  il  faut  que 
^  ous  soyez  ce  monsieur  de  Pourceaugaac  que  nous  cher- 
chons, qui  se  soit  déguisé  de  la  sorte;  et  vous  viendrez  en 
prison  tout  à  Theure 

M.    DE    POURCEAUGNAC. 

Hélas! 

SCÈNE  VL 

M.  DE  PODRCEAUGNAC,  SBRIGANI,  UN  EXEMPT, 
DEUX  ARCHERS. 

SBRIGANI,  à  M.  de  Pomceangnac. 

Ah  ciel I  que  veut  dire  cela? 

M.   DE  POURCEAUGNAC. 

Ils  m'ont  reconnu. 

L^ËXEMPT. 

Oui ,  oui  ;  c'est  de  quoi  je  sub  ravL 

SBRIGANI,  à  TcxempU 

Hél  monsieur  y  pour  l'amour  do  moi,  vous  savez  que 


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ACTE  III,  SCÈNE  Vl.  173 

nous  sommes  amis  depuis  long-temps ,  je  vous  conjure  de 
ne  le  point  mener  en  prison. 

l'exempt. 
Non ,  il  m  est  impossible. 

SBRI6AN1. 
Vous  êtes  homme  d'accommodement.  N'y  a-t-il  pas 
moyen  d'ajuster  cela  avec  quel(jues  pistoles? 

l'exempt,  à  ses  archert. 

Retirez-Yous  un  peu. 

SCÈNE  VIL 

M.  DE  PODRCEAUGNAC,  SBRIGANI,  UN 
EXEMPT. 

SB  RIGA  Kl,  à  M.  de  Pourceaùgnac. 

Il  faut  lui  donner  de  l'argent  pour  vous  laisser  aller. 
Faites  vite. 

M.   DE  POU&CEAU6NAC,  donnant  de  largent  à  Sbrigàni. 

Ah!  maudite  ville! 

SBRIGANI. 

Tenez,  monsieur. 

l'exempt. 
Combien  y  a-t-il? 

SBRIGANI. 

Un,  deux,  Joroîs,  quatre,  cinq,  six,  sept,  huit,  neuf, 
dix. 

l'exempt. 
Non ,  mon  ordre  est  trop  exprès. 


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i2\         M.  DE  PODilCEAUGNAC. 

SBRIGANI^à  l'oxempt  qui  yeut s*eB  aller. 
Mon  Dieu  !  attendez.  (  à  M.  de  Ponrceaugnac.  )  Dépéchez, 
donnez-lui-en  encore  autant. 

M.   DE   POURCEAXrGNAC 

Mais... 

SBRI6ANI. 

Dépêchez -VOUS,  vous  dis -je,  et  ne  perdez  point  de 
temps.  Vous  auriez  un  grand  plaisir  quand  vous  seriez 
pendu I 

M.    DE    POURCEAUGNAC. 
Ah  I  (  Il  donne  encore  de  l'argent  à  Sbrigani.  ) 
SBRIGANI,  à  l'exempt. 

Tenez,  monsieur. 

l'exempt,  à  Sbrigani. 

n  faut  donc  que  je  m'enfuie  avec  lui;  car  il  n  y  auroit 
point  ici  de  sûreté  pour  moi.  Laissez-le-moi  conduire,  et 
ne  bougez  d'ici. 

SBRIGANL 

Je  vous  prie  donc  dW  avoir  un  grand  soin. 

l'exempt. 
Je  vous  promets  de  ne  le  point  quitter  que  je  ne  Taie 
mis  en  lieu  de  sûreté. 

M.   DE   PO  VRCEATJGKAC,  à  Sbrigani. 

Adieu.  Voilà  le  seul  honnête  homme  que  j'aie  trouvé 
en  cette  ville. 

SBRIGANL 

Ne  perdez  point  de  t!emps.  Je  vous  aime  tant,  que  \^ 


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ACTE  III,  SCÈNE  VII.  175 

voudrois  que  vous  fussiez  déjà  bien  loin,  (seul.)  Que  le 
ciel  te  conduise!  Par  ma  foi,  voilà  une  grande  dupe.  Mais 
voici. . . 

SCÈNE  VIII. 
ORONTE,  SBRIGANI. 

SBRIGANI,  feignant  de  ne  point  yoir  Oronte. 
AhI  quelle  étrange  aventure!  Quelle  fâcheuse  non- 
veUe  pour  un  père  !  Pauvre  Oronte ,  que  je  te  plains  !  Que 
diras-tu?  et  de  quelle  façon  pourras-tu  supporter  cette 
douleur  mortelle? 

ORONTE. 

Qu*est-ce2  Quel  malheur  me  présages-tu? 

SBRIGANI. 

Ah!  monsieur,  ce  perfide  Limosin,  ce  traître  de  mon- 
sieur dePourceaugnac  vous  enlève  votre  fille! 

ORONTB 

Il  m'enlève  ma  fille? 

SBRIGANI. 

Oui.  Elle  en  est  devenue  si  folle,  qu'elle  vous  quitte 
pour  le  suivre  ;  et  Ton  dit  qu'il  a  un  caractère  pour  se  faire 
aimer  de  toutes  les  femmes. 

ORONTE. 

Allons  vite  4  la  justice.  Des  archers  après  eux. 


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176         M.  DE  POURCEAUGNAC 
SCÈNE  IX, 
ORONTE,  ÉRASTE,  JULIE,  SBRIGANI. 

iRASTE,  à  Julie. 

ALLONS;  VOUS  viendrez  malgré  vous,  et  je  veux  vous 
remettre  entre  les  mains  de  votre  père.  Tenez ,  monsieur, 
voilà  votre  fille  que  j  ai  tirée  de  force  d^entre  les  mains  de 
1  homme  avec  qui  elle  s'enfiiyoit  :  non  pas  pour  Famour 
délie,  mais  pour  votre  seule  considération;  car,  après 
Faction  qu'elle  a  faite,  je  dois  la  mépriser,  et  me  guérir 
absolument  de  Famour  que  j'avois  pour  elle. 

ORONTE. 

Ah  !  infâme  que  tu  es  ! 

iRASTE;  à  Julie. 

Comment!  me  traiter  de  la  sorte  après  toutes  les  mar- 
ques d'amitié  que  je  vous  ai  données!  Je  ne  vous  blâme 
point  de  vous  être  soumise  aux  volontés  de  monsieur 
votre  père;  il  est  sage  et  judicieux  dans  les  choses  qu'il 
fait;  et  je  ne  me  plains  point  de  lui  de  m'avoîr  rejeté  pour 
un  autre.  S'il  a  manqué  à  la  parole  qu'il  m'avoit  donn&, 
il  a  ses  raisons  pour  cela.  On  lui  a  fait  croire  que  cet  autre 
est  plus  riche  que  moi  de  quatre  ou  cinq  mille  écus;  et 
quatre  ou  cinq  mille  écus  est  un  denier  considérable,  et 
qui  vaut  bien  la  peine  qu'un  homme  manque  à  sa  parole. 
Mais  oublier  en  un  moment  toute  Fardenr  que  je  vous  ai 
montrée,  vous  laisser  d'abord  enflammer  d amour  pour 


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ACXEJU,  SCÊiNE  IX.  i;^; 

un  nouveau  venu,  et  le  suivre  honteusement,  sans  le 
consentement  de  monsieur  votre  père,  après  les  ^crimes 
qu'on  lui  impute,  c  est  une  chose  condamnée  de  tout  le 
monde,  et  dont  mon  cœur  ne  peut  vous  faire  d^assez  san- 
glants reproches. 

JULIE* 

Hé  bien!  oui.  J  ai  conçu  de  lamour  pour  lui,  et  je  Fai 
voulu  suivre,  puisque  mon  père  me  Tavoit  choisi  pour 
époux.  Quoi  que  vous  me  disiez ,  c  est  un  fort  honnête 
homme;  et  tous  les  crimes  dont  on  l'accuse  sont  faussetés 
épouvantables.    - 

0R0NT£. 

Taisez-vous,  vous  êtes  une  impertinente,  et  je  sais 
mieux  que  vous  ce  qui  en  est 

JULIE. 

Ce  sont  sans  doute  des  pièces  que  Ton  fait,  et  cest 
peut-être  lui  (montrant  Eraste)  qui  a  trouvé  cet  artifice 
pour  vous  en  dégoûter. 

ERASTE. 

Mol!  je  serois  capable  de  cela? 

JULIE. 

Oui,  vous. 

ORONTE. 

Taisez-vous,  vous  dîs-je^  vous  êtes  une  sotte. 

liRASTE. 

Son,  non,  ne  vous  imaginez  pas  que  faie  aoeime 
Moi.i)Litz.  5.  <t 


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178  M.  DE  PODRCEÀUGNA€. 

envie  de  détourner  ce  mariage,  et  que  ce  soit  ma  passion 
qui  m  ait  forcé  \  courir  après  vous.  Je  vous  Taî  déjà  dit, 
ce  n^est  que  la  seule  considération  que  j'ai  pour  monsieur 
votre  père;  et  je*  n'ai  pu  souffrir  qu'un  honnête  homme 
comme  lui  fût  exposé  à  la  honte  de  tous  les  hruits  qtii 
pourroient  suivre  une  action  comme  la  vôtre. 

OROKTZ. 

Je  vous  suis,  seigneur  Eraste,  infiniment  obligé. 

ÉRASTE. 

Adieu,  monsieur.  J  avois  toutes  les  ardeurs  du  monde 
d'entrer  dans  votre  alliance,  j'ai  Êiit  tout  ce  que  j'ai  pu 
pour  obtenir  un  tel  honneur;  mais  j  ai  été  malheureux,  et 
vous  ne  m'avez  pas  jugé  digne  de  cette  grâce.  Cela  n  em- 
péchera  pas  que  je  ne  conserve  pour  vous  les  sentiments 
d'estime  et  de  vénération  où  votre  personne  m  oblige;  et, 
si  •je  n'ai  pu  être  vjotre  gendre,  au  moins  serai-je  éternel- 
lement votre  serviteur. 

ORONTE. 

Arrêtez,  seigneur  Éraste;  votre  procédé  me  touche 
l'âme,  et  je  vous  donne  ma  fille  en  mariage. 

JULIE. 

Je  ne  veux  point  d'aulrè  mari  que  monsieur  de  Pour- 
ceaugnac. 

ORONTE. 

Et  je  veux,  moi,  tout  à  JHieure,  que  tu  prennes  le  sei- 
gneur Érasie.  Çà^  la  main. 


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ACTE  III,  SCÈNE  I3Û  179 

JULIE. 

•      .  «        ■ 

Non ,  je  n'en  ferai  rien. 

ORONTE. 

Je  te  donnerai  sur  les  oreiUês. 

ifRASTE. 

Non,  non,  monsieur;  ne  lui  Eûtes  point  de  riolence, 
je  vous  en  prie. 

ORONTE. 

Cest  à  elle  à  m  obéir,  et  je  sais  me  montrer  le  maître. 

ÉRASTE. 

Ne  voyez-vous  pas  l'amour  qu  eUe  a  pour  cet  homme- 
là?  et  voulez'-vous  que  je  possède  un  corps  dont  un  autre 
possédera  le  cœur? 

ORONTE. 

Cest  un  sortilège  qu'il  lui  a  donné;  et  vous  verrez 
qu'elle  changera  de  sentiment  avant  qu'i]»SQit  peu.  Don- 
nez-moi votre  main.  Allons.  ^  # 

JULIE. 

Je  ne. . . 

ORONTE. 

Ah!  que  de  bruit!  Çà.,  votre  maio,  vous  dis- je.  Ah! 
ah!  ah! 

Ne  croyez  pas  que  ce  soit  pour  ramojrir  de  vous  que  je 
vous  donne  la  main;  Ce  n'est* que  monsieur  votre  père 
dont  je  suis  amoureux,  et  c'est  lui  que  j'épousie. 


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i8n  M.  DE  PODRCEAUGNAC. 

ORONTE. 

Je  TOUS  8ub  beaucoup  obligé  ;  et  j  augmente  de  dix 
mille  écus  le  mariage  de  ma  fille.  Allons ,  qu'on  fasse  venir 
le  notaire  pour  dresser  le  centrât. 

ÉRASTE. 

En  attendant  qu'il  vienne,  nous  pouvons  jouir  du  di- 
vertissement de  la  saison ,  et  faire  entrer  les  masques  que 
le  brait  des  noces  de  monsieur  de  Pourceaugnac  a  attirés 
ici  de  tous  les  endroits  de  la  viUe» 

SCÈNE  X. 

TRQUPE  DE  MASQUES  dansahtk  et  chaotaïits. 

us  MASQUE,  en  È^yptUnnê, 

Sortez  ,  sortez *de  ces  lieux , 

Sonois ,  chagrins ,  et  tristess:)  ; 

Venez ,  yenez ,  ris  et  jeux , 

Plaisirs ,  amours  et  tendresse. 
Ne  songeons  qu'à  nous  réjouir, 
La  grande  affaire  esrt  le  plaisir. 

CBCBUR    DE    MASQUES    CHAVTAVTf. 

Ne  songeons  qu'à  nous  réjouir, 
La  grande  affaire  est  Ik  plaisir, 

VÉGTPTtElVVE. 

A  me  suivre  tous.ici , 
Votre  ardeur  est  ndh  coftmiune  ; 
Et  TOUS  êtes  en*  souci 
'    De  votre  1>onne  Ibrtiine  : 
SojieZk  toujours  amoureux , 
C'esrie  mojen  d*étre  htorenx* 


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ACTE  III,  SCÈNE  X.  tSi 

Aimons  jusques  au  trépas  f 
La  raison  nous  j  convie.. 
Hélas  l  si  Von  n  aimoit  pas^ 
Que  seroit-ce  de  la  rie  ! 
Ah!  perdons  plutétle  jour 
Que  de  perdre  notre  amour. 

t'ÉOÏPT^EBr.  " 

Les  biens,  * 

La  gIoi»&, 

Les  grandèutt  y 
l'£otptienhe. 
Lêê  sceptres  »  qui  font  tan^  d'e&yi»^ 

L*^GT.PT;LE.JI.  ♦ 

Tout  n'est  rten,  si  Tamoiiv  n  j  mêle  ses  aftiëurs»' 

L*ioTPTiENne.  .-' 

Il  n'est  point,  sansJ'amoHi^  de  plaisirs  dans  la  rie» 

».     .    TOUS    DEU^    ENSEMV«B* 

Soyons  toujours  ai^oureujL.,. 
C'est  le  moyen  cFlb^  hefareus. 

\     «HOEIIIl. 

Sus  f  SUS  /ckanïo^s^tous  jsnSemble , 
k^nsonflB  ,.$aihojis*,JouonMOus*. 

jDS  MASQUE,  en  Pantalon, 

Lorsque  pour  tire  on  s'fs^emble , 
Les  plu%  sages ,  ce  me  semble , 
Sont  ceux  qui  sont  les  plul  fous» 


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i82  M.  DE  PODRCEADGNAC.  ACTE  IH,  SC,  X. 

TOVS    ENSEMBLE. 

Ne  songeons  qa*à  nous  réjouir^     . 
La  grande  affaire  est  le  plaisir. 

PREMIÈRE-ENTRÉE  DE*BALLET. 

(  Danse^e  S9uvages.  ] 
*  .. 

DEUXIÈME  ENTRÉE  DE  BALLET, 
f 
(  Danse  de  Biscaye^.  ) 


FIN    DE   M.    â^  P0U!IC£AI;GNAC 


*  ♦' 


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REFLEXIONS 

SUR 

M.  DE  POURCEAUGNAC. 


VJETTE  pièce,  faite  prëcîpîtamment  pour  une  fête  que 
Louis  XIV  donnoit  à  Chainbord^  e$t  une  farce  à  laquelle 
Molière  n'altachoit  aucune  importance  :  c'est  une  de  celles 
où  Pon  retrouve  le  moins  de  ces  idées  profondes  ({u'il  rëpan- 
doit  dans  ses  moindres'  ouvrages.  Cependant  elle  offre  encore 
plusieurs  traits  de  haute  comédie  f  et  l'on  y  reconnoît  souvent 
lecaehet  original  de  Fauteur. 

Potnrceaugnac,  le  jour-même  où  il  arrive  à  Paris,  se  trouve 
livre  à  des  intrigant  :.oi>-le  berne,  on  le  trompe,  on  le^joue 
impunément.  Elposé  sans  défense  à  une  multitude  depîëges, 
cr.tourë  sans  cesse  d'ennemis;  ne  trouv/int  personne  qui  le 
soutienne  et  qui  Pëclaire,  il  est  enfin  forcé  de  quitter  la  partie. 
Mérîte-t-il  ce  traitement  ?41ji'y  a  dans  son  caractère  rien  de 
bas  ni  de  vraiment  condamnable  :  on  n'y  voit  que  des  ridicules 
qui  peuvent  s'excuser^ usqu'à  un  certain  point.  N'étant  qu'avo- 
cat à  Limoges,  il  veut  se  faire  passer  à  Paris  pour  gentil- 
homme :  il  a  l'imprudence  et  Ictopt  de  venir  épouser  uno 
demoiselle  qu'il  n'a  jamais  vue,  sans  savoir  s'il  pourra  lui 
plaire ,  et  sans  s'être  iyforifië  si  par  hasard^  elle  n'a  pas  une 
autre  inclination.  Ces  travers  sont  si  communs  dans  la  société, 
qu'on  a  fini  par  ne  presque  plus  les  ^apercevoir  :  on  ne  s'en 
moque  que  lorsqu'ils  s»  joignent  à  la  sottise  ou  à  la  crëdul«té. 


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i84  RÉFLEXIONS 

Pourceaugnac  ^ne  mërite  donc  pas^  comme  l'Arare^  d'être 
puni  avec  rîgacur;  et  [es  tours  sanglants  qu'on  lui  joue  passent 
les  bornes.  Voilà  pourquoi  Boileau,  qui  s'étoit  montre  le  plus 
zélé  défenseur  de  l'Avaee,  blâmoit  le  sujet  de  Pou&ceaugnac  y 
tant  parce  que  refTet  moral  lui  paroissoit  manqué,  que  parce 
qu'il  regrettoit  de  voir  un  si  grand  géûie  descendre  jusqu'à  la 
farce.  Cependant  il  est  essentiel  de  remarquer  que  Molière , 
par  une  réserve  digne  de  son  excellent  esprit ,  n'inspire  aucun 
intérêt  pour  les  amants  :  les  caractères  d'Ëraste  et  de  JuMe 
n'ont  aucun  charme  ;  et  les  deux  fripons  qui  conduisent  l'in- 
trigue soQtles  êtres  les  plus  vils,  puisque  l'un  est  un  échappé  des 
galèros  ^  et  que  l'autre  a  fait  des  faux..  On  ne  peut  donc  pas  dire 
que ,  dans  cette  pièce  y  le  parterre  applaudisse  aux  fourberies 
de  Sbrigani  et  de  Nérîne ,  et  les  approuve  :  il  rit  de  la  crédu- 
lité de  Pourceaugnac ,  et  méprise  ceux  qui  en  abusent.  Cet 
effet  paroît  devoir  suffire  dans  une  pièce  de  ce  genre,  quî,  en 
dernier  résultjft ,  fut  peut-être  à  cette  époque  une  leço9  utile 
pour  les  provinciaux. 

La  scène  la  plus  forte  de  cette  pièce  est  celle  où  Ëraste  per- 
suade à  Pourceaugifac  qu'il  a  passé  deux  ans  à  Limoges ,  et 
qu'il  l'a  connu,  ainsi  que  sa  fiimille.  En  suivant  la  gradation 
de  cette  scène,  on  ne  peut  s'empêcher  d'être  frappé  du  talent 
de  l'auteur.  Sans  blesser  la  vraisemblance ,  sans  rendre  Pour- 
ceaugnac absolument  stupidé,  Molière  parvient  à  lui  faire 
dire  ce  qu'Ëraste  veut  savoir,  tandis  qu'il  croit  que  c^est  à  lui 
qu'Ëraste  donne  tousices  détails.  Il  pe  balance  plus  à  croire 
qu'il  a  connu  autrefois  ce  jeune  homme*,  renoue  la  liaîson  qu'il 
croit  avoir  eue  avec  lui ,  et  donne  nêfb  baissée  dans  le  piège 
qu'on  lui  tend.  Si  toutes  les  ruses^u'on  eiflploic  contre  Pour- 
ceaugnac étoient  aussi  fortement  combinées,  cette  pièce  pour- 
roU  figurer  au  rang  des  chefs-d'œuvre  de  l'auteur. 


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SUR  M.  DE  PODRCEAUGNAC.     i85 

Le  rôle  du  premier  médecin  ne  ressemble  pas  aux  carac- 
tères de  ce  genre  qui  se  trouvent  dans  l'amour  médecin  et 
dans  LE  Malade  imaginaire.  C'est  un  homme  brusque  et  ex- 
pëditif ,  qui  ne  doute  nullen^ent  de  la  certitude  de  sa  docti'ine^ 
qui  is'inquiète  peu  des  suites ,  et  don;  la  franchise  et  le  sérieux 
sont  très-comiques.  La  cousultatîoivcst  une  excellente  scène  ^ 
où  l'on  ne  voit  aucune  charge.  Qu'on  se  figure  jun  hooime  tel 
que  Pourceaugnac  entre  deu\  médecins' qui  dissertent  grave- 
ment sur  une  maladie  qif  il  n'a  pas,  qui  toufmei^tcnt  ce  pauvre 
homme  de  la  meilleure  Toi  du.  mopde  ;  et  Von  trouvera  qu'il 
ëtoit  impossible  de  tirer  un  meilleur  parti  de  sa  situation.  Il  j 
avoit  deux  ëcueils«  évitefr,  l'ennui  et  la  farce  exagérée  :  l'au- 
teur s'est  tenu  dans  la  plus  juste  milieu. 

La  scène  de  la  LanguedociennoKît  de  la  Picarde  est  remar- 
quable, en  ce  qu'elle  présente  lej*deux  idiçmes  qui  ëtoient 
autrefois  en  .usage  dans  le  nord  et  dans  le  midi  de  la  France  : 
les  langages  d'oui  et  d'oc.  Quoique  Molière  ait  été  obligé  de 
les  franciser  un  peu  pour  être  entendu  par  le  spectateur,  on 
j  trouve  le  véritable  génie  de  ces  deux'idionies.  Le  Hinguedo- 
cien  a  de  la  douceur  et  de  la  vivacité  ;  mais  il  paroît  éloigné 
de  notre  langue ,  et  l'on  voit  pourquoi  sqs  tournures  çt  ses  lo- 
cutions n'ont  pas  été  adoptées.  Le^picard  au  contraire  semble 
beaucoup  plus  conforme  à  notre  esprit  et  à  nos  usages  :  la 
construction  esfr plus  claire,  la  syntaxe  plus  régulière;  et  l'on 
voit  qu'il  a  dû  prendre  le  dessus  lorsque  la  langue  françoise 
s'est  formée.  Il  n'appartenoit  qu'à  Molière  de  fournir  des  ré- 
flexions de  ce  genre  dans  une  scî^ne  de  farce. 

On  trouve  dans  le  rôle  de  Nérine  une  imitation  heureuse 
d'une  plaisanterie  de  Pascal^ Ce  grand  homme,  voulant  cou- 
vrir les  jésuites  de'ridicule,  Rassemble  dans  une  Provinciale 
plusieurs  n.oms  bigarres  de  ces  pères,  et  fait  dire  à  l'interlo- 


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t86  RÉFLEX.SURM.DEPOURCEAUGNAC. 

euteur  étonne  :  Ces.gens-U  ëtoienUib  chrétiens?  Nërine  se 
moque  sur  le  mCme  ton  de  Poorceaugnac  et  des  Limosins  ; 
«S'il  a  envie  de  se  marier ,  dit- elle ^  que  ne  prend^^il  uu« 
a  Limosiue,  et  ne  lais$e*t-il  en  repos  les  cbrëtiens?  i> 

Quoiquen;ette  pièce  soit  dans  un  genre  que  Boileau  dësap- 
prouvoit;  quoiqu'elle  nofire  pas,  comme  les  chefs-d'œuvre  de 
Tauteur^  une  suite  d»  vues  profondes  et  de  peintures  des  bi- 
zarreries du  cœur  humain,  elle  est' digue  de  l'examen  des. 
connoisseurs,  qui-pourront  y  remarquer  une  multitude  de 
traite  d'autant  plus  admirables,  que  le  sujcfne  sembloit  pas 
les  indiquer,  et  que  Molièi^ ,  n''attachant  aucune  importance 
à  cet  ouvrage ,  le  composa  dans  \a^  seule  jntention  d'égajer 
quelques  moments  Une  fête  de  la  cour.. 


* 


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LES  AMANTS 

MAGNIFIQUES, 

COMÉDIE-BALLET 
EN  CINQ  ACTES  ET  EN  PROSE, 

Représeotée  à  Saint-Germaln-en'Laje,  sous  le  tître  de  DU'eriisse" 
ment  royal,  le  y  septembre  16^0. 


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PERSONNAGES  t)E  LA  COMÉDIE. 

ÂRISTIONE,  princesse  y  mère  d'Ëriphiieé 

ERIPEILE,  611e  de  la  princesse. 

IPIHGRATE,  prince,  amant  d'Ëriphîle. 

TIMOCLÈS,  prince,  amant  d'Êriphile. 

SOSTRAXE,  général  d'armëe^  amant  d!£riphile.. 

GLËONIGE,  CQpfîdente  d'Ëriphile. 

AN AX ARQUE,  astrologue. 

CLÉON,  fils  d'Aoaxarque. 

CH0R{:B£,  suivant  d'Aristione. 

CLITiDAS,  gisant  de  cour. 

UNE  FAUSSE  VENUS,  d'iotelligcnce  avec  Anaxarque. 

PERg^ONNAGES  DES  INTERMÈDES 

PREMIER  INTERMÈDE. 
ÉOLE. 

TRITONS  chantants. 
FLEUVES  chantant*. 
AMOURS  chantants. 
PÉCHEURS  DE  CORAIL  dansants. 
NEPTUNE.' 
SIX  DIEUX  MARINS  dansants. 

DEUXIÈME  INTERMÈDE; 
TROIS  PANTOMIMES  dansants. 

TROISIÈME  JNTERMÈDE. 
LA  NYMPHE  DE  LA  VALLÉE  DE  TEMPE. 


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PERSONNAGES.  189 

PERSONNAGES  DE  LA  PASTORALE  EN  MUSIQUE. 

TIRGISy  berger,  amant  de  Galiste. 

CALISTE,  bergère. 

LICASTE,  berger,  ami  de  Tircis. 

MÊNANDRE,  berger,  ami  de  Tircis. 

PREMIER  SATYfc,  amant  de  Calistc. 

SECOND  SATYRE,  amant  de  Caliste» 

SIX  DRYÂPES  dansantes. 

SIX  FAUNES  dansants. 

CLIMÈNE,  bergère. 

PHILINTE,  berger. 

TROIS  HtTITES  DRYADES,  dansantes. 

TROIS  PETITS  FAUNES  j  dansants. 

QUATRIÈME  INTERMÈDE. 

HUIT  STATUES  qui  dansent. 

CINQUIÈME  INTERMÈDE. 

QUATRE  PANTOMIMES  dansants. 

SIXIÈME  INTERMÈDE. 

Fête  des  j<*ux  pifthient, 

LA  PRÊTRESSE. 

DEUX  SACRIFICATEURS  chantants. 

SIX  MINISTRES  DU  SACRIFICE,  portant  des  haches, 

dansants. 
CHOEUR  DE  PEUPLES. 
SIX  VOLTIGEURS,  sauUnt  sur  des  chevaux  de  toîa. 


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igo  PERSONNAGES. 

QUATRE  CONDUCTEUKS  D'ESCLAVES,  dansants. 

HUIT  ESCLAVES  dansants. 

QUATRE  HOMMES  ARMÉS  A  LA  GRECQUE. 

QUATRE  FEMMES  ARMEES  A  LA  GRECQUE, 

UN  HÉRAUT. 

SIX  TROMPETTES. 

UN  TIMBALIER.  «• 

APOLLON. 

SUIVANTS  D'APOLLON  dansants. 


La  scène  est  en  Theti«tie,  dans  U  yaliée  de  Tempe. 


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LES  AMANTS 

MAGNIFIQUES. 

PREMIER  INTERMÈDE. 

(Le  tHéàtre  représente  une  vaste  mer,  bordée  de  cbo^Ue  côté  de  quatre 
^lands  rochars  dont  le  sOtfittiet  de  cbaean  porte  un  ieute  appuyé  sur  une 
urne.  Au  pied  de  ces  rochers  sont  douae  tritons ,  et,  dans  le  milieu  de  la 
mer,  quatre  amours  sui  des  dauphins  :  Éole  est  élevé  aa-desant  été  ondes 
sur  un  nuage.) 


SCÈNE  I. 

ÉOLE,  FLEUVES,  TRITONS,  AMOURS. 

éOLE. 

V  EBTS  qui  troublez  les  plus  beaux  jotirt. 
Rentrez  dans  vos  grottes  profondes  ; 
Et  laissez  régner  sur  les  ondes 
Les  zéphjrs  et  les  amours. 

SCÈNE  IL 

(La  mer  se  cahne,  et,  du  milieu  des  ondes,  on  voit  sVever  nr«  vil  te» 
Huit  pécLeurs  sortent  du  ùmd  de  la  mer  avec  des  nacres  de  perle»  et 
des  branches  de  corail.  ) 

ÊOLE,  FLEUVES,  TRITONS,  AMOURS, 
PÊCHEURS  DE  CORAIL. 

un    TRITOB. 

QtJEXS  beaux  jeux  ont  percé  nos  demeures  bumidèt? 
Venez ,  venez ,  tritons  j  cache/.- vous  ,  néréides. 


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iga     LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 

CHOBUB    DI    TAITOirt. 

Allons  tous  au^evant  de  ces  diyimtés , 

Et  rendons  par  nos  chants  hommage  à  lenrt  beautés. 

UN    AMOUR. 

Ah  !  qne  ces  princesses  sont  belles  I 

UB    AUTBE    AMOUR. 

Qvels  sont  les  cœurs  qui  ne  s  y  rendroient  pas  ? 

UV    AUTRE    AMOUR^ 

La  plus  belle  des  immortelles , 
Notre  mère  a  bien  moins  d  appâta 

CHOBUR. 

Allons  tous  au-^e^ant  de  ces  divinités , 

Et  rendons  par  nos  chants  hommage  à  leurs  beautés. 

PREMIÈRE  ENTRÉE  DE  BALILET. 

(  Les  pécheurs  forment  une  Hanse,  après  laquelle  ils  yont  se  placer  cbacon 
sur  un  rocher  au-dessous  d'un  fleure.  ) 

UV    TRITOV. 

Quel  noble  spectacle  s*ayance  1 
Neptune  le  grand  dieu ,  Neptune ,  ayec  ta  cour, 
Vient  honorer  ce  beau  séjour 
De  son  auguste  présence. 

CHCEUR. 

Redoublons  nos  concerts  ; 
Et  faisons  retentir  dans  le  yague  des  airs 
Notre  réjouissance. 

SCÈNE   III. 

NEPTUNE,  DIEUX  MARINS,  £OLE,  TRITONS,  FLEUVES, 
AMOURS,  PÊCHEURS. 

DEUXIÈME  ENTRÉE  DE  BALLET. 

(lïeptune  danse  avec  sa  suite.  Les  tritons,  les  fleuyes  et  les  pécheurs  acoom- 
pagneiit  ses  pas  de  gestes  difîl'rents,  et  de  hruits  de  conques  de  perleS.) 


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LES  AHÂ.I9T3  ÉIÂGNIFiIQUES.     Kg3 
TERS 

Pour  EE  Roij  représentant  Neptune. 

Lit,  ciel ,  entre  lesi  dieux  les  plus  conMclétés , 
'   Me  donne  pour  partage  un  «rang  considérable , 
Et ,  me  faisant  régner  knx  lesi  fl0ts  azurés , 
Rend  a  tout  Vuniyers  itiûi^  pauvoi^  redoutable* 

Il  n*ést  aucune  terre  ^  à  me  bien  regarder, 
Qui  ne  doive  trembler  que  je  ne  lay  répande  ; 
Point  d'États  qu'à  l'instant  je  ne  puisse  inonder 
Des  flots  impétueux  que  mon  pouvoir  commande. 

RiEV  n'en  peut  arrêter  le  fier  débordement  ; 
Et  d'une  triple  digue  à  leur  force  opposée 
On  les  yerroit  forcer  le  ferme  empêchement , 
Et  se  faire  en  tous  lieux  une  ouverture  aisée. 

Mais  je  sais  retenir  la  fureur  de  ces  flots 
Par  la  sage  équité  du  pouvoir  que  j'exerce , 
Et  laisser  en  tous  lieux ,  au  gré  des  matelots , 
La  douce  liberté  d'un  paisible  commerce. 

Oir  trouve  des  écueils  parfois  dans  mes  Ëtats, 
On  voit  quelques  vaisseaux  j  périr  par  l'orage  ; 
Mais  contre  mi  puissance  on  n'en  murmure  pas , 
Et  cbez  moi  la  vertu  ne  fait  jamais  naufrage. 

Pour  M.  Le  Graïid,  représentant  un  dieu  marin. 

L'emviee  où  nous  vivons  est  f|p'tile  en  trésors, 
Tous  les  mortels  en  foule  accourent  sur  ses  bords  ;> 
Et ,  pour  faire  J>ien tôt  une  haute  fortune  » 
Il  ne  faut  rien  qu'avoir  la  faveur  de  Neptune. 
MoLiknE.  5.  i3 


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194    LBS  AMANIVS -MAGNIFIQUES. 

Poîir  le  marquis Di^YiLLERiHj  représentant  undieu  marin, 

SuB  la  foi  de  ce  dieu  de  1  empit'e  flottant 

On  peut  l>ien  sembarqner  avec  toute  assurance  : 

h/»  fiott  ODt  de  l'incoitf  tance", 

Mais  le  Neptune  est  constant. 

Pour  le  marquis  W  ^JiSSEïXT^représentant  un  dku  n^rin. 

Voguez  sur  cette  mer  d'un  Me  inébranlable  ; 
G*ett  le  àio jeti*  d'ayoir  Neptune  favorable. 


V 


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ïjES  amants  MAGMIPI<2UES.     i^ 


»^  ^  ^^■^-  ^^^^^'■^■^'^'■^S^^  -^  '^'  >^y»».»N^^^^  ^S< 


ACTE  PREMIER. 


SdÈNE L 

sostaate,  clitidas. 

ttiTtÙAs^  àpa]<t. 
Il  c$st  attaclié  à  ses^dsée^i 

SOSTIIATE^  se  crojant  seul. 

Not,  Sôstrate,  je  ne  vois  rieii-où  lii  puisses  avoir  re- 
cours; et  tes  maiijc  sont  d'une  nature  à  ne  te  laisser  nulle 
espérance  d'en  sortir*  "^ 

CLtTIDAS.»  àpatt. 

n  raisonne  tout  seul* 

SOSTRÀÏËi  ée  croyant  seul* 

Hélasi 

CLÎTÎDJi^y  à  part. 

Voilà  des  soupirs  qui  veulent  dire  quelque  chose  ^  et  ma 
conjecture  se  trouvera  véritable. 

$  0  s  T  R  A  T  3  9  se  crûjant  seill . 

Sur  quelles  dumèros^  di^moi  y  poarroi5''tu  bâtir  quelque 
espoir?  et  que  pcux^tu  envisager,  qiw  l'affircuse  longueur, 
d'une  vie  maUieuroise)  et  4^ ennuis  k  nefinir  qu£  par  la^ 
mort? 


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r^S    LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 

CLITIDÀS,  à  part. 

Cctie  téte-k  eirt  plus  embarrassée  (jue  la  lilieiine. 

s 0 STRATE,  se  crojaat  seul» 

Ah  !  mon  cœur  !  ah  !  mon  cœur  !  où  m^avez-vous  jeté? 

CLITI4)AS. 

Serviteur,  seigneur  Sostrate. 

SOStRATE. 

Où  vas-tu,  Clîtidas? 

CLITIDAS. 

Mais,  vous,  plutôt,  que  £iites-yous  ici?  et  quelle  se- 
crète mélancoUe,  quelle  humeur  sombre,  s^  vous  plak, 
TOUS  peut  retenir  dans  ces  bois  tandis  que  tout  le  monde 
a  couru  en  foule  à  la  magnificence  de  la  fête  dont  Famour 
du  prince  ^hicrate  vient  de  régaler  sur  la  mer  la  prome- 
nade des  princesses,  tandis  qu'elles  y  ont  reçu  des  ca- 
deaux merveilleux  de  musique  et  de  danse,  et  qu'on  a  vu 
les  rochers  et  les  ondes  se  parer  de  divinités  pour  ùiie 
honneur  àleurs  attraits? 

SOSTRATE. 

Je  me  figure  assez,  sans  la  voir,  cette  magnificence;  et 
tant  de  gens  d'ordinaire  ^empressent  â  porter  de  la  confu- 
sion dans  ces  sortes  de  fêtes, que  f  ai  cru  à  propos  de  ne  pas 
augmenter  le  nombre  des  importuns. 

CLITIDAS. 

Vous  savez  que  vo&e  présence  ne  gflte  jamais  rien,  et 
que  vous  n'êtes  point  de  trop  en  quelque  lieu  que  vous 
^6yez.  Votre  visage  est  bien  venu  partout,  et  il  n^a  garde 
d'être  de  ces  visages  disgraciés  qui  ne  sont  jamais  bien 


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ACTE  I,  SCÈNE  I.  197 

reçus  des  regards  souyërâins.  Vous  êtes  égialement  bien 
auprès  des  deux  princesses;  et  la  mère  et  ht  fflëTOUS  font 
assez  connoitre  lestime  qu'elles  fbnt  de  vous^pcMir  n'aip- 
préhender  pas  de  hûffcktr  hats  yeux;  et  ce  n'est  pas  cette 
crainte  enfin  qui  vous  a  retenu 

SOSTRATE.   ' 

J'atx)ue  que  je  n'ai  pas  natureHement  grande  ciM*il)sité 
pour  ces  swtes'de  choses.' 

CL^TIDAS. 

Mon  Dieu!  quand  on  n'auroit  nulle  curiosité* ptfur  leS 
choses,  on  en  a' toujours  pour  aller  ou  Ttolxoiive  tout  le 
monde;  et,  quoi  que  vous  puissiez  dire,  on  ne  demeure 
point  tout  seiil  pendant  une  fête  à  rêver  parmi  des  arbres 
comme  vous  &îtes,  à  moins  d'avoir  en  tète  quelque  chose 
qui  embarrasse. 

StUSTRAjTB. 

Que  voudrois-tu  qiie  j'y  pusse  avoir? 

ClilTlDAS. 

Ouais  !  je  ne  sais  d'oîi  cela  vient  ;  mais  il  sent  ici  Famour. 
Ce  n'est  pas  moi.  Ah!  p^  ma  £)i,  c'est  vous. 

S1»STRAXE. 

Qu^  tu  es  fou,  CKddctsJ 

Je  ne  suis  ppînt  fou.  Volis  êtos  amoureux;  j'ai  le  nez 
SéKcat,  et  j'aieentlcald  d'abord. 
■    so^t^a'Ïs. 
Sur  qiïbi  prends-tu  cette  pensée  ? 


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i9«     LES  AïflAJilTS  MAGNIFIQUES. 

CLITU>A9. 

Spc  cpioi?  Yoms  çqrkz  bien  éu^iné^i  y^  yc(us  éi$9tvei^ 
core  de  c[ui  i^us  âtes  as^onrenx. 

«OSTliAT-lk    . 

Moi? 

CI.Ii;iDAS. 

Oui*  Je;gag#  ^pM  jefaUdevwr  V^ai  ii  l'heure  celle  x[ue 
Y01I6  aimez.  J'ai  mes  secrets  aàs6i-b^,<{i;Le40otr&  astri^- 
logue  dont  la  princesse  Aristi#ne  est  entêtée  ;  et  s'il  a  la 
sqieQee  de  lire  dan^  les  astrç3  la  fortune  des  bo^meSi,  j^ai 
celle  de  l^:e  daçs  les  yeux  le  qom  des  personnes  ^^od 
aime.  Tenez-vous  mi  peu,  et  ouvrez  les  yeux.  É,  par  soi, 
é>r,  i,  ri,  éri;  p,  h,  i,  jAi;  ériphi;  I,  c,  le;  Eripjiile.  Voijs 
êtes  amogoreux  de  la  princesse  Éciphife^    , 

SOSTRATB. 

Ah  !  Clitidas,  j'avouçque  jenç^puis  cacher  mon  trouble; 
et  tu  me  frappes  d'un  cqup  de  £}u4re. 

C^IT^DAS. 

Vous  voyez  si  je  suis  savant  ! 

SOSTHATE. 

Hélas!  si  par  quelque  aventure  »i  as  pu  découvrir  le 
secret  de  qion  coeur,  je  te  conju/eaû  moins  de  ne  le  révé- 
ler à  qui  que  ce  soit,  et  surtout  9e  le  tenik'  caché  à  la  belle 
princesse  dont  tu  viens  dç-dbe  le  nom. 

gXI'PIDAS. 

Et,  sérieusement  parlant,  si  è^v^  yos  actioi^  f  aï  hi^n 
pu  connoître  depub  ua^rpps  la  passion  que  vous  voulez 
tenir  secrète ,  pensez-vous  cgiie  la  prince^  Ér^hile  puisse 


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ACTE  I,  SjGÊKE  «.  igg 

avoir  manqué  de  lumières  pour  s'en  apercevoir?  Les 
bdles,  croyez-moi^  sont'toqo^s.les'pli^clairvofaofes  à 
décoiwrir  les  ardeurs  qu'elles  causent;  et  le  langage  deç 
yeux  et  des  $(mfks  sa  fdt  «iteuAr»,  mieuib  qu'à  tout 
autre ,  à  oelb  à  qui  îl  ^'adresse. 

S0STAATB^  ' 

Lûwotta^k  y  Clitidaft,  laissonvb  voir^  ji  elle  peut^daus 
mes  soupirs  et  mes  regcffdfi lamour  que  ses  charmes  m'ins*" 
pireut;  Biids  gardornsbien  cpie  par  nulle  futre  voie^çUe  en 
apprenne  jamais  rien.  ^         4. 

CUTIDAS^ 

Et  qu'appréhçndez-vQUS?  Est- il  possible  que  ee  même 
Sostrate  qui  n  a  pias  craint  ni  Brt&nus  ni  tous  les  Gaulois , 
etdou,t  W  bms  a  si  glo^eusemeut  toutribué  à  nousdéftire 
de  oe  déktge  dfi  bs^hoxm  qui  raw^ienl  la  Grèce  ]^  e^il 
poi^ie,  dis-je,  qu'un  homme  si  assuré  dans  la*  guerre 
soit  91  tiûûde  ^^mour,  st  que  j^  le  voie  tremUer  à  dice 
seulemen t. qu'il  aime  1 

SOSTRATE. 

At  !  Clitidas,  je  tremble  avec  raispn  j  et  tous  les  Qan- 
lois  du  ukuideuensêiml^e  sont  bien  moins  cedei^^es  que 
dieux  beaux  yeu^<plein^  de  cliarmes,. 

CLBTI0iiS. 

Je  ne  suis  pas.de  cei^avis;  et  je  saifr  bien,  pour  moi, 
qu'un  seul  Gaulois,  l'épéeà  la  muin,  me  feroit  beaucoup 
ptu^tr^ml^er  «pie oinquante  beaux  yeux  ao^embLe  les 
lèi8  cbanuauts  du  »onde.  Mm,  dites-^CH  un  peu.,  q«'^- 
pérez-vous  faire? 


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2«o     LES  AMANTS  MAG1SIFIQUES. 

SOSTRA¥E« 

Mourir,  $a]i6  déclarer  ma  passion. 

eLItîDAS.     - 

L'espérance  est  hetk  I  AHez ,  dlkz ,  vous  vous  mo^ez; 
un  pea  de  hardiesse  réussit  toujours  aux  aBaabts  :  il  n^  a 
en  amour  que  les  hobteux  qui  perdent;  et  je  dirois  ma 
passi^B  à  pne  déesse,  moi,  A  fen  de^enob  amouNuz. 

SOSTRATE. 

Trop  de  chdfees,  héks!  condamnent  mes  feux  à  qq 
éternel  silence. 

«LITIDAS. 

Et  quoi? 

SOifTRATB. 

La  bassesse  de  ma  fonune,  dont  il  plçit  au  dal  de 
rabattre  l'ambition  de  mon  amoor;  ie  rang  de  k  prin- 
cesse, qui  met  entre  elle  et  mes  désirs  une  distànoe  in 
fêcbeuse  ;  la  concurrence  dfe  deux  princes  appuj^és  de  tous 
les  grands  titres  qui  peuvent  soutenir  les  piétentîons  de 
leurs  flammes;  dé  deux  princes  qui,  par  mille  et  njiille 
magnificences,  se  disputent  à  tous  moments  la  gloire  de 
sa  conquête,  et  sur  lamoùr  de  qui  Ion  attend  tous  les 
jours  de  voir  son  choix  se  déclarer;  mais  plus  que  tout, 
Clitidas,  le  respect  inviolable  où  ses  beaux  yeux  assujet- 
tissent toute  la  violence  de  mon  «œdeur. 

CLITIBAS. 

Le  respect  Hen  souvent  n'oblige  pas  tant  que  Tafindur  ; 
et  je  iné  titompe  fert ,  ou  la  jeune  princesse  a  connu  votre 
flamme,  et  n'y  est  pas  insensible. 


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ACTE  I,  SCÈKE  ï.  mi 

SOSTRAT£. 

Ahl  ne  tWse  pcânt  de  vouloir  flatter  par  pitié  le  cceur 
d*aii  toiséral^Q.  *     * 

GUTI-DAS: 

Msi  conJ€||t:tiire^  ast  bitn  fond^.-  J^  lui  vois  reculer 
beaucoup  je  choix,  dç  son  époux,  et  yp  veux  édfircis.  un 
p^  e^tte  pcrtite  ^aire4à.  Vou$  saar^z«f[i]^  je  sui^  aupiçès 
dyte^  eÉk  qtyskpe-^espèce  de  fav;epr ,  qoe-  j]y  at  les  ^oçè^ 
oof^rts^e^  qn!à£krce  de  œç  tourment^  )e«mf  .Siiisaccpiis 
le  piiv^^e  deîne  méier  à  1^  conversation  ^tde-parler  à 
tort  et  j(^traver3  de  toutes  choses.  Quelquefois  o^la  nf  me 
féus^t  pius,  mais  ({uçr<|uçfoiis  aussi  c§}a.me;çéussit,  Lai^z* 
moi  ^iie ,  ^  ^ûà^  4e  vos  ;dBÛs ,  les  gens  de  tgxériie  jï^ 
touchent  9  et  je  veux  prendre  mon  temps  po^.e^^t<Niir 
la  princesse  de... 

sosjraTb; 

Abî  de  gn^ce,  quelque  bonté  qjie  mon  maUxeuf  t'îns- 
pj»e,  garde-toi  bien  de  hii^rjôïiL  d^g  de  ma  flamme.  Taî- 
merois  mievjx  mourir ,  (que  de  paUvQir  être  accise  par  die 
de  la  moindre  témiérité;.  et  jce  pirofousl  respect  oh  ses 
cb^^^es  divins. . . 

ÇXI*riDAS. 

TaifQUS-nous,  isoici.tout  I^  mond^. 


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aoa    LES  AMAKTS  MAGNIFIQUES. 

SClÈT^E   IL 

ARiSnONE,  iplriCRÀTE,  TIMOdLÈS^  SQSTR^E, 
ApîAXARQDE,  QLÉON,  CLITIDAS. 

AMsttt)IIE,l'jptiiofatfe.        %      '         ' 

FRïKrt)  je  Bft  jwîs  me  hésev  defedire,  if^!^  point 
dè'spectadie  au  nj^ncl^qnr  puisse' le  (l»pal«>r  en  ma'gmfr- 
eeilce  à  celui  que  vous  Vêtiez  de  Aoifi  lïonifer,'  Cette  *ftte 
â  eu  des  dmemétits  qui  l'empoit^nt  saus  dou\e  surtout  ce 
que  Ytïtk  Sâm^it Têir;  et  eBe  vient  ié  fPoâaixe^èM^yeoft 
quelque  chose  de  tf  lioble,  Vîe  s}  grand  et  dé'-aî  majês- 
ttiefix  y  que  le^ciel  méfhe  he  saurèît  aîlér  au-dblà  ;^  je^puis 
âkte  assu^nient  qu'il  n'y 'à  fieti  datis*J\irïivers  (|ui  s^ 
pitfsse'ifgalSr. 

,    TIMOCLis. 

Ce  sont  dç6  ooB^ments  iloii^oÀ  jae  peut  p^ts^  espérer  que 
toutes  les  listes  soient 'feUkbêlltes;  d  je  dois  fi>rt  tremlJer , 
Qiadame,  pour  la  simpllîcité'àh  petit- divertissement  <Jlie 
je  ra'apprëte  à  vous  dfonber  dans  le  l)ois  de  Dt£(ne. 

*      '      "   AKI^TIONB. 

Je  crois  que  noua  n'y  verrons  rien  que  de  f(Ht  agreâMe  ; 
et,  certes,  il  Êiut  avpuw  ^m  la  campagne  a  lieu  de  nous 
parottre  belle ,  et  qiie  iioos  n Woni»  p'às  le  temps  de  bous 
ennuyer  dans  cet  agréable  s^ur  qu'ont  célébré  tous  les 
poètes  soiis  le  nom  de  Tempe.  Car  enfin,  sans  parler  des 
plaisirs  deila  chasse  qçe  no«s  y  prenons  à  toute  heure,  et 
'de  la  sdenuité  àts  jeux  pytiiièns  que  l'on  y  célM)re. tan- 
tôt, vous  prenez  soin  Fun  et  l'auti^e  de  nous  y  cambler  de 


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AGÎE  1,  SCKNE  U  ao3 

tous  les  divertissements  qui  peuyçnt  charmer  les  chagrins 
les  flus  mélaucolicpés.  D^où  vieuit,  Sçstrate,  cpi^oq  ne 
vous  a  point  vu  dans  notre  promenade?  . 

SaSTRATB. 

Une  petite  indisposition,  madame )  m'a  enipéché  de 
m'y  trouver. 

IPHICRATl?. 

Sostrsite  est  de  ces  gens,  madame,  qm  oEoiest  qttU  ne 
sied  pas  bien  d'être  curieux  comme  les  autres,  et  qu'il  est 
beau  d'affecter  de  ne  pas  courb  où  tout  le  monde  court 

SOSTRATE. 

Sélgûénr,  Tafifectation  âfa  guère  de  part  à  tout  ce  cftte 
je  feis;  et,  sans  vous  feire  compKûient,  il  y  avok  dès 
choses  à  voir  dans  cette  fête  qai  pouyoïent  m'attiref,  A 
quelque  autre  motif  ne  m'àvdit  retenu.  , 

ARISTIOITE. 

Et  Clîtidas  â-t-il  vu  cela? 

CLITIDAS, 

Oui;  madame,  mais  du  nvage. 

ARISTlONi;, 

Et  pourquoi  du  rivage  ? 

CLITIBAS. 

n^'  foi,,  madame,  )]ài'Crdint  qt|iJ^W  dos  accidents 
qui  arrivent  d'ordinanpç.dans^  ots  confusions.  Celte  nuit 
jUsoflgéde|>cis6on  mOitetd'o^ufeeMs^;etfaiappri$du 
seign^HP  Anaxaarque  ^e  les  œufe  cassés^  le-poî^a  IBort 
8ignïftei^t*f9LalettéoUtre.  ' 


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ao4     LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 

ANAXARQUE. 

Je  remanjae  une  chose,  que  CUtic^s  n'auroit  rito  k 
dire,  sll  ne  parloit  de  moi. 

CLITIDA5. 

Gest  qa'il  y  a  tant  de  choses  à  dire  de  yous,  qa'oa  n'en 
sauroit  parler  assez. 

ANAXARQUI. 

Tous  pourries  prendre  daufres  matines,  puisque  je 
vous  en  ai  prié. 

CLITIBAS. 

Le  moyen!  Ne  dites-YOUS  pas  que  l'ascendant  est  plus 
fiurt  que  tout?  et  s^il  est  écrit  dans  Jes  .astres  que  je  sois 
enclin  à  parler  de  yoqs.,  commiejat  YOfdes-YOus  qvûs  je  ré^ 
siste  k  ma  desdnéê? 

ANAXARQI^. 

Avec  tout  le  respect ,  madame ,  que  je  vous  dois ,  il  y  a 
une  chose  qui  est  fâcheuse  dans  votre  cour,  que  tout  le 
monde  y  prenne  la  liberté  de  parler,  et  que  le  plus 
honnête  homme  y  soit  exposé  ^ui(  railleries  du  premier 
méchant  plaisant. 

CLITIDAS. 

Je  vous  rends  grâce  de  l'honneur. . . 

ARISTIONE,  à  AnaxfirqQe. 

Que  Tous'éles  fou  de  vous  chagrixi^  de  ce  qu'il  dit! 

OCnMDASi 

Avec  tout  4e  Respect  que  je  dois  à  madame^  il  y  a  une 
chose  qui  œ'étâane  dans  f  astf  ebgie^  que  des  jjjsns  4jui 
savent  tods  les  secrets  des  dieux,  et  qw  ^M^ssèdeut  «les 


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ACTE  I,  SCÈNE  U.  2o5 

connoissances  à  se  mettre  au-dessus  de  tous  les  hommes , 
aieilt  besôm  de  Ëiire  leur  cour,  et  de  demanda cpelque 
chose. 

ANAXARQUE. 

Vous  devriez  gagner  un  peu  miew^  votre  argent,  et 
donner  à  madame  de  meilleures  plaisanteries. 

CLITIDA5. 

Ma  foi,  en  les  donne  telles  qu'on  peut.  Vous  en  parlez 
foit  à  votre  aise  ;  et  le  métier  de  plaisant  n'est  pas  comme 
celui  d'astrologue.  Bien  mentir  et  bien  plaisanter  sont 
deux  choses  fort  différentes;  et  il  est  bien  plus  Êtcik  de 
tromper  les  gens  (jue  de  les  faire  rire. 

ARISTIONE. 

Hé!  qu'est-ce  donc  que  cela  veut  dire? 

CLITIDAS ^e  parlant  à  lui-même. 

Paix,  impertinent  que  vous  êtes!  ne  savez-»vous  pas 
bien  que  Fastrologie  est  une  affaire  d-État,  et  qu  il  ne  faut 
point  toucher  à  cette  corde-là?  Je  yàns  Fai  dii  plusieurs 
fois,  vous  vous  émancipez  trop,  et  vo^s  prenez  de  cer- 
taines libertés  qui  vous  joueront  un  mauvais  tour ,  je  Yoms 
eo  avertis.  Vous  verrez  qu'un  de  ces  jours  on  vous  don- 
nera du  pied  au  <:ul,  et  qu'on  vous  chassera  comme  un 
&quin.  Taisez-voos,  si  vous  êtes  sage.. 

ARISTIOIfE. 

Où  est  ma  fille? 

TIMOCLÈS. 

Madame ,  elle  s'est  écartée  ;  et  je  Im  ai  présenté  une 
main  qu'elle  a  refusé  d'accepter. 


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ao6    LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 

Priticës,  puisque  Tamout  que  vous  ayez  *potir  ÉrijAile 
a  bien  youlù  se  soumettre  aux  lois  que  j^ai  voulu  vous  im- 
poser ^  puisque  fai  su  obtenir  de  tous  que  vous  fussiez 
rivaux  sans  devenir  ennemis,  et  qu'avec pleiiid  soumis- 
sion aux  sentiments  de  ma  fiUe  vous  attendez  un  choix 
dont  je  Fai  faite  seule  maîtresse  9  ouvrez-inoi  tous  deux  le 
fond  de  votre  âme,  et  me  dites  sinoèreinent  quel  progrès 
yens  crôjâz  l'im  et  Tautre  avoir  £iit  surdon  cœur. 

TIMOCtÉS. 

Abdaine,  |e  ne  suis  point  pour  tne  flatter;  jai  tait  ce 
que  j'ai  pu  pour  tôucbét  le  cœur  de  la^princesse  ÉrifAiile , 
et  je  m  Y  suis  pris,  que  |e  crois,  de  toutes  les  tendres  ma- 
nières dont  un  amant  se  peut  servir;  je  lui  ai  Êtit  des 
hommages  soumis  de  tdus  mes  vœux;  j'ai  nK>ntré  des  as- 
siduités; j'ai  rendu  des  soins  chaque  jour;  j'ai  fiiit  chanter 
ma  passion  aux  voix  les phis  touchantes ,  et  lai  Ikii  expri- 
mer en  v^s  aux  plumes  les  plus  délicates;  j&  me  suis 
plaint  de  mon^martyre  en  des  termes  passidïmés)  j'ai  Êiit 
dire  à  mes  yeux,  aussi-bien* qu'à  ma  bouche,  le  désespôu* 
de  mon  amour;  j  ai  poussé  à  ses  pieds  des  soupifcrknguis- 
, sauts;  j'ai  m^e  r^andu  de$  larmes  :  mais  tout  cela  inu^ 
tilement  ;  et  je  n^ai  poiirt  connu  qu^Uf^  ait  dàps  Fâme 
aucun  ressentiment  de  moii  ardeur. 

ARISTIONË* 

Et  vous,  prince? 

IPHICftÀTB.  ' 

Pour  moi, madame,  connoissaBt  son  indiAârence,  et 


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ACTE  I,«CÈNÉ  I*.  197 

le  peu  de  cas.qu'eÛe  fitifrdfes  tleroirs  qu  on  luî  rend,  je  n'ai 
vtftaln' perdre  a&près  d'ellà  ni  pfeîntes-^.-ai  ^o^pim,  ni 
limne^f  Jp^si^  (fùihd  est  totite.s(iimmçl  ro^v^l^Dlés^  et 
qtie  ce  i^^eàt  que  de.yolre  î^aiu  seule  qu^lle^  VQuAta 
pre;iâreiuQ  épgux  :>ai^si  n^estrce  qu%  you$  q^  J0  mV 
dresse  ^(&ix]K)Btenjr^i>d^pbltdt,qli^^  «lie  ([ueje  rends 
tdvs  mes60iiis  et'Jtou^iiKSS  hoipmâg^.  St.plKit.aiji  ciel, 
Ddfldamey  q;ue  ymis  eussiez  po^vous  léSoadre.'^^oairvSa 
place ,  que-yotts  f  u^i^z  ik>u1u,  }màr  dfsé  oonquétes  ^que 
TOUS  lui  Êstèt,  ét^eitSBYDÔi'.pQtfr  vous  lès  \9peu&f«ie:v<ms 
luirdkvojetl  *'      •      • 

Prince,  le  compHmeut  est  dW  amant  adroit,  et  vous 
arez  «ntendu  dire  ^^il  £dlûit  cajolâtes  inèfes  pour-  ob- 
tenir les  filles;  iifids  ior,  par  ùisdh^iu'y  t«ùjt  celadev^t 
iQiitUe,,et  jie  m^  suis  engagée  A  4tii3sej  lè;  choit -tout  (quittât 
à  Imdination  de  ma  fille. 

tiiBrxc]i>AT^ 

Quelque  pottV«Br  que  yqu5  lui  douiiiez^mvce.clioix, 
ce  n^etft  point  eiMnp}inieat,  ma^me,  que  ce-que  )e y^^ 
dis.  Je  ne  redien^krpfineeâse  Ériphîle  quA  paree^'elle 
est  votre  sang  \  je  lit  trouve  chanuante  par  tcTut  ce  qu^e 
tient  de  vous»  et  ç est  vous  que  j'acliw^  eii  oUe. 

AJlIliTfOICX* 

Voilà  qui  est  fert  Ineo. 

Oui,  madame,  toute  la  teive  voit  eu  youi  des  attnùcs 
et  des  charmes  que  je. . . 


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2«8     LES  AMAIV9S  MAGNIFIQUES. 

AlfcUTrOlfrlI. 

De  grâce,  prkice,  '6iob6  ces  charmes  et  ces  aitfkaili  : 
VOtU'  ss^«E  qoe  ce.  Sont  âes'  mots  que»ije  retranche  ^ 
e<rtû[4înie9t$  qu  on  me  veut  &irp«  Je  souflSre  qû^on  mè 
k>aé  de  ma  smcérité  ;  <^en  di^e.qufe  je  sius  vus  bdtitié 
prbrces^  ;  quefâi  de  lâr  p^rc^le  polir 'tout  le  qaojidë ,  de  k 
chaleur  ^far  mes  shdîs  ^  vt  de  t!estîtne*potu:.le  mérite  et  la 
verta)  j|B>!piuis  t^tei  de  tout  cela*:  mais  ^letir 'les  doQdeun 
de  charmes'etd'attraits,  je  suis  hiea,  atse.  qu'on  ne  m'en 
seire  petntf  et  quelque  vétité^qui  s'y  pAl  rencoiitier^'W 
doit  &ire  quelque  scrupule  d'en  goûter  la  louange  ^^i^oalid 
on  est  m^  d'une  filld«;»mme  la  mienne. 

IPaiGRAtE.     * 

Ahl  madame,  c'^trousqui-roufez^tre  mère  maigre 
tout  le  micmdct;  il  n^e$t  point  dfjreox  qui  ne  s'y  opposent; 
et',  si^ous  Je  voqiie^,  hf  rinci^se  Ériphile  ne  seroit  que 
votre  sœur. 

ARisanoTKJB. 

Mon  Dieu  hprixice ,  je  ne  donne  point  dans  tous  ces 
gaKmatias-où  dbnnejit  la  pktpast  des  femmes;  je  yeux 
être  mère,  faiee  que  je  le  st&^  et  ce  seroit  en  vain  que  je 
no'Ie  Yoûdroîs  pas  lètre.  €e  titre  «'a  rien  <jùi  me  choque, 
puisque  de  mon  consentement  je  me  suis  exposée  à  le  re- 
cevoir. G  est  un  foible  de  noti*»  se^e,  dont,  grâce  au  ciel, 
je  sms  exempte;  et  je  ne  m'embarvasse  pointdé  ces  ^andes 
disputes  d'âge  sur  quoi  nous  voyons  tant  de  folles.  Reve- 
nons k  notre  discourSé  Est-^il  po^iUe  que  jusqu'ici  vous 
û'ayez  pu  connoitre  où  penche  Finclinatioo  d'Ériphile? 


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ACTE  1,  SCÈNE  IL  aog 

IPHICRATE. 

Ce  sont  obscurités  pour  moL 

TiMOGLis. 

C^est  pour  moi  un  mystère  impénétrable. 

ARISTIONE. 

La  pudeur  peut-être  l'empêche  de  s'expliquer  à  vous  et 
à  moi.  Servons-nous  de  quelque  autre  pour  découvrir  le 
secret  de  son  cœur.  Sostrate^  prenez  de  ma  part  cette 
commission,  et  rendez  cet  office  à  ces  princes,  de  savoir 
adroitement  de  ma  fille  vers  qui  des  deux  ses  sentiments 
peuvent  tourner. 

SOSTRATE. 

Madame ,  vous  avez  cent  personnes  dans  votre  cour 
sur  qui  vous  pourriez  mieux  verser  l'honneur  d'un  tel  em^ 
ploi  :  et  je  me  sens  mal  popre  à  bien  exécuter  ce  que  vous 
souhaitez  de  moi. 

ARISTIONE. 

Votre  mérite,  Sostrate,  n'est  point  botné  aux  seuls 
emplois  de  la  guerre  :  vous  avez  de  l'esprit,  de  la  conduite, 
de  l'adresse;  et  ma  fille  fait  cas  de  vous. 

SOSTRATE. 

Quelque  autre  mieux  que  moi,  madame. , . 

ARISTIOTTE, 

Non,  non;  en  vain  vous  vous  en  défendez, 

SOSTRATE.  ^ 

Puisque  vous  le  voulez ,  madame ,  il  vous  faut  obéir  \ 
mais  je  vous  jure  que  dans  toute  votre  cour  vous  ne  pou- 

MoLiànc.  5.  i4 


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210     LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 

viez  choisir  personne  qui  ne  fût  en  état  de  s'acquitter 
beaucoup  mieux  que  moi  dWe  teUe  commission* 

ARISTIONB. 

C'est  trop  de  modestie,  et  vous  vous  acquitterez  tou- 
jours bien  de  toutes  les  choses  dont  on  vous  chargera. 
Découvrez  doucement  les  sentiments  d'Ériphile,  et  Ëiites- 
la  ressouvenir  qu'il  £iut  se  rendre  de  bonne  heure  dans  le 
bois  de  Diane. 

SCÈNE   III, 
IPHICRATE,  TIMOCLÉS,  SOSTRATE,  CUTIDAS. 

LPHICRATE,  à  Sostrate. 

Vous  pouvez  croire  que  je  prends  part  à  Festime  que 
la  princesse  vous  témoigne. 

TIMOCLES,  à  Sostrate. 

Vous  pouvez  croire  que  je  suis  ravi  du  choix  que  l'on 
a  fait  de  vous. 

IPHICRATE. 

Vous  voilà  en  état  de  servir  vos  amis. 

TIMOGLÂS. 

Vous  avez  de  quoi  rendre  de  bons  offices  aux  gens 
qu  il  vous  plaira. 

IPHICRATE. 

Je  ne  vous  recommande  point  mes  intérêts. 

TIMOCLES. 

Je  ne  vous  dis  point  de  parler  pour  moi. 

SOSTRATE, 

Seigneurs ,  il  seroit  inutile.  J'aurois  tort  de  passer  les 


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ACTE  I,  SCÈNE   HL  su 

ordres  de  ma  commission;  et  vcms  trouverez  bon  que  je 
De  parle  ni  pour  Fun  ni  pour  l'autre. 

IPHICRATE. 

Je  vous  laisse  agir  comme  il  vous  plaira. 

TIMOCLis. 

Vous  en  userez  comme  vous  voudrez. 

SCÈNE   IV. 
IPHICRATE,  TIMOCLÈS,  CLITIDAS. 

IPHICRATB,  bas ,  1  Clitidas. 

Clitidas  se  ressouvient  bien  qu'il  est  de  mes  amis;  je 
lui  recommande  toujours  de  prendre  mes  intérêts  auprès 
de  sa  maîtresse  contre  ceux  de  moq  rival. 

CLITIDAS,  bas,  à  Iphicrate. 

Laissez-moi  faire.  Il  y  a  bien  de  la  comparaison  de  lui 
à  vous!  et  c'est  un  prince  bien  bâtrçour  vous  le  disputer! 
IPaiCRATE,ba8,àC]itidaf. 

Je  reconnoitrai  ce  service. 

SCÈNE  V. 
TIMOCLÈS,  CLITIDAS. 

TIMOCLJLS. 

Mon  rival  fait  sa  cour  à  Clitidai$  ;  mais  Clitidas  sait  bien 
qu'il  m'a  promis  d'appuyer  contre  lui  les  prétentions  de 
mon  amour. 

CLITIDAS. 

Assurément;  et  il  se  moque  de  croire  remporter  sut 


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aia     LES  AMANTS  MAGNIFIQUES, 
vous.  Voilà  auprès  de  vous  ^uxx  beau  petit  morveux  de 
prince! 

TIU0CLÈ5. 

n  n'y  a  rien  ^e  je  ne  fasse  pour  Clltidas. 

CLITIDAS,8eiil. 

Belles  paroles  de  tous  côtés!  Voici  la  princesse;  prenons 
mon  temps  pour  l'aborder. 

SCÈNE  VL 
ÉMPHILE,  CLÉONICE. 

CLÉONIGE. 

On  trouvera  étrange,  madame-,  que  vous  vous  soyez 
ainsi  écartée  de  tout  le  monde. 

^RIPHILE. 

Ah!  quaux  personi^s  comme  nous,  qui  sommes  tou- 
jours accablées  de  tant  de  gens,  un  peu  de  solitude  est  par- 
fois agréable!  et  qu'après  mille  impertinents  entretiens  il 
est  doux  de  s  entretenir  avec  ses  pensées!  Qu'on  me  laisse 
ici  pomener  toute  seule. 

CLÉONICE. 

Ne  voudriez-vous  pas,  madame,  voir  un  petit  essai  de 
la  disposition  de  ces  gens  admirables  qui  veulent  se  donner 
à  vous?  Ce  sont  des  personnes  qui,  par  leurs  pas,  leurs 
gestes  et  leurs  mouvements,  expriment  aux  yeux  toutes 
choses  ;  et  on  appelle  cela  pantomimes.  J'ai  tremblé  à  vous 
dire  ce  mot;  et  il  y  a  des  gens  de  votre  cour  qui  ne  me  le 
pardonneroient  pas. 


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ACTE  1,  SCÈNE  Vt  aiS 

ÉaiPHILEv 

Vous  avez  bien  la  mine,  Cléonice,  de  me  venir  ici  ré- 
galer d'un  mauvaiis  divertissement  :<3ar^  grâce  aucid,  voua 
ne  manquezpas  de  vouloir  produire  indifféremment  tout 
ce  qui  se  présente  à  vous,  et  vous  avez  une  affabilité  (jui 
ne  rejette  rien.  Aussi  est^e  à  vous  seide  quW  voit  avoir 
recours  toutes  les  muses  nécessitantes^  vous étpsJa  grande 
protectrice  du  mérite  incommodé;  et,  touHoqu'ily  a  de 
vertueux  indigents  au  monde  va  débarquer  chez  veus. 

CLÉONICE. 

Si  vous  n'avez  pas  en^ie  de  les  vpiç ^  niadame ,  il  ne  faut 
que  les  laisser  là. 

•     ÉRIPHIIrB. 

Non,  non ,  voyons-les;  Êites-lcs  venir. 

CLiotdCE. 

Mab  peut-être^  madame,  que  leur  danse  sera  mé- 
chante. 

iRIPHILE. 

Méchante  ou  non,  il  la  faut  voir»  Ce  ne  seroit  avec  vous 
que  reculer  la  chose,  et  il  vaut  mieux  en  être  quitte. 

CLEONIGE. 

Ce  ne  sera  ici,  madame,  qu^une  danse  ordinaire;  une 
autrefois^.. 

ÉRIPItlLE. 

Pbint  de  préambule,  Cléonice;  qu'ils  dansent. 

FIN    DU   PREMIER    ACTE. 


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ai4    LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 

SECOND  INTERMÈDE. 


ENTREE  DE  BALLET. 
(Trob  pntMriiBM  dautiit  dtrral  Éi^fcik.) 


rm   DU  SBGORD  INTSmifkDIj» 


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LES  AMiANTS  MAGNIFIQUES.     ai5 


ACTE  SECOND. 


SCÈNE  l. 

ÉRIPHILE,  CLÉONICE. 

ÉRIPHILE. 

Voila  qui  est  admirabfe.  Je  ne  croîs  pas  qu'on  puisse 
mieux  daoser  qu'ils  (basent,  et  je  suis  bien  aise  de  les 
avoir  à  moi. 

CLÉONICE. 

Et  moi,  madame,  je  suis  bien  lise  que  vous,aye2  vu 
que  je^n'ai  pas  si  méchant  goût  que-vous  avez  pensé. 

ÉRIPHILE; 

Ne  triomphez  point  tant,  vous  ne  tarderez  guère  à  me 
faire  avoir  ma  revanche.  Qu!on  me  laisse  ici. 

SCÈNE  IL 
ÉRIPHILE,  CLÉONICE,  CLITIDAS. 

C  L  É  O  N  !<:  E ,  allant  au-deTsnt  de  Clttidas. 
Je  vous  avertis,  Clitidas,  que  la  princesse  veut  être 
seule. 

CLITIDAS. 

Laffisex-^moi  £iire,.  je  suis  homme  qui  sais  ma  cour. 


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ai6    LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 

SCÈNE  III. 
ÉRIPHILE,  CLITIDASv 

Ctl^ID  AS,  en  chantant. 

La,  la,  la,  la. 

(fiùsan^  Vétonnii ,  en  TO/ant  Êripbile.} 

Ah! 

ËRIPHILB,à  Clitidas  ^ui  (eint  de  vouloir  l'éloigner. 

Glitidas. 

CLITIDAS. 

Je  ne  yoii$  ayois  pas  vue  là,  madame^ 

ÉRIPHILE. 

Approche.  D'où  viens-tu  ? 

CLITIDAS. 

De  laisser  la  princesse  votre  mère  gui  s'en  alloit  vers 
le  temple  d'Apollon^  accompagnée  de  beaucoup  de  gens. 

ERIPHILE. 

Ne  trouves-tu  pas  ces  lieux  les  plus  charmants  du 
monde? 

CLITIDAS. 

Assurément.  Les  princes  yos  amants  y  étoient. 

ÉRIPHILE. 

Le  fleuve  Péaée  ùll  ici  d'agréables  détours.^ 

GLITIDAS. 

Fort  agréables.  Sostrate  y  étoit  aussi. 

ÉRIPHILE. 

t)  où  vient  qu'il  n'est  pas  venu  à  la  promenade? 

CLITIDAS. 

II  a  quelque  chose  dans  la  tête  qui  l'empêche  de 


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ACTE  II,  SCÈNE  lll.  217 

prendre  plaisir  à  tous  ces  beaux  régab.  Il  m'a  voulu  en- 
tretenir; mais  vous  m'ayez  défendu  si  expressément  de  me 
charger  d'aucune  affaire  auprès  de  vous,  que  je  n^ai  point 
voulu  lui  prêter  l'oreille ,  et  <jue  je  lui  ai  dit  nettement  que 
je  n'avois  pas  le  loisir  de  l'entendre. 

£RII»HILE. 

Tu  as  eu  tort  de  lui  dire  cela,  et  tu  devois  l'écouter. 

CLITIDAS. 

Je  lui  ai  dit  d'abord  que  je  n'avoîs  pas  le  loisir  de  len- 
tendre;  mais  après  je  lui  ai  donné  audience. 

ÉRIPHILE« 

Tu  as  bien  £dt« 

CLITIDAS. 

En  vérité,  c^est  un  homme  qui  me  revient,  un  homme 
&it  comme  je  veux  que  les  hommes  soient  faits,  ne  pre- 
nant point  de  manières  bruyantes  et  des  tons  de  voix 
assommants,  sage  et  posé  en  toutes  choses,  ne  parlant 
jamais  que  bien  à  propos,  point  prompt  à  décider,  point 
du  tout  exagérateur  incommode;  et,  quelque  beaux  vers 
que  nos  poètes  lui  aient  récités,  je  ne  lui  ai  jamais  ouï 
dire  :  Voilà  qui  est  plus  beau  que^  tout  ce  qu'a  jamais  &it 
Homère.  Enfin  c  est  un  homme  pour  qui  je  me  sens  de 
Tinclination;  et  si  j'étoîs  princesse,  il  ne  seroit  point  mal- 
heureux. 

ÉRIPHILE. 

C'est  un  homme  d'un  grand  mérite'  assurément.  Mais 
de  quoi  t'a-t-il  parlé? 


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2i8    LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 

CLITIDAS. 

n  m*a  demandé  si  vous  aviez  lémoigiié  grande  joie  au 
magnifique  régal  quelon  vous  a  donné ^ m'a  parié  de  votre 
personne  avec  des  transports  les  plus  grands  du  monde , 
vous  a  mise  au-dessus  du  ciel,  et  vous  a  donné  toutes  les 
louanges  qu'on  peut  donner  à  la  princesse  la  plus  accom- 
plie de  la  terre ,  entremêlant  tout  cela  de  plusieurs  soupirs 
qui  disoient  plus  qu'il  ne  vouloit.  Enfin,  à  force  de  le 
tourner  de  tous  côtés,  et  de  le  presser  sur  la  cause  de  cette 
profonde  mélancolie  dont  toute  la  cour  s'apCTçwt,  il  a  été 
contraint  de  m  avouer  quil  étoit  amoureux.  ^ 

ÉRIPHILE^. 

Comment,  amoureux!  Quelle  témérité  est  la  sienne! 
C'est  un  extravagant  que  je  ne  verrai  de  ma  vie. 

CLITIDAS. 

De  quoi  vous  plaignez-vous ,  madame  ? 

ÉRIPHILS. 

Avoir  l'audace  de  m'aimerl  et,  de  plus,  avoir  Faudacc 
de  le  dire  I 

CLITIDAS. 

Ce  n'est  pas  de  vous,  madame,  dont  il  est  amoureux. 

ÉRIPHILE. 

Ce  n*est  pas  de  moi? 

CLITIDAS. 

Non,  madame:  il  vous  respecte  trop  pour  cela,  et  est 
trop  sage  pour  y  penser. 

♦    -      ^R-IPHILE. 

Et  de  qui  donc»  Clitidas? 


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ACTE  II,  SCÈNE  III.  219 

CLITIDAS. 

D'une  de  vos  filles,  la  jeane  Arsinoé. 

iRIPHILE. 

A-t-elle  tant  d  appas ,  qu'il  n'ait  trouvé  qu'elle  digne  de 
son  amour? 

CLITIDAS. 

U  l'aime  éperdumeut,  et  vous  conjure  d'honorer  sa 
flamme  de  votre  protection. 

ÉRIPHILE. 

Moi? 

CLITIDAS. 

Non ,  non ,  madame  ;  je  vois  que  la  chose  ne  vous  plait 
pas.  Votre  colère  m'a  obligé  à  prendre  ce  détour  ;  et ,  pour 
vous  dire  la  vérité ,  c'est  vous  qu'il  aime  éperdument. 

ÉRIPHILE. 

Vous  êtes  un  insolent  de  venir  ainsi  surprendre  mes 
sentiments.  Allons,  sortez  d'ici  $  vous  vous  mêlez  de  vou- 
loir lire  dans  les  âmes ,  de  vouloir  pénétrer  dans  les  secrets 
du  coeur  d'une  princesse.  Otez-vous  de  mes  yeux,  et  que 
je  ne  vous  voie  jamais.  « .  Clltidas. 

CLITIDAS. 

Madame? 

ERIPHILE. 

Venez  ici;  je  vous  pardonne  celte  affaire-là. 

CLITIDAS. 

Trop  de  bonté ,  mad^ime. . . 

ERIPHILE. 

Mais  à  condition,  prenez  bien  garde  à  ce  que  je  vous 


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'ji^    LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 

dis,  que  vous  n  en  ouTiirez  la  bouche  à  persomie  du 
moude,  sur  peine  de  la  vie. 

CLITIDAS.. 

n  suffit. 

^RIPHILE, 

Sostrate  t'a  donc  dit  qu'il  m'aimoit? 

CLITIDAS. 

Non,  madame;  il  faut  vous  dire  la  veritâ.  Jai  tiré  de 
son  cœur,  par  surprise,  un  secret  qu'il  veut  cacher  à  tout 
le  monde ,  et  avec  lequel  il  est,  dit-il ,  résolu  de  mourir.  Il 
a  été  au  désespoir  du  vol  si^til  que  je  lui  en  ai  fait;  et 
bien  loin  de  me  charger  de  vous  le  découvrir,  il  m'a  con- 
juré, avec  toutes  les  instantes  prières  qu'on  sauroit  faire,' 
de  ne  vous  en  rien  révéler  ;  et  c'est  trahbon  contre  lui  que 
ce  que  je  viens  de  vous  dire. 

ÉRIPHILB. 

Tant  mieux  :  c'est  par  son  seul  respect  qu'il  peut  me 
plaire  ;  et ,  s'ij  étoit  si  hardi  que  de  me  déclarer  son  amour, 
il  perdroit  pour  jamais  et  ma  présence  et  mon<  estime. 

CLITLDAS-- 

Ne  craignez  point,  madame^ . . 

ÉRIPHILE. 

Le  voici.  Souvenez-vous  au  moins,  si  vous  êtes  sage, 
de  la  défense  que  je  vous  ai  Ëiite. 

CLITIDAS. 

Gela  est  fait,  madame.  H  ne  faut  pas  être  courtisan  in- 
discret. 


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ACTE  II,  SCÈINE  IV.  aai 

SCÈNE   IV- 
ÉRIPHILE,  SOSTRATE. 

*      SOSTRATE. 

J'ai  une  excuse,  madame,  pour  oser  interrompre  votre 
solitude,  et  j  ai  reçu  de  la  princesse  votre  mère  une  com- 
mission qui  autorise  la  hardiesse  que  je  prends  mainte- 
nant. 

ÉRIPHILE. 

Quelle  commission,  Sostrate? 

SOSTRATB. 

Celle,  madame,  de  tâcher  d apprendre  de  vous  vers 
lequel  des  deux  princes  peut  incliner  votre  cœur. 

ÉRIPHILE. 

La  princesse  ma  mère  montre  un  esprit  judicieux  dans 
le  choix  qu'elle  a  fait  de  vous  pour  un  pareil  emploi. 
Cette  commission,  Sostrate,  vous  a  été  agréable  sans 
doute,  et'vous  Favez  acceptée  avec  beaucoup  de  joie? 

SOSTRATE. 

Je  lai  acceptée,  madame,  par  la  nécessité  que  moii 
devoir  m'impose  d'obéir,  et  si  la  princesse  avoit  voulu 
recevoir  mes  excuses,  elle  auroit  honoré  quelque  autre  de 
cet  emploi 

ÉRTPHILP. 

Quelle  cause,  Sostrate,  vous  obligeoit  à  le  refuser? 

SOSTRATE. 

La  crainte,  madame,  de  m'en  acquitter  maL 


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222    LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 

iRIPHILE. 

Croyez-vous  que  je  ne  vous  estime  pas  assez  pour  vous 
ouvrir  mon  cœur,  et  vous  donner  toutes  les  lumières  que 
vous  pourrez  désirer  de  moi  sur  le^sujet  de  ces  deux 
princes? 

SOSTRATE. 

Je  ne  désire  rien  pour  moi  là-dessus ,  madame ,  et  je  ne 
vous  demande  que  ce  que  vous  croirez  devoir  donner  aux 
ordres  qui  mWènent. 

^RIPHILE. 

Jusqu'ici  je  me  suis  défendue  de  m'expliquer,  et  la 
princesse  ma  mère  a  eu  la  bonté  de  souflfrir  que  j  aie  reculé 
toujours  ce  choix  qui  me  doit  engager  :  mais  je  serai  bien 
aise  de  témoigner  à  tout  le  monde  que  je  veux  faire  quel- 
que chosç  pour  Tamour  de  vous  ;  et,  si  vous  m'en  pressez , 
je  rendrai  cet  arrêt  qu'on  attend  depuis  si  long-temps. 

SOSTRATE. 

C'est  une  chose ,  madame  ^  dont  vous  ne  serez  point 
importunée  par  moi  ;  et  je  ne  saurois  me  résoudre  à  presser 
une  princesse  qui  sait  trop  ce  qu  elle  a  à  fiiire. 

ÉRIPHILE, 

Mais  c'est  ce  que  la  princesse  ma  mère  attend  de  vous. 

SOSTRATE. 

Ne  lui  ai- je  pas  dit  aussi  que  je  m'acquitterois  mal  de 
cette  commission? 

ÉRIPHILE. 

Or  çà,  Sostratc,  les  gens  comme  vous  ont  toujours  les 
yeux  pénétrants ,  et  je  pense  qu'il  ne  doit  y  avoir  guère  de 


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ACTE  II,  SCÈNE  IV.  aa3 

choses  quî  échappent  aux  vôtres.  N'onl-ils  pu  découvrir, 
vos  yeux,  ce  dont  tout  le  monde  est  en  peine?  et  ne  vous 
ont-ils  point  donné  quelques  petites  lumières  du  penchant 
de  mon  cœur?  Vous  voyez  les  soins  qu'on  me  rend,  lem- 
pressement  qu^on  me  témoigne.  Qud  est  celui  de  ces 
deux  princes  que  vous  croyez  que  je  regarde  d'un  œil  plus 
doux? 

SOSTRATE. 

Les  doutes  que  Ton  forme  sur  ces  sortes  de  choses  ne 
sont  réglés  d  ordinaire  que  par  les  intérêts  qu  on  prend. 

ÉRIPHILE. 

Pour  qui,  Sostrate,  pencheriez -vous  des  deux?  Quel 
est  celui ,  dites -moi ,  que  vous  souhaiteriez  que  j'épou- 
sasse? 

SOSTRATE. 

Ah!  madame,  ce  ne  seront  pas  mes  souhaits,  mais 
votre  inclination  qui  décidera  de  la  chose. 

ÉRIPHILE. 

Mais  si  je  me  conseillob  k  vous  pour  ce  choix? 

SOSTRATE. 

Si  VOUS  vous  conseilliez  à  moi ,  je  serois  fort  embar- 
rassé. 

ÉRIPHILE. 

Vous  ne  pourriez  pas  dire  qui  des  deux  vous  semble 
plus  digne  de  cette  préférence? 

SOSTRATE. 

Sî  Ton  s'en  rapporte  à  mes  yeux,  il  ny  aura  personne 
qui  soit  digne  de  cet  honneur.  Tous  les  princes  du  monde 


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224    LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 
seront  trop  peu  de  chose  pour  aspirer  à  vous  ;  les  dieux 
seuls  y  pourront  prétendre  \  et  vous  ne  souffrirez  des 
hommes  que  l'encens  et  les  sacrifices. 

ERIPHILE. 

Cela  est  obligeant,  et  vous  êtes  de  mes  amis  :  mais  je 
veux  que  vousi  me  disiez  pour  qui  des  deux  vous  vous 
sentez  plus  d'inclination,  quel  est  celui  que  vous  mettez 
le  plus  au  rang  de  vos  amis. 

SCÈNE  V- 

ÉRIPHILË,  SOSTRATE,  CHORÈBE. 

CHORÈBE. 

Madame,  voilà  la  princesse  qui  vient  vous  prendre 
ici  pour  aller  au  bois  de  Diane. 

SOSTRATE,  à  part. 

Hélas!  petit  garçon,  que  tu  es  venu  à  propos! 

SCÈNE  VL 

ARISTIONE,  ÉRIPHTLE,  IPHICRATE,  TIMOCLÈS, 
SOSTRATE,  ANAXARQUE,  CLITIDAS. 

ARISTI0I7E. 

O If  VOUS  a  demandée,  ma  fille,  et  il  y  a  des  gens  que 
votre  absence  chagrine  fort. 

ÉRIPHILE. 

Je  pense ,  madame ,  qu  on  m^a  demandée  par  compli- 
ment^ et  on  ne  s^inquiète  pas  tant  qu'on  vous  dit. 


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ACTE  II,  SCÈNE  VI.  aa5 

ARISTIONE. 

On  enchatne  pour  nous  ici  tant  de  divertissements  les 
uns  aux  autres ,  que  toutes  nos  heures  sont  retenues  ;  et 
nous  n'avons  aucun  moment  à  perdre ,  si  nous  voulons 
les  goûter  tous.  Entrons  vite  dans  le  bois ,  et  voyons  ce 
qui  nous  y  attend.  Ce  lieu  est  le  plus  beau  du  monde , 
prenons  vite  nos  places. 


FIN    DU   SECOKD    ACTE. 


MOLIEAK.   5. 


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aa6    LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 

TROISIÈME  INTERMÈDE 


Le  théâtre  repTësente  un  bois  consfteré  à  Diane. 

LA    HTMPHE    DE    TEMPé. 

Y  EVBx,  grande  princesse»  arec  tous  vos  appas. 
Venez  prêter  vos  jeux  aux  innocents  débats 

Que  notre  désert  tous  présente  : 
N'j  cherchez  point  l'éclat  des  fêtes  de  la  cour  ; 
On  ne  sent  ici  que  l'amour , 
Ce  n'est  que  l'amour  qu'on  j  chante. 


PASTORALE. 


SCÈNE  I 

TIRCIS! 

V  ous  chantez  sous  ces  feuillages , 
Doux  rossignols  pleins  d'amour  ; 
Et  de  Yos  tendres  ramages 
Vous  réveillez  tour  à  tour 
Les  échos  de  ces  bocages  : 
Hélas!  petits  oiseaux,  hélas  1 
Si  vous  aviez  mes  maux ,  vous  ne  chanteriez  pas. 


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PASTORALE,  SCÈNE  II.  a 

SCÈNE    IL 

LICASTE.  MÉNANDRE,  TIRCIS. 

LICASTE. 

Hi  quoi  1  toujouri  languissant ,  sombre  et  triite? 

MéSAnDBE. 

Hé  quoi  !  toujours  aux  pleurs  abandonné  ? 

TIRCIS. 

Toujours  adorant  Caliste , 
Et  toujours  infortuné. 

LICASTE. 

Domte,  domte ,  berger,  l'ennui  qui  te  possède. 

T I B  c  I  s. 
né  !  le  mo}ren ,  Hélas  \ 

MéVANDRE. 

Fais ,  fais-toi  quelque  effort. 

TIRCIS. 

Hé  !  le  moyen ,  hélas  î  quand  le  mal  est  trop  fort  ? 

LICASTE. 

Ce  mal  trouvera  son  remède. 

TIRCIS. 

Je  ne  guérirai  qu'à  la  mort. 

LICASTE    ET    MÉNARDRE. 

Ah  !  Tircis  1 

TIRCII. 

Ah  !  bergers  ! 

LICASTE    ET    MENAirpRE» 

Prends  sur  toi  plus  d'empire. 

TIRCIS. 

Rien  ne  me  peut  secourir. 

LICASTE    ET    MÉ»  ARDRE. 

C'est  trop,  e'est  trop  céder. 


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aaS    LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 

Timcis. 

C'est  trop ,  c'est  trop  souflEHr. 

LICA.8TB    KT    MivANDBB. 

Quelle  foiblesse  ! 

Tincis. 
Quel  martyre! 

LiCAfTi:    ET    MÉnABri>llE. 

Il  faut  prendre  courage. 

TIRCI8. 

11  faut  plutôt  mourir. 

LICASTE. 

Il  n'est  point  de  bergère 
Si  froide  et  si  séyère 
Dont  la  pressante  ardeur 
D'un  cœur  qui  perseTère 
Ne  vainque  la  froideur. 

MÉVANDRE. 

Il  est  dans  les  affaires 
Des  amoureux  mjstères 
Certains  petits  moments 
Qui  changent  les  plus  fiéres , 
Et  font  d'heureux  amants. 

TIACIS. 

Je  la  vois ,  la  cruelle , 
Qui  porte  ici  ses  pas  : 
Gardons  d'être  vus  d'elle  ; 

L'ingrate ,  hélas  ! 

N'j  viendroit  pas. 


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PASTORALE,  SCÈNE  111.  aag 

SCÈNE  ni. 

CALISTE. 

Ah  !  que  sur  notre  cœur 
La  séyère  loi  de  l'honneur 
Prend  un  cruel  empire  ! 
Je  ne  fais  voir  que  rigueurs  pour  Tircis  ; 
^t  cependant ,  sensible  à  ses  cuisants  soucis , 
De  sa  langueur  en  secret  je  soupire , 
Et  Toudrois  bien  soulager  son  martyre. 
C'est  à  vous  seuls  que  je  le  dis  , 
Arbres ,  n'allez  pas  le  redire. 
Puisque  le  ciel  a  voulu  nous  former 
Avec  un  cœur  qu'amour  peut  enflammer, 
Quelle  rigueur  impitoyable 
Contre  des  traits  si  doux  nous  force  à  nous  armer  ' 
Et  pourquoi ,  sans  être  blâmable , 
Ne  peut-on  pas  aimer 
Ce  que  l'on  trouve  aimable  ? 
Hélas  !  que  vous  êtes  heureux , 
Innocents  animaux ,  de  vivrie  sans  contrainte , 

Et  de  pouvoir  suivre  sans  crainte 
Les  doux  emportements  de  vos  cœurs  amoureux  ! 
Hélas ,  petits  oiseaux ,  que  vous  êtes  heureux 
De  ne  sentir  nulle  contrainte , 
Et  de  pouvoir  suivre  sans  crainte 
Les  doux  emportements  de  vos  coeurs  amoureux  ! 

Mais  le  sommeil  sur  ma  paupière 
Verse  de  ses  pavots  l'agréable  fraîoheur  : 
Donnons-nous  h  lui  tout  entière; 
Nous  n'avons  point  de  loi  sévère 
Qui  défende  à  nos  sens  d'en  goûter  la  douceur. 
(Elle  s'endort  sur  un  Ut  de  gazon.) 


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23o    LES  AMAKTS  MAGNIFIQUES, 
SCÈNE    IV. 

GALISTE,  ehdormie;  TIRGIS,  LIGASTE,  MÊNANDRE. 

Tinc  18. 
Vers  ma  belle  ennemie 
Portons  sans  bruit  nbs  pas , 
Et  ne  réveillons  pas 
Sa  rigueur  endormie. 

TOUS    TAOIS. 

Dormez ,  dormez ,  beaux  jeux ,  adorables  vainqueurs  ; 
Et  goûtez  le  repos  que  vous  ôtez  aux  cœurs. 
Tincis. 

Silence ,  petits  oiseaux  ; 

'Yents ,  n'agitez  nulle  chose  -, 

Gbulez  doucement ,  ruisseaux  : 

G 'est  Galiste  qui  repose. 

TOUS    TROIS. 

Dormez ,  dormez ,  beaux  jeux ,  adorables  vainqueurs  j 
Et  goûtez  le  repos  que  vous  ôtez  aux  cœurs. 
CALisTE,  en  se  réveUtant,  à  Tircitm 
Ah!  quelle  peine  extrême! 
Suivre  partout  mes  pas  ! 
T  I  a  G  I  s. 
Que  voulez-vous  qu'on  suive ,  hélas  ! 
Que  ce  qu'on  aime? 

CALISTE. 

Berger^  que  voulez-vous  ? 

TIRCIS. 

Mourir,  belle  beigère, 
Mourir  à  vos  genoux , 
Et  finir  ma  misère. 
Puisqu'en  vain  à  vos  pieds  on  me  voit  foupir*?, 
Il  j  hxLt  expirer. 


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PASTORALE,  SCENE  IV.  a3i 

CALI8TE. 

Ah!  Tircis ,  Atez-vous  :  j'ai  peur  que  (Uns  ce  jour 
La  pitié  dans  mon  cœur  n'introduise  l'amour. 
LicASTE  ET  MÉHAHDRE,  ensemble. 
Soit  amour,  soit  pitié , 
Il  sied  bien  d'être  tendre. 
C'est  par  trop  tous  défendre , 
Bergère ,  il  faut  se  rendre 
A  sa  longue  amitié. 
Soit  amour,  soit  pitié , 

Il  sied  bien  d'être  tendre.  • 

C*ALI8TE,  à  Tircis. 
C'est  trop,  c'est  trop  de  rigueur. 
J'ai  maltraité  votre  ardeur, 
Chérissant  votre  personne  ; 
Vengex-vous  de  mon  cœur, 
Tircis ,  je  vou*  le  donne. 
Tincis. 
O  ciel  !  bergers  !  Caliste  !  Ah  !  je  suis  hork  de  moi  ! 
Si  l'on  meurt  de  plaisir,  je  dois  perdre  la  vie. 

•    LICASTE., 

Digne  prix  de  ta  foi  ! 

MÉHAlfDIiE. 

o  sort  digne  d'envie  ! 

SCÈNE   V. 

DEUX  SATYRES,  CALISTE,  TIRCIS.  LICASTE,  MÉNAMDRE. 

pRBMisn  sATTEE,  à  CaOste. 
Quoi  !  tu  me  fuis ,  ingrate  ;  et  je  te  vois  ici 
De  ce  berger  k  moi  faire  une  préférence  l 

6EC01XD    SATYRE^ 

Quoi  !  mes  soins  n'ont  rien  pu  sur  ton  indifférence  ; 
Et  pour  ce  langoureux  ton  cœur  s'est  adouci  l 


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232     LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 

CALISTS. 

Le  destin  le  yeut  ainsi  ; 
Prenez  tous  deux  patience. 

P&EMIEA    SATTHE. 

Aux  amants  qu'on  pousse  à  bout 
L*amour  fait  Terser  des  larmes  ; 
Mais  ce  n  est  pas  notre  goiit , 
Et  la  bouteiUe!  a  des  charmes 
Qui  nous  consolent  de  tout. 

SECOND    SATYRE. 

Notre  amour  n'a  pas  toujouM 
Tout  le  bonheur  qu'il  désire  ; 
Mais  nous  ayons  un  secours , 
Et  le  bon  yin  nous  fait  rire 
Quand  6n  rit  de  nos  amours. 

TOUS, 

Champêtres  diyinités , 
Faunes ,  drjades ,  sortes 
Oe  yos  paisibles  retraites  ; 
Mêlez  yos  pas  à  nos  sons». 
Et  tracez  sur  les  herbettes 
L'image  de  nos  chansons. 

SCÈNE   VL 

CALISTE,  TIRCIS,  LICASTÇ,  MÉNANDRE,  FAUNES, 
DRYADES. 

PREMIÈRE  ENTRÉE  DE  BALLET, 

(  Danse  des  faunes  et  dès  dryades. } 


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PASTORALE..  SCÈNE  VIL         u33 
SCÈNE   VIL 

CLIMÈNE,  PHILINTE,  CALISTE,  TIRGIS,  LICASTE, 
MÉNAlrt)RE,  FAUNES,  DRYADES. 

PHILIHTE. 

Quand  je  plaisois  à  tes  jeux , 
J'étois  content  de  ma  vie , 
Et  ne  YOjois  rois  ni  dieux 
Dont  le  sort  me  fit  enyie. 

CLIMklXE. 

Lorsqu'à  toute  autre  personne 
Me.  préféroit  ton  ardeur, 
J'aurois  quitté  la  couronne 
Pour  régner  dessus  ton  cœur. 

PHILINTE. 

Une  autre  a  guéri  mon  âme 
Des  feux  que  j'avois  pour  toin 

CLIM^VE. 

Un  autre  a  yenge  ma  flamme 
Des  foiblesses  de  ta  foi. 

pniLiirTE. 
Chloris ,  qu'on  vante  si  fort , 
M'aime  d'une  ardeur  fidèle; 
Si  ses  jeux  vouloient  ma  mort , 
Je  mourrois  content  pour  elle. 

CLiMèas. 

Mjrtil ,  si  digne  d'envie , 
Me  chérit  pins  que  le  jour, 
Et  moi  je  perdrois  la  vie 
Pour  lui  montrer  mon  amour. 


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a34    LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 

PHILIlfTE. 

Mais  si  d'une  douce  ardeur  ^ 
Quelque  renaissante  trace 
Chassoit  Ghloris  de  mon  cœur 
Pour  te  reibettre  en  sa  place  ? 

CLIMÈNE. 

Bien  qu'avec  pleine  tendresse 
Mjrtil  me  puisse  chérir, 
Avec  toi  f  je  le  confesse , 
Je  voudrois  vivre  et  mourir. 

TOUS    DEUX    ENSEMBLE. 

Ah  !  plus  que  jamais  aimons-nous , 
£t  vivons  et  mourons  en  des  liens  si  doux. 

TOUS    LES    ACTEUnS    DE    LA    PASTOBALE. 

Amants ,  que  vos  querelles 
Sont  aimables  et  belles  ! 
Qu'on  j  voit  succéder 
De  plaisirs ,  de  tendresse  ! 
Querellez-vous  sans  cesse 
Pour  vous  raccommoder. 

DEUXIÈME  ENTRÉE  DE  BALLET. 

(Les  faunes  et  les  dryades  recommencent  leurs  danses,  Undis  que  tzx>is 
petites  dryades  et  trois  petits  faunes  font  paroître  dans  l'enfoncement  du 
théâtre  tout  ce  qui  se  passe  sur  le  devant.  Ces  danses  sont  entremêlées 
des  chansons  des  bergers. } 

CHOEUR  DE  BERGERS  ET  'dE  BERGERES. 

Jouissons ,  jouissons  des  plaisirs  innocents 

Dont  les  feux  de  l'amour  savent  charmer  nos  sens. 

Des  grandeurs  qui  voudra  se  soucie  ; 
Tous  ces  honneurs  dont  on  a  tant  d'envie 

Ont  des  chagrins  qui  gont  trop  cuisants. 


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PASTORALE,  SCÈNE  VIL         a35 

Jouissons  y  jouissons  des  plaisirs  innocents 
Dont  les  feux  de  Tamour  sayent  charmer  nos  sens. 
En  aimant ,  tout  nous  plait  dans  la  yie  ; 
Deux  cœurs  unis  de  leur  sort  sont  contents  : 

Cette  ardeur,  de  plaisirs  suiyie. 
De  tous  nos  jours  fait  d'étemels  printemps.  « 

Jouissons ,  jouissons  des  plaisirs  innocents 
Dont  les  feux  de  l'amour  savent  charmer  nos  sens. 


FIN    DU   TaoïSlfcME   INTElUkOB. 


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a36    LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 

ACTE  TROISIÈME. 


SCÈNE  I. 

ARISTIONE,  IPHICRATE,  TIMOCLES,  ANAXAR- 
QUE,  ÉRIPHILE,  SOSTRATE,  CLITmAS. 

ARISnONE. 

Les  mêmes  paroles  toujours  se  présentent  à  dire;  il  faut 
toujours  s'écrier  :  Voilà  qui  est  admirable!  il  ne  se  peut 
rien  de  plus  beau!  cela  passe  tout  ce  qu'on  a  jamais  vu! 

TIMi^CLÈS. 

C'est  donner  de  trop  grandes  paroles,  madame,  à  de 
petites  bagatelles. 

ARISTIONE. 

Des  bagatelles  comme  celles-là  peuvent  occuper  agréa- 
blement les  plus  sérieuses  personnes.  En  vérité,  ma  fille, 
vous  êtes  bien  obligée  à  ces  princes,  et  vous  ne  sauriez 
assez  reconnoître  tous  les  soins  qu'ils  prennent  pour  vous. 

ERIPHILE. 

J'en  ai,  madame,  tout  le  ressentiment  qu  il  est  possible. 

ARISTIONE. 

Cependant  vous  les  faites  long -temps  languir  sur  ce 
qu'ils  attendent  de  vous.  Jai  promis  de  ne  vous  point 
contraindre;  mais  leur  amour  vous  presse  de  vous  décla- 


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ACTE  III,  SCÈNE  I.  aS; 

rer,  et  de  ne  plus  traîner  en  longueur  la  récompense  de 
leurs  services.  J'ai  chargé  Sostrate  d'apprendre  doucement 
de  vous  les  sentiments  de  votre  cœur;  et  je  ne  sais  pas  s'il 
a  commencé  à  s  acquitter  de  cette  commission. 

ÉRIPHILE. 

Oui,  madame;  mais  il  me  semble  que  je  ne  puis  assez 
reculer  ce  choix  dont  on  me  presse ,  et  que  je  ne  saurois 
le  faire  sans  mériter  quelque  blâme.  Je  me  sens  également 
oUigée  à  l'amour,  aux  empressements,  aux  services  de 
ces  deux  princes;  et  je  trouve. une  espèce  d'injustice  bien 
grande  âr  memontrer  ingrate,  ou  vers  Fun ,  ou  vers  l'autre, 
par  le  refus  qu'il  m'en  faudra  faire  dans  la  préférence  de 
sonrivaL 

IPHICRATE. 

Cela  s'appelle,  madame,  un  fort  honnête  compliment 
pour  nous  refuser  tous  deux. 

ARISTIONE. 

Ce  scrupule,  ma  fille,  ne  doit  point  vous  inquiéter;  et 
ces  princes  tous  deux  se  sont  soumis  il  y  a  long-temps  à 
la  préférence  que  pourra  faire  votre  inclination. 

ÉRIPHILE. 

L'inclination,  madame,  est  fort  sujette  à  se  tromper; 
et  des  yeux  désintéressés  sont  beaucoup  plus  capables  de 
faire  un  juste  choix. 

ARISTIONE. 

Vous  savez  que  je  suis  engagée  de  parole  à  ne  rien 
prononcer  là-dessus;  et  parmi  ces  deux  princes  votre  in- 


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238     LES  AMANTS  MAGNIFIQUES, 
clination  ne  peut  point  se  tromper,  et  faire  un  choix  qui 
soit  mauvais. 

ÉRIPHILE. 

Pour  ne  point  violenter  votre  parole  ni  mon  scrupule^ 
agréez,  madame,  un  moyen  que  j'ose  proposer. 

ARISTIONË. 

QuQi,m^fiUe? 

iaiPHiLE. 

Que  Sostrate  décider  de  cette  préférence.  Vous  lavez 
pris  pour  découvrir  le  secret  de  mon  cœur,  souffirez  que 
je  le  prenne  pour  me  tirer  de  l'embarras  où  je  me  trouve. 

ARISTIONE. 

J'estîme  tant  Sostrate ,  que ,  soit  que  vous  vouliez  vous 
servir  de  lui  pour  expliquer  vos  sentiments,  ou  soit  que 
vous  vous  en  remettiez  absolument  à  sa  conduite;  je  fais, 
dis-je,  tant  d'estime  de  sa  vertu  et  de  son  jugement,  que 
je  consens  de  tout  mon  cœur  à  la  proposition  que  vous 
me  faitçs. 

IPHICRATE. 

C'est-à-dire,  madame ,  qu'il  nous  faut  Êdre  notre  cour  à 
Sostrate. 

SOSTRATE. 

Non,  seigneur,  vous  n'aurez  point  de  cour  à  me  faire; 
et,  avec  tout  le  respect  que  je  dois  aux  princesses,  je  re- 
nonce à  la  gloire  où  elles  veulent  m'élever. 

ARISTIONE. 

D  où  vient  cela ,  Sostrate  ? 


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ACTE  III,  SCÈNE   L  aSg 

SOSTRATE. 

J'ai  des  raisons,  madame,  mii  ne  me  permettent  pas 
que  je  reçoive  Thonneur  que  vous  me  présentez. 

IPHICRATE. 

Craignez-vous,  Sostrate,"de  vous  faire  un  ennemi? 

SOSTRATE. 

Je  craindrois  peu,  seigneur,  les  ennemis  que  je  pour- 
rois  me  faire  en  obéissant  à  mes  souveiralnes. 

TIMOCLES. 

Par  quelle  raison  donc  refusez-vous  d'accepter  le  pou- 
voir qu'on  vous  donne,  et  de  vous  acquérir  Famitié  d'un 
prince  qui  vous  devroit  tout  son  bonheur? 

SOSTRATE. 

Par  la  raison  que  je  ne  suis  pas  en  état  d'accorder  à  ce 
prince  ce  qu'il  souhaiteroit  de  moi. 

IPHICRATE. 

Quelte  pourroit  être  cette  raison? 

SOSTRATE. 

Pourquoi  me  tant  presser  là-dessus?  Peut-être  ai-je, 
seigneur,  quelque  intérêt  secret  qui  s  oppose  aux  préten- 
tions de  votre  amourj  Peut-être  ai-je  un  ami  qui  brûle, 
sans  oser  le  dire,  d'une  flamme  respectueuse  pour  les 
cbafmes  divins  dont  vous  êtes  épris.  Peut-être  cet  ami  me 
fait-il  tous  les  jours  confidence  de  ( son  martyre,  qu'il  se 
plaint  à  moi  tous  les  jours  des  rigueurs^  de  sa  destinée ,  et 
regarde  Fhymen  delà  princesse  ainsi  que  Farrêt  redouta- 
ble qui  le  doit  pousser  au  tombeau;  et,  si  cela  étoit,  sei- 


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24o     LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 

gneur,  seroit-il  raisonnable  que  ce  tàt  de  ma  main  qull 
reçût  le  coup  de  sa  mort? 

IPHICRATE. 

Vous  auriez  bien  la  mine,  Sostrate,  d'être  vous-même 
cet  ami  dont  vous  prenez  lesnntéréts. 

SOSTRATE. 

Ne  cherchez  point,  de  grâce,  à  mé  rendre  odieux  aux 
personnes  qui  vous  écoutent.  Je  sais  me  connoître ,  sei- 
gneur; et  les  malheureux  comme  moi  n'ignorent  pas 
jusqu'où  leur  fortune  leur  permet  d  aspirer. 

ARISTIONE. 

Laissons  cela;  nous  trouverons  moyen  de  terminer 
l'irrésolution  de  ma  fille. 

ANAXARQUE. 

En  est-il  un  meilleur,  madame,  pour  terminer  les 
choses  au  contentement  de  tout  le  monde ,  que  les  lu- 
mières que  le  ciel  peut  donner  sur  ce  mariage?  J'ai  com- 
mencé ,  comme  je  vous  ai  dit ,  à  jeter  pour  cela  les  figm*es 
mystérieuses  que  notre  art  nous  enseigne  ;  et  j'espiTe  vous 
faire  voir  tantôt  ce  que  l'avenir  garde  à  cette  union 
souhaitée.  Après  cela,  pourra-t-on  balancer  encore?  La 
gloire  et  les  prospérités  que  le  ciel  promettra  ou  à  l'un  ou 
à  Tautre  choix  ne  seront-elles  pas  suffisantes  pour  le  dé- 
terminer? et  celui  qui  sera  exclus  pourra-t-il  s'oflfenser, 
quand  ce  sera  le  ciel  qui  décidera  cette  préférence? 

IPHICRATE. 

Pour  moi ,  je  m  y  soumets  entièrement  ;  et  je  déclare 
que  cette  voie  me  semble  la  plus  raisonnable^ 


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ACTE  III,  SCÈNE  I.  iiU 

TIMOCLÈS. 

Je  suis  de  même  avis;  et  le  ciel  ne  sauroit  rien  faire  où 
je  ne  souscrive  sans  répugnance. 

ÉRIPHILE. 

Mais,  seigneur  Anaxafrque^  Voyez -vous  si  clair  dans 
les  destinées,  que  vouis  ne  vous  trompiez  jamais?  et  ces 
prospérités  et  cette  gloire  que  vous  dîtes  que  le  ciel  nous 
promet,  qui  en  sera  caution,  je  vous  prie? 

ARISTIONE. 

Ma' fille,  vous  avez  une  petite  incrédulité  qui  ne  vous 
quitte  ][yoint 

ANA^ÀRQUE. 

Lès  épreuves,  madame,  que  tout  le  mond^  a  Vues  de 
rin&iDibilité  de  mes  prédictions  sont  les  cautions  suffi- 
santes des  promesses  que  je  puis  faire.  Mai^  enfin,  quand 
je  vous  aurai  fait  voir  ce  que  !e  ciel  vous  marque'^  vous 
vous  réglerez  là-dessus  à  votre  fantaisie  3  et  ce  sera  à  vous 
à  preûdre  la  fortune  de  l'un  ou  de  l'autre  choix. 

ÉRIPHILE. 

Lé  ciel ,  Anaxarqùe  j  ine  marquera  les  deux  fortunes 
qui  m'attendent? 

ÀNAXARQÛE.. 

Oui,  madante;  les  félicités  qui  vous  suivront  si  vous 
épousez  Fun ,  et  les  disgrâces  qui  vous  accompagneront  si 
vous  épousez  l'autre. 

ÉRIPHILE. 

Mais  comme  il  est  inlpc^ssible  que  je  les  épouse  tous 
deux,  il  faut  donc  qu'on  trouve  écrit  dans  le  ciel,  non- 

MOLlàAE.  5.  i() 


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34a     LES  AMANTS  MAGNIFIQUES, 
seulement  ce  qui  doit  arriver,  mais  aussi  ce  qui  ne  doit 
pas  arriver. 

CLITIDASy  à  pan. 

Voilà  mon  astrologue  embarrassé. 

▲  NAXAaQUE. 

Il  faudroit  vous  faire,  madame,  une  longue  discussion 
des  principes  de  l'astrologie,  pour  vous  faire  comprendre 
cela. 

CI.ITXDÀS. 

Bien  répondu.  Madame,  je  ne  dis  point  de  mal  de  Tas- 
trologie  :  Tastrologie  est  une  belle  chose,  et  le  seigneur 
Anaxarque  est  ud  grand  homme. 

IPHICRATË. 

La  vérité  de  l'astrologie  est  une  chose  incontestable  ; 
et  il  ri'j^  a  personne  qui  puisse  disputer  contre  la  certitude 
de  ses;  prédictions* 

CXlTIDAS. 

Assurément. 

TIMOGLÈS. 

Je  suis  assez  incrédule  pour  quantité  de  choses;  mais 
pour  ce  qui  est  de  l'astrologie,  il  ny  a  rien  de  plus  sûr  et 
de  plus  constant  que  le  succès  des  horoscopes  qu'elle 
tire. 

CLITIDAS. 

Ce  sont  des  choses  les  plus  claires  du  monde. 

IPHICRATE. 

Cent  aventures  prédites  arrivent  tous  les  jours,  qui 
convainqu/ent  les  plus  opiniâtres. 


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ACTE  m,  SCÈNE   L  a43 

GIITIDAS. 

Il  est  vrai. 

TIMOCLÈS. 

Peut -on  contester  sur  cette  matière  leà  incidents  ce 
lébres  dont  les  histoires  nous  font  foi? 

CLITrDAS. 

n  faut  n'avoir  pas  Je  kens  commun.  Le  mdyen  de  con- 
tester ce  qui  est  moulé  ?  ^ 

ARISTIONE. 

Sôstrate  n'en  dit  mot.  Quel  est  son  sentiment  là-dessus  ? 

SOSTRATE.  , 

Madame^  tous  les  esprits  ne  sont  jpas  nés  avec  les  qua- 
lités qu'il  Êiut  pour  la  délicatesse  de  ces  belles  sciences 
qu'on  nomme  curieuses;  et  il  y  en  a  de  si  matériels,  qulls 
ne  peuvent  aucunement  comprendre  ce  que  d'autres  con* 
çoivent  le  plus  facilement  du  monde.  Il  n'est  rien  de  plus 
agréable ,  madame ,  que  toutes  lés  grandes  promesses  de 
ces  connoissances  sublimes.  Trâiisformer  tout  en  or,  faire 
vivre  éternellement,  guérir  par  des  paroles ,  se  faire  aimer 
de  qtii  l'on  veut,  savoir  tous  les  secrets  de  l'avenir,  faire 
descendre  comme  on  vêtit  du  ciel  sur  des  métaux  des  im- 
pressions de  bonheur,  Commander  aux  démons,  se  faire 
des  àrméeè  îiïvisibles  et  des  soldats  invulnérables,  tout 
cela  est  charmant  sans  doute;  et  il  y  a  des  gens  qui  n'ont 
aucune  peiné  à  en  comprendre  la  possibilité ,  cela  leur  est 
le  plus  aisé  du  monde  à  coircevoir  :  mais  ,  pour  moi ,  je 
vous^  avoue  que  mon  esprit  grossier  a  quelque  peine  à  le 
comprendre  et  à  le  croire;  et  j'ai  toujours  trouvé  cela  trop 


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a44  LES  AMANTS  MAGNIFIQUES, 
beau  pour  être  véritable.  Toutes  ces  belles  raisons  de 
sympathie ,  de  force  ma^étique ,  et  de  vertu  occulte ,  sont 
si  subtiles  et  délicates,  quelles  échappent  à  mon  sens 
matériel;  et ,  sans  parler  du  reste ,  jamais  il  n'^  été  en  ma 
puissance  de  concevoir  comme  on  trouve  écrit  dans  le 
ciel  jusqu^aux  plus  petites  particularités  de  la  fortune  du 
moindre  homme.  Quel  rapport,  quel  commerce,  ïjuxSle 
correspondance  peut-il  y  avoir  entte  ilous  et  des  globes 
éloignés  de  notre  fértre  d'une  dbtance  si  eflfiroyable?  Et 
d'où  cette  belle  science  enfin  peut-elle  être  venue  aux 
hommes?  Quel  Dieu  Ta  révélée?  ou  quelle  expérience  Ta 
pu  former  de  l'observation  de  ce  grand  nombre  d'astres 
qu'on  n  a  pu  voir  encore  deux  fois  dans  la  même  dispo^ 
sition? 

ANAXARQtlE. 

Il  ne  sera  pas  difficile  de  vous  le  faire  concevoir. 

SOSTRATE. 

Vous  serez  plus  habile  que  tous  les  autres. 

CLlTIDASj^à  Sostrate. 

11  VOUS  fera  une  discussion  de  tout  cela  quand  vous 
voudrez. 

IPHICRATE,  à  Sostrate. 

Si  vous  ne  comprenez  pas  les  choses,  au  moins  les 
pouvez-vous  croire  sur  ce  que  Ton  voit  tous  les  jours. 

SOSTRATE. 

Comme  mon  sens  est  si  grossier  qu'il  n'a  pu  rien  com- 
prendre ,  mes  yeux  aussi  sont  si  malheureux  qu'ils  n'ont 
jamais  rien  vu. 


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ACTE  III,  SCÈNE  I.  ^45 

IPHICRATE. 

Ppprmoi,  j'ai  YU^etdes  choses  tout-à-faitconvaincantes. 

TIMOGLÉS. 

Et  moi  aussi. 

SOSTRATE. 

Comme  vous  avez  vu,  vous  faites  bien  de  croire;  et  il 
faut  que  vos  yeux  soient  faits  autrement  que  les  miens. 

IPHICRATE. 

Mais  enfin  la  princesse  croit  A  l'astrologie  ;  et  il  me 
semble  qu'on  y  peut  bien  croire  après  elle.  Est-ce  que  ma- 
dame, Sostrate,  na  pas  de  Pesprit  et  du  sens? 

SOSTRATE. 

Seigneur,  la  question  est  un  peu  violente.  L'esprit  de 
la  princesse  n^est  pas  une  règle  pour  le  nuen  ;  et  son  in- 
telligence peut  relever  à  des  lumières  où  mon  sens  ne  peut 
atteindre. 

ARISTIONE. 

Non,  Sostrate,  je  ne  vous  dirai  rien  sur  quantité  dé 
choses  auxquelles  je  ne  donne  guère  plus  de  créance  que 
vous.  Maisf  pçur  l'astrologie,  on  m'a  dit  et  fait  voir  des 
choses  si  positives,  que  je  ne  la  puis  mettre  eu  doute. 

SOSÏRATE. 

Madame^  je  n'ai  rien  à  répondre  à  cela. 

ARISTIOITE. 

Quittons  ce  discours,  et  qu'on  nous  laisse  un  moment. 
Dressons  notre  promenade, ma  fille,  vers  cette  belle  grotte 
où  j'ai  promis  d'aller.  Des  galanteries  à  chaque  pas  I 

TIN   nv   TROISIÈME    ACTE. 


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a46    LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 

QUATRIÈME  INTERMÈDE. 

Le  théâtre  représente  une  grott^. 


ENTRÉE  DE  BALLET. 

(Huit  staliiet, pofltol  ohacune  ànx  ûmah$tmxy  IbnC  ubq  cbiito Tanée  de 
plusieurs  agoras  et  de  phi^ieun  attitudes»  où  cOes  'demeurent  par  uk' 
tervallea.) 


PIN   DU  QUATRIÈUE  IHTEAIIKdE. 


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LES  AMANTS  MAGNIFIQUES.     247 


ACTE  QUATRIÈME. 


SCÈNE   I. 

ARISTIONE,  ÉRIPHILE. 

ARISTIONE. 

De  qui  que  cela  soit,  on  ne  peut  rien  de  plus  galant  et 
de  mieux  entendu.  Ma  fille ,  j'ai  voulu  me  séparer  de  tout 
le  monde  pour  vous  entretenir;  et  je  veux  que  vous  ne 
me  cachiez  rien  de  la  vérité.  N'auriez-vous  point  dans 
Fâme  quelque  inclination  secyète  que  vous  ne  voulez  pas 
nous  dire? 

él^IPHILE. 

Moi,  madame!  , 

ARISTIONE. 

Parlez  à  cœur  ouvert,  ma  fille.  Ce  que  j'ai  fait  pour 
vous  mérite  bien  que  vous  Usiez  avec  moi  de  franchise. 
Tourner  vers  vous  toutes  mes  pensées,  vous  préférer  à 
toutes  choses,  et  fermer  Foreille  en  Fétîat  où  je  suis  à 
tbnles  les  propositions  que  cent  priiicesses  en  nia  place 
écouteroient  avec  bienséance;  tout  cela  vous  doit  assez 
persuader  que  je  Suis  uïxe  bonbe  mère,  et  que  je  ne  sufe 
pas  pour  recevoir*  avec  sévérité  les  ouvertures  que  vous 
pourriez  me  faire  de  votre  cœur» 


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î48    LE5  AMANf  S  MAGNIFIQUES. 

ÉRIPHILE, 

Si  jWois  si  mal  suivi  votre  exemple ,  <jae  de  m^étEjs 
laissé  aller  à  quelques  seutimeif  ts  d'inclinatiou  que  j^eusse 
raison  de  cacher,  j^aurois,  madame,  assez  de  pouvoir  sur 
moi-même  pour  imposer  suence.â  cette  passion,  et  me 
piettre  en  état  de  ne  rien  fair(^  voir  qui  {ht  indigne  de 
votre  sang. 

ARISTIONE. 

Non,  non,  ma  fille;  vous  pouvez  sans  scrupule  m'ou- 
vrir  vos  sentiments.  Je  n'ai  point  renferrafé  votre  inclina- 
tion dans  le  ch(>ix  de  deux  princes,  vous  pouvez  Tétendre 
où  vous  tondrez  ;  et  le  mérite  auprès  de  moi  tifsnt  un 
rang  si  considérable ,  que  je  l'égale  à  tout;  et,  si  vous 
m'avouez  franchement  les  choses,  vous  me  verrez  sous- 
crire sans  répugpaijce  au  choix  qu  aura  fait  votre  cœur. 

ÉRIPHILE.. 

Vous  avez  des  bontés  pour  moi,  madame,  dont  je  ne 
puis  assez  me  louer  :  mais  je  ne  les  mettrai  point  à  l'épreuve 
sur  le  sujet  dont  vous  me  parlez  ;  et  tout  ce  que  je  leur  de- 
mande, c'est  de  ne  point  presser  un  mariage  où  je  ne  me 
sens  pas  encore  bien  résolue. 

ARJSTIQNE.^. 

Jusqu'ici  je  vous  ai  laissée  assez  maîtresse  de  tout;  et 
rîmpatience  des  princes  vos  amants. . .  Mais  quel  bruit 
est-ce  que  j'entends?  Ab!  ma  fille ^  quel  spctaele  s  oflfre 
à  nos  yeux?  Quelque  divinité  descend  ici,  et  c'est  la 
déesse  Vénus  qui  semble  nous  vouloir  parler. 


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ACTE  IV,  SCÈNE  II.  349 

SCÈNE   IL 

VÉNUS,  ACCOMFAGN^E  DE  QUATRE  PEXUS  AHOVlâ  DANS 

UNE  machine;  ARISTIONE,  ÉRIPHILE. 

▼Évns,  à  ArUtione. 
P.niif CESSE,  dans  tes  soins  brille  un  zèle  exemplaire 
Qui  par  les  immortels  doit  être  couronné  ; 
Et ,  pour  te  voir  un  gendre  jllustre  et  fqrtuné , 
Leur  main  te  veut  marquer  le  choix  que  tu  fiois  faire. 

Il's  t'annoncent  tous ,  par  ma  yoix,. 
La  gloire  et  les  grandeurs  que ,  p^r  ce  digne  choix , 
Ils  feront  pour  jamais  entrer  dans  ta  fàonille. 
D(E}  t^s  difficultés  termine  donc  le  cpurs , 

Et  pense  à  donner  ta  fille 

4  qui  sauvera  tes  jours. 

SCÈNE  III. 

ARISTIOWE/ÉRIPHILE. 

ARISTIONE. 

Ma  fille,  les  dieux  imposent  silence  â  tous  nos  raison- 
nements. Après  cela,  nous  n'avons  plus  rien  à  Êiire  qu'à 
recevoir  ce  qu'ils  s'a.pprêtent  à  nous  donner,  et  vous  venez 
d'entendre  distinctement  leur  volonté.  Allons  dans  le  pre- 
mier temple  les  assurer  dp  notre  obéissance,  et  leur 
cendre  grâces  de  leurs  bontés.  ^ 


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25«    LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 

SCÈNE   lY. 

ANAXARQUE,  CLÉON. 

CLÉON. 

Voila  la  princesse  cpii  s'en  va;  ne  voulez-vous  pas  lui 
parler? 

ANAXARQUE. 

Attendons  que  sa  fille  soit  séparée  d'elle.  C'est  up  es- 
prit que  je  redoute,  et  qui  n'est  pas  de  trempe  à  se  laisser 
mener  aïnsique  celui  de  sa  mère.  Enfin ,  mon  fils,  comme 
nous  venons  de  vok*  par  cette  ouverture,  le  stratagème  a 
réussi.  Notre  Vénus  a  fait  des  mbrveilles;  et  Tadmirable 
ingénieur  qui  s'est  employé  à  cet  artifice  a  si  bien  disposé 
tout,  a  coupé  avec  tant  d'adresse  le  plancher  de  cette 
grotte,  si  bien  caché  ses  fib  de  fer  et  tous  ses  ressorts,  si 
bien  ajusté  ses  lumières  et  habillé  ses  personnages,  qu'il  y 
a  peu  de  gens  qutn'y  eussei^t  été  trompés;  et,  comme  la 
princesse  Aristione  est  fqrt  superstitieuse ,  il  ne  faut  point 
douter  qu  elle  ne  dpçne  4  pleine^êjte  dans  cette  tromperie. 
Il  y  a  long-temps  y  mon  fils,  que  je  prépare  cette  ma- 
chine, et  me  voilà  bimitôt  au  but  de  mes  prétentions. 

CLÉON. 

Mais  pour  lequel  des  deux  princes  au  moins  dresstz- 
vous  tout  cet  artifice? 

ANAXARQUE. 

Tous  deux  ont  recherché  mon  assistance,  et  je  leur 
promets  à  tous  deux  la  faveur  de  mon  art.  Mais  les  pré- 
sents du  prince  Iphicrate ,  et  les  promesses  qu'il  m'a  f^tes , 


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ACTE  IV,  SCÈNE  IV.  a5i 

remportent  de  beaucoup  sur  tout  ce  qu'a  pu  faire  l'autre  : 
ainsi  ce  sera  lui  qui  recevra  les  eflFets  favorables  de  tous  les 
ressorts  que  jfai  fait  jouer;  et  comme  son  ambition  me 
devra  toute  chose,  voilà,  mon  fils,  notre  fortune  faite.  Je 
vais  prendre  mon  temps  pom*  affermir  dans  son  erreur 
Fesprit  de  la  princesse ,  pour  la  mieux  prévenir  encore  par 
le  rapport  que  je  lui  ferai  voir  adroitement  des  paroles  de 
Vénus  avec  les  prédictions  des  figures  célestes  que  je  lui 
dis  que  j'ai  jetées.  Va-t'en  tenir  la  main  au  reste  de  Pou- 
vrage,  préparer  nos  six  hommes  à  se  bien  cacher  dans 
leur  barque  derrière  le  rocher,  à  posément  attendre  le 
temps  que  la  princesse  Âristione  vient  tous  les  soirs  se 
promener  seule  sur  le  rivage,  à  se  jeter  bien  â  propos  sur 
elle  ainsi  que  des  corsaires,  et  donner  lieu  au  prince  Iphi- 
crate  de  lui  apporter  ce  secours  qui,  sur  les  paroles  du 
del,  doit  mettre  entre  ses  mains  la  princesse  Ériphile.  Ce 
prince  est  averti  par  moi  ;  et ,  sur  la  foi  de  ma  prédiction, 
il  doit  se  tenir  dans  ce  petit  bois  qui  borde  le  rivage.  Mais 
sortons  de  cette  grotte;  je  te  dirai  en  marchant  toutes  les 
choses  qu'il  fiiut  bien  observer.  Voilk  la  princesse  Éri- 
phile, évitons  sa  rencontre. 

SCÈNE  V. 

ÉRIPHILE. 

HiLAs!  quelle  est  ma  destinée!  etqu'ai-jeÊdtauxdieuic 
pour  mériter  les  soins  qu'ils  veulent  prendre  de  moi? 


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aSa     LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 

SCÈNE   VL 
ÉRIPHILE,  CLÉONICE. 

CLÉONICE. 

Le  Yoici,  madame,  que  j'ai  trouvé;  et,  à  vos  pemters 
ordr^,  il  n^a  pas  manqué  de  me  suivre. 

l^.RIPHILE. 

Qu'il  approche,  Cléonice;  et  qu'on  nous  laisse  seuls 
un  moment, 

SCÈNE   VIL 

ÉRIPHILE,  SOSTRATE. 

ERIPHILi;. 

SosTRATE,  yous  m'aimez? 

SOSTRATE. 

Moi,  madame? 

ERIPHILE. 

Laissons  cela,  Spstrate;  je  le  sais,  je  l'approuve,  et 
vous  permets  de  me  le  dire.  Votre  passion  a  paru  à  mes 
yeux  accompagnée  de  tout  le  mérite  qui  me  la  pouvoit 
rendre  agréaMe.  Si  ce  n'étqit  le  rang  où  le  ciel  m'a  fait 
naître,  je  puis  yous  dire  que  cette  passion  n'auroit  pas  été 
malheureuse,  et  que  cent  fois  je  lui  ai  souhaité  Fappui 
d  une  fortune  qui  pût  mettre  pour  elle  en  pleine  liberté 
les  secrets  sentiments  de  mon  âme.  Ce  n'est  pas,  Sostrate, 
que  le  mérite  seul  n'ait  à  mes  yeux  tout  le  prix  qùHl  doit 
avoir,  et  que,  dans  mon  cœur,  je  ne  préfère  lés  vertus 
qui  sont  en  vous  à  tous  les  titres  magnifiques  dont  les 
autres  sont  revêtus;  ce  n'est  pas  même  que  la  princesse 


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ACTE  IV,  SCÈNE  VII.  a53 

ma  mère  ne  m'ait  assez  laissé  la  disposition  de  mes  vœux; 
et  je  ne  doute  point,  je  vous  lavoue,  que  mes  prières 
n'eussent  pu  tourner  son  consentement  du  côté  que  j'au- 
rois  Ydulu  :  mais  il  est  des  états,  Sostrate,  où  il  n  est  pas 
honnête  de  youloir  tout  ce  qu'on  peut  faire.  Il  y  a  des 
chagrins  h  se  mettre  au-^lessus  de  toutes  choses*,  et  les 
bruits  fâcheux  de  la  renoihmée  vous  font  trop  acheter  le 
plaisir  qu  on  trouve  à  contenter  son  inclinatioUé  C'est  à 
quoi,  Sostrate,  je  ne  me  serois  jamais  résolue;  et  j'ai  cru 
faire  assez  de  fuir  rengagement  dont  j'étois  sollicitée.  Mais 
enfin  les  dieux  veulent  prendre  eux-mêmes  le  soin  de  me 
donner  un  époux;  et  tous  ces  longs  délais  avec  lesquels 
j'ai  reculé  mon  mariage,  et  que  les  bontés  de  la  princesse 
ma  mère  ont  accordés  à  mes  désirs,  ces  délais,  3is-je,  ne 
me  sont  plus  permis,  et  il  me  &ut  résoudre  à  subir  cet 
arrêt  du  ciel.  Soyez  sûr,  Sostrate,  que  c'est  avec  toutes 
les  répugnances  du  monde  que  je  m'abandonne  à  cet  hy- 
menée,  et  que,  si  j'avois  pu  être  maitresse  de  moi,  ou 
j'aurois  été  à  vous,  ou  je  n  aurois  été  à  personne.  Voilà, 
Sostrate^  ce  que  j'avois  à  vous  dire;  voilà  cei  que  j'ai  cru 
devoir  à  votre  mérite,  et  la  consolation  que  toute  ma 
tendresse  peut  donner  à  votre  flamme. 

SOSTRATEé 

Âh  !  madame ,  c'en  est  trop  pour  un  malheureux  I  Je  ne 
m'étois  pas  préparé  à  mourir  avec  tant  de  gloire;  et  je 
cesse  dans  ce  moment  de  me  plaindre  des  destinées.  Si 
elles  m  ont  fait  naître  dans  un  rang  beaucoup  moins  élevé 
que  mes  désirs,  elles  m'ont  Êdt  naître  assez  heureux  pour 


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a54     LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 

attirer  quelque  pitié  du  cœur  d'une  grande  princesse;  et 
cette  pitié  glorieuse  vaut  des  sceptres  et  des  couronnes, 
vaut  la  fortune  des  plus  grands  princes  de  la  terre.  Oui, 
madame ,  dès  que  j'ai  osé  vous  aimer  (  c'est  vous ,  madame, 
qui  voulez  bien  que  je  me  serve  de  ce  mot  téméraire), 
dès  que  f  ai ,  dis-je ,  osé  vt)us  aimer ,  j'ai  condamné  d'abord 
lorgueil  de  mes  désirs,  je  me  suis  feit  moi-même  la  des- 
tinée que  je  devois  attendre.  Le  coup  de  mon  trépas,  ma- 
dame ,  n'aura  rien  qui  me  surprenne ,  puisque  je  m'y  étoîs 
préparé;  mais  vos  bontés  le  comblent  d'un  honneur  que 
mon  amour  jamab  n'eût  osé  espérer;  et  je  m'en  vais 
mourir  après  cela  le  plus  content  et  le  plus  glorieux  de 
tous  les  hommes.  Si  je  puis  encore  souhaiter  quelque 
chose,  ce  sont  deux  grâces,  madame,  que  je  prends 
lahardiessedevousdemander  à  genoux  ;  de  vouloir  souflMr 
ma  présence  jusqu'à  cet  heureux  hyménée  qui  doit  mettre 
fin  à  ma  vie,  et,. parmi  cette  grande  gloire  et  ces  longues 
prospérités  que  le  ciel  promet  à  votre  union,  de  vous  sou- 
venir quel<^efois  de  l'amoureux  Sostrate.  Puis-je,  divine 
princesse,  me  promettre  de  vous  cette  précieuse  faveur? 

^RIPHILE. 

AUez^  Sostrate ,  sortez  d  ici.  Ce  n'est  pas  aimer  mon 
repos  que  ^e  me  demander  que  je  me  souvienne  de  vous. 

SOSTRATE. 

Ah  !  madame  ^  si  votre  repos. . . 

ÉRIPHILE. 

Otëz-vouà,  voua  dis-je,  Sostrate;  épargnez  ma  foi- 
blesse,  et  ne  m'exposez  point  à  plus  que  je  n'ai  résolu. 


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ACTE  IV,  SCÈNE  VIII.  â55 

SCÈNE  VIII. 
ÉRIPHILE,  ClÉONICE, 

CLÉOIflCE. 

Madame,  je  vous  vjis  l'esprit  tout  chagrin;  vous 
plaît-il  que  vos^danseurs ,  qui  expriment  si  bien  toutes  les 
passions,  \'<ous  donnent  maintenant  quelque  épreuve  de 
leuradres«e? 

JÉAIPHILE* 

Qui,  Cldbuicse.  Qu'ils  fassent  tout  ce  qu'ils  voudirout, 
pourvu  qu'ib  me  laissent  à  mes  pensées. 

FIN    DU   QUATRIÈME    ACTE. 


»s#s»^#s»^.»<^.^i«^<^^l»l^,»^H[»■^r^^^^<^  ^m^  ^  »i.^ 


CINQUIÈME  INTERMÈDE. 


(^Qitairp  psQtM^iiVes  ajustent  leurs  lesias  et  leurs  p«»  aux  îoqiûéliidBt  de 
la  ppbccsse,  ) 


FIN   DU   CINQUIÈME   INTERMÈDE. 


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â56    LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 

ACTE  CINQUIÈME. 


SCÈNE  h 

ÉRIPHILE,  CLITIDAS. 

CLITIDAS;  faisant  semblant  de  ne  point  voir  Êriphilé. 
De  qtfel  cèté  porter  mes  pas?  où  m'aviserai- je  d'aller?  En 
fjuel  lieti  puîs-]e  croité  que  je  trenvèrai  maintenant  la 
princesse  Ériphile?  Ce  n'est  paé  un  petit  avantage  que 
d'être  le  premier  à  porter  une  nouvelle.  Ah!  la  voilà! 
Madame ,  |e  vous  annonce  que  le  ciel  vient  devons  donner 
t'ëpoux  qu'il  vous  "destinoît. 

ÉRIPHILE. 

Héf  laisse-moi,  Clitidas,  dans  ma  ëom'bre  Éi^lancdliel 

CLITIDAS. 

Madame 9  je  vous  demande  pardon^  je  pensois  &ire 
bien  de  vous  veiiir  dire  que  le  ciel  vient  d^  vous  dûimer 
Sostrate  pour  époux  ;  mais ,  puisque  cela  vous  incommode , 
je  rengaine  ma  nouvelle,  el  m'en  retourne  droit  comme 
je  suis  venu. 

ÈKiPUltÈ 

Clitidas!  holà,  CHtidas  ! 

CLITIDAS. 

Je  vous  laisse,  madame,  dans  votre  sombre  niélancolie. 

ERIPHÏLE. 

Arrête^  te  dis-je;  approche.  Que  viens-tu  me  dire? 


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ACTE  V,  SCÈNE  L  t^j 

CLITIDAS/ 

Rieiij  madamQ.  On  a  parfois  des  «empressements  de 
venir  dire  aux  grands  de  certaines  choses  dbnt  ils  ne  se 
soucient  pas,  et  je  tous  prie  ift  m'ezcuser. 

ÉRIPHJtLE, 

Que  tu  es  Cruel! 

CLÎTlnÂ^. 

Une  autre  foîà  j^àùrai  là  discrétion  <Jp  nfe  vous  pas  venir 
ititerroùipré. 

éRIPâlLE. 

Ne  me  tiens  point  dans  l'inquiétude^  Qu'esl^e  que  tu 
viens  m'annoncer? 

CLITIDAS. 

C'est  une  bagatelle  de  Sostrate,  madame,  que  je  vous 
dirai  une  autre  fois,  quand  vous  ne  serez  point  émjiar- 
rass^e. 

ÉRiPHILÈ. 

t^e  me  i^is  point  languir  davantage,  te  dis-je,  et  m^ap- 
prends  cette  nouvelle. 

■cilTIDAS. 

Vous  là  voulez  savoir,  madame? 

ÉRIPHILE. 

Oui,  dé|)êcbe.  Qu'as-tu  à  me  dire  de  Se  strate*?. 

•  CLITIDAS. 

Oneiiventure  merveilleuse,  où  personne  ne  s'attendoit. 

^RIPHILB. 

Dis-moi  vite  ce  que  c'eàt 

Molière.  5  17 


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258     LES  AMANTS  MA&NIFIQUES. 

CLITIDAS. 

C«la  rie  troubiara-t-ii  point ,  madaaie ,  y^Iihi  ioaibre 
mélancolie?'  .  . 

£II.iVhîL£. 

Ah  I  parle  promptement. 

CLIX^DAS. 

J^i  donc  a  \ious  dire^  madame,  que  la  prlûce^^e  Votre 
mère  passoif  presque  seule  dans  la  forêt  par  ces  petites 
routes  qui  sont  si  agréables  ^  lorsqu'un  sanglier  hideux 
(ces  vilains  sapgliers4à'fbnt  toujours  du  désordre,  et  Ton 
devroit  les  bannir  des  forêts  bien  policées);  lor^,  dis- je, 
qu  un  sanglier  hideux ,  poussé ,  je  crois ,  par  des  chasseurs , 
est  venu  traverser  la  route  où  nous  étions.  Je  devrois  vous 
faire  peut-être,  pour  orner  mon  récit,  une  description 
étendue  du  sanglier  dont  je  parle  ;'  mais  vous  vous  en 
passerez ,  s  il  vous  plaît,  et  je  me  contenterai  de  vous  dire 
que  c^étoit  un  fort  vilain  animal.  Il  passoit  son  chemin ,  et 
il  étoit  bon  de  ne  lui  rien  dire ,  de  ne  point  chercher  de 
noise  avec  lui;  mais  la  princesse  a  voulu  égayer  sa  dexté- 
rité, et  de  son  dard,  quelle  lui  a  lancé  un  peu  mal  à 
propos,  ne  lui  en  déplaise,  lui  a  fait  au-<lessus  de  Forfeille 
une  assQz  petite  blessure.  Le  sanglier,  mal  morigéné,  s'est 
impertinemment  détourné  contre  nous  :  nous  étions  là 
deux  ou  trois  misérables  qui  avons  "pâli  de  frayeur:  chacun 
gagnoit  son  arbre,'  et  la  princesse  sans  défeitôe  deifteuroit 
exposée  à  la  furie  de  la.béte,  lorsque  Sostrate  a  paru, 
comme  ri  les  dieux  leussent  envoyé* 


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ACTE  V,  SCÈNE  l  ââj) 

ÉRIPHILE. 

flitien.tCliticîas?- 

tLITÎDAS. 

Sî  mon  récit  vouj  eijnuîe,  madame,  je  remettrai  le 
reste  à  une  autre  fois^  f 

ERIPHÎLE. 

Achève  prômptement. 

CLITIDAS. 

Ma  foi,  c'est  prômptement  de  vrai  que  j'achèverai,  car 
Un  peu  de  poltronnerie  ma  empêché  de  vofr  tout  le 'détail 
de  ce  cbml)at;  et  tout  ce  que  je  puis  vous  dire,  c'est  que, 
retournant  sur  la  place,  nous  avoûs  vu  le  saUglîèr  mort, 
tout  vautré  dans  son  sang,  et  la  princesse,  pleine  de  joie, 
tiommant  Sostrate  son  iLberateui*  et  l'époux  digne  et  for- 
tuné que  les  dieux  lui  inarquoient  poiir  vous.  A  ces  pa- 
roles, j'ai  cru  que  j'en  avois  assez  entendu;  et  je  me  suis 
hâté  de  vous  en  venir,  avant  tous,  apporter  la  nouvelle. 

illIPHILE. 

Ahl  Clitidàs,  pouvois-.tu  iri  en  donner  une  qui  me  pût 
êtrepluàagréahle? 

CLITIDAS. 

Voilà  qu'on  vient  vous  trouver^ 

SCÈNE  lî.  ' 

ARISTIOMÈj  SOSTRATE,  ÉRIPHILE,  CLITIDAS. 

ARISTIONE. 

Je  vois,  ina  âlle,  que  vous  savez  déjà  tout  ce  que  nous 
pourrions  vous  dire.  Vous  vogpz-.que  les  dieux  se  sont  ex- 


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?6o     LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 

pliqués  bien  plus  tôt  que  nous  n  eussions  pensé  :  mon 
péril  n^a  guère  tardé  à  nous  marquer  leurs  volontés;  et 
Ton  connoît  assez  que  ce  sont  eux  qui  se  sont  mêlés  de  ce 
choix  ^  puisque  le  mérite  tout  seul  brille  dans  cette  préfé- 
rence. Aurez-yous  quelque  répugnance  à  réconarpenser  de 
votre  cœur  celui  à  qui  je  -dob  la  vîe?  et  refuserez -vous 
Sostrate  pour  époux? 

ÉRIPHILE. 

Et  de  la  main  des  dieux  et  de  la  vôtre,  madame,  ]e  ne 
puis  rien  recevoir  qui  ne  me  soit  fort  agréable. 

SOSTRATE. 

Ciel  1  n'est-ce  point  ici  quelque  songe  tout  pleîiji  de 
gloire  dont  Iqs  dieux  me  veulent  flatter?  et  quelqjae  réveil 
malheureux  ne  me  replongera-t-il  point  dans  la  bassesse 
de  ma  fortune? 

SCÈNE   III. 

ARISTIONE,  ÉRIPHILE,  SOSTRATE,  CLÉONICE, 
CLITIDAS. 

CLéONICE. 

Madame,  je  viens  vous  dire  qu  Anaxarque  a  jusqulci 
abusé  Tun  et  Fautre  prince  par  Tespérance  de  ce  choix 
qu'ils  poursuivent  depuis  long-temps ,  et  qu'au  bruit  qui 
s'est  répandu  de  votre  aventure  ils  ont  fait  éclater  tous 
deux  leur  ressentiment  contre  lui,  jusque-là  que,  de  pa- 
roles en  paroles,  les  choses  se  sont  échauffées,  et  il  en  a 
reçu  quelques  blessures  dont  on  ne  sait  pas  bien  ce  qui 
ariivera.  Mais  les  voici. 


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ACTE  Vj  SCÈNE  IV.  a6i 

SCÈNE   IV. 

ARISÏÏONE,  ÉRIPHlLEjIPHieRATE,  TIMOCLÈS, 
SOSTMTE,  CLÊONICE,  CLITIDAS. 

AI^ISTIQNE. 

Paï^CES,  VOUS  agissez  tous  deux  avec  une  violence 
biçM  grande;  £t  si  Ân^xarque  a*pu  vous  offenser;  j'étois 
pour  vons  pu  faire  justice  npioi-i{iéme. 

*  IPHICRÀT9.      '. 

Et  (juelle  justice,  madame,  auriez-voijs  m  nous  feiire 
de  lui,  si  vous  la  faite3  si  peu  à  notre  rang  dans  le  choix 
que  vous  embrassez  ? 

ÀRISTfONE. 

Né  vous  ête^-vous  pas  soumis  l'jin  et  l'autre  à  ce  que 
pourroîen^t  décider,  ou  les  ordres  du  ciel,  ou  finclination 
dema'fill;? 

TIMOCLÈS. 

Oui,  madame^  nous  nous  sommes  soumis  à  ce  qulls 
pourroient  décider  entre  le  prince  Iphicrate  et.moi,  mais 
nov  paç  k  nous  voir  rebuter  tous  deux.  ' 

ARIS|IONE. 

Et  si  chacun  àk  vous  a  bien  paserésoudreàsoiiifrir  une 
préférence,  que  vofl^  arrîVe-t-il  î  tous  deypt  où  vous  ne 
soyez  préparés?  et  que  peuvent  importer  à  Fun  et  à  Fautr» 
les  intérêts  de  son  rival? 

.       IPHICRATE. 

Oui,  madame,  il  importe.  C'est  quelque  consolation 


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a6a     LES  AMANTES  MAGNIFIQUES. 

de  se  voir  préférer  un  homme  qui  vous  est  égal;  et  votre 

aveuglement  est  une  chose  épouvantable. 

*<AKISTIÔKE. 

Prince,  je  ne  veux  jfes  me  brouiller  avec  une  personne 
qui  m'a  fait  tant  de  grâce  que  de  me  dire  des  douceurs  :  et 
je  vous  prie,  avec  toute  Thonnêteté  qu'il  m'est  possible, 
de  donner  à  votre  chagrin  un  fondement  plus  raisonnable; 
de  vous  souveni^5  s'il  ¥ous  plaît,  tpie  Sosttate  est  reVêtu 
d'up  mérite  qui  s'est  fait- connoître  à  toute  la  Grèce,  et 
que  le  rang  où  le  oîeUlélève  aujpurd'hui  va  remplir  tout^ 
la  distance  qiji  ^toît  entre  lui  et  vous, 

IPHICRÀTE. 

Oui,  oui,  madame,  nous  nous  en  souviendrons.  Mais 
peut-être  aussi  vous  souvi6tidrez-vous  que  deipç  princesi 
outragés  ne  sont  pas  ^eux  ennemis  peu  r^outables.  - 

TIMQCLÈS. 

Peut-être,  madame,  qu'on  pe  goûtera  pas  Içpg*- temps 
la  joie  du  mépris  qu  on  ùix  de  nous, 

ÀRISTIOICÈ. 

Je  pardonne  toutes  ces  menaces  aux  chagrins  d'un 
amour  qui  se. croit  offensé;  et  nous  n'eu  verrons  pas  avec 
moins  de  tranquillité  la  fçte  des  jeux  pythiens.  AUons-y 
de  cep^s;  et  couronnqns  par  ce  pompeux  spectacle  cette 
merveilleuse  journée^ .  .     '    * 

u 

FIN    DU    CINQUlèME    ACTE. 


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LE-S  AMAMTS  HrAGI»lFIQUE&     a!S3 


.  SIXIÈME  ii^'î'JPRlvœDE. 

FÊTE  QÉ$JE*rx  PYTHIENS. 

(  Le  tbéâtie  représente  ij^e  grande  salle  en  manière  d'ainphiwéâU'e ,  aveq 
une  grande  arcade  dans  le  fond,  aurd^ssus  de  lacjuelle  est  un*e  tribune 
Sonnée  d'un  rideau.  Daas  1  elpgnemeot  ^rt^t  uu  autel  po^  ^  sacri- 
fice. Six  ministres  du  sacrifie^  habillés  comme  s'ils  étoient  presqme  nus, 
portant  cliacun  une  Jyache  sur  l'épaule ,  eptrent  par  le  porti^itè  au  son 
des  violon9^  Ils^  sont  suivis  de  deux  sa«rificaClpBrs  et  de  la  prétresse.  ) 


SCÈNE   I* 

LA  PRËTHÉSSB,  SAORIFIGAf £URS,  MINISTRES 
DU  SA*CRHJICE,VCÏCS:UJl  DÉ  PEUt>LES. 

Ci  H  AliTEz ,  peuples ,  chantez ,  en  mîQe  et  mille  lieux , 
Du  dieu  que  nouJ»*flervons  les  brillantes  merveilles  ; 

Parcourez  là  terre  eties  cieux  ; 
Vous  ne  sautiez  càant^  rien  de^i||  précieux , 
Hien  de  plils  diyux  pour  les*oreilleft.   * 
phemieH  8AC|lifica'Çei;b. 
A  ce  ^u  f^ein  de  £>r6e^  à  éb  dieu  plein  d'appa», 
•  Il  n'est  rien  qui  résister.        « 

SECOND    SACRIFICATEUR. 

Il  n'est  rien  ici  bas        ^ 
Qui  par  ses  bienfaits  ne  subsiste. 

LA    PRÊTRISE. 

To«te  la  terie  est  tristç 
Quand  on  ne  le  voit  pas. 


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a64    LES  AMA-NTS'MAIGKIFIQUES. 

CHOBUR. 

^Poussons  ^  sa  mémoire 
Des  concerts  si  touchante , 
Que ,  du  haut  de  la  gloire ,     '      '  • 

Il  écoute  nqs  chants. 

I^REMIÈREÏNTRÊl^  ÔE'BALLET. 

(Les  sit^ihin^^s  du  sacrifice,  port^pt  des  hadies ,  fi)2it  entft  eux  nue 
dans^omëe  de  toutes  les  attittties  que  peuvent  exprimer  des  gedft  qui 
étumeA  leurs  forces  f  après  quoi  îft  se  retiç eût  aux  deux  cdtéi  du 
thellre.)  •  '• 

SCÈNE  11/ 

LA  iPrÊTREsIe,  SACftIFrC4lr^JlS,  mimistres 
DU  SACRlflCE,  VOLflGEURS,  CHOEUR  DK 
PEUPLES.  • 

DEUXIÈMFENTRËE  DE  BALLET. 

(Six  voltigeurs  font  paroitre  en  cadence  leur  adAsse  sur  des  clieyatfx  dr 
bois ,  qui  sont  apportés  par  d«B  esclaves.  )     . 

'     SCÈNE  irx  ' 

LA  PRÊTRESSE, *I^^IFIGATEURS,  MINISTRES  DU 
SACRIFICE*,  ESCLAVES,  ctNDUCTEURS  DESCLAVES, 
CHœCJR  DE  BEUïflES.     ^         • 

TROISIÈME  ENI^tE  DE  BALLEO*. 

(Quatre  conducteurs  d'e^Iavey  ^mènent  en  cadence  huit  esclaves  qui 
dansent  pour  marquer  la  joie  qu'Ut  pqt  d'avoir  recouvre  la  liberté.  ) 


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INTÉRTJIÇDE  VI,  SCÊNp  IV.       afô 
SCÈNE    IV. 

I  LÀ  PRÊTRESSE.  dâCRIFIGAnTEURS,^  MnHISTRES.DU 
SACRIFICE ,  HOMMES  bt  FEMMES  mruèb  k  iflà  imieoque  , 
OHCmjR  DEWBUPLES; 

QUATR^IÊME  ENTRÉB  DE  BALLCT. 

(  Quatre  Imidibm  annès  à  la  grecque,  avec  des  jaaiboipi,  et  quatre  ^D^xiet 
armée?  &  li  grecqme «  avec  des  timbres,  foi^t  eJi»fJDf^e  uM  |iiai^|ère  de 
j(Bu  pour  les^imes.  ) 

SCÈIÏE   V. 

LA  PR]$TJIE|SSE,  SAGRIFIC^EyRSs  MINISTRES  DU 
SACRIFICE /HOIIMËS  eï  FEMMES  Aaiis  a  la  GVEcqn, 

un  heraut,  tjrîompenes'un  timmlier,  choeur 
de'peuples.  "  ^ 

(La  tribune  s'ouvre.  Un  héraut,  six  trompettes  et  un  timl^alief ,  se  mélaiit 
à  tous  les  îtastruments ,  annoncent  la  venue  d^ApcflIoIi.  )    • 


s 


CHOEUR. 
OlTYRONS  tous  *09  JCUX 

A  ré«lat  supAme 
Qui  brille  ep  ces  lieux. 


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a66    LES  AMANTS  MAGHIFlQUEg, 

SCÈNE  vj; 

APOLLON,  SUIVANTS  D'APOLLOif,  LA^PKÊTHË^Se, 
SACRIFICATEURS,  MINISTRES  DU  Sé^CHIFlCB,  HOMHfËS 
ET  FEMMEES  ahmés  a  la  orecque,  UN  l^RAUT,  i^nOM- 

PETTES,  UN  TIMBALIER ,  CHOEUR  DE  PEUPLES.* 

•  * 

(Apollon,  au  bnilk  des  trompettes  et  des  violons,  entre  par  le  portique, 
précédé  de  dix  fhines  giDsi  qui  poHttit  des  lauriers  entreiftës  autour 
'^nn  bâton,  et  un  $ol^îi  d'or  au-dessus,  avec  la  defiae  roylle  en  manière 
detropbée.) 

# 

GBGEUn. 

Quelle  grâce  extrême) 

Quelpoi:tgl«4»iix! 

OJ  Toit-on  des  df eux  ♦ 

Qâi  tofent  faits  de^ême  ? 

V  * 

CINQUIÈME  ENTRÉE  DE  RALLET. 

(  Les  «ÙTaifts  d'Apollon  donnent  leur  trophée  ii  tenir  i^uz  six  ministres  du 
sacrifice  qui  portent  le#  faac^e^,  t%  conunencent  ayec  Apollon  une  danse 
héroïque.  ) 

$ixiiè;me  entrée  de  ralIet. 

» 
(  Les  six  ministres  du  «acrifice  portant  les  haches  et  les  trophées,  les  quatre 
hommes  et  les  quatre  femmes  armés  &  la  grecque,  se  joignent  en  diverses 
manières  à  hi  danse  d'Apollo^  et  de  ses  fuivants,  tandis  que  la  préuesse, 
le  sacrificateur  et  le  chœur  des  ^uples  y  mêlent  leurs  chants  à  diverses 
reprises ,  au  son  des  timbales  et  des  trompettes.  ) 

FIN    DU   S^TCIÈME   INTERMfeqE. 


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/ 


LES  AMANTS  3y!AGNIFlQUE&     267 
VERS 

Pour  LE  Roi,  représentant  Apollpr^, 

J  £  suis  la  source  des  clartés  ; 

Et  les  astres  les  plus  vantés ,    . 

Dont  le  beau  cercle  in 'environne , 

Ne  sont  brillants  et  respectés , 

Que  par  l'éclat  que  je  leur  ^onne. 

Du  cbar  où  je  me  puis  asseoir, 

Je  vois  le  désir  de  nie  voir 

Posséder  la  nature  entière.; 

Et  ïe  monde  n*a  «on  esp-oip 

Qu'aux  seuh  bienfaits  de  nta  lutni^ro, 

BienbèureuBes  de  toutes  part»; 

Et  pleines  d'exquises  riQ)içs*8es  »  ^ 

Les  terres  où  de  mes  regards 

J'arr^tç  les  donces  cai^çase^  !' 

PoutM.  i^BGKAisnySuiOant  d'Apollçn. 

Bien  qu'auppès  du  soleil  tout  autre  éclat  s'effaoc , 
S'en  éloigner  ^ixrtant  n  est  psu»  ce^up  l'om  veut  ;, 

Et  TOUS  TOjez  bien ,  quoi  qu'il  fass^ , 
Que  Vo^  s'en  tient  toujoiiirs  1^  plus  prè&que  l'on  peiit^. 

Pour  le^narquis  db  Villeroi,  suwant  d'Apolhtr^ 

De  not^ç  maître  incomparable 

You?  me  yoj^  iqaépî|rab)e; 
Et  le  xèle  puissant  qui  m'^attiche  h  ses  Vœni,  ^ 

Le"  suit  parmi  le»  eaux  \  le  suit  parmi  les  feux- 

Pour  le  marquis  de  Ra^ssbnt,  wiVan/  d'Apollon, 

Je  né  serai  pas  vaih  quand  je  he  o? oirai  pas 
Qu'un  autre ,  Dâieux  que  moi ,  suive  partout  ses  pa«* 
FIN   DES   AMANTS   MAGNIFIQUES. 


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RÉFLEXIONS 

SUR 

LES  AMANTS  MAGNIFIQUES. 


Lo  uis  Xiy  donna  lui-même  à  Molière  le  sujet  de  cette  pièce, 
qui  ressemble  pour  le  fond  à  celui  de  don  SfANCHE  d'Aragon, 
de  Pierre  Corneille  :  Pauteur  le  traita  avec  Is^  prc^ptftude  qu'il 
mettait  à  exécuter  les  ord|>es  du  roi.  Aussi  cette xomëdie,  dont 
la  fable  n'est  qu'un  cadre  assez  commua  pour  des  divertisse- 
ments, n'intéressa  que  la  cour,  pour  laqvello  elle  avoit  été 
composée  :  elle  auroît  pan»  fVoide  sur  le  théâtre  de  Molière  ; 
il  ne  Vj  fit  pas  représenter. 

Cependant  elle  est  aujpurd'hui  très-curiouse ,  parce  qu'elle 
montre  quels  étoîent  alors ''^es  préjugés  des  grands,  parce 
qu'elle  fait  des  allusions  délicates  à  quelques  anecdotes  de  la 
cour,  et  parce  q^u'elle  4onne  une  idée  du  ton  qui  régnait  parmi 
les  courtisans. 

Pendant  le  dix  -  septième  siècle ,  quoique  les  scleuces 
eussent  fait  de  grands  progrès ,.  quoiqu'il  j  eùi  un  grand 
nombre  de  philosophes  aussi  sages  qu'éc)airés^  on  crojoit 
encore  assez  généralement  à  l'astrologie  :  les  grands  surtout, 
s'ex«gérant  l'importance  de  leui  e^fistence  et  de  leurs  actions, 
avoîent  l'orgueil  et  la  foihlesse  de  penser  que  leur  sort  dépen- 
doit  du  mouvement  des  astres,  et  que  l'univers  entier  devoît 
prendre  part  à  tout  ce  qui  leur  arrîvpit.  Alhne  d'Autriche,  mère 
de  Louis  XIY,  n'avqit  pas  été  exempte  de  cette  fi»blesse  j  et 
Victor- Amédée,  ce  due  de  Savoie  siiameux  par  les  maux  qu'il 


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RÊFLEX.  SDR  LES  AMANTS  MAGNIF.     aôg 

fit  à  la  France  y  voulut  avoir  un  astrologue  pour  paitag^r  sa 
retraite j  comme  s'il  eût  cru  que  les  astres  dévoient  influer 
même  sur  des  jours  qui  n'ëtoient  plus  destinés  qu'à  l'obscurité 
et  au  repos.  Il  est  à  remarquer  que  ce  prince  ne  mourut  que 
dans  le  dix-huitième  siècle.  L'astrologue  le  plus  fameux  de 
l'époque  que  Molière  ^  peinte  s'appelolt  Morin  :  il  avoit  eu 
des  succès  dans  la  médecine;  mais)  trouvant  cette  science 
trop  incertaine,  il  s'étoit  livré  à  l'astrologie,  dont  il  croyeit 
les  calculs  beaucoup  plus  sûrs.  Ce  qu'il  y  a  de  singulier  ^  c'est 
qu'on  ne  trouva  rien  d'extraordinaire  dans  cette  conduite. 
Merin  continua  d'être  estimé  et  considéré  par  la  cour,  et 
même  par  les  savant s^Descartes  étoit  en  correspondance  avec 
lui ,  et  lui  témoiignoit  beaucoup  d'égards.  Il  se.  discrédita  vingt 
ans  avant  la  l'eprésentation  des  âhaÏïts  maqnifiqu£S  ,  parce 
qu'il  eut  l'imprudence  de  prédire  que  Gassendi  mourroit  au 
mois  d'août  de  l'année  1 65of  Ce  savant,  ayant  eu  le  bonbeur  de 
faire  mentir  la  prophétie,  on  se  moqua  du  prophète  ;  et  Molière ^ 
ami  de  Gassendi,  dont  il  étoit  l'élève^  ne  fut  pa^dos  derniers  à 
s'amdser  aux  dépens  de  Movin^  Cette  folle  crédulité  y  qur  ne 
diminuoit  pas  le  respect  qu'on  avoit  pour  la  religion  j- ne  doit 
pas  nous  sembler  plus  Atraordinaire  que  les  systèmes  aux- 
quels on  se  livra  dans  le  siècle  suivant.  Les  hommes  de  tous 
les  temps,  se  ressemblent  3  on  est  toujours  sûr  de  les  séduire  et 
de  les  tromper,  lorsqu'on  leur  fait  espér<^  la  connoissance  de 
l'aveçir.  Molière  attaqiia  l'astrologie.en  présence  de  la  cour, 
et  à  une  époque  où,  cpmmeen  le  yoit,  elle  avt>it  encore  besçi- 
coup  de  partisans  :  on  ne  doit  donc  pas  s'étoonerqu'il  ait  joint 
dans  cette  attaque  le  raisonnement  aria  plaisanterie.  Ces  dé- 
tails nous  paroissent  longs  aujourd'hui ,  parce  que  le  préjugé 
qu'ail  combattoit  n'existe  plus. 

Une  grande  princesse  dut  se  reconnoître  dans  le  caractère 


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^J6  RÉFLEXIONS 

d'Ëriphitë;  qui  préfète  à  dés  l'ois  dont  elle  est  recliei^chée  tio 
simple  gentilhomme.  '  Ou  sait  que  Mademoiselle,  petlte-filïe 
de  Henri  IV,  eut  pour  Lanzun  ûiie  passion  pareille,  mais  qui 
fait  bieii  moins  heureuse.  Un  an  avant  la  représentation  des 
ÀMAifTs  MAGiOPiQtJEs,  Louis  XTV  avoit  ordonne  à  cette  prin- 
cesse de  renoncer  à'Pespoir  d¥pouaer  son' amant;  et  deux 
mois  après ,  elle  eut  la  douleur  de  le  voir  enfermer  à  PigneroL 
Louis  Xiy  donna  le  stijet  de  cette  piède  à  Molière,  les  më- 
moifes  du  temps  s'acùorflent  à  l'attester;  mais  lui  prescrivit-il 
de  faire  Cdtte  allusion  7  rien  n'est  plus  douteux^  Il  est  plus  na- 
turel de  croii^  qu^ïe  roi  dit  à  l'auteur  dé  faire  une  comédie  où 
deux  princes  se  disputeroient  en  magniQdence  pour  éblouir  et 
chai'mer  une  princesse  ;  et  qtie  Molière^  afin  de  donner  de  l'in* 
tëi'ét  à  un  sujet  si  simple  et  si  peu  susceptible  de  fournil'  cinq 
actes ,  7  joignit  cet  amour  dont  la  peinture  dut  singulièrement 
réussir  eu  pi'ësenee  d'une  cdur  qtli  savoît  toute  cette  intrigue. 
Q  n'y  eut  que  Mademoiselle  qui  dut  soufiBrir^ 

On  remarque  dans  celte  pièce  quelques  traits  légers  contre 
les*  courtisans,  et  des  peintures* qui  donnent  une  idée  du  ton 
de  la  cour  de  Louis  XI  Y.  Glitidas,  qui ,  par  ses  plaisanteries , 
s'est  acquis  beaucoup  de  familiarité  auprès  de  la  reine  et  de  la 
princesse,  qui  mêtfie  jouit  d'une  certaine  faveur,  est  fort  re- 
cherché par  les  deut  princes  amants  d'Ërip^ile  i  ils  lui  parlent 
comme  Vil  étoit  leu»éga],  et  Ton  se  doute  bien  qu'il  se  moque 
d'envi  II  j  a  deux  scèue^  très-comiques  où  il  leur  pron\et  sé- 
parément de  lés*  servir,  et  oiii  il  ift  manque  pas  de  rire  de  l'ab- 
sent avec  celui  qui  lui  parte;  Ce  Glitidas  est  un  plaisant  de 
cour,  tel  qu'il  y  en  avoif  autrefois  chez  les  princes  :  il  est  moins 
agréable  qtiie  Moron  de  la  Paingesse  d'Ëude. 

■  Vd jet  Discours  |>réliimtiaire. 


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SUR  LBS  AMANTS  MAGNIFIQUES,    aji 

Ou  a  vu  dans  le  MisXnthropé  qi)c  Jes  compliments  exa- 
gérés ëtoîtnt  très  à  la  mode  à  la  icour  de  Louis  XFV.  Le  désir 
d'être  aimable' rendoît  ridicule»  ceux  qhi  n'avoient 'pas  asset 
d'esprit  pour  assaisonnei^  les  louange  qu'il  étoit  du  bon  ton 
de  s^  donuerTédAoquement.  On  en  trôuyfe  un  exemple  dans 
!•  rôle  d'fpliicl^t«,  l'un  des  amants  d'Eriphile,  qui  fait  la  cour 
à  la  mère'de  cAte  princesse  afin  de  parvftiîr  jusqu'à  elle-:  il 
dit  iL  cette  mère^  qui  n'est  nullement  coquette  ^  qu'il  n'aime 
Eriphile  que  parce  qu'elle  est  de  son  sang  :  Je  tous  adore  en 
elle ,  poursuit-il  ;  et  tous  pourriez  passer  pour  les  deux  soAirs. 
Ces  campllïnents  oiitré»ne  réussissent  pas^  et  deviennent  l'ob- 
jet Aes  plaisanterie^  de  la  sage  A]?lsHon#^ 

fjuoique  Louis  *XïV  favorisât  les  lettres'  il  n'j.avoît  que  les 
poètes  d\in  mérite  très-dislingué  qui  enssenbaccès  a  la  cour  : 
lel^  ^toient  Racftie ,  Boîleâru  et  Molière.  Cres  autres  ^  ^îls 
avoient  besoin  des  ^ces  du  prince,  étoient» obfigé?  de  s'a- 
dresser à  des  subalternes  ;  et  quelques  femmes  4e  cJiamBrc 
avoient  même  voulu  jouer  avec  eux  le  rôle  de  Mécène*  Ce  ri- 
dicule n'avoit  point  échappé  à  Molière.  Il  le  peint  dans  uiie 
scène  d'Ëripbile  et  de  Qéonice.  Celle-ci  vante  beaucoup  une 
pastorale  :  «Vous  avez  ^  lui  dit  la  princesse^  une  affabilité  qui  ne 
«  rejette  rien..  Aussi  est-ce  à  vous  seule  qu'on  voit  avoir  recours 
ce  toutes  les  muses  nécescitanles  ;  vous  êtes  la  grande  protec- 
«  trice  du  mérite  Incommodé  ;  et  tout  ce  qu'il  j  a  de  vertueux 
ir  indigents  dans  le  mond)e  va  chez  vous*  »  Il  éfoit  impossible 
de  jeter  un  ridicule  plus  amer  sur  les  protégés  et  la  pro- 
tectrice. 

Les  caprices  et  le  dépit  d'Ëriphile  lorsque  Clitidas  lui  dit 
que  Sostrate  est  amoureux  d'elle  sont  parfaitement  exprimas. 
On  voit  une  femme  qui  ne  veut  pas  découvrir  sa  passion ,  qui 
lutte  contre  l'aveu  qu'elle  brûle  d'em  faire,  et  qui  passe  altcr- 


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âja     Rpl£X;SURI£SA!yiA]!a*SMA&NIF, 

Hâtivement  de  reqipb^eiiieift  à  laihmceur^de  Jà  dîssîmufatioQ 
à  Ift  confiance.  Cette  scène  charmante ,  oà  Molière  a  si  bien 
pénétre  dans  le  secret  du  co$ur  des  femmes  ^  est  le  texte  de 
presque  toutes  les  comédies  de  Martvanx. 

L'intermède  du^seeond  et  du  troisième  ««te  «iQjÛ&e,  une  pas- 
ttiorale  très-4tgréàble  :  e'est  ce  que  Hblière  /faiède  mîeux  aa^ s 
ce  gcnne.  On  y  renvg^que  ^tirtout  une  imitation  de  l'ède  d'Ho- 
race^ Vonec  ^ratui  eAim,  qui  est  pleine  de  grâce*et  dt»  délica- 
tesse. 

k.déqoûmenl  de  cette  pièce  est  foible  :  il  faut  qae  Sostrate 
tue  jun  sanglier  pour  l'emporter  sur  l'iistrpiogue,  qui  a  tramé 
une  intrigue  contre  Ipi  :  de  pareils  mo^ns  pe  s'emplq^ent 
point  dans  la  bon«e  comédie.  Molière  ne  fit  pas  imprimer 
LES  AliANTs  MAij^iFiQi]^^;  ils  ne  parurent  qu^près  .sa  mért. 
Il^court  essaja  ^e  les  remettre  au  théâtre  ai  commencement 
du  dix-huitlèm^  siècle;  il  y  apouta  un  prologue,  et  substitua 
de*  Bouvéavx  interm^es  aux,  anciens.  Cette  tentative  ne 
réussit  pa«. 


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LE  BOURGEOIS 

GENTILHOMME,  ' 

COMÉDIE-BALLET 
EN  CINQ  ACTES  ET  EN  PROSE, 

Représentée  à  GhamKord,  le  i4  octobre  1670;  et  à  Paris ,  sur  U 
théâtre  du  ^alais-Rojàl ,  le  ^9  novembre  de  la  même  année. 


MoLikat.  £)•  18 


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PERSONNAGES  DE  LA  COMEDIE. 

MONSIEUR  JOURDAIN,  bourgeois. 
MADAME  JOURDAIN. 
LUCILE,  fille  de  monsieur  Jourdain. 
CLËONTE,  amant  de  LucUe. 
DORIMÈNE,  marquise. 
DORANTE,  comte,  amant  de  Dorimène. 
NICOLE,  servante  de  monsieur  Jourdain. 
CO VIELLE,  valet  dé  Cléonte. 
UN  MAlTRE  DE  MUSIQUE. 
UN  EI-ÈVE  DU  MAItRE  DE  MUSIQUE. 
UN  MAÎTRE  A  DANSER. 
UN  MAlTRE  D'ARMES. 
UN  MAlTRE  DE  PHILOSOPHIE, 
UN  MAÎTRE  TAILLEUR, 
UN  GARÇON  TAILLEUR- 
DEUX  LAQUAIS. 

PERSONNAGES  DU  BALLET. 

DANS  LE  PREMIER  ACTE. 

UNE  MUSICIENNE, 
DEUX  MUSICIENS. 
DANSEURS. 

DANS  LE  SECOND  ACTE. 

GARÇONS  TAILLEURS  dansants. 

DANS  LE  TROISIÈME  ACTE. 

CUISINIERS  dansants. 


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27^        PERSONNAGES, 

-DANS  LE  QUATRIÈME  ACTE. 
CÉEÉMOKIE   TURQUE. 

LE  MUFTI. 

TURCS  ASSISTANTS  DU  MUFTI,  ckanlaots. 

DERYIS  chanunts. 

TURCS  dansants. 

DANS  LE  CINQUIÈME  ACTE. 
BALLET   DES   NATIONS. 

UN  DONNEUR  DE  LIVRES,  dansant. 

IMPORTJJNS  dansants. 

TROUPE  DE  SPECTATEURS  chantanU. 

PREMIER  HOxMME  DU  BEL  AIR. 

SECOND  HOMME  DU  BEL  AIR. 

PREMIÈRE  FEMME  DU  BEL  AIR. 

SECONDE  FEMME  DU  BEL  AIR. 

PREMIER  GASCON, 

SECOND  GASCON. 

UN  SUISSE. 

UN  VIEUX  BOURGEOIS  BABILLARD. 

UNE  VIEILLE  BOURGEOISE  BABILLARDE. 

ESPAGNOLS  chantants. 

ESPAGNOLS  dansanu. 

UNE  ITALIENNE. 

UN  ITALIEN. 

DEUX  SCARAMOUCHES, 

DEUX  TRIVELINS. 

ARLEQUIN. 

DEUX  POITEVINS  chantants  et  dansants. 

POITEVINS  ET  POITEVINES  dansants. 

XttL  scène  est  à  Paris ,  dans  \\  maison  de  M.  Jourdain. 


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..Lte  >Jl. 


Jl  BOriIi((;EOLH   GENTILHOMME.. 


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LE  BOURGEOIS 

GEN/riLliOMMÈ. 


*>«^<*^^^^<>»^*'^  ^i»^^.vr  ^  ;#»^  ^1^ 


ACTE  PREMIER. 


SCÈNE-  î.    ■■■■  ■  ■  •-■-    ■■'• 
•    UN  RUlTRE  DE  MUSIQUE i.!UN^ÉLÈVE)Du,MAÎTRE 

DE   UUStQUE,    COMPOSANT  SUR   UNE  TABLE  .QVI  ;£ST' AU 

MtUEu  DU  THÉATiiE-,  UNE  MlfSIQIENNE,  DEUX 

MUSICIENS,  UNMAlTRt  A  PAN^R-,:DAN. 

,    SEURS.  .,  .  ,  .  •      :      ; 

.     LE  MAÎTRE    DE    MtlSIOUEy  atu  musiciens. 

■Venez  ^  entrez  dans  cette  salle.,  et  vous  reposje:^  là  j.en 
aUcndantqu  il  vienne.  •  ^    . 

LE    MÂITILE    A    DANSER  y  aui^,clÀaseuvs. 

Et.  VOUS  aussi  ^  de^  ce  calé.         ;  !  *    ,  .  •      •  .  I 

LE    MAÎTRE    Dii    MÙSIQ-UEj  à^Oli:élèTe.  > 

Est-ce  fait?  •  '       .  :     ; 

LÉ  LÈVE,    "  '■■  i 

\  P^i    :  ■■[':■:  :  '   .•  •      :"■;■  ;;  •..:  -:::' 

•  1  ;  LE   MAÎTRE;  DrB    MUS.IQUE. }  ,  '       "        . 

Voyons. . .  Voilà  <jui  est  bien. 


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ayS    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME.. 

LE  MaItRE   a   DAI7SER. 

Est-ce  quelijue  chose  de  nouyeau? 

LE   MAÎTRE^  DE  MUSIQUE. 

Oui.  G  est  QO  air  pour  une  sérénade  que  je  lui  ai  fait 
composer  ici,  en  attendant  que  notre  homme  fût  éveillée 

LE   MAÎTRE  A   DANSER.. 

Peut-on  voir  c&que  c'est? 

LE   MAÎTRE  DE  MUSIQUE. 

Vous  l'àllez  entendre  avec  le  dialogue,  quand  il  vien- 
dra. Il  ne  tardera  guère. 

LE  MAÎTRE   A  DAITSER. 

Nos  occupations,  à  vou3  et  à  moi,  ns  sont  pas  petites 
maintenant. 

LE   MAÎTRE   DE  MUSIQUE. 

U  est  vrai.  Nous  avons  trouvé  ici  un  homme  comme  il 
nous  le  faut  à  tous  deux.  Ge  nous  est  une  douce  rente  que 
ce  monsieur  Jourdain,  avec  les  visions  de  noblesse  et  de 
galanterie  qu'il  est  allé  se  mettre  en  tête;  et  votre  danse 
et  ma  musi^e  auroient  à  souhaiter  que  tout  le  monde  lui 
ressemblât. 

LE    MAÎTRE   A   DANSER., 

Non  pas  entièrement;  et  je  voudrois ,  pour  lui ,  qu'il  se 
connût  mieux  qu'il  ne  Êtit  aux  choses  que  nous  lui  don- 
nons. 

LE   MAÎTRE   DE   MUSIQUE. 

Il  est  vrai  qu'il  les  connoît  mal,  mais  il  Les  paye  bien;  et 
c'est  de  quoi  maintenant  nos  arts  ont  plus  besoin  que  de 
loute  autre  chose.. 


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ACTE  I,  SCÈNE  I.  379 

LE  MAITRE   À   DANSER. 

Pour  moi  9  je  tous  Favoue,  je  me  repais  un  peu  de 
gloire.  Les  applaudissements  me  touchent  ;  et  je  tiens  que  j 
dans  tous  les  beaux  arts,  c'est  un  supplice  assez  fâcheux 
que  de  se  produire  à  des  sots,  que  d^essuyer  sur  des  com- 
positions la  barbarie  d'un  stupide.  Il  y  a  plaisir,  ne  m'en 
parlez  point,  à  travailler  pour  des  personnes  qui  soient 
capables  de  sentir  les  délicatesses  dW  art ,  qui  sachent 
Élire  un  doux  accueil  aux  beautés  d'un  ouyrago^,  et,  par 
de  chatouillantes  approbations,  tous  régaler  de  votre 
travair.  Oui,  la  récompense  la  plus  agréable  qu^èn  puisse 
recevoir  des  choses  que  Ton  fait,  c'est  de  les  voir  connues , 
de  les  voir  caressées  d'un  applaudissement  qui  vous  ho- 
nore. Il  n'y  a  rien ,  à  mon  avis,  qui  nous  paye  mieux  que 
cela  de  toutes  nos  fatigues;  et  cessent  des  douceurs  ex- 
quises que  des  louanges  éclairées. 

LE  MAÎTRE  DE   ItUSIQVB. 

J'en  demeure  d'accord  ;  et  je  les  goûte  comme  vous.  Il  n'y 
a  rien  assurément  qui  chatouille  davantage  que  les  ap- 
plaudissements que  vous  dites  ;  mais  cet  encens  ne  fait  pas 
vivre.  Des  louanges  toutes  pures,  ne  mettent  point  un 
homme  à  son  aise,  il  y  faut  mêler  du  solide',  et  la  meil- 
leure façon  de  louer,  c'est  de  louer  avec  les  mains.  C'est 
un  homme ,  à  la  vérité ,  dont  les  lumières  sont  petites ,  qui 
parle  à  tort  et  à  travers  de  toutes  choses,  et  n^applaudit 
qu'à  contre-sens;  mais  son  argent  redresse  les  jugements 
de  son  esprit;  il  a  du  discernement  dans  sa  bourse;  ses 
louanges  sont  monnoyées;  et  ce  bourgeois  ignorant  nous 


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28o    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME, 
vaut  mieux,  comme  vous  voyez,  que  le  grand  seigneur 
éclairé  qui  nou$  a  introduits  ici. 

LE   MAÎTRE   A   DAI^SER^ 

11  y  a  quelque  chose  de  vrai  dans  ceque^vous  dites; 
mais  je  trouve  que  vous  appuyez  un  peu  trop  sur  Taisent; 
et  l'intérêt  est  quelque  chose  de  si  bas  ^  qu'il  ne  fiiut  jamais 
qu'un  honnête  homme  montre  pour  lui  de  rattachement* 

LE   MAÎTRE   DE  MUSIQUE. 

Vous  recevez  fort  bien  pourtant  l'argent  que  notre 
homme  vous  donne. 

LB   MAÎTRE   A   DA^NSER. 

Assurément;  mais  je  n^en  fais  pas  tout  mon  bonheur, 
et  je  voudrois  qu'avec  son  bien  il  eût  enccure  quelque  bon 
goût  des  choses. 

LE  maItre  de  musique. 

Je  le  voudrois  aussi  ;  et  c'est  à  quoi  nous  travaillons 
tous  deux  autant  que  nous  pouvons., Mais,  en  tout  cas, il 
nous  donne  moyen  de  nous  faire  connoijtre  dans  le  monde; 
et  il  paiera  pour  les  autres  ce  que  les  autres  loueront  pour 
lui. 

le   MAiTSkEv  A  DA.N$ER,. 

Le  Voilà  qui  vient. 


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ACTE  I,  SCÈNE  II.  281 

SCÈNE   IL 

M.  JOURDAIN  I  EN  ROBE   DE    CHAMBRE  ET  EN  BONIfST 

DE  NUIT-,  LE  MAITRE  DE  MUSIQUE,  LE  MAÎTRE 
A  DANSER,  L'ÉLÈVE  du  maître  de  musique,  UNE 
MUSICIENNE,  DEUX  MUSICIENS,  DANSEURS, 
DEUX  LAQUAIS. 

M.   JOURDAIN. 

Hé  BIEN,  messieurs,  qu'est-ce?  Me  ferez-vous  voir 
votre  ptite  drôlerie  ? 

LE   MAÎTRE   A   0ANSER.     ^ 

Comment!  quelle  petite  drôlerie? 

M.   JOURDAIN. 

Hé!  là...  comment  appelez-vous  cela?  votre  prologue 
ou  dialogue  de  chansons  et  de  danse? 

LE  MAÎTRE   A   DANSER. 

Ah! ah! 

LE   MAÎTRE   DE   MUSIQUE. 

Vous  nous  y  voyez  préparés. 

M.    JOURDAIN. 

Je  vous  ai  ùit  un  peu  attendre  ;  mais  c^est  que  je  me 
fais  habiller  aujourd'hui  comme  les  gens  de  qualité ,  et 
mon  tailleur  lù'a  envoyé  des  bas  de  soie  que  j^ai  pensé  ne 
mettre  jamais. 

LE   MAÎTRE    DE   MUSIQUE. 

Nous  ne  sommes  ici  que  pour  attendre  votre  loisir. 

M.    JOURDAIN. 

Je  vous  prie  tous  deux  de  ne  vous  point  en  aller  qu'on 


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a8a    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

ne  m'ait  apporté  mon  habit,  afin  que  vous  me  puissiez 
voir.  .     . 

LE   MAÎTRE   A  DANSER. 

Tout  ce  (jji'il  vous  plaira.. 

M.    JOURDAIN. 

Vous  me  verrez  é^ipé  comme  il  ftut^  depuis  les  pieds 
jusqu'à  la  tête. 

LE   MAÎTRE   DE   MUSIQUE. 

Nous  n^en  doutons  point. 

M.    JOURDAIN. 

Je  me  suisïait  faire  cette  indienne-ci«  * 

LE   MAÎTRE   A   DANSER. 

Elle  est  fort  belle. 

M.   JOURDAIN. 

Mon  tailleur  m'a  dit  que  les  gens  de  qualité  étoient 
comme  cela  le  matin. 

LE   MAÎTRE   DE   MUSIQUE. 

Cela  vous  sied  à  merveille. 

M.    JOURDAIN. 

Laquais  !  holà ,  mes  deux  laquais  ! 

PREMIER  LAQUAIS. 

Que  voulez-vous  j  monsieur? 


>  Le  luxe  ayant  fait  des  progrès  depuis  Molière,  l'aoteur  qui 
représente  M.  Jourdain  n'oseroit  plus  paroitre  avec  une  robe  de 
chambre  d'indienne.  Il  est  obligé  de  changer  le  mot  indienne  qui 
te  trouva  dans  son  rôle. 


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ACTE  1,  SCÈNE  II.  a83 

M.    JOURDAIN. 

Rien.  Cest  pour  voir  si  vous  m'entendez  bien,  (au 

maître  de  musique  et  au  maître  à  danser.  )  Que  dites -TOUS  de 

mes  livrées? 

LE   MAÎTRE   A   DANSER. 

Elles  sont  magnifiques. 
M.  JOURDAIN^  entr*ouvraQt  sa  robe,  et  faisant  voir  son  haut- 

de-chausses  étroit  de  velours  rouge ,  et  sa  camisole  de  velours 

vert. 

Voici  encore  un  ptît  déshabillé  pour  fiiire  le  matin 
mes  exercices. 

LE   MAÎTRE   DE   MUSIQUE. 

n  est  galant. 

M.    JOURDAIN. 

Laquab! 

PREMIER  LAQUAIS. 

Monsieur. 

M.    JOURDAIN. 

L'autre  laquais. 

SECOND   LAQUAIS. 

Monsieur. 

M.  JOURDAIN,  Àtatit  sa  robe  de  chambre. 
Tenez  ma  robe.  (  au  maître  de  musique  et  au  maître  à  danser.  ) 
Me  trouvez-vous  bien  comme  cela? 

LE   MAÎTRE   A    DANSER. 

Fort  bien.  On  ne  peut  pas  mieux. 

M.    JOURDAIN. 

Voyons  un  peu  votre  affaire. 


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284    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

LE   MAÎTRE   DE   MUSIQUE. 

Je  Youdrois  bien  auparavant  tous  Êiire  entendi-e  un 
air  (montrant  son  élève)  gu'il  vient  de  composer  pour  la 
sérénade  que  vous  m'avez  demandée»  C'est  un  de  mes 
écoliers  qui  a  pour  ces  sorte£^  de  choses  un  talent  admi- 
rable. 

M.    JOURDAIN. 

Oui  :  mais  il  ne  fkUoit  pas  £dre  faire  cela  par  un  éco- 
lier ;  et  vous  n'étiez  pas  trop  bon  vous-même  pour  cette 
besogne-là. 

LE   MAÎTRE   DE   MUSIt^UE, 

;  U  ne  faut  pas^  monsieur,  que  le  nom  d écolier  vous 
abuse.  Ces  sortes  d'écoliers  en  savent  autant  que  les  plus 
grands  maîtres;  et  Tair  est  aussi  beau  qu'il  s  en  puisse 
faire.  Écoutez  seulement, 

M.   JOURDAIN,  à  ses  laquais. 

Donnez-moi  ma  robe  pour  mieux  entendre. . .  Attendez, 
je  crois  que  je  serai  mieux  sans  robe. . .  Nbn ,  redonnez-la- 
moi;  cela  ira  mieux. 

LA    MUSICIENNE. 

Je  languis  nuit  et  jour,  et  mon  mal  est  extrême 
Depuis  qu'à  vos  rigueurs  y  os  beaux  yeux  m'ont  soumis  : 
Si  vous  traitez  ainsi,  belle  Iris,  qui  yous  aime , 
Hélas ,  que  pourriez-yous  faire  à  yos  ennemis  ? 

M.    JOURDAIN. 

Cette  chanson  me  semble  un  peu  lugubre;  elle  endort; 
et  je  voudrob  que  vous  la  puissiez  un  peu  ragaillardir 
par-ci  par-là. 


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ACTE  I,  SCÈNE    II.  28 

LE   MAÎTRE    DE   MUSIQUE. 

Il  ÙLVLij  monsieur,  qae  l'air  soit  accommodé  aux  pa- 
roles. 

M.   JOURDAIN. 

On  m'en  apprit  un  tout-à-fait  joli  il  y  a  (^[uelque  temps. 
Attendez. . .  là. . .  Comment  est-^ce  qu'il  dit? 

LE  MAÎTRE   A   DANSER. 

Par  ma  foi  j  je  ne  sais. 

M.    JOURDAIN. 

Il  jr  a  du  mouton  dedans. 

LE   MAÎTRE   A   DANSER. 

Du  mouton? 

M.    JOURDAIN. 
Oui;  Ah!  (H  chante.) 

Je  croyois  Jeanneton 
Aussi  douce  que  belle  ; 
Je  crojois  Jeanneton 
Plus  douoe  qu'un  mouton* 
Hélas  !  hélas  !  elle  est  cent  fois , 
Mille  fois  plus  cruelle 
Que  n'est  le  tigre  aux  bois. 

N'est-il  pas  joli? 

LE    MAÎTRE   DE    MUSIQUE. 

Le  plus  joli  du  monde. 

LE   MAÎTRE   A   DANSER. 

Et  vous  le  chantez  bien. 

M.  JOURDAIN. 

C^est  sans  avoir  appiis  la  musique. 


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a86    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

LE   MAÎTRE    DE    MUSIQUE. 

Vous  deTriez  rapprendre ,  monsieur  ^  comme  vous 
faites  la  danse.  Ce  sont  deux  arts  qui  ont  une  étroite 
liaison  ensemble. 

LE   MAÎTRE   A   DANSER. 

Et  qui  ouvrent  l'esprit  d'un  homme  aux  belles  choses. 

M.    JOURDAIN. 

Est-ce  que  les  gens  de  qualité  apprennent  aussi  la 
musique? 

LE   MAÎTRE   DE  MUSIQVE. 

Oui  ^monsieur. 

M.    JOURDAIN. 

Je  l'apprendrai  donc.  Mais  je  ne  sais  quel  temps  je 
pourrai  prendre;  car,  outre  le  maître  d'armes  qui  me 
montre,  j'ai  arrêté  encore  un  maître  de  philosophie,  qui 
doit  commencer  ce  matin. 

LE    MAÎTRE   DE   MUSIQUE. 

La  philosophie  est  quelque  chose;  mais  la  musique , 
monsieur,  la  musique. . . 

LE    MAÎTRE   A   DANSER. 

La  musique  et  la  danse. . .  La  musique  et  la  danse,  c'est 
là  tout  ce  qu'il  Êiut. 

LE   MAÎTRE    DE   MUSIQUE. 

Il  n'y  a  rien  qui  soit  si  utile  dans  un  Etat  que  la  mu- 
sique. 

LE   MAÎTRE   A    DANSER. 

Il  n'y  a  rien  qui  soit  si  nécessaire  aux  hommes  que  la 
danse. 


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ACTE  I,  SCENE  IL  287 

LB  maItre  de  musique. 
Sans  la  musique  un  État  ne  peut  subsister. 

LE   MAÎTRE   A    DANSER. 

Sans  la  danse  un  homme  ne  sauroit  rien  &ire. 

LA   MAÎTRE   PB   MUSIQUE. 

Tous  les  désordres,  toutes  les  guerres  qu'on  voit  dans 
le  monde,  n'arrivent  que  pour  n'apprendre  pas  la  mu- 
sique. 

LE    MAÎTRE   A    DANSER. 

Tous  les  malheurs  des  hommes ,  tous  les  revers  funestes 
dont  les  histoires  sont  rem^plies ,  les  bévues  des  politiques , 
les  manquements  '  des  grands  capitaines,  tout  cela  n'est 
venu  que  faute  de  savoir  danser. 

M.    JOURDAIN. 

Comment  cela  ? 

LE    MAÎTRE    DE   MUSIQUE. 

La  guerre  ne  vient-elle  pas  d'un  manque  d'union  entre 
les  hommes? 

M.    JOURDAIN. 

Cela  est  vrai. 

LE    MAÎTRE    DE   MUSIQUE. 

Et  si  tous  les  hommes  apprenoient  la  musique,  ne 
seroit-ce  pas  le  moyen  de  s'accorder  ensemble,  et  de  voir 
dans  le  monde  la  paix  universelle? 

M.    JOURDAIN. 

Vous  avez  raison. 

>  Les  manquements ,  pour,  les  fautes. 


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a88    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

LE   MAÎTRE   A   DANSER. 

Lorsqu'un  homme  a  commis  un  manquement  dans  sa 
conduite,  soit  aux  affaires  de  sa  famille,  ou  au  gouverne- 
ment d'un  État,  ou  au  commandement  dune  armée,  ne 
dit-on  pas  toujours.  Un  tel  li  fait  un  mauvais  pas  dans 
une  telle  affaire? 

M.    JOURDAIN. 

Oui,  on  dit  cela. 

LE   MAÎTRE   A   DANSER. 

Et  faire  un  mauvais  pas ,  peut-il  procéder  d^autre  chose 
que  de  ne  savoir  pas  danser? 

M.    JOURDAIN. 

Cela  est  vrai,  et  vous  avez  raison  touâ  deux* 

LE    MAÎTRE   A    DANSER. 

C'est  pour  vous  faire  voir  Fexcellence  et  l'utilité  de  la 
danse  et  de  la  musique. 

M.    JOURDAIN* 

Je  comprends  cela  à  cette  heure. 

LE    MAÎTRE    DE   MUSIQUE* 

Voulez-vous  voir  nos  deux  affaires? 

M.    JOURDAIN. 

Oui. 

LE    MAÎTRE    DE    MUSIQUE. 

Je  vous  Paî  déjà  dit,  c'est  un  petit  essai  que  j'ai  fait 
autrefois  des  diverses  passions  que  peut  exprimer  la  mu- 
sique. 

M.    JOURDAIN. 

Fort  bien. 


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ACTE  I,  SCÈNE  IL  28cj 

LE  MAÎTRE   DE  MUSIQUE,  aux  musiciens. 

Allons,  avancez,  (à M.  Jourdain.)  Il  feut  VOUS  figurer 
qu  ils  sont  habillés  en  bergers. 

M.    JOURDAIN.  • 

Pourquoi  toujours  des  bergers?  On  ne  voit  que  cela 
partout 

LE   MAÎTRE   A    DANSER. 

Lorsqu  on  a  des  personnes  à  faire  parler  en  musique, 
il  faut  bien  que ,  pour  la  vraisemblance ,  on  donne  dans  la 
bergerie.  Le  chant  a  été  de  tout  temps  affecté  aux  bei^ers  ; 
et  il  n'est  guère  naturel,  en  dialogue,  que  des  princes  ou 
des  bourgeois  chantent  leurs  passions. 

M.   JOURDAIN. 

Passe,  passe.  Voyons. 


DIALOGUE  EN  MUSIQUE. 


UNE  MUSICIENNE,  DEUX  MUSICIENS. 

LA    MUSlCIENirE. 

U H  cœur,  dans  l'amoureux  empire. 
De  mille  soins  est  toujours  agité  : 
On  dit  qu'ayec  plaisir  on  languit,  on  soupire; 

Mais ,  quoi  qu'on  puisse  dir^, 
Il  n'est  rien  de  si  doux  que  notre  liberté. 

PBEMIEA    MUSICIBH. 

Il  n'est  rien  de  si  doux  que  les  tendres  ardeurs 

Qui  font  TÎTre  deux  cœurs 

Dans  une  même  envie  : 
MoLiènc.  5.  19 


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390    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

On  ne  peut  être  heureux  tany  amoureux  désirs  ; 
Otez  Tamour  de  la  rie , 
Vous  en  ôtez  les  plaisirs. 

RECOUD    MUSICICV. 

Il  seroit  doux  d'entrer  sous  Tamoureuse  loi , 
Si  Ton  trouYoit  en  amour  de  la  foi  : 
Mais ,  hélas  !  6  rigueurs  cruelles  ! 
On  ne  yoit  point  de  bergères  fidèles  ; 
Et  ce  sexe  inconstant,  trop  indigne  du  jour, 
Doit  faire  pour  jamais  renoncer  à  l'amour. 

PREMIER    MUSICIEir. 

Aimable  ardeur!... 

LA    MUSICIEVIIE. 

Franchise  heureuse  !. . . 

SECOHD    MUSICIEN. 

Sexe  trompeur!... 

PREMIER    MUSICIEV. 

Que  tu  m'es  précieuse  ! 

LA    MUSlClEVlir. 

Que  tu  plais  à  mon  cœur  ! 

SECOHD    MUSIClEir. 

Que  tu  me  fais  d'horreur  1 

PREMIER  MU8ICIE5. 

Ah!  quitte,  pour  aimer,  cette  haine  mortelle. 

LA    MUSICIEVIIE. 

On  peut ,  on  peut  te  montrer 
Une  bergère  fidèle. 

SECOND    MUSICIEN. 

Hélas  !  OÙ  la  rencontrer  ? 

LA    MUSICIENNE. 

Pour  défendre  notre  gloire. t 
Je  te  veux  offrir  mon  cœur. 


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ACTE  I,  SCÈNE  H.  agi 

SECOITI)    MUSlCIEir. 

Mais ,  bergère ,  puis-je  croire 
Qu'il  ne  sera  point  trompeur? 

LA    MUSICIEHH  E. 

Voyons  par  erpérience 
Qui  des  deux  aimera  mieux. 

SECOND    MUSIjCIEN. 

Qui  manquera  de  constance, 
Le  puissent  perdre  les  dieux! 

TOUS    TROIS    ENSEMBLE. 

A  des  ardeurs  si  belles 
Laissons-nous  enflammer  : 
Ah  î  qu'il  est  doux  d'aimer 
Quand  deux  cœurs  sont  fidèles  ! 

M.    JOURDAIN. 

Est-ce  tout? 

LE    MAÎTRE   DE    MUSIQUE. 

Oui.  . 

M.    JOURDAIN. 

Je  trouve  cela  bien  troussé;  et  il  y  a  là-dedans  de  petits 
dictons  assez  jolis. 

LE   MAÎTRE   A    DANSER. 

Voici,  pour  mon  affaire,  un  petit  essai  des  plus  beaux 
mouvements  et  des  plus  belles  attitudes  dont  une  danse 
puisse  être  variée. 

M.    JOURDAIN. 

Sont-ce  encore  des  bergers? 

LE   MAÎTRE   A    DANSER. 

C'est  ce  qnil  vous  plaira,  (aux  danseurs. )  Allons. 


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aga    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 


ENTRÉE  DE  BALLET. 

(  Quatre  danteurt  exécateat  tout  les  mouTemenu  diffëienu  et  toutes  ks 
iortet  de  pat  que  le  makre  à  danaer  leur  comniaDde.) 


FIN   DU    PREMIER   ACTE. 


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LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME,    ugî 


^■^"^i^'^»^»^^^'^'^»^^»^'^*^»^^*^^^-^»^^!»^^^^»^.^^^»^^  ^^  •^*^>0»^ 


ACTE  SECOND. 


SCÈNE  I. 

M.  JOURDAIN,  LE  MAItRE  DE  MUSIQUE, 
LE  MAITRE  A  DANSER, 

M.   JOURDAIN. 

V  oiLA  qui  n'est  point  sot,  et  ces  gens-là  se  trémoussent 
bien. 

LE   MAÎTRE  DE   MUSIQUE. 

Lorsque  la  danse  sera  mêlée  avec  la  musique,  cela  fera 
plus  d  e£fet  encore  ;  et  tous  verrez  quelque  chose  de  galant 
dans  le  petit  ballet  que  nous  avons  ajusté  pour  vous. 

M.    JOURDAIN. 

Cest  pour  tantôt  au  moins  ;  et  la  personne  pour  qui  j'ai 
fait  faire  tout  cela  me  doit  faire  Thonneur  de  venir  dîner 
céans. 

LE   MAÎTRE   A   DANSER. 

Tout  est  prêt, 

LE   MAÎTRE   DE   MUSIQUE. 

Au  reste,  monsieur,  ce  n^est  pas  assez;  il  Eut  qu^une 
personne  comme  vous,  qui  êtes  magnifique,  et  qui  avez 
de  rinclination  pour  les  belles  choses,  ait  un  concert  de 
musique  chez  soi  tous  les  mercredis,  ou  tous  les  jeudis. 


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294    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

M.    JOURDAIN. 

Est-ce  que  les  gens  de  qualité  en  ont? 

LE  ma!tre  de  musiqui. 
Oui,  monsieur. 

M.    JOURDAIN. 

J'en  aurai  donc.  Cela  sera-t-il  beau  ? 

LE   MAÎTRE    DE   MUSIQUE. 

Sans  doute.  U  vous  Êiudra  trois  yoix,  un  <fessus,  une 
haute-contre  et  une  basçe ,  qui  seront  accompagnées  d'une 
basse  de  viole,  d'un  théorbe,  et  d'un  clavecin  pour  les 
basses  continues,  avec  deux  dessus  de  violon  pour  jouer 
les  ritournelles. 

M.    JOURDAIN. 

Il  y  faudra  mettre  aus^  une  trompette  marine.  Ln 
trompette  inarine  est  un  instrument  qui  me  plait,  et  qui 
est  harmonieux. 

LE   MAITRE    DE   MUSIQUE. 

Laissez-nous  gouverner  les  choses. 

M.    JOURDAIN. 

Au  moins,  n oubliez  pas  tantôt  de  m'envoyer  des  mu- 
siciens pour  chanter  à  table. 

LE   MAItrE  de   MUSIQUE. 

Vous  aurez  tout  ce  qu  il  vous  faut. 

M.   JOURDAIN. 

Mais  surtout  que  le  ballet  soit  beau. 

LE   MAtXRB  A   DANSBR. 

Vous  en  serez  content,  et,  entre  autres  choses,  de  cer 
tains  menuets  que  vous  y  verrez. 


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ACTE  II,  SCÈNE  I.  293 

M.    XOURDAiy. 

Ah  !  les  menuets  sont  ma  danse ,  et  je  yeux  que  tous 
me  le  voyiez  danser.  Allons,  mon*  maître. 

LE   MAtTRB   A   DANSER. 

Un  chapeau,  monsieur,  s'il  vous  plaît. 

(M.  Jourdain  ya  prendre  le  chapeau  de  son  laquais,  et  le  met  par- 
dessus son  bonnet  de  nuit.  Son  maître  lui  prend  les  mains ,  et 
le  fait  danser  sur  un  air  de  menuet  qu'il  chante.  ) 

La, la, la, la, la, la, 
La,  la,  la,  la,  la,  la,  la, 
La, la, la, la, la, la, 
La, la, la, la, la, la, 
La,  la,  la,  la,  la.  En 
cadence,  s'il  tous  plait.  La, 
La,  la,  la,  la.  La  jambe 
droite.  La,  la,  la. 
Ne  remuez  point  tant  les  épaules. 
La,  la,  la,  la,  la,  la,  la,  la,  la,  la. 
Vos  4leux  bras  sont  estropiés. 
La,  la,  la,  la,  la.  Haussez  la  tête. 
Tournez  la  pointe  du  pied  en  dehors. 
La,  la,  la.  Dressez  yotre  corps. 

H.   JOURDAIN. 

Hél 

LE   MAÎTRE.  DE  MUSIQUE. 

Voilà  qui  est  le  mieux  du  monde. 

M.    JOURDAIN. 

A  propos,  apprenez-moi  comme  il  faut  faire  une  révé- 
rence pour  saluer  une  marquise;  j'en  aurai  besoin  tantôt* 


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2q6    le  bourgeois  GENTILHOMME. 

LE   MAÎTRE  A   DA5SER. 

Une  révérence  ponr  salaer  une  tnanjuise? 

M.    JOURDAIN. 

Oui,  une  marquise  qtii  s'appelle  Dorimène. 

LE   MAÎTRE  A   DANSER. 

Donnez-moi  la  main. 

M.    JOURDAIN. 

Non;  VOUS  n  avez  qu'à  faire,  je  le  retiendrai  bien. 

LE   MAÎTRE   A  DANSER. 

Si  VOUS  voulez  la  saluer  avec  beaucoup  de  respect,  il 
faut  Êdre  d'abord  une  révérence  eu  arrière,  puis  marcher 
vers  elle  avec  trois  révérences  en  avant,  et  à  la  dernière 
vous  baisser  jusqu'à  ses  genoux. 

M.    JOURDAIN. 
Faites  un  peu.  (après  quje  le  maitre  à  danser  a  fidt  trois  ré- 
vérences. )  Bon. 

SCÈNE   IL 

M.  JOURDAIN,  LE  MAITRE  DE  MUSIQUE, 
LE  MAÎTRE  A  DANSER,  UN  LAQUAIS. 

LE   LAQUAIS. 

Monsieur,  voilà  votre  maître  d'armes  qui  est  là. 

M.    JOURDAIN. 

Dis-lui  qu'il  entre  ici  pour  me  donner  leçon,  (au  maître 
de  musique  et  au  maitre  à  danser.)  Jc  veux  que  VOUS  me 
voyiez  faire. 


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ACTE  II,  SCÈNE  lU.  2^ 

SCÎINE    III. 

M.  JOURDAIN,  UN  MAÎTRE  D'ARMES,  LE  MAÎTRE 
DE  MUSIQUE,  LEMAlTRE  A  DANSER;  UN 

LAQUAIS,  TENANT   DEUX  FLEURETS. 

LE  MAÎTRE  d'armes,  après  aroir  pris  les  deux  fleurets  de 
la  main  du  laquais ,  et  en  avoir  présenté  un  k  M.  Jourdain. 

Allons,  monsieur,  la  révérence.  Votre  corps  droit; 
un  peu  penché  sur  la  cuisse  gauche.  Les  jambes  point 
tant  écartées.  Vos  pieds  sur  une  même  ligne.  Votre  poi- 
gnet à  Foppoâte  de  votre  hanche.  La  pointe  de  votre  épée 
vis-à-vis  de  votre  épaule.  Le  bras  pas  tout-à-&it  si  étendu. 
La  main  gauche  à  la  hauteur  de  l'œil.  L'épaule  gauche 
plus  carrée.  La  tête  droite.  Le  regard  assuré.  Avancez.  Le 
corps  ferme.  Touchez-moi  Fépée  de  quarte,  et  achevez  de 
même.  Une,  deux.  Remettez-vous.  Redoublez  de  pied 
ferme.  Une ,  deux.  Un  saut  en  arrière.  Quand  vous  portez 
la  botte,  monsieur,  il  faut  que  Tépée  parte  la  première, 
et  que  le  corps  soit  bien  efiacé.  Une,  deux.  Allons,  tou- 
chez-moi Tépée  de  tierce,  et  achevez  de  même.  Avancez. 
Le  corps  ferme.  Avancez.  Partez  de  là.  Une,  deux.  Re- 
mettez-vous. Redoublez.  Une,  deux.  Un  saut  en  arrière. 
En  garde,  monsieur,  en  garde. 

(Le  maître  d'armes  lui  pousse  deux  ou  trois  bottes,  en  lui  disant, 

En  garde.  ) 

M.    JOURDAIN. 

Hé! 

LE   MAITRE   DE   MUSIQUE. 

Vous  faites  des  merveilles. 


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agS    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME, 

LE    MAITRE   d'aRMES. 

Je  TOUS  Tâi  déjà  dit,  tout  lè  secret  des  armes  ne  con- 
siste <ju  en  deux  choses 3  à  donner ,  et  à  ne  point  recevoir: 
et,  comme  je  vous  fis  voir  l'autre  jour  par  raison  démons* 
trative,  il  est  impossible  que  vous  receviez,  si  vous  savez 
détourner  l'épée  de  votre  ennemi  de  la  ligne  de  votre 
corps;  ce  qui  ne  dépend  seulement  que  d'un  petit  mou- 
vement du  poignet,  ou  en  dedans,  ou  en  dehors. 

M.    JOURDAIN. 

De  cette  Ëiçon  donc  un  homme,  sans  avoir  du  cœur, 
est  sûr  de  tuer  son  homme ,  et  de  n^être  point  tué? 

LB   MAÎTRE   D'aRMES. 

Sans  doute.  N'en  ^tea-vous  pas  la  dém<m3tration  ? 

M.    JOURDAIK. 

Oui. 

LE   MAÎTRE   d'aRMES. 

Et  c  est  en  quoi  Ton  voit  de  quelle  considération  nous 
autres  nous  devons  être  dans  un  État,  et  combien  la 
science  des  armes  l'emporte  hautement  sur  toutes  les 
autres  sciences  inutiles,  comme  la  danse ,  la  musique, 
la... 

LE   MAÎTRE    A    DANSER. 

Tout  beau!  monsieur  le  tireur  d'armes,  ne  parlez  de  la 
danse  qu'avec  respect. 

LE   MAÎTRE  DE  MUSIQUE. 

Apprenez ,  je  vous  prie ,  à  mieux  traiter  Texcellence  de 
la  musique. 


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ACTE  II,   SCÈNE  III.  «gg 

LE   MAÎTRE   d'aRMES. 

Vous  êtes  de  plaisantes  gens  de  vouloir  comparer  ro» 
sciences  à  la  mienne  ! 

LE    MAÎTRE    DE    MUSIQUE. 

Voyez  un  peu  Thomme  d'importance  1 

LE    MAÎTRE   A   DANSER. 

Voilà  un  plaisant  animal  avec  son  plastron  ! 

LE   MAÎTRE   D^ARMES. 

Mon  petit  maître  à  danser ,  je  vous  ferois  danser  comme 
il  faut.  Et  vous,  mon  petit  musicien,  je  vous  ferois  chan- 
ter de  la  belle  manière. 

LE   MAÎTRE    A   DANSER. 

Monsieur  le  batteur  de  fer,  je  vous  apprendrai  votre 
métier. 

M.   JOURDAIN,  au  maître  à  danser. 

Ètes-vous  fou  de  Faller  quereller,  lui  qui  entend  la 
tierce  et  la  quarte ,  et  qui  sait  tuer  un  homme  par  raison 
démonstrative  ? 

LE   MAÎTRE  A   DANSER. 

Je  me  moque  de  sa  raison  démonstrative ,  et  de  sa  tierce 
et  de  sa  quarte. 

M.   JOURDAIN,  au  maître  à  danser. 

Tout  doux ,  VOUS  dis-je. 

LE   MAÎTRE   d'arMES,  au  maître  à  danser. 

Comment,  petit  impertinent! 

M.    JOURDAIN. 

Hé!  mon  maître  d'armes! 


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3oo    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

LE   MAÎTRE  A   DANSER^  au  maître  d'armes. 

Comment,  grand  cheval  de  carrosse! 

3'.    JOURDAIN. 

Hé!  mon  maître  à  danser! 

LE   MAÎTRE   D^ARMES. 

Si  je  me  jette  sur  vous. . . 

M.   JOURDAIN,  ftu  maître  d'armes. 

Doucement! 

LE   MAÎTRE  A   DANSER. 

Si  je  mets  sur  vous  la  main. . . 

M.   JOURDAIN,  au  maître  à  danser. 

Tout  beau! 

LE    MAÎTRE    d'aRMES. 

Je  vous  étrillerai  d  un  air. .  • 

M.   JOURDAIN,  au  maître  d'armes. 

De  grâce! 

LE   MAÎTRE   A   DANSER. 

Je  VOUS  rosserai  d'une  manière. . . 

M.   JOURDAIN,  au  maître  à  danser. 
Je  VOUS  prie. 

LE   MAÎTRE  DE  MUSIQUE. 

Laissez-nous  un  peu  lui  apprendre  à  parler. 

M.   JOURDAIN,  au  maître  de  musique. 

Mon  Dieu!  arrêtez-vous. 


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ACTE  II,  SCENE  IV.  3oi 

SCÈNE  IV. 

UN  MAÎTRE  DE  PHILOSOPHIE,  M,  JOURDAIN, 
LE  MAÎTRE  DE  MUSIQUE ,  LE  MAÎTRE  A  DAN- 
SER, LE  MAÎTRE  D  ARMES,  UN  LAQUAIS. 

M.    JOURDAIN. 

HoLA,  monsieur  le  philosophe,  tous  arrivez  tout  à 
propos  ayec  yotre  philosophie.  Venez  un  peu  mettre  la 
paix  entre  ces  personnçs-ci. 

LE   MAÎTRE   DE   PHILOSOPHIE. 

Qu'est-ce  donc?  Quy  a-t-il,  messieurs? 

M.   JOURDAIN. 

Os  se  sont  mis  en  colère  pour  la  préférence  de  leurs 
professions ,  jusqu^à  se  dire  des  injures  et  en  vouloir  yenhr 
aux  mains. 

LE   MAÎTRE    DE   PHILOSOPHIE. 

Hé  quoi!  messieurs,  &ut-il  s'emporter  de  la  sorte?  Et 
n'ayez-vous  point  lu  le  docte  traité  que  Sénèque  a  com- 
posé de  la  colère  ?  Y  a-t-il  rien  de  plus  bas  et  de  plus  hon- 
teux que  cette  passion^  qui  fait  d'un  homme  une  bête 
féroce?  et  la  raison  ne  doit-elle  pas  être  maîtresse  de  tous 
nos  mouvements? 

LE  MAÎTRE   A   DANSER. 

Gomment,  monsieur!  il  vient  nous  dire  des  injures  à 
tous  deux,  en  méprisant  la  danse,  que  j'exerce,  et  la  mu- 
sique, dont  il  &it  profession! 

LE  MAÎTRE   DE   PHILOSOPHIE. 

Un  homme  sage  est  au-dessus  de  toutes  les  injures 


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3o2    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME, 

qu  on  lui  peut  dire;  et  la  grande  réponse  qu'on  doit  faire 
aux  outragea,  c  est  la  modération  et  la  patience. 

LE   MAÎTRE   d'aRMES. 

Us  ont  tous  deux  Taudace  de  voidoir  comparer  leurs 
professions  à  la  mienne! 

LE   MAÎTRE   DE   PHILOSOPHIE. 

Faut-il  que  cela  vous  émeuve  ?  Ce  n'est  pas  de  vaine 
gloire  et  de  condition  que  les  hommes  doivent  disputer 
entre  eux;  et  ce  qui  nous  distingue  parfaitement  les  uns 
des  autres,  cest  la  sagesse  et  la  vertu. 

LE   MAÎTRE   A   DANSER. 

Je  lui  soutiens  que  la  danse  est  une  science  à  laquelle 
on  ne  peut  fiiire  assez  d'honneur. 

LE    MAÎTRE    DE  MUSIQUE. 

Et  moi ,  que  la  musique  en  est  une  que  tous  les  ^ècles 
ont  révérée. 

LE   MAÎTRE    d'aRMES. 

Et  moi,  je  leur  soutiens  à  tous  deux  que  la  science  de 
tirer  des  armes  est  la  plus  belle  et  la  plus  nécessaire  de 
toutes  les  sciences. 

LE   MAÎTRE    DE    PHILOSOPHIE. 

Et  que  sera  donc  la  philosophie?  Je  vous  trouve  tous 
trois  bien  impertinents  de  parler  devant  moi  avec,  cette  ar- 
rogance, et  de  donner  impudemment  le  nom  de  science  à 
des  choses  que  Ton  ne  doit  pas  mâme  honorer  du  nom 
d'art,  et  qui  ne  peuvent  être  compîaes  que  sous  le  nom 
de  métier  miséraUe  de  gladiateur,  de  (Aantpur,  et  de  ba- 
ladin. 


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ACTE  II,  SCÈNE    IV-  3o3 

LE   MAÎTRE    d'aRMES. 

Allez ,  philosophe  de  chîen  ! 

LE    MAÎTRE    DE  MUSIQUE. 

Allez,  bélître  de  pédant! 

LE   MAITRE    A    DANSER, 

Allez  ^  cuistre  fieffé  ! 

LE   MAÎTRE    DE   PHILOSOPHIE. 

Comment,  marauds  que  vous  êtes  ! . . .  (Le  philosophe  se 

jette  sur  eux ,  et  tous  trois  le  chargent  de  coups.  ) 
M.    JOURDAIN. 

Monsieur  le  philosophe? 

LE  MAÎTRE   DE   PHILOSOPHIE. 

Infâmes!  coquins!  insolents! 

M.    JOURDAIN. 

Monsieur  le  philosophe  ! 

LE    MAÎTRE   d'aRMES. 

La  peste  de  ranimai! 

M.    JOURDAIN. 

Messieurs! 

LE    MAÎTRE   DE   PHILOSOPHIE. 

Impudents  ! 

M.    JOURDAIN. 

Monsieur  le  philosophe! 

LE   MAÎTRE   A    DANSER. 

Diantre  soit  de  Fane  bâté! 

M.    JOURDAIN. 

Messieurs  I 


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3o4    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

LE   MAITRE   DE   PHILCSOPHIE. 

Scélérats! 

M.  JOURDAIN. 

Monsieur  le  philosophe! 

LE   MAÎTRE   DE   MUSIQUE. 

AU  diable  rimpertinent! 

M.    JOURDAIN. 

Messieurs!  / 

LE   MAÎTRE   DE  PHILOSOPHIE. 

Fripons!  gueux!  traîtres!  imposteurs! 

M.    JOURDAIN. 

Monsieur  le  philosophe!  Messieurs!  Monsieur  le  phi- 
losophe! Messieurs!  Monsieur  le  philosophe! 

(  Ils  sortent  en  se  battant.  ) 

SCÈNE  V. 

M.  JOURDAIN,  UN  LAQUAIS. 

M.   JOURDAIN. 

Oh!  battez-vous  tant  qu^il  vous  plaira^  je  n'y  saurois 
que  faire ,  et  je  n'irai  pas  gâter  ma  robe  pour  vous  séparer. 
Je  serois  bien  fou  de  m'aller  fourrer  parmi  eux,  pour  re- 
cevoir quelque  coup  qui  me  feroit  mal. 


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ACT*E  H,  SCÈNE  VI.  3o5 

SCÈNE   VL 

LE  MAÎTRE  DE  PHILOSOPHIE,  M.  JODRDAIN, 
UN  LAQUAIS. 

LE  MAÎTRE   DE   PHILOSOPHIE,  raccommodant  9on  colleU 

Venons  à  notce  leÇôn. 

M.   JOURDAIN* 

Ah!  monsieur!  je  suis  fâché  ies  coups  qu  ils  vous  ont 
donnés. 

LE   MAÎTJIE    DE    PHILOSOPHIE. 

delà  n'est  rien.  Un  pfailosopbe  sait  receveur  comme  il 
faut  les  choses;  et  je  vais  composer  coiltre  eux  une  satire 
du  style  de  Juvénal,  qui  les  déchirera  de  la  belle  façon* 
Laissons  cela*  Que  voulez-vous  apprendre? 

M.    JOURDAIN. 

Tout  ce  que  je  pourrai;  car  j'ai  toutes  les  envies  du 
monde  d'être  savan^t;  et  j'enrage  que  mon  père  et  ma  mère 
ne  m'aiept  pas  fait  bien  étudier  dans  toutes  les  sciences 
quand  j  etpis  jeune. 

LE    MAÎTRE    DE  PHILOSOPHIE. 

Ce  sentiment  est  raisonnable;  nom ^  sine  doctrina, 
vita  est  quasi  morîis  imago.  Vous  entendez  cela,  et  vous 
savez  le  latin,  sans  doute? 

M.    JOURDAIN. 

Oui  ;  mais  faites  comiae  ^i  je  ne  le  savois  pas  :  expli* 
quez-moi  ce  que  cela  veut  dire. 

MoLikBE.  5.  ao 


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3ofl    LE  BOURG-EOIS  GENTILHOMME. 

LE   Mf  ITAE   DE   PHILOSOPHIE. 

Cela  veut  dire  qTaejSans  la  science,  la  vie  est  presque 
uneimfige  de  la  mort.  . 

M.   JQURDÀII^. 

Ce  latin-là  a  raison. 

LgS   MAÎTRE   DE   PHILOSOPHIE. 

N'avez-vous  point  quelques  pri^pipes,  quelques  com- 
mencements des  sciences? 

M.    JOUJIDAIN. 

Oh!  oui.  Se  sais  lire  et  écrire. 

LE   MAÎTRE    DE    PHILOSOPHIE, 

Par  où  vous  plaît-il  que  nous  commencions?  Voulez- 
vous  que  je  vous  apprenne  la  logique? 

M.    JOURDAÎK 

Qu'est-ce  que  c'est  que  cette  logique? 

LE   MAÎTRE   DE   PHILOSOPHIE. 

C'est  elle  qui  enseigne  les  trois  opérations  de  l'esprit 

si.    JOURDAIN. 

Qui  sont-elles  ces  trois  opérations  de* l'esprit? 

LE    MAÎTRE    DE    PHILOSOPHIE. 

La  première,  la  seconde,  et  la  troisième.  Là  première 
est  de  bien  concevoir,  par  le  moyen  des  universaux;  la 
seconde ,  de  bien  juger,  par  k  lùoyen  des  catégories;  et  la 
troisième,  de  bien  tirer  une  conséquence ,  par  le  moyen 
des  figures,  Barbara,  celarent ,' Darii ,  ferio,  bara- 
lipton,  etc. 

M.    JOURDAIN. 

Voilà  des  mots  qui  sont  trop  rébàrbati&.  Cette  logiqne- 


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.  là  ne  me  retient  pdiot.  Apprenons  autre  chose  qw'sQit 
plus  joli. 

LE   MAÎTRE   DE   PHILOSOPHIE. 

Voulez-voufl  appr^^di'e  la  morale? 

M.    JOURDAIN. 

La  morale? 

LE   MAtXRE   DE   PHILOSOPHIE. 

Oui. 

M.  \  JOURDAIN. 

Qu'est-ce  qu'elle  dit,  cette  morale? 

LE   MAÎTRE    DE    PHILOSOPHIE. 

Elle  traite  de  la  félicité,  enseigne  aux  hommes  à  mo- 
dérer leurs,pa)5sions ,  et. . . 

M.    JOURDAJN. 

Non,  laissons  cela':  je  suis  bilieux  comme  tous  les 
diables,  et  il  ny  a  morale  qui  tienne;  je  me  veux  mettre 
en  colère  tout  mon  soûl ,  quand  il  m'en  prend  envie. 

LE    MaItrE    de    PHILOSOPHIE. 

Est-ce  la  physique  que  yous  voulez  appreuJre? 

M.    JOURDAIN. 

Qu'est-ce  quWle  chante,  cette  physique? 

LE   MAÎTRE    DE   PHILOSOPHIE. 

La  physique  est  celle  qui  explique  les  prindpcs  des 
choses  naturelles,  et  les  propriétés  du  corps;  qui  discourt 
de  la  nature  des  éléments ,  des  métaux ,  des  minéraux ,  des 
pierres ,  des  plantes,  et  des  animaux;  e,t  nous  enseigne  les 
causes  de  tous  les  météores .  Tarc-enHciel  ^  les  feux  volants , 


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3q8    le  bourgeois  GENTILHOMME. 

les  cêwètes,  les  éclairs,  le  tonnerre.,'  la  fbudre,  la  plaie, 
la  neige ,  la  grêle ,  les  vents  et  les  tourbillons. 

'  M.    JOURDAIN. 

Il  y  a  trop  de  tintamarre  là-dedans,  trop  de  brouilla- 
mini; 

LE    MAÎTRE    DE   PHILOSOPHIE. 

Que  voulez-vous  donox[ue  je  vous  apprenne? 

M.    JOURDAIN. 

Apprenez-moi  Forthographè^ 

LE   MAITRE    DE    PHILOSOPHIE. 

Très-voloiftiers. 

M.    JOURDAIN. 

Après,  vous  m  apprendrez  Talmanach,  pour  savoir 
quand  il  y  a  de  la  lune ,  et  qitand  il  n'y  en  a  point. 

LE    MAÎTRE    DE    PHILOSOPHIE. 

Çoit.  Pour  bien  suivre  votre  pensée,  et  traiter  cette 
matière  en  philosophe,  il  feut  commencer,,  selon  Tordre 
des  choses,  par  Ime  exacte  coniioissance  de  la  nature  des 
lettres ,  et  de  la  diffih:^nte  manière  de  les  prononcer  toutes. 
Et  là-dessus  j'ai  à  vous  dire  que  les  lettres  sont  divisées  en 
voyelles ,  ainsi  dites  voyelles ,  parce  qu'elles  expriment  les 
voix;  et  en  consonnes,  ainsi  appelées  consonnes,  parce 
qu  elles «onnent  avec  les  voyelles,  et  ne  font  que  marquer 
les  diverses  articulations  des  voix.  Il  y  a  cinq  voyelles ,  ou 
yoix,A,E,l,0,U. 

M.    JOURDAIN. 

J'entends,  tout  cela. 


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ACTE  II,  SCÈNE  Vî.  3o9 

LE   IfAiTR^DE    PHILOSOPHIE. 

La  Toix  Â  se  ferme  en  ouvrant  fcot  la  bouché ,  A. 

ir.    JOURDA.IN. 

A,  A.  Oui. 

LE    MAÎTRE   DE   PHILOSOPHIE, 

La  voix  E  se  forme  en  rapprochant  la  mâchoire  d'en* 
bas  de  celle  d'en-haut*,  A ,  £. 

M.    JOURDAIN. 

A,  E,  A,  E.  Ma  foi,  oui.  Ah! <]ue  «ela  est  beau! 

9E    MAÎtRE    DE   PHILOSOPHIE. 

Et  la  voix  I,  en  rapprochant  encore  davantage  les  mâ- 
choires lune  de  Tautre ,  et  écartant  les  deux  coii^s  de  la 
bouche  yer/U»  oreilles,  A,  E,  I. 

M.    JOURDAIN. 

A,  E,  1, 1, 1, 1,  Cela  est  vraj,,  ^^ive  la  science! 

LE   MAÎTRE   DE   PHIL*OSOPHIE« 

La  Toix  O  se  forme  en  rouvrant  les  mâchoires  et  rap- 
prochant les  lèvrespar  les  deu^ coins,  le  haut  et  le  bas,  O. 

M.    JOURDAIN. 

O,  p.  n  n'y  a  rien  de  plfcs  juste.  A^  E,  I,  0;  I,  O.  Cela 
est  ^dnfirable  !  .1, 0  ;  I,  O. 

LP   MAÎTRE    B£    PHILOSOPHIE. 

Couverture  de  la  bouche  §iit  justement  comme  un 
paftit  roné  jjui  représente  un  0.       • 

M.    JOURDAIN. 

o,  O,  0.  Vous  atez  raison.  O.  Ah!  la  belle  choseque 
de  savoir  quelque  chose  ! 


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3io    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

LE.  MAÎTRE  jDE    PflLOSOP.HIE. 

La  voix  U  se  forme  enTapprochant  les  dents  sans  les 
joindre  entièrement,  et.allongeant  les  deux  lèvres  en  de- 
hors, les  approchant  aussi  l'une  de  Fautre  sans  les  joindre 
tout-à-fait,  U. 

M.    JOURDAIN. 

U,  U.  n  n'y  a  rien  de  plus  véritable,  U. 

LE   MAÎTRE   DE    PHILOSOPHIE^ 

Vos  4eux -lèvres  s'all(WLigent  comme  si  vous  faisiez  la 
moue;  d^où  vient  que,  si  vpus  la-vOuJez  faire  à  quelqu'un , 
et  ^ous  moquer  de  lui ,  vous  lie  sauriez  lui  dire  que  U. 

M.    JQURDA^N.. 

u,  if .  Cela  est  vrai.  Ah  I  que  n  ai-je  éty^dié  ghis  tôt  pour 
savoir  tout  cela! 

LE    MAÎTRE   DE    PHILOSOPHIE. 

Qemain  nous  verrons  les  autres  lettres,  qui  sont  les 
consonnes. 

M.    JOURDAIN. 

Est-ce  qu'il" y  a  des  choses  aussi  curieuses  qu^à  celles-ci? 

LE    MAÎTRE   bs   PHILOSOPHIE. 

Sans  doute.  La  consonne Dypar -exemple,  se  prononce 
en  donnant  du  bout  de  la  langue  au-ilessus  des  dents  d'en- 
haut,  DA. 

M.  JOUjftDAlN. 

DA,  DA.  Oui.  AL!  les  belles  choses!  les  beHfes  choses! 

LE    MAÎTRE   D^    PHILOSOPHIE. 

KF^  en  appuyant  les  dents  d'en -haut  sur  la  Idvre  de 
dessous,  FA, 


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*  ACTE  II,  SCÈNE  VI.  -  3u 

V.    JOURDAIN. 

FA,  FA.  Cest  la  vérité.  Ahl  mop  père  et  ma  mère ,  que 
je  vous  yeux  de  maU  • 

LE   MAÎTRE    DE   PHII.OSOP'HIE. 

Et  l'R,  en  portant  le  bout  dé  la.  langue  jusc[u^au  haol 
du  palais;  de  sorte  gu'ét^nt.^Ieap^  Vàiv  cpi  sort  avec 
force,  elle  lui  cède,  et  revient  toujours  au  même  endroit, 
Élisant  une  manière  de  ^embleinent^  R,  RA. 

M.    J4>URDAIN. 

R,  R,  RA;  R,  R,  R,  ï\p  R,  RA.  Cela  est  vrai.  Ah!  Tha- 
bile  homme  que  yotfs  êtes!  et  que  jai  perdu  de  temps! 
R,R,R,RA. 

LE   MAÎTRE    DE    PHILOSOPHIE. 

Je  VOUS  expliquerai  à  fond  toutes  ces  curiosités. 

M,    JOURDAIN. 

Je  YQUs  en  prie.  Au  reste,  il  faut  que  te  vpus  fasse  vm 
confidence.  Je  suis  amoureux  d  une  personne  de  grande 
qualité,  et  je  souhaiterois  que  vous  m  aidassiez  à  lui  écrire 
quelque  chose  dans  un  ipetit  billet  que  je  veux  Uisser 
tomber  à  ses  pieds. 

LE   MAÎTRE    DE   PHILOSOPHIE. 

Fort  tien. 

M.    JOURDAIN. 

Cela  sera  galant,  oui.  ^ 

LE   MlÎTRE    DE   PHILOSOPHIE. 

Sans  doute.  Sont-ce  des  vecs  que  vous  lui  voulez 
écrire? 


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Sia    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME, 

M.    JOURDAHr. 

Non  y  non ,  point  de  vers. 

LE   MAÎTRE   DE   PHILOSOPHIE. 

Vous  ne  voulez  que  de  la  pnJàe. 

B^,  JOURDAIN. 

Npn,  je  ije  vtux  niprb^  i\i  vers. 

LE   MAÎrRE   DE    PHILOSOPHTE. 

U  Ëiut  biexf.  gue  cç  soit liin  oii«r£futre. 

V.    JOU.RQAIl^. 

Pouimioi? 

LE    MAÎTRE    DE    PHILO^SOPHIE. 

Par  la  raison,  monteur,  quil  n'y  a  pour  s'exprimer 
<jue  la  prose  ou  les  vers. 

M.    JOURDAIN. 

Il  n'y  a  ^ue  la  prose  ou  les  vers  ? 

*  LE   MAITRE    DE   PHILOSOPHIE. 

'  Non,  monsieur.  Tout  ce  qui  n  est  point  prose  est  vers, 
eMoùt  ce  qurn'estpoînt  vers  est  proSe. 

M.    JOURDAIN. 

Et  comme  Ton  parle,  qu'est«-ce  que  c'est  donc  que  cela? 

LE   MAÎTRE   DE    PHILOSOPiflE. 

De  la  prose. 

•       M,    JOURDAIN. 

Quoi!  q^nd  je  dis,  Nicole,  apportez- moi  mes  pan- 
toufles, et  me  donnez  mon  bonnet  de  nuit,  c'est  de  la 
prose? 

LE   MAÎTRE   DE   PHILOSO^PHIE. 

Oui,  monsieur. 


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AX>TE,II,  SCÈNE  VI.  3i3 

M.    JOCRQÂIN. 

Par  ma  foi,  il  y  a  plus  de  quaif^ante  ans  que  je  -dis'  de  la 
prose.  saiM  <jue  fen  susse  rien  3  «t  je  tous  suii  le  fins  oUigé 
du  monde  de  mWoir  appris  cela.  Je  voudrôi§  denc  lui 
mettre  dans  un  biQet,  Bette  marquise,  vps  beaux  yeuoc 
me  font  mourir  di  amour;  màîs  je  voodrois  c[ue  ceh  fût 
mis  d^une  manière  galante,  cpie  cela  itX  tourné  genti- 
ment. 

LE   BfAÎTRE    DE   PHILOSOPHIE. 

Mettre  que  les  feux  de  se»  yeux  réduisent  votre  cœur 
en  .cendres;  que  vous  souffi'ez  nuit,  et  jour  pour  elle  les 
violences  d'tin. . . 

tt.    J(5UHD4LIlfr 

Non,  non,  non;  je^ne  yeux  point  tout  cela.  Je  ne  veux 
que  ce  que  je  vous  ai  dit.:  B^lle  marquise,  vos  beaux 
yeux  me  font  mourir  d'amour. 

LE    MAÎTEE   p£  PHILOSOPHIE. 

U  Êint  bien  étendre  un  peu'la'cbose. 
H.  Jo^UJin^i^N. 

Non,  ypns  dis^je;  je  ne  veux  que  ces  seules  poroles-là 
dans  le  billet, Mnàis  touméq^  à 'la  mode,  bien  arrangées 
comme  il  faut.  J[e*yous|>rie  de  me  dirb  un  peu;  poulr  yoir , 
les 'diverses  manieras  dont  on  les  peut  mettre. 

LE  MAÎTRE   DE   PHILOSOTPHIlB. 

On  peut  les  mettre  piwmièrement  cqmme  vous  avez 
dit  :  B'elle  marquise, -vos  beaux  yeuse  me  font  mourir 
d'rnnoUr.  Ou  bien  ;  B'Ameur  mourir  me  font,  beHe  mar- 
qube,  vos  beaux  yeux.  Ou  bien  :  Vos  yeux  beaux 


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3*4    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 
d'amour  me  font,  belle,  marquise  ^'mourir.  OU  bien: 
Mourir  yhs  beaux  yeuxi  belle  marifuisè,  Samour  me 
font,  Oalion  :  Me  font  ^oos"  jeusè  beaux  mourir,  belle 
marqtnse)  d'aifiour. 

M.    JOURDAIN;- 

Mais  de  tQufes  ces  feçons-là  laquelle  est  la  meiUçure? 

LB   M'AtTRB    9E   PHlt'OSOPHIE. 

Celle  que  vous  avez  ditç  :  ielle  marquise,  vos  beaux 
yeux  me  font  mourir  df amour, 

M.    JOURDAIiy. 

Cepeudant  je  n'ai  point  étudié,  et  j'ai  fait  cela  tout  du 
premier  coup.  Je  vous  remeitijje  de  tout  mon  coem*,  et  je 

vous  prie  de  venir  demain  4e  bontie  heure. 

->    ..     •  • 

LE   MA^TRÇ   ^IS  PqiL'OSpPHIf. 

Je  n'y  manquerai  pas. 

sc:ëne  vri. 

M.  JOURDAIN,- tJN  LAQUAIS. 

H.  ^OURD  Allfj  à  son  Is^qnaif. 

Go>f heîtt!  mon'habit  n^«st  pas  enc«re  arrivé? 

LE   LAQUAIS.    \ 

Non  9  mon&ienr. 

M.    J0XLR;ft4.Ilf. 

'  Ce  maudit  taiUeur  me  &it  biei^atlendce  pour  \ip  jour 
où  j'ai  tant  d'affaires.  J'enrage.  Ode  Ja-Ôèwe  qiïlartaîne 
puisse  serrer  bien  fort  le  bourreau  de  tailletirl  Au  dtàble 


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ACTE  il,  SCÈNE  VIL  3i5 

le  tailleur!  La  peste  étouffe,  le  «aiQeur!  Si  je  le  tenois 
maintenant ,  ce  tailleur  détestable ,  ce  chien^âe  tailleur-là , 
ce  traître  de  tailleur ,  je. . . 

SCÈNE  VlIL 

M.  JOURDAIN,  UN,  MAÎTRE  TAILLEUR;  UN 
(i ARÇON  TAILLEUR,  portant  l'habit  de 
M,  JOURDAIN;  UN  LAQUAIS. 

-M.    JOURDAIN. 

.AhI-VjOus  voilà f  Je  m'allois  mettre  enjcdière  cqntre 
VOUS.      ,  : 

LB   MAÎTRE   TAILLEUR. 

Je  n  ai  pas  pu  venir  |^lu5  tôt^  et  j'ai  mis*vingt  garçons 
après  votre  habit, 

M.   JOURDAIN.    * 

Vous  m'avez  envoyé  des  bas  de  soie  si  étroits,  que  j'ai 
eu  toutes  les  peine$  du  inonde  à  les  tnettre,  et  il  y  a  déjà 
deux  mailips  de  tompues. 

LE   MAÎTRE   TAILLEUR. 

Ils  ne  s'élargiront  que  trop. 

M.    JOURDAIN. 

Oui,  si  je  romps  toujours  des toailles.  Vous  m^avez 
aussi  Élit  faire  des  souliers  qui  me  blessent*{urieusement. 

LE   MAÎTRE   TAILLEUR. 

Point  du  tout ,  monsieur, 

H.    JOURDAIN. 

Comment,  point  du  tout! 


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3i6    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME, 

LE   MAÎTRE  TAILLEUR. 

Non ,  ils  ne  vous  blessent  point. 

M.   JOURDAIir. 

Je  vous  dis  ^^ilsme  Uessent,  moi. 

LE   MAÎTRE  TAILLEUR. 

Vous  VOUS  imaginez  cela» 

M.    JOURDAIN. 

Je  me  Fimagine  parce  c[ae  je  le  sens.  Voyez  la  belle 
raison  ! 

LE   MAITRE  TAILLEUR. 

Tenez,  yoi  le  plus  bel  habit  de  la  cour /et  lè  mieux 
assorti.  C'est  un  chef-d'œuvre  çie  d'avoir  inventé  un 
habit  sérieux  c[ui  ne  fàt  pas  noir^  et  je  k  donne  en  six 
coups  aux  tailleurs  les  plus  éclairés. 

M.    JOURDAIN. 

t 

Qu'est-ce  çie  c'est  ^e  ceci?  vous  avez  mis  les  fleui-s 
en  en-bas. 

•     LE   MAÎTRE  TAtLLEUR. 

■ 

Vous  ne  m'avez  pas  dit  que  vous  les  vouliez  e^  en-haut. 

M.   JOURDAIN. 

Est-ce  qu  il  faut  dire  cela? 

LE   MAÎTRE  TAILLEUR. 

Oui  Vraiment  Tovies  les  pei:sonnQS  de  qualité  les  por- 
tent de  la  sorte. 

M.    JOURDAIN. 

Les  personnes  de  qualité  portent  les  fleur$  en  en-bas? 

LE    MAÎTRE   TAILLEUR. 

Oui,  monsieur.. 


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^ 


ACTE  II,  SCÈNE  VIII.  317 

M.    JOURDA%N, 

•  * 

Oh  !  Yoilà  qui  est  donc  bien, 

LE  MAItrE  tailleur'. 

Si  TOUS  voulez ,  je  les  mettrai  en  en-haut. 

M.    JOURDAIN. 

Non,  non. 

LE   MAÎTRE   TAILLEUR. 

Vous  n  avez  qu'à  dire. 

M.    JOURDAIN. 

Non ,  vous  dis- je  ;  vous  avez  bien  fait.  Croyez-vous  que 
I  habit  m'aille  bien  7 

LE   MAÎTRE  TAILLEUR. 

Belle  demande!  Je  défie  un. peintre  avec  son  pinceau 
de  vous  faire  rien  de  plus  juste.  JTai  chez  moi  un  garçon 
qui,  pour  monter  to  rhingrave,  est  le  plus  grand  génie 
du  monde  ;  et  un  autre  qui ,  pour^assembler  on  pourpoint , 
est  le  héros  de  notre  temps. 

M.    JOURDAIN. 

La  perruque  et  les  plumes  sont-elles  comme  il  faut? 

LE   MAÎTRE  T4ILLEUR. 

Tout  est  bien. 

M.   JOURDAIN,^  regarrdant  l'habit  du  tailleur. 

Ah  !  ah  !  monsieur  le  tailleur,  voilà  de  mon  étoffe  du 
dernier  habit  que  vous  m'avez,  ùlt.  Je  la  reconnois  bien. 

LE   MAÎTRE  TAILLEUR. 

C'est  que  Tétoffe  me  seiAbla  si  belle,  que  j'en  ai  voulu 
lever  un  habit  pour  moi. 


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3iS    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

M.^JOURDAIN. 

Oui;  mais  il  ne  falloit  p^s  le  lever  avec  le  mieiu 

hE   MAITRE  TAILLEUR. 

Voulez-voiis  mettre  vetre  habit;? 

M,    JOURDAI]!^. 

Oui ,  donnez-le-moi. 

LE  MAÎTRE   TAILLEUR. 

Attendez;  cela  ne  va  pas  comme  cela  :  j'ai  amen^  des 
gens  pour  vous  habiller  en  ca^Jence;  et  ces  sortes  d'habits 
se  mettent  avec  cérémonie.  Holà,  entrez,  vous  autres. 

SCÈNE  IX. 

M.  JOURDAIN,  LE  MAÎTRE  TAILLEUR,  LE 
GARÇON  TAILLEUJl,  QARÇONS  TAILLEURS 
dansahm;  un  LAQUAIS. 

LE  MAITRE  TAILLEUR,  à  ses  garçons. 

Mettez  cet  habit  à  monsieur  de  la  maxiière  que  vdus 
faites  aux  personnes  de  qualité*. 

PREMIÈRE  ENTRÉE  DE  BALLET. 
(  Les  quatre  garçofas  taïUenn,  danftant,  s'approclient  de  M.  Jourdain.  Deux 
lui  arrachent  le  haut-de-chaussesde  ses  exercices ,  les  deux  autres  lui 
ôtent  la  camisole  ;  après  quoi ,  toujours  en  cadence ,  ils  lui  mettent  son 
habit  neuf.) 
(M.  Jourdain  se  promène  au  milieu  d'eux,  et  leur  montre  son  habit  pour 
voir  s'il  est  bien  (ait.  ) 
GAf  ÇON   TAILLEUR. 

Mon  gentilhonune,  ilonnez,  s'il  vous  plait,  aux  gar- 
çons quelque  chos#t  pour  boire.  ^ 

"    M.    JOTfkDAIN. 

Comment  m'appelez-vous? 


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ACTE  H,  SGÈKE  IX.  819 

GARÇON  TAILLEUR. 

Mon  gentilhomme. 

Bf.   JOURDAIN. 

Mon  gentilhomtne  !  Voilà  ce  que  c  est  que  de  se  mettre 
en  personne  de  qualité.  Allez^TQUS-en  demeurer  toujours 
habillé  en  bourgeois,  on  ne  vous  dira  point  mon  gentil 
homme,  (donnant  de  Targent.  )  Tenez ,  Yoilà  pour  mon  gen< 
tilhomme. 

GARÇON  TAILLEUR. 

Monseigneur,  nous  vous  sommes  bien  oUigés. 

M.    JOURDAIN.  ' 

Monseigneur!  oh!  oh!  monseigneur!  Attendez,  mon 
ami,  monseigneur  mérite  quelque  chose  ;  et  ce  n  est  pas 
une  petite  parole  que  monseigneur.  Tenez,  yoilà  ce  que 
monseigneur  vous  donne. 

GARÇON  TAILLEUR. 

Monseigneur,  nous  allons  boire  tous  à  la  santé  de  votre 
grandeur. 

M.    JOURDAIN. 

Votre  grandeur!  Ohl  oh!  oh!  Attendez;  nevoifeen 
allez  pas.  A  moi ,  votre  grandeur  !  (bas ,  à  part.  )  Ma  foi ,  s'il 
va  jusqu'à  Faltesse ,  il  aura  toute  la  bourse.  (  haut.  )  Tenez , 
voilà  pour  ma  grandeur. 

GARÇON  TAILLEUR. 

Monseigneur,  nous  la  remercions  très-humblement  de 
ses  libéralités. 

M.    JOURDAIN. 

II  a  bien  fait,  je  lui  allois  tout  doûher. 


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San    LE  BOUfcOEOS&  G£NTIBHO%ME. 
SCÈNE   X. 

DEUXIEME  ENTRÉE  0E  BALLET. 

(Les  quatre  ^rçons  uiUeiin  se  réjookpeiu,  en  dansant,  de  U  libéralité  de 
A(f  Jduclain.) 


FIN    DU   SECOND    ACTE, 


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LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME.    Sii 


»»«»S^-v#>.^»^^>.^^>.^^.^'^.^.^»^i^««^i^^>^i^.^»^^«^<»>^^«^.»>^ 


ACTE  TROISIÈME. 


SCÈNE  I. 

MONSIEUR  JOURDAIN,  DEUX  LAQUAIS. 

M.    JOURDAIN. 

Suivez-  mo'i,  que  j'aille  un  pu  montrer  mon  habit  par 
la  ville  ;  et  surtout  ayez  soin  tous  deux  de  marcher  im- 
médiatement sur  mes  pas,  afin  qu'on  voie  bien  que  vous 
êtes  à  moi. 

LAQUAIS. 

Oui,  monsieur. 

M.    JOURDAIN. 

Appelez-moi  Nicole,  que  je  lui  donne  quelques  ordres. 
Ne  bougez,  la  voilà, 

SCÈNE  IL 

M.  JOURDAIN,  NICOLE,  DEUX  LAQUAIS. 

m.  jourdain. 
Nicole. 

NICOLE. 

Plaît-il! 

M.    JOURDAIN. 

Ecoutez. 


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322    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

NICOLE,  riant. 
M.  JOXIRDAIir. 

Qu*as-tu  â  rire  ! 

NICOLE. 
M.    JOURDAIN. 

Que  veut  dire  cette  coquîne-là? 

NICOLE. 

Hi ,  hi ,  hi.  Comme  vous  yoilâ  bâti  I  Hi ,  hi ,  M. 

M.    iOIIKDAIN« 

Comment  donc? 

NICOLE. 

Ahl  ah!  mon  Dieu!  Hi,  hi,  hi,  hi. 

M.    JOURDAIN. 

Quelle  friponne  est-ce  là?  Te  moques-tu  de  moi? 

NICOLE. 

Nenni,  monsieur;  j'en  serois  bien  fâchée.  Hi,  hî,hi, 
hi ,  hi ,  hi. 

H.    JOURDAIN. 

Je  te  baillerai  sur  le  nez ,  si  tu  ris  davantage. 

NICOLE. 

Monsieur,  je  ne  puis  pas  mVn  empêcher.  Hi,  hi,  hi, 
hl,hijhi. 

H.   JOURDAIN. 

Tu  ne  t  arrêteras  pas  ? 


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ACTE  lîl,  SCÈNE  II.  323 

NICOLE. 

Monsieur,  je  vous  demande  pardon  ;  mais  vous  êtes  si 
plaisant,  que  je  ne  me  saurois  tenir  de  rire.  Hi,  hi,  hi. 

M.    JOURDAIN. 

Mais  voyez  quelle  insolence! 

NICOLE. 

Vous  êtes  tout-à-fait  drôle  comme  cela*  Hi,  hi. 

M.    JOURDAIN. 

Je  te. . . 

NICOLE. 

Je  TOUS  prie  de  m'excuser.  Hi,  hi,  hi,  hi. 

M.    JOURDAIN. 

Tiens,  si  tu  ris  encore  le  moins  dii  monde,  je  te  jure 
que  je  t'appliquerai  sur  la  joue  le  plus  grand  soufflet  qui 
se  soit  jamais  donné. 

NICOLE. 

Hé  bien,  monsieur,  voilà  qui  est  fait,  je  ne  rirai  plus. 

M,    JOURDAIN, 

Prends -y  bien  garde.  Il  faut  que,  pour  tantôt,  tu 
nettoies. . . 

NICOLE. 

Hi,hi. 

M.    JOtRDAIN. 

Que  tu  nettoies  comme  il  Ëiut. .  ^ 

NICOLE. 

Hi,hi. 

M.    JOURDAIN. 

U  &ut^  diB-je,  que  tû  nettoies  la  salle,  et. . . 


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3a4    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

NICOLE. 
Hi,hi. 

M.    JOURDAIN. 

Encore? 

NICOLE,  tombant  à  force  de  rire.   ' 

Tenez  y  monsieur^  battez-moi  plutôt,  et  me  laissez  rire 
tout  mon  soûl;  cela  me  fera  plus  de  bien.  EG,  hi,  hi,  hi. 

M.    JOURDAIN. 

Tenrage. 

NICOLE. 

De  grâce,  monsieur,  je  vous  prie  de  me  laisser  rii-e. 
Hi,hi,'hi. 

M.    JOURDAIN. 

Si  je  te  prends. . . 

NICOLE. 

Monsieur,  eur,  je  crèverai,  ai,  si  je  ne  rb.  Hi,  hi,  hi. 

M.    JOURDAIN. 

Mais  a-t-on  jamais  vu  une  pendarde  comme  celle-là, 
qui  me  vient  rire  insolemment  au  nez ,  au  lieu  de  recevoir 
mes  ordres? 

NICOLE. 

Que  voulez-vous  que  je  fiisse,  monsieur? 

M.    JOURDAIN. 

Que  tu  songes ,  coquine ,  â  préparer  ma  maison  pour  la 
compagnie  qui  doit  venir  tantôt. 

N I C  0  LE ,  se'  releyant. 

Ah  !  par  ma  foi ,  je  n'ai  plus  envie  de  rire  ;  et  toutes  vos 


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ACTE  III,  SCÈNE  IL  3^5 

compagnies  font  tant  d^  désordre  cëaus,  que  ce  mot  est 
assez  pour  me  mettre  en  mauvaise  humeur. 

M.    JOURDAIN. 

Ne  dois-je  point,  pour  toî,  fermer  ma  porte  à  tout  le 
monde? 

NICOLE« 

Vous  devriez  au  moins  la  fermer  à  certaines  gens. 

SCÈNE  III. 

MADAME  JOURDAIN,  M.  JOURDAIN,  NICOLE, 
DEUX  LAQUAIS. 

MADAME  ;fOURDAIN. 

Ah  !  ah  !  voici  une  nouvelle  histoire  !  Qu'est-ce  que  c'est 
donc,  mon  mari,  que  cet  équipage-là?  Vous  moquez- 
vous  du  monde ,  de  vous  être  fait  enhamacher  de  la  sorte? 
et  avez-vous  envie  qu'on  se  raille  partout  de  vous? 

M.    JOURDAIN. 

n  n'y  a  que  de?  sots  et  des  sottes,  ma  femme,  qui  se 
railleront  de  moi. 

MADAME    JOURDAIN. 

Vraiment,  on  n'a  pas  attendu  jusqu'à  cette  heure;  et 
il  y  a  long-temps  que  vos  façons  de  faire  donnent  à  rire  à 
tout  le  monde. 

M.    JOURDAIN. 

Qui  est  donc  tout  ce  monde-là,  s'il  vous  plaît? 

MADAME  JOURDAIN. 

Tout  ce  monde-là  est  un  monde  qui  a  raison ,  et  qui  est 


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326  LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME, 
plus  sage  que  vous.  Pour  moi  j  je  suis  scandalisée  de  la  vie 
que  vous  menez.  Je  ne  sais  plus  ce  que  c'est  que  notre 
maison  :  on  diroit  qu'il  est  céans  carême-prenant  tous  les 
jours;  et  dès  le  matin ,  de  peur  d'y  manquer,  on  y  entend 
des  vacarmes  de  violons  et  de  chanteurs  dont  tout  le  voi- 
sinage se  trouve  incommodé. 

NICOLE. 

Madame  parle  bien.  Je  ne  saurois  plus  voir  mon  mé- 
nage propre  avec  cet  attirail  de  gens  que  vous  faites  venir 
chez  vous.  Ils  ont  des  pieds  qui  vont  chercher  de  la  boue 
dans  tous  les  quartiers  de  la  ville  pour  l'apporter  ici  ;  et  la 
pauvre  Françoise  est  presque  sur  les  dents  à  fix)tter  les 
planchers  que  vos  biaux  maîtres  viennent  crotter  réguliè- 
rement tous  les  jours. 

M.    JOURDAIN. 

Ouais!  notre  servante  Nicole,  vous  avez  le  caquet  bien 
aflSlé  pour  une  paysanne! 

MADAME    JOURDAIN. 

Nicole  a  raison,  et  son  sens  est  meilleur  que  le  vôtre. 
Je  voudrois  bien  savoir  ce  que  vous  pensez  faire  d'un 
maître  à  danser  à  Tâge  que  vous  avez. 

NICOLE. 

Et  d'un  grand  maître  tireur  d'armes  qui  vient,  avec  ses 
battements  de  pieds,  ébranler  toute  la  maison^  et  nous 
déraciner  tous  les  carriaux  de  notre  salle. 

M.    JOURDAIN. 

Taisez-vous,  ma  servante,  et  ma  femme. 


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ACTE  m,  SCÈNE  III.  3^; 

MADAME  JOURDAIN. 

Est-ce  c[ue  vous  voulez  apprendre  à  danser  pour  quand 
fous  n^aurez  plus  de  jambea? 

NICOLE. 

Est-ce  que  vous  avez  envie  de  tuer  quelqu'un? 

M.    JOURDAIN. 

Taisez- vous,  vous  dis- je  :  vous  êtes  des  ignorantes 
Tune  et  Fautre,  et  vous  ne  savez  pas  les  prérogatives  de 
tout  cela. 

MADAME  JOURDAIN. 

Vous  devriez  bien  plutôt  songer  à  mari^  votre  fille, 
qui  est  en  âge  d*ètre  pourvue, 

M.    JOURDAIN. 

Je  songerai  à  marier  ma  fille  quand  il  se  présentera  uu 
parti  pour  elle;  mais  je  veux  songer  aussi  à  apprendre  les 
belles  choses. 

NICOLE. 

Tai  encore  ouï  dire,  madame,  qu'il  a  pris  aujourd'hui, 
pour  renfort  de  potage,  un  maître  de  philosophie. 

M.    JOUBDAIN. 

Fort  bien.  Je  Veux  avoir  de  l'esprit,  et  savoir  raisonner 
des  choses  parmi  Içs  honnêtes  gws, 

MADAME   JOURDAIN. 

N'irez-vous  pas  Fuo  4e  ee3  jours  ^u  collège  vous  faire 
donner  le  fou^t  A  votre  âge? 

M.  jounPAiN. 
Pourquoi  non?  Plût  à  Dieu  l'avoir  tout  à  l'heure  le 


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3a8    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

fouet  deyant  toat  le  monde,  et  savoir  ce  qu'on  apprend 
au  collège! 

NICOLE. 

Oui^  ma  foi,  cela  vous  rendroit  la  jambe  bie!ii  mieux 
faite. 

H.    JOURDAIN. 

Sans  doute. 

MADAME   JOURDAIN. 

Tout  cela  est  fort  nécessaire  pour  conduire  votre 
maison! 

M.    JOURDAIN. 

Assurément.  Vous  parlez  toutes  deux  comme  des  bêtes, 
et  j'ai  honte  de  votre  ignorance.  Par  exemple,  (à  madame 
Jourdain)  savez-vous,  VOUS,  ce  que  c'est  que  vous  dites  à 
cette  heure? 

MADAME  JOURDAIN. 

Oui;  je  sais  que  ce  que  je  dis  est  fort  bien  dit,  et  que 
vous  devriez  songer  à  vivre  d^autre  sorte. 

M.    JOURDAIN. 

Je  ne  parle  pas  de  cela.  Je  vous  demande  ce  que  c'est 
que  les  paroles  que  vous  dites  ici. 

MADAME    JOURDAIN. 

Ce  sont  des  paroles  bien  sensées,  et  votre  conduite  ne 
Test  guère« 

M.    JOURDAIN. 

Je  ne  parle  pas  de  cela,  vous  dis- je;  je  vous  demande, 
ce  que  je  parle  avec  vous ,  ce  que  je  vous  dis  à  cette  heure, 
qu  est-ce  que  c'est?  < 


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ACTE  m,  SCÈNE  III.  329 

MADAME   JOURDAIN. 

Descbanson3. 

M.    JOURDAIN. 

Hé!  non,  ce  n'est  pas  cela.  Ce  que  nous  disons  tous 
deux?  le  langage  que  nous  parlons  à  cette  heure? 

MADAME  JOURDAlft. 

Hé  bien? 

H.   JOURDAIN.  » 

Comment  est-ce  que  cela  s'appelle  ? 

MADAME    JOURDAIN; 

Cela  s'appeDe  comme  ou  veut  Tappcler. 

M*    JOURDAIN. 

C'est  de  la  prose,  ignorante. 

MADAME    JOURDAIN.        | 

De  la  prose?  ^ 

M*    JOUBDAIK, 

Oui  j  de  la  prose.  Tout  ce  <jui  esl  prose  n^cst  point  vers  j 
et  tout  ce  qui  n^est  poiut  vers  est  prose.  Et  voilà  ce  que 
c  est  que  d'étudier!  { k  lïkoleO  Et  toij  aais-tu  bien  comme 
il  feut  faire  pour  dire  im  U? 

IfICOLE. 

Comment? 

Mt    JOURDAIN, 

Oui,  quVst-cc  que  tu  fais  quand  tu  dis  un  U  ? 

NI  00  II  K. 

Quoi?  *        <• 

M«    JOURDAIN. 

Dis  un  peu  U,  pour  voir. 


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33o    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

NICOLE. 

Hëbieu^U. 

H.   JOURDAIlf. 

QuW-ce  que  ta  &is? 

VICOLB» 

Je  dis  D. 

M.    JOURDÀIIT. 

Oui  ;  mais  quand  tu  dis  U,  qu^est-ce  que  tu  fais? 

KICOLE. 

Je  fais  ce  que  vous  me  dites. 

M.    JOURDAIN. 

Ohl  Tétrange  chose  que  d  avoir  affaire  k  des  bêtes!  Tu 
allonges  les  lèvres  en  dehors,  et  approches  la  mâchoire 
d'en-faaut  de  celle  d'en -bas.  U,  vois-tu?  U;  je  fais  la 
moue>  U. 

NICOLE. 

Oui,  cela  est  biau! 

MADâMB   JOURDAIN. 

Voili  qui  est  admirable! 

H.    JOURDAin; 

C'est  bien  autre  chose,  si  vous  aviez  vu  O,  et  DA, 
DA,  et  FA,  FA. 

MADAHP  JOVRDAIN. 

Qu'est-ce  que  c'est  do»Q  quQ  tout  ça  galimatias-là? 

ifiaoLi* 
De  quoi  est-ce  que  tout  cela  guérît? 

M.   JOURI^AIN* 

J'enrage,  quand  je  vois  des  femmes  ignorantes. 


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ACTE  III,  SCÈNE  III.  33i 

MADAME   JOURDAIN. 

Allez ,  VOUS  devriez  envoyer  promener  tous  ces  gens-là 
avec  leurs  fariboles. 

NICOLE. 

Et  surtout  ce  grand  escogriBfe  de  maître  d'armes ,  qui 
remplit  de  poudre  tout  mon  ménage. 

M.    JOURDAIN. 

Ouais!  ce  maître  d^armes  vous  tient  bien  au  cœur!  Je 
te  veux  faire  voir  ton  impertinence  tout  à  l'heure,  (après 

ayoir  fait  apporter  les  fleurets ,  et  en  avoir  donné  un  à  Nicole.  ) 

Tiens;  raison  démonstrative;  la  ligne  du  corps.  Quand  on 
pousse  en  quarte  on  na  qu^  faire  cela;  et,  quand  on 
pousse  en  tierce,  on  n  a  qu'à  feîre  cela.  Voilà  le  moyen  de 
a'étre  jamais  tué;  et  cela  n'est-il  p^s  beau  d'âtre  assuré  de 
son  Élit,  quand  on  se  bat  contre  quelqu'un?  Là,  pous^* 
moi  un  peu,  pour  voir. 

NICOLE. 
Hé  bien,  quoi?  ( Nicole jponssf  plusieurs  bottes  à  M.  Jour> 
dain.  ) 

M.   JOURDAIN. 

Tout  beau.  Holà!  hol  doucement.  Diantre  soil  la  co- 
quine I 

NICOLE. 

Vous  me  dites  de  pousser. 

M.   JOURDAIN. 

Oui  ;  mais  tu  me  pousses  en  tierce ,  avant  que  de  pous' 
ser  en  quarte ,  et  tu  n'as  pas  la  patience  que  je  pare. 


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332    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

MADAME    JOURDAIN. 

Voqs  êtes  fou,  mon  mari,  avec  toutes  vos  £aintaisies; 
et  cela  vous  est  yenU  depuis  que  vou!^  vous  mêlez  de 
hanter  la  noblesse. 

M,    JOURDAIN. 

Lorsque  je  hante  la  noblesse,  je  fais  parottre  mon  ju- 
gement; et  cela  est  plus  beau  que  de  hanter  votre  bour- 
geoisie. 

BfÀDAME   JOURDAIN. 

Ça  mon  vraiment  !  '  il  y  a  fort  à  gagner  à  fréquei^ter 
vos  nobles  I  et  vous  avez  bien  opéré  avec  ce  beau  moa- 
sieur  le  comte  dont  vous  vous  êtes  embéguiné. 

M.   JOURDAIN. 

Paix,  songez  à  ce  que  vous  dites.  Savez-vous  bien,  ma 
femme ,  que  vous  ne  savez  pas  de  qui  vous  parlez ,  quand 
vous  parlez  de  lui?  C'est  une  personne  d'importance  plus 
que  vous  ne  pensez ,  un  seigneur  que  l'on  considère  à  la 
cour,  et  qui  parle  au  roi  tout  comme  je  vous  parle. 
N'est-ce  pas  une  chose  qui  m  est  tout-à-fiiit  honorable, 
que  Ton  voie  venir  chez  moi  si  souvent  une  personne  de 
cette  qualité ,  qui  m  appelle  son  cher  ami,  et  me  traite 

'  Ça  mon  est  une  corruption  de  c*est  mon,  ancienne  expression 
qui  signifioit,  cela  est  vraiment  certain»  Getoit  une  affirmation 
très-forte.  On  en  yoit  un  exemple  dans  le  87*  chap.  du  a"  liy.  des 
Essais  de  Montaigne,  Un  médecin  vante  à  Nicoclès  la  puissance  de 
son  art  :  «  Vraiment  c'est  mon ,  répond  celiu-ei ,  q^i  peut  impu- 
te nément  tuer  tant  de  gens.  »  Ce  qui  yeut  dire  :  Vraiment  cela  est 
certain ,  puisqu'il  peut  tuer  tant  de  gens. 


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ACTE  III,  SCÈNE  III.  333 

comme  si  j^étois  son  égal?  Il  a  pour  moi  des  bontés  qu'on 
ne  deyineroit  jamais;  et  devant  tout  le  monde  il  me  fait 
des  caresses  dont  je  suis  moi-même  confus. 

MADAME   JOURDAIN. 

Oui ,  il  a  des  bontés  pour  vous  et  tous  fait  des  caresses  ; 
mais  il  vous  emprunte  votre  argent. 

M.    JOURDAIN. 

Hé  bien!  ne  m'est-ce  pas  de  Thonneur  de  prêter  de 
l'argent  à  un  homme  de  cette  condition-là?  et  puis-je  faire 
moins  pour  un  seigneur  qui  m^appelle  son  cher  ami? 

MADAME   JOURDAIN. 

Et  ce  ligueur  j  que  £aiit-il  pour  vous  ? 

M.   JOURDAIN. 

Des  choses  dont  on  seroit  étonné,  si  on  les  savoit. 

MADAME  JOURDAIN. 

Et  quoi? 

M.    JOURDAIN. 

Baste,  je  ne  puis  pasm'expliqùer.  Il  suffit  que  si  je  lui 
ai  prêté  de  Fargeiit,  il  me  le  retidra  bien ,  et  avant  qu'il 
soit  peu. 

MADAME   JOURDAIN. 

Oui,  attendez-vous  à  cela. 

M.    JOURDAIN. 

Assurément.  Nç  me  Fa-t-il  pas  dit? 

MADAME   JOURDAIN. 

Oui,  oui;  il  ne  manquera  pas  dy  faillir. 

M.    JOURDAIN. 

n  ma  juré  sa  foi  de  gentilhomme. 


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334    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME; 

MADAMB   JOURDAIN. 

Chansons. 

M.    JOURDAIN^ 

Ouais!  VOUS  êtes  bien  obstinée,  ma  femme.  Je  vous  dis 
qu'il  me  tiendra  sa  parole,  j'en  suis  sûr. 

MADAME  JOURDAIN. 

Et  moi,  je  suis  sûre  que  non ,  et  que  toutes  les  caresses 
qu'il  Ydus  fiiit  ne  sont  que  pour  vous  enjôler. 

M*    JOVRDAIff* 

Taisez^Tdus.  Le  voici. 

MADAME   JOURDAIN. 

n  ne  nous  faut  plus  que  cehé  II  vient  peut-être  encore 
VOUS  faire  quelque  emprunt,  et  il  me  semble  que  j'ai  dinë 
quand  je  le  vois. 

M«    JOURDAINé 

Taisez-vous,  vous  dis-je* 

SCÈNE   IV. 

DORANTE,  M.  JOURDAIN,  MADAME  JOURDAIN, 
NICOLE. 

DORANTE. 

Mon  cher  ami  monsieur  Jourdain ,  comment  vous  por- 
tez-vous? 

M.    JOURDAIN. 

Fort  bien,  monsieur,  pour  vous  rendre  mes  ptits 
services. 

DORANTEi 

Etmadame  Jourdain  que  voiU,commentseporte-t-elle? 


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ACTE  III,  SCÈNE  IV.  335 

MÀDÀMB   JOURDAIN. 

Madame  Jourdain  se  porte  comme  elle  peut. 

DORANTE. 

Comment  !  monsieur  Jourdain ,  vous  voilà  le  plus 
propre  du  monde. 

M.    JOURDAIN. 

Vous  voyez. 

DORANTE. 

Vous  avez  tout-à-fait  bon  air  avec  cet  habit;  nous  n'a- 
yons point  de  jeunes  gens  à  la  cour  qui  soient  mieux  Ëiits 
que  vous. 

M.    JOURDAIN. 

Hai,  bai. 

MADAME  JOURDAIN,  à  pàtt. 

Il  le  gtatte  par  où  il  se  démange. 

DORANTE. 

Tournez-vous.  Cela  est  tout-à-fidt  galant 

MADAME   JOURDAIN,  à  part. 

Oui,  aussi  sot  par-derrière  que  pàr^devant 

DORANTE. 

Ma  foi^  monsieur  Jourdain,  javois  une  impatience 
étrange  de  vous  voir.  Vou«  êtes  l'homme  du  monde  que 
f  estime  le  plus ,  et  je  porlob  de  vous  encore  ce  matin  dans 
lachatiibiiedurm* 

M.   JOURDÀi:if. 

Vous  me  £aiites  beaucoup  d'honneui^monsieur.  (K  ma- 
dame Jourdain.)  Dans  la  chambre  du  roi* 


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336    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

DORANTE. 

Allons^  mettez. 

M.    JOURDAIN. 

Monsieur,  je  sais  le  respect  que  je  vous  dois. 

DORANTE. 

Mon  Dieu!  mettez.  Point  de  cérémonie  entre  nous,  je 
vous  prie. 

M.    JOURDAIN. 

Monsieur. . . 

DORANTE. 

Mettez ,  vous  dis- je ,  monsieur  Jourdain  ;  vous  êtes  moa 
ami. 

M.    JOURDAIN. 

Monsieur,  je  suis  votre  serviteur. 

DORANTE. 

Je  ne  me  couvrirai  point,  si  vous  ne  vous  couvrez. 

H.   JOURDAIN,  se  couvrant. 

Jaime  mieux  être  incivil  qù^importun. 

DORANTE. 

Je  suis  votre  débiteur,  comme  vous  le  savez. 

MADAME   JOURDAIN,  à  part. 

Oui,  nous  ne  le  savons  que  trop. 

DORANTE. 

Vous  m  avez  généreusement  prêté  de  l'argent  en  plu- 
sieurs occasions  ;  et  vous  m'avez  obligé  de  la  meilleure 
grâce  du  monde,  assurément. 

M.   JOURDAIN. 

Monsieur,  vous  vous  moquez. 


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ACTE  III,  SCÈNE  IV.  337 

DORANTE. 

Mais  je  sais  rendre  ce  <ju  on  me  prête,  et  teconnottre 
les  plaisirs  qu'on  me  Êiit. 

M.    JOUK-DAIN. 

Je  n'en  doute  point,  monâfeur. 

DORANTE. 

Je  yeux  sortir  d'affaire*  âvec  vous;  et.  je  viens  ici  pour 
faire  nos  courtes  ensemble. 

M.   Jourdain,  ]ias,.à  nv^dame  Jourdain. 

Hé  bien!  vous  voyez  votre  impertinence^  ma  ffMnme. 

DpRA:^JE. 

Je  suis  homjne  qui  aiçie  à  m'acquittecle  plus  t^t  que 
jepuis.         ' 

M.   J  O  U  R  D  A I N  ,  bas ,  à  madtone  Jourdaita. 
Je  V0U3  le  disois  bien. 

DORANTE. 

Voyons  un  peu  ce  que  je  vous  dois. 

M.   JOURDAIN,  bas,  à  madame  Jourdain. 

Vous  voilà  avec  vo»  soupçons  ridicules! 

DORANTE.     • 

Vous  souvenez-vous  bien  de  tout  l'argent  que  vou3 
m'avez  prêté? 

M.   JOURDAIN. 

Je  crois  que  oui.  J'en  ai  fait  un  petit  mémoire.  Le 
voici.  Donné  à  vous  une  fois  deux  cents  louis.  ' 

*  Le  louis  yaloit  alors  1 1  francs ,  ce  qui  est  rérifié  par  le  compte 
de  4^0  louib  valant  5o6o  francs  d'argent  prêtés  à  Dorants  par 
M.  Jourdain. 

MoLiknc.  5.  aa 


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338    LE  BOUR<iEOIS  GENTILHOMME. 

DORANTS. 

Cela  esîTrai. 

M.    JOURDAIN. 

Une  aatre  fois,  six  vingts. 

DoiANTK. 

Oui. 

V..  JOURDAIN. 

Une  autre  fçis,  cent  «quarante. 

BORrANTE^ 

Vous  avez  raîison. 

M.    JO^RDAyr. 

Ces  trois  articles  hht  quatre  cent  soixante  lotiis,  qui 
valent  cinq;  yiille  soixante  livres. 

DORANTB. 

Le  compte  est  fort  bon.  Cinq  mille  soixante  livres. 

M.    |O.URDAJ[,N. 

Mille  huit  cent  trente^éux  livres  à  Votire  phimassier. 

DORA'NTB.. 

Justement. 

M.    J0URD4IN. 

Deux  mille  sept  cent  quatre-vingts  livres  à  votre 
tailleur. 

DORANTE. 

Il  est  vrai. 

M,    JOURDAIN. 

Quatre  mille  trois  cent  septante-neuf  livres  douze  sous 
huit  deniers  à  votre  marchand. 


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-     ACTE  III,  SCKI»E  IV..  3% 

DORÀNtjB. 

Foirt-^ien.  Douée  sous  huit  deniers,  le  comipte  est 
juste. 

M.    JOURDAIN. 

Et  mille  sept  cçqt  quaraû^e-^uit  lixre&sept  sous  cjHatre 
deniers k votre selB»r^    -,        '     "  . 

Tout  cela  est  véritable.  Qu'est-ce  giié  c«l^ fait?. 

.'M.   JOURÔAIWi      '  ■     , 

Sommç  totale,  ^nzse  intHèl)viit6éiit$  livres. 

'.DÔHATS'ifi.*'.     ' 

Somme  totale  est  jtis!e.  Quinze  mjUe  kuit«6nts  livres. 
Mettez  oaooEe  deux  cents  louis  tjvie  "^pw  m'âilez<lû^er, 
cela  fera  juste Acht  .dit-huil  yuîflç  Mncs,  qi^  je  tcms 
paierai  au  pieçiîer  jour.  *^ 

MÂfTÂM^  JOURDAIN,  ha§>,  à  M^Jptiraain. 

Hé  bien  !  ^  rarois-jë  pas  bien  de^né? 

Vk  'JOU110ÂIN>  ba»,  à  fnac(fline«3^ôuTd»in. 

Paix.  .       •* 

*  -.DORX'l&TB; 

Cela  vous  incommodera- t-il^  de  me  donner  ce  qtie  jo 
vous  dis?  •.   •      * 

Hé!  non.  .  .  • 

MAD AMfi   yx^JBhéJiXyj  bal)  à  31»  JoVAclâiii. 

Cet  homme-là  fait  de  vou0.une  vache  à  lait 

M.  JOtfaïJAIir,  bas,  à  madame  Joucdain. 

Taisez-vous. 


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34o    LE  50tJRGT:0I«  GENTILHOMME. 

DORANTE. 

Si  cela  vous  incOBimode^  j^en  irai  ehercher  aillëilrs* 

M.    JÔVRDÀIIT. 

No,Q,  monsieur. 

MADAMB  JOITRD-AIN,  ba»,  à  m:  Jourdain- 
Il  ne  sera  pas  cqiîlent  qu'il  ne  vouâ  art  rukté. 

Mh   JOURpAlIi)  bas,  H  ms^àame  Jourdain. 
Taisei-vous ,  ^prïstîîs-jp.'   • 

s     Ï)04\NTÇ. 

Yous  n  avez-q'rfà  mç  cl{se  si  cela  vous  embarrasse. 

•  M.    JOtTRDAltr* 

,    -       ^'       • 

•    Point,  monsieur."        J'       *  "    '•       - 

.IbADiAMX  aoVRDAm.has,  à  ]f^.  Jourdain. 

C'est  un  vrai  enjôleur.  •       ^   .      ^ 

Sf.  ;  JOURDAIN  2  ^^i  ^  madame.  Joardtfhi. 

Taisez-Yous  done.  '    . 

MA^Aâfl  Jp^R^DAIK^bas^àM.  Jourd^n. 

n  VOUS  sucera  jusquW  dernier  ^ou.  - 

M.   JOURDAIN,  bas-,  à  madame  Jourdain. 

Vous  tairez-yous  ? 

DO'RAfïTÊ. 

JTai  force  gens  qui.Wen  prétoroient  avec  joie;  mais, 
oomme  vous  êtes  mon  meilleur  aftii,  j-ai  cru  que  je  yous 
ferois  tort  à  )^n  ylemailjdois  à.qoelj||ie^Uti>e« 

^f.   JaURBAIN. 

C'est  trop  d'honneur <,  monsieur,  qiie  vous  me  Êiites.  Je 
vais  quérir  votre  afiâire. 


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.  AGTE  lU,  SeÊ»Ë  IV.  341 

MADAME   JOURDAIN,  bas,  à  M.  Jourdain. 

Quoi  !  TTM)s  âUez  eMorë  lui  donnée  cela  ? 

M.  JdlTEDtilNy  bas  ; /iiAadaioë  Joutd|Mn. 

Que  fsiire?  VoulQz^yonsqtie  jerefuse  nn  homme  de  cette 
con^hfon-là/qui  a  pfiilé  d#  i^pi  ce  smlii^aiis  laxha^bre 
du  roi? 

MADAME   JOURDAIN/  bas ,  à  M.  Jourdain. 

AUear,  tous  êtes  une  vraie  dupe. 

SCÈNE  V. 
DORANTE,  MAUAMÇ  JOURDAIN,  KIÇ131.E. 

DOKAÏfTE.* 

♦       ,  *• 

Vous  me  semblez  toute*  mélancoliijue  :  qu'avez-yQus . 

madame  odrdaln? 

f  •      •    •     • 

MADAJIB,  JOURDAIIÏ.  '      . 
■  "*  .•»♦'*• 

Tai  la  tête  plus  grosse  ^  le  poing ,  et  si  elle  a^t  pas 
enflée. 

,   .     BkORAllYTEJ 

Mademoiselle  votre  fille,  oîi  est-elle ^  ^îie  JQ^ne  là  vois 
point?  •* 

MADAME   JOURJ)AIN. 

•  V  ■  .  • 

MademoisfsUe  ma  fille  e$t  bien  où  eSe  est. 

.IIPBS^'NTE 

Comment  se  porte-^lle*? 

MADAME  JOURDAtN% 

Elle  se  porte  sur  $e$  deux  jambes. 


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342    LE  BOURG-BOIS  GENTltHOMME. 

DORANTS. 

Ne  vonlez-votiA  point,  un  dé  cw^jour^  ^  remx  voit  avec 
elle  le  ballel^et  la  domédle  giie4  on  fait  cher  le  roi? 

*ièm  yraimënt^  aou6  ayôfs  4^rt  eo^e  âf  rke  ;  ibrtcnvifi 
de  rire  nous  avonsl 

DOkANTE.      ' 

Je  pense,  madame 'Jourdayi ,  que  vous âVez. eu. bien 
des  amants  dans  votre  jéUne  âge,  telle  et  d'agréable  hu- 
ïneur  comme  vous  éti«z. 

MAPAME    a,OURbAIN. 

Ttèdame,  '  XK^bugl^nr,  est^e  que  ma^fUne  Jt>urdahi 
e^t  déérépite?  ej  latêW  lui  grouille-t-elle  déjà? 
Dofi'A^yi;^. 

hhï  ma  foi,  madame  Jourdain,  je  yoos  dçmande  par- 
don rie  ne  sôngeoîs  pas  (jue  voms  êtes  |îune  ;  et  je  rêve  le 
plus  souvent.  X»  veUs^gfie  d'e^u^er  mon  imperjtineçce. 

scè'ne  VL    '   • 
m.  joïjrdara,  kç^damè  jourdain,  domnte, 

>      *•      /'wiCOiE. 

M.  -JOURDAIN^  à  Dorante. 

Voila  d^ux.c^t^  loliis  bien  cOAiptés. 

DORA^Tir. 

Je  vous  assure,  monsteuf  Jotîrdain,  que  je  suis  tout  à 
vous,  et  que  je  brûle  de  vous  red^e  un  semcft  à'  la  cour. 

'  T redame,  exclamation  familière  qui  vient  de.  Notre-Dame. 


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ACTE  lir,  SCM«  VI.  643 

Je  Vous  suïsirop  obligé. 

DORANTB. 

Si  madame  Sfom-daiii  veilt  voir  U  ^Utertissement  roj^al , 
je  lui  ferai  donner  les  meilleures  places  4^  la  salle. 

MÀDAMB-  JOURDAIN. 

Maddkne  Jourdaii^rous  bâise  les  mains. 

DORANTE,  bats,  à  M.  Joïirdaîù. 

Pîotre  belle,  n^aixjuîse^  comme  je  voiis  «imafll^é  par 
mon  billet ,  viendra  tantôt  ici  pour  le'ba^et  et  le  rçpasf  et 
je  Tai  fait  consentir  enfin  au-  cadi^au  que  vous  lui  voulez 
dbnner. 

.M.    JOURDAIJS. 

Tirons-nous  un  peu  plus  k>in^  ppùrtcause., 

DORANTE. 

Il  y  a  huit  jouïs  <jae  je  î^(B-vous  ai  vu,  et  je  ne  vous  ai 
point  mand&de  pouvdles  du  di^gi^ant  que  vous  me  mîtes 
entre  les  mains  pouï  Rii  ep  feiire 'ppësent  4c"  Vôtre  fart  : 
mab  c  est  que  j'ai  eu  toutes  les  peines  d^  monde  à  vaincre 
son  scruptde  :  et  ceâft'jest  que  dàrujourdliui  ^qii'ellç  s'est 
résolue  Mi^cépjter* 

B(.    JOVRDJLIN.  ^« 

Comment  IVt-e^e  trouvé  ? 

DORANTS. 

Merveilleux;  et  je  me  tromj^  fort,  ou  la  beauté  de  ce 
diamant  «fera  pouf  vpus-sur  son  esprit  un  efifet  ^dmiraUe, 

M.   l0URt)'AIN. 

Plût  au  ciel! 


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344    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

MADAME  JOURDAIN,  ^Nicole. 

Quand  il  est  une  fob  avec  lui,  il  ne  peiièle  quitter. 

DOKANTE. 

Je  lui  ai  fait  yafoir  pomme  il  faut  la  richesse  de  ce  pré- 
sent et  la  grandeur  de  votre  amour. 

M.    JK)1/IU)AIN. 

Ce  sont,  monsieur,  desBontés<^  m'accaUent;  et.je 
suis  dans  ime  confusion  la  plus  grande  du  monde  de  vpir 
nnef>l)rsonaedeVotre  qualité  •s'aI>aissçrpQur  moi  à  «eque 
voii^  faites.         ..    • 

DOBANTE: 

Vous  moquez-vous?  est-ce  qu'entre  amis  on  s'arrête  à 
ces  sortes  de  scrupule3?  et  ne  feriéz-vous  pas  pour  moi  la 
même  chose  si  l'od^'sion  s  en  o$roit? 

M.    JOUÀDAIN. 

Oh!  assurément,  ettle  très-graud^owir. 

BfADAME   J«>JU[RBAIN,  has,à.]Sic«lft. 

Que  si  présence  nje'pèse'sur  I^s  épaule»! 

bORANTEJ  * 

•Pouf  moi,  je  ne  regarde  rien  quand  il  fiiut «servir  un 
ami;  et  lorsque  vous  menâtes  confidenôende  H^ttléuf -que 
vous  aviez  prise  pour  cette  marquise  agréable  chez  qui 
j'avois  commerce,  vous  vîtes  que  d'abgrd  je  ipo£Bris  de 
moi-même  à  servir  votre  amour. 

M.    JOURDAIN. 

Il  est  vrai^'Ce  sont  des  bontés  qui  me  confonilent. 

MADAME    jro'VRDAIIf,  àNicole. 

Est-ce  qu'il  ne  s'en  ira  point? 


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AGiE  m,  s<;êne  vl         341? 

NICOLE. 

Us  se  trouvénf  bien  eniseinUe. 

*  DOftAWTE.^ 

Vous  avez  gris  lel)on  Mais,  pour  toiicheï*son  cœur. 
Les  fiimmes  aimemt  surtout  1^  aépei^ses  qtt'on  fait  pour 
elles 5  et  vos  fréquentes  sérénades,  -et  vos  Ix^uquets  oouti- 
uuels,  ce  superbe  feu  d'artifice  qu'elle  trovpva  sur  Teau^  le 
diamafkit  qu'elle  a  reçu  jfevofre  part  j^et  le  cadeau  gue  vous 
lui  préparez,  tout  cela  lui  parle  bien  mieux  en  faveur  de 
votre  âxnonr  que  toutes  les  paroles  que  tou^  auriez  pu  lui 
dire  vous-même.  .  .      ' 

M.    JOURDAIN. 

11  n'y  a  pas  de  dépense  que  je  ne  ûsâe^  si  par-là  je  pou- 
vois  trour^er  lA^keipîn  de  9optoAu?4Jne  fetfune  de  qualité 
a  pour  moi  des  charmes  i;avissanfs;  et  ci/esl  un  konneur 
que  j'achèterpis  au  prix  de. touljps  «choses. 

Que  peuyent-fls  tafrt  ^ire^  ensêîi^ble?' Va-t^eo  un  peu 
tout  dcmcement  prêter  Pôçeille. 

DORANTE. 

Ce  sera  tantôt  qua-yous  fuirez  à  votre  aisç  du  plaisir 
de  sa  vue;  et  vos  jèxix  auront  tout  le  tempsde  se  satis- 
faire. '  /  ,       • 

M.    JOURDAJN.    , 

Poiir*^e  ejr  pjeîne'lifcettéf  fâi  fait  en  §orte  que  ma 
femme, ira  din/er  cbeVma  s£eur,  •oublie  pjissera  toute 
laprès-dînée. 


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346    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME, 

DORAKTE. 

Vous  avez  fait  prudemment,  e\  VQtre  feinme  auroit  pu 
nous  embarrasser.  J  ai  donné  pour  vous  Tordre  qu'il  faut 
au  cuisiuier,  et  à  toutes  Jes  choses  qui  sont  nécessaires 
pour  le  bàllel.  11  est  de*  mon  inventicui't  et  pourvu  que 
rexécution^disBe  répandre  à  IHdée,  je  suis  sûr  qu'il  s«*a 
trouva...' 

M.  SOVKtAlVj  s'apercerant  que  IJioole  lêcoute ,  et  loi  d6nnBnt 
nin  soufflât. 

Ouais  r  YOi^s  èveg  bien  irapertin^iite  !  (  à  Do^ntç.  )  Sor- 
tons y  s^il  VOUS  plaît.    . 

ÇGÈNE   VIL 

*MAT)AMÈ  TOtjRDAIN,-NJ!00LB. 

.HI&OLB. 

Ma  foi-,  madaiie  ,1a  curiosité  m'a  coûté  quejque  chose  : 
mais  je  crots  qu'il  y*  a  quelle  ai^ille^ou»ro!che;  et  ils 
parlent  de  quelque  aJlair^où  ils  ne  veulent  pas  qu/s  vous 
soyez. 

MÀDAiME  «JOURDAIN. 

te  n'est  pasxTaujouiyniTiî,  Nicole,  que  fai  conçu  des 
soupçons  df  ïnon  mari.  Je  suis  la  plp3  trompée  du  monde , 
ou  il  j  a  quelque  amour  en  campagne  ;  et  je  travaille  y.  dé- 
couvrir ce  que  ce  peut  être.  Maiàcsongeons  à  çaa'fijle.  Tu 
sais  lamour que  Gléeitte.à potnr die  :  VesMùi  hotame qui 
me  revient  j  et  je  veux  aider  sa  recjierche,  «t  lui  dcmner 
Lucile|Si  jepuis. 


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ACTE  IH,  SCȫE  VIL  347 

NICOLE. 

.  En  vérité^  madamt,  je  suis  la  plus  ravie  du  monde  de 
vous  voir  dans  ces  senUmenU  :  car. si  le  inaUre  vous  re- 
vient, le  valet pe  me  revient  pas  moins;  et  je  souhaiterois 
que  notre  mariage  se  pût'fai)re  à  Fombre  du  leur* 

MADÀMB  JOU&DAIN. 

Va-t'en  lui  parler  de  ma  part,  et  lui  dire  que  tout  à 
rïieure  il  me  vienne  trouver,  pour  fidre  ensemble  à  mon 
mari  la  demande  de  ma  fiUç. 

NIGOI«E. 

Tj  cours ,  madame ,  avec  joie  ;  et  je  ne  pouvois  fecevoir 
une  commission  plus  agcéable.  (s^le.)  Je  vais,  je  pense, 
bien  réjouir  les  gem*. 

SCÈNE   VIII. 

CLÉONTE,  COVIELLE,  NICOLE. 

NICOLE,  à  (Iléonte. 

  H  !•  vx>us  voilà  tout  à  propos.  Je  suis  une  ambassadrice 
de  joie,' et  je  viens... 

ClÉONTE. 

Retire-toi,  perfide,  et  ne  me  viens  pals  amuser  avec  tes 
tiaitreeses  paroles. 

NICOLE. 

Est-ce  ainsi  que  vous  recevez, . . 

CLÉONTE. 

Rfitire-toi,  te  4^j^>  et^ira-t  en  de  ce  pas  dire  à  ton  in- 
'fidèk  maîtres^  qu  elle,  n  abusera  de  sa  vie  le  trpp  simple 
CléeiUe^ 


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348    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

NICOLE. 

Qud  yieitîgo  C5t-ce  donc  ià?  Mon  pauvre  Coviellc, 
dis-moi  on  peu  ce  que  cela  veut  tlire. 

CÇYIBLLB. 

Ton  pauvre  GoViellc,  petite  scéléralel  Allons,  vite, 
Ate-toi  de  mes  yeux,  tilâinè,iet  me  laisse «o  repos. 

iriCOLE. 

Quoi  I  tu  me  viens  aussi. . . 

coviEnjB. 
Ote-toi  de  mes  yeux,  te  dis-je^  et  ne  me  parle  de  ta 
vie. 

NICOLE,  à  paftrt.  • 

Ouais!  quelle  mouche  les  a  piquet  tous  deux?  ÂUons 
de  cette  beHe  histoire  informer  ma  maHtesse. 

SCÈNE  IX. 
CLÉGNTE,  COVIELLE. 

CIiEOKTE. 

QtJoiI  traiter  un  amant  de  la  sorte!  et  uti  amant  le 
plus  fidèle  et  le  plus  passionné  de  tous  les  amants! 

CO  VIELLE, 

Cest  une  chose  épouvantable  que  ce  qu'on  nous  &it*à 
tous  deux. 

CLÉONTE. 

Je  fais  voir  pour  une  personne  toute  Fardeur  et  toute  la 
tendresse  qu'on  peut  imaginer ,  je  n'anpe'rien' au  monde 
qu'elle,  et  je  n'ai  quVUe  dans  Fesprrt;  elle  &it  tous  Etes 
soins,  tous  mes  désirs ^  toute  ma  joie;  je  ne  parle  que 


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ACTE  III,  SCÈNE  fX.  349 

délie,  je  ne  pense  qu^à  elle,  je  ne  fais  des  songes  que 
d'elle,  je  ne  respire  que  par  elle,  mon  cœoryit  tout  en 
elle  :  et  voilà  de  tant  d'amitië  la  digne  récompense  1  Je 
suis  deux  jours  sans  la  voir,  qui  sont  pour  moi  deux  siècles 
e&oj^ables;  je  la  rencontre  par  hasard,  B(ion  cœtir  à  cette 
vue  se  sent  tout  transporté ,  ma  joie  éclate  sur  mou  visage , 
je  vole  avec  ravissement  vers  ellej  et  Finfidèle  détourne 
de  moi  ses  regards ,  et  passe  Inrusquement,  comme  si  de  sa 
vie  elle  ne  m'avoit  vu! 

COViELLE. 

Je  db  les  mêmes  choses  que  vous.  * 

CLiOlTTE. 

Peut-on  rien  vçir  d'égal,  Covielle,  à. cette  pef£idie  de 
TingrateLucile? 

GOVI££LB. 

Et  à  celle,  monsieur,  de  la  pendarde  de  Nicole? 

CLéoNTE. 

Après  tant  de  sacrifices  ardents,  de  soupirs  et  de  voeux 
que  j  ai  Ëiits  à  ses  charmes  ! 

GOVtBBLE. 

Après  tapt  d'assidus  hommages,  de  soins  et  de  services 
que  je  lui  ai  repdus^dans  sa  cuisine! 

CLÉONTE. 

Tant  de  lairmcs  que  fai  versées  à  ses  genoux! 

COVIELLE. 

Tant  de  seaux  d'eau  que  j'ai  tirés  au  puits  pour  ^e  ! 


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33o    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME, 

CLEOVTB. 

Tant  d  ardeur  que  j'ai  fait  paroitre  à  la  chérir  pliu^qie 
moi-même! 

COVIELLE. 

Tant  de  chaleur  que  j'ai  soufferte  à  toigmer  la  broche 
à  sa  place. 

CLÉQNTS. 

Elle  me  fait  avec  mépris! 

COVIELLE. 

Elle  me  tourne  le  dos  avec  efl5:onterie! 

-       CLÉONTE. 

C'est  une  perfidie  digne  des  phis  grands  châtiments. 

Ct)VIEIJ,E. 

C'est  une  trahison  à  mériter  mille  ^ufflets. 

CLÉONTb. 

Ne  t'avise  point,  je  te  prie,  de  me  jamais  parler  pour 
elle. 

COVIBILE. 

Moi,  raousieur?  Dieu  pAsû  gârdej 

CL^OT^TE. 

Ne  viens  point  m  cxcuspr  ïactiofn  de  cette  infidèle. 

COVIELEE. 

N'ayez  pas  peur. 

CLIÎOTÎÏTE.       ' 

Non,  vois-tu,  tous  tes  discoqrs  pouf  la  défendre  ne 
serviront  de  rieil. 

COVIELLE. 

Qui  songea  cela? 


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AC1>F  Ul,  SC&N*  IX.  35i 

Je^reux  contre  eHe^  boiiserrer  «ion*re«6enliitfeiit)  et 
rompre  ensi^mbletopteofiiinerce. 

CaVIELLE. 

JTy  consens. 

GLéONTB. 

Ce  monsieur  le  comte  qui  va  chez  elle  lui  donae  pcut- 
êtye  Bans  la  vue;  et  son  esprit  j  je  le  vois  bien,  se  laisse 
éblouir  A  la  qualité.  Mal.^  il  me  faut  j  pouy  mon  honneur , 
prévenir  Féckt  de  son  inconstance.  Je- vqpx .faite  autant 
de  pas  quWe  au  changement  où  je  la  vois  cojorir^^t  ne 
lui  laisser  pas  teule^la  gloire  de  rue  quitter.  .- . 
.  •  *       '  cuvrELL-Ë.. 

C  est -foét  WeA  dit,  et  j'entre  poiir  tnon  t^etnpte  daos 
tous  vos  sentiments.  ■  * 

CL^ÔNJE.» 

Donne  la  main  à  mon  dépit;  et  soutiens  ma  ri^solution 
contre  tous  les  restes  d'amour  qui  me  pourroieot  parler 
pour  elle,  Dis-m'eUj  je  ipn  confurej  tout  le  mal  que  tu 
pourras;  fais-moi  de  sa  personne  une  peinture  qui  me  la 
rende  méprisable;  et  mâique-moi  bien,  pouf  m'en  de-- 
goûter,  tous  les  défauts  que  tu"pwx  voir  en  elle: 
'coviiïi*:t.jE;. 

EB^f^  monsieui3^vûilà  une  befle*  nlijaurèe,  '  uiie  pim- 

_  i ■■'  ■! ' 

'  M4'^nécy  teitne  familier  doût  on  se^serye^t  jio^nrdésigpier  une 
femme  dont  \çs  manières  sont  affectées  et  ridicules. 


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3>a    LE  BOURft-ÉOIS  GBNni-H01VI»E. 
pesouée  '  bien  hâtie,  pour  vous  donnei  tant  d  amour  1  Je 
De  lui  yo»  ri%Q  ipe  de.4rès^médi«^re;  et  Vous  tronrerez 
cent  personne3^qui  seront  plus  âigaes  de  you6.  PremVère- 
ment  elle  a  les  yeux  petits. 

CLEONTE. 

Cela  est  vrai ,  elle  a  les  yeax  petits;  mais  elle  les  a  pleins 
de  feUf  les  plus  brillants ,  les  pkis  perçants  du  monde,  les 
plus  louchants  qu'on  puisse  Toîr* 

COTI^KliE, 

Elle  %  la  be>adi«  grande. 

CLBONTK, 

Oui;  mai&  on  y  yoit  des  ^Aces  qu  en  ne  voit pornt aux 
autres  boucfacs  :  et  cette  bouche ,  en  la  voyant ,  inspire  des 
désirs^  elle  est  k  plus  altrajante,  la  plus  ^iqpureuse  du 
monde.  •        ' 

/:OVIJÇLLE. 

•   Pour  sa  taille  3  elk  n'est  pas  grande* 


Son',  maïs  elle  esTalsée  et  bien 


Non',  mais  eue  est  ajsée  et  Drea  pn^e* 

COVIEIlpti* 

Elle  aflfecté  une  nonchalance  dans  son  parler  et  dans 
sesactioDSr». 

ccéoNTB. 
Il  est  vrai ,  mais  ^e»  a  grâce  à*  tout  odia^  et  ses  manières 


I  Pimpesouée,  yieiUe  ex^iression  que  l'on  emjplojoit  pour  dii« 
qu'une  femme  faisoit  la  dj^icate,  la  {Précieuse.  Soïtié  vient  âe  Tan- 
cien  mot  souef,  du  latin  suavis. 


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ACTE  m,  SCÈNE  IX.  553 

sont  engageantes,  ont  je  ne  sab  qael  charme  à  s'insinuer 
dans  les  cœurs. 

COYIELLE. 

Pourdelesprit... 

CLl^OIiTE. 

Ah!  elle  en  a,  Coyielle,  du  plus  fin,  du  plus  délicat. 

GOTIBLLB. 

Sa  conversation... 

GLEONTE.       V 

Sa  conversation  est  charmante. 

COVIELLE. 

Elle  est  toujours  sérieuse. 

CLÈÙVTE. 

Veux-tu  de  ces  enjouements  épanouis,  de  ces  joies 
toujours  ouvertes?  Et  vois-tu  rien  de  plus  impertinent 
que  des  femmes  qui  rient  à  tout  propos? 

COVIELLE. 

Mais  enfin ,  elle  est  capricieuse  autant  que  personne  du 
monde. 

CLÉONTE. 

Oui,  elle  est  capricieuse,  j'en  demeure  d'accord  :  mais 
tout  sied  bien  aux  belles,  on  souffi*e  tout  des  belles. 

COVIELLE. 

Puisque  cela  va  comme  cela ,  je  vois  bien  que  vous  avez 
envie  de  Paimer  toujours. 

CLioNTE. 

Moi?  j^aimerois  mieux  mourir;  et  je  vais  la  haïr  autant 
que  je  lai  aimée. 

MoLikms.  5.  a3 


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354    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME^ 

«OYIELLB. 

Le  moyen,  si  vous  la  trouvez  si  parfaite? 

CLÉONTE. 

G  est  en  quoi  ma  vengeance  sera  plus  éclatante,  en 
quoi  je  veux  faire  mieux  voir  la  force  de  mon  cœur  à  la 
haïr,  à  la  quitter,  toute  beUe,  toute  pleine  d'attraits,  tout 
aimable  que  je  la  trouve.  La  voici. 

SCÈNE  X. 
LUCILE,  CLÉONTÉ,  COVIELLE,  NICOLE. 

NICOLE,  àLucile. 

Pour  moi,  j  en  ai  été  toute  scandalisée. 

LUCILE. 

Ce  ne  peut  être,  Nicole,  que  ce  que  je  dis.  Mais  le 
voilà. 

CLEONTE,  à  CovicUc. 

Je  ne  veux  pas  seulement  lui  parler. 

COVIELLE. 

Je  veux  VOUS  imiter. 

LUCILE. 

Qu est-ce  donc,  Cléonte?  Qu'avez-vous? 

NICOLE. 

Qu'as-tu  donc,  Covielle? 

LUCILE. 

Quel  chagrin  vous  possède? 

NICOLE. 

Quelle  mauvaise  humeur  te  tient? 


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ACTE  m,  SCÈNE  X.  355 

LtJGILE. 

Êtes^vous  muet,  Cléonte? 

NICOLE. 

As- tu  perdu  la  parole,  Covielle? 

CLÉONTE. 

Que  voilà  qui  est  scélérat  ! 

COVIELLE. 

Que  cela  est  Judas! 

ItJCILE. 

Je  VOIS  bien  ijiie  la  rencontre  de  tantôt  a  IrouUé  voir© 
esprit, 

GLÉOITTE,  a  CoTtellft. 

Ail!  ah!  on  voit  ce  qu'ion  a  fait. 

NICOLE. 

Notre  accueil  de  ce  malin  l'a  fait  prendre  la  chèvre»  ' 

GOVlELLEj  à  Cliioute, 

On  a  deviné  renclouure- 

LIICILE. 

N'est41  pas  vrai  j  Cléonte,  que  cest  là  le  sujet  de  votre 
dépit? 

CLÉOKTE. 

Oui,  perfide^  ce  lest,  puisqu'il  faut  parler^  et  j'ai  à 
vous  dire  que  vous  ne  triompherez  pas ,  comme  vous  le 
pensez  j  de  votre  infidélité,  que  je  veux  être  le  premier  k 
rompre  avec  vous  j  et  que  vous  n'aurez  pas  Tavantage  de 

'  FrettdfeÎA  chèvre,  ie  ficher^  ac  tnetUe  en  colèttj.  €  eat ,  fui- 
vaut  Ménage ,  imilei-  b  chèvre  p  qui  «si  impitienif,    ^       ^        ^ 


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356    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

me  chasser.  Jaurai  de  la  peine,  sans  doute,  à  vaincre 
Tamour  que  j'ai  pour  vous;  cela  me  causera  des  chagrins; 
je  souffrirai  un  temps  :  maïs  j'en  viendrai  à  bout,  et  je  me 
percerai  plutôt  le  cœur,  que  d'avoir  la  ^Mblesse  de  re- 
tourner à  vous. 

COVIELLE,  à  Nicole. 
Queussi  queumi.  ' 

•  LUCILE. 

Voilà  bien  du  bruit  pour  un  rien.  Je  veux  vous  dire, 
Cléonte ,  le  sujet  qui  m'a  fait  ce  matin  éviter  votre  abord. 

CLÉONTE,  voulant  s'en  aller  pour  éviter  LuciU. 

Non ,  je  ne  veux  rien  écouter. 

NICOLE,  à  Co vielle. 

Je  te  veux  apprendre  la  cause  qui  nous  a  fait  passer  si 
vite. 

COVIELLE,  youlaat  aussi  s'en  aller  pour  éviter  Nicole. 

Je  ne  veux  rien  entendre. 

LUCILE,  suivant  Cléonte. 

Sachez  que  ce  matin.,  • 

CLÉONTE,  marchant  toujours  sans  regarder  Lucile. 

Non,  vous  dis-je. 

NICOLE,  suivant  Co  vielle. 

Apprends  que. . . 

COVIELLE,  marchant  aussi  sans  regarder  Nicole. 

Non,tradtressc. 

, . . ..ij 

'   Queussi  queumi  j  expression  paj-sanne  qui  signi(i«  tout  de 
même,  sans  aucune  différence. 


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ACTE  III,  SCÈNE  X. 

•  LUCILE. 


35/ 


Écoutez. 

Poînt  d'affaire. 

Laisse-moi  dire. 

Je  suis  sourd. 

Cléonte! 

Non. 

Covielle! 

Point. 

Arrêtez. 

Chansons. 

Entends-moi. 

Bagatelle. 

Un  moment. 

Point  du  tout 


CLEONTS. 

NICOLE. 
COVIELLE. 

LUGILEr 
CLÉONTE* 

NICOLE. 
COyiELLB.. 

LUCILE, 
GLÉONTB. 

NICOLE. 
COVIELLE. 

LUCILB.^ 
CLÉONTE. 


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358    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

NICOLE. 

Un  peu  de  patience. 

COYIELLE. 

Tarare. 

LUCILB. 

Deux  paroles. 

CLioiTTE. 

Non,  c'en  est  fait. 

NICOLE. 

Un  mot 

COVIELLE. 

Plus  de  commerce. 

LUCILB,  s'arrétant. 

Hé  bien!  puisque  vous  ne  voulez  pas  m'écouter,  de- 
meurez dans  votre  pensée^  et  faîte$  ce  cju'il  vous  plaira. 
NICOLE,  s^arrêtant  aussi. 
Puisque  tu  fais  comme  cela,  prends-le  tout  comme  tu 
voudras. 

CL]ÎONTE,se  retonmant  vers  Lucîle. 
Sachons  donc  le  sujet  d'un  si  bel  accueil. 

LUCILE,   s'en  aUant  à  son  tour  pour  éviter  Cléonte. 

Il  ne  me  plait  plus  de  le  dire. 

COVIELLE,  se  retournant  yers  Nicole, 

Apprends-nous  un  peu  cette  histoire. 

NIC  OLE  y  s'en  allant  aussi  pour  éviter  Goyielle. 
Je  ne  veux  plus,  moi,  te  l'apprendre. 
CLEONTE^  suivant  Lucile. 

Dites-moi.*. 


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ACTE  III,  SCÈNE.  X.  SSg 

LUC  ILE  j  marchant  toujours  sans  regarder  Cléente. 

Non,  je  ne  veux  rien  dire. 

COyiELLE^  siriyant  Nicole. 

Conte-moi. . . 

NICOLE,  marchant  aussi  sans  regarder  Co vielle. 

Non,  je  ne  conte  rien. 

CLÉONTE. 

De  grâce. 

LUCILE. 

Non,  vous  dis-je. 

COVIELLE. 

Par  charité. 
Point  d'affaire. 
Je  vous  en  prie. 
Laissez-moi. 
Je  t'en  conjure. 
Ote-toi  de  làv 
Ludle! 
Non. 
Nicole! 


NICOLE. 


CLÉONTB; 


LUCILr. 


COVIELLE*. 


NICOLE; 


CLÉONTE; 


LUCILE. 


COVIELLE. 


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36o    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

NICOLK. 

Point. 

AU  nom  des  dieux! 

LUCILB.^ 

Je  ne  veux  pas. 

COYIELLE^a 

Parle-moi. 

NIÇOISE. 

Point  du  tout. 
Éclaircissez  mes  doutes. 

LtJGILE. 

Non ,  je  n'en  ferai  rien- 

GOyiELLE. 

Guéris-moi  l'esprit 

IiICOLE«. 

Non ,  il  ne  me  plait  pas. 

GLÉONTS. 

Hé  bien  !  puisque  vous  vous  souciez  si  peu  de  me  tirer 
de  peine ,  et  de  vous  justifia  du  traitement  indigne  que 
vous  avez  fait  â  ma  flamane,  vous  me  voyez,  ingrate, 
pour  la  dernière  fois;  et  jç  v»is,  loin  de  vous,  mourir  de 
douleur  et  d'amour. 

GOVIEI'I'B,  à  Nicole. 

Et  moi,  je  vais  suivre  ses  pas. 

L  U  GI L  B  ,  à  Cléoiit« ,'  qui  veut  sortir» 

Qéontel 


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ACTE  m,  SCENE  X.  36i 

NIGOLB^à  Covielle,  qui  suit  sou  maître. 
Coviellel 

CLÉ0£7TE,  s'arrétant. 

Hé? 

COyiELLE)  s'arrétant  aattl. 

Plaît-a? 

LUGILS. 

Où  allez-vous? 

GLÉONTE. 

OÙ  je  vous  ai  dit. 

GOVIELLB. 

Nous  allons  mourir. 

LUGILE. 

Vous  allez  mourir,  Cléonte? 

GLÉONXE. 

Oui ,  cruelle ,  puisque  vous  le  voulez. 

LUGILE. 

Moi ,  je  veux  que  vous  mouriez  ? 

CliéONTE. 

Oui ,  vous  le  voulez. 

LUGILE. 

Qui  vous  le  dit? 

G  L  é  O  N  TE  ,  s'approohant  de  Lucile. 

N'est-ce  pas  le  vouloir,  que  de  ne  vouloir  pas  éclaircir , 
mes  soupçons? 

LUGILE. 

Est-ce  ma  fiiute?  Et  si  vous  aviez  voulu  m'écouter,  ne 
vous  aurois-je  pas  dit  que  l'aventure  dont  vous  vous  plaî- 


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362  LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 
gnez  a  été  causée  ce  matin  par  la-  présence  d'une  vieille 
tante  qui  veut  à  toute  force  que  la  seule  approche  cPun 
liomme  déshonore  une  fille,  qui  perpétuellement  nous 
sermonne  sur  ce  chapitre,  et  nous  figure  tous  les  hommes 
comme  des  diables  quil  faut  fuir? 

NICOLE,  kCovieHe. 
Voilà  le  secret  de  Tafiaire. 

CLÉONTE. 

Ne  me  trompez-vous  pomt,  Lucile? 

COVIELLE,  à  Nicole. 

Ne  m'en  donnei^tu  point  à  garder? 

LUCILE,  àCléonteJ 

Il  n  est  rien  de  plus  vrai. 

NICOLE^  àCoYiellci 

C'est  la  chose  comme  elle  est. 

GOVIELLE,  àCl€0Dt6« 

Nous  rendrons-^nous  à  cela? 

CLÉONTE. 

Ah  !  Lucile,  qu'avec  un  mot  de  votre  bouche  vous  savez 
apaiser  de  choses  dans  mon  cœur!  et  que  facilement  on  se 
laisse  persuader  aux  personnes  qu'on  aime! 

COVIELLE. 

Qu'on  est  aisément  amadoué  par  ces  diantres  d'ani- 
maux-là! 


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ACTE  III,  SCÈNE  XL  363 

SCÈNE  XL 

MADAME  JOURDAIN,  CLÉONTE,  LÙCILb, 
COVIELLE,  NICOLE. 

MADAME   JOURDAIN. 

Je  suis  bien  aise  de  tous  voir,  Géoiite;  et  vous  voilà 
toat  à  propos.  Mon  n^ari  vient,  prenez  vite  votre  temps 
pour  lui  demander  Ludle  en  mariage. 

CLEONTE. 

Ah!  madame,  que  cette  parole  m'est  douce,  et  qu'elle 
flatte  mes  désirs!  Pouvois-je  recevoir  un  ordre  plus  char- 
mant, une  faveur  plus  précieuse? 

SCÈNE  XII. 

CLÉONTE,  M.  JOURDAIN,  MADAME  JOURDAIN, 
LUCILE,  COVIELLE,  NICOLE. 

Monsieur,  je  n'ai  voulu  prendre  personne  pour  vous 
faire  une  demande  que  je  médite  il  y  a  long-temps.  Elle 
me  touche  assez  pour  m'en  charger  moi-même;  et,  sans 
autre  détour,  je  vous  dirai  que  l'honneur  d'être  votre 
gendre  est  une  faveur  glorieuse  que  je  vous  prie  de  m'ac- 
corder. 

M.    JOURDAIN. 

Avant  guo^de  vous  rendre  réponse,  monsieur,  je  vous 
prie  de  me  dire  si  vous  êtes  gentilhomme. 


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364    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

CLÉONTE. 

Monsieur,  la  plupart  des  gens  sur  cette  question  n'hé- 
sitent pas  beaucoup  :  on  tranche  le  mot  aisément.  Ce 
nom  ne  fait  aucun  scrupule  à  prendre;  et  l'usage  aujour- 
d'hui semble  en  autoriser  le  vol.  Pour  moi,  je  vous  l'avoue, 
j'ai  les  sentiments  sur  cette  matière  un  peu  plus  délicats. 
Je  trouve  que  tonte  imposture  est  indigne  d'un  honnête 
homme,  et  qu'il  y  a  de  la  lâcheté i  déguiser  ce  que  lé  ciel 
nous  a  fait  naître,  à  se  parer  aux  yeux  du  monde  d'us 
titre  dérobé ,  à  se  vouloir  donner  pour  ce  qu'on  n'est  pas. 
Je  suis  né  de  parents,  sans  doute,  qui  ont  tenu  des  charges 
honorables-,  je  me  suis  acquis  dans  l«s  armes  l'honneur 
de  six  ans  de  service,  et  je  me  trouve  assez  de  luen  pour 
tenir  dans  le  monde  un  rang  assez  passable  :  .mais,  avec 
tout  cela,  je  ne  veux  pas  me  donner  un  nom  où  d  autres 
en  ma  place  croiroient  pouvoir  prétendre;  et  je  vous  dirai 
franchement  que  je  ne  suis  point  gentilhomme. 

M.    JOURDAIN. 

Touchez  là,  monsieur;  ma  fiUe  n'est  pas  pour  vous. 
Gomment? 

M.   JOURDAIN. 

Vous  n'êtes  point  gentilhomme,  vous  n'awrez  poinl 
ma  fille. 

MADAME   JOURDAIN. 

Que  voulez-vous  donc  dire  avec  votre  gentilhomme? 
Est-ce  que  nous  sommes,  nous  autres,  de  la  cète  de  saint 
Louis? 


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ACTE  III,  SCÈNE  XII.  365 

M.    JOURDAIN. 

Tabez-vous ,  ma  femme;  je  vous  vois  venir. 

MADAME    JOURDAIN. 

Descendons-nous  tous  deux  que  de  bonne  bourgeoisie? 

M.    JOURDAIN. 

Voilà  pas  le  coup  de  langue? 

MADAME   JOURDAIN. 

Et  votre  père  n'étoit-il  pas  marchand  aussi-bien  que  le 
mien? 

M.    JOURDAIN. 

Peste  soit  de  la  femme!  elle  n'y  a  jamais  manqué.  Si 
votre  père  a  été  marchand,  tant  pb  pour  lui;  mais,  pour 
le  mien,  ce  sont  des  malavisés  qui  disent  cela.  Tout  ce 
que  j'ai  à  vous  dire ,  moi ,  c'est  que  je  veux  avoir  un  gendre 
gentilhomme. 

MADAME  JOURDAIN. 

U  Êiut  à  votre  fille  un  mari  qui  lui  soit  propre  ;  et  il  vaut 
mieux  pour  elle  un  honnête  homme  riche  et  bien  fait, 
qu  un  gentilhomme  gueux  et  malbâti. 

^     NICOLE. 

Cela  est  vrai.  Nous  avons  le  fils  du  gentilhomme  de 
notre  village  qui  est  le  |dus  grand  malitorne  et  le  plus  sot 
dadais  que  j'aie  jamais  vu. 

M.   JOURDAIN,  à  Nicole. 
Taisez-vous,  impertinente  :  vous  vous  fourrez  toujours 
dans  la  conversation.  Jai  du  bien  assez  pour  ma  fille,  je 
n  ai  besoin  que  d'honneurs  ;  et  je  la  veux  fiiîre  marquise. 


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366    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME, 

MADAME   JOURDAIN, 

Marquise? 

M.    JOURDAIN. 

Oui,  marquise. 

MADAME   JOURDAIN. 

Hélas!  Dieu  m^en  garde! 

M.    JOURDAIN. 

C  est  une  chose  que  j  ai  résolue. 

MADAME   JOURDAIN. 

C'est  une  chose  ji  moi,  où  je  ne  consentirai  point.  Les 
alliances  avec  plus  grand  que  soi  sont  sujettes  toujours  à 
de  fâcheux  inconvénients.  Je  ne  veux  point  qu^un  gendre 
puisse  à  ma  fiUe  reprocher  ses  parents,  et  qu'elle  ait  des 
enfants  qui  aient  honte  de  m'appeler  leur  grand' maman. 
S*il  felloit  qu  elle  me  vînt  visiter  en  équipage  de  grand'- 
dame,  et  qu'elle  manquât  par  mégarde  à  saluer  quelqu'un, 
du  quartier,  on  ne  manqueront  pas  aussitôt  de  dire  cent 
sottises.  «  Voyez-vous,  diroît-on,  cette  madame  la  mar- 
«  quise  qui  fait  tant  la  glorieuse?  c'est  la  fille  de  monsieur 
«  Jourdain ,  qui  étoit  trop  heureuse,  étant  petite ,  de  jouer 
«  à  la  madame  '  avec  nous.  Elle  n  a  pas  toujours  été  si 
«  relevée  que  la  voilà ,  et  ses  deux  grands-pères  vendoîent 
«  du  di'ap  auprès  de  la  porte  Saint- Innocent.  Ils  ont 
c(  amassé  du  hien  à  leurs  enfants,  qu'ils  payent  mainte- 
n  nant  peut-être  bien  cher  en  l'autre  monde;  et  l'on  ne 

r  "     ,  lui  I  - 

*  Jouer  à  la  madame.  Jeu  de  petites  filles  qui  s'amusent  à  con* 
trefaire  les  dames,  à  se  faire  des  compliments,  des  Visites. 


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ACTE  III,  SCÈNE  XII.  36; 

«(  devient  guère  si  riche  à  être  honnêtes  gens.  »  Je  ne  yeux 
point  tous  ces  caquets;  et  je  yeux  un  homme,  en  un  mot, 
qui  m^ait  obligation  de  ma  fille  ,^  et  à  qui  je  puisse  dire  : 
Mettez-vous  là,  mon  gendre,  et  dînez  avec  moi. 

M.    JOURDAIN. 

.  Voilà  bien  les  sentiments  d'un  petit  esprit,  de  vouloir 
demeurer  toujours  dans  la  bassesse.  Ne  me  répliquez  pas 
davantage  :  ma  fille  sera  marquise  en  dépit  de  tout  le 
monde;  et,  si  vous  me  mettez  en  colère,  je  la  ferai  do* 
chesse. 

SCÈNE  XIII. 

MADAME  JOURDAIN,  LUCILE,  CLÉONTE, 
NICOLE,  COVIELLE. 

MADAME   JOURDAIN. 

Clbonte,  ne  perdez  point  courage  encore,  (à  Lucile.) 
Suivez-moi,  ma  fille;  et  venez  dire  résolument  à  votre 
père  que,  si  vous  ne  lavez,  vous  ne  voulez  épouser  per- 
sonne. 

SCÈNE  XIV. 
CLÉONTE,  COVIELLE. 

COVIELLE. 

Vous  avez  feit  de  belles  afiaires,  avec  vos  beaux  senti- 
ments! 

CLiONTE. 

Que  veux-tu?  j'ai  un  scrupule  là-dessus  que  l'exemple 
ne  sauroit  vaincre. 


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368    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME, 

COVIELLE. 

Vous  moquez-vous  de  le  prendre  sérieusement  arec  un 
liomme  comme  cela?  Ne  voyez-yous  pas  qu^il  est  fou?  Et 
vous  coûtoit-il  quelque  chose  de  vous  accommoder  à  ses 
chimères? 

CLÉONTE. 

Tu  as  raison  ;  mais  je  ne  croy ois  pas  qu'il  Êtllùt  Êdre  ses 
preuves  de  noUesse  pour  être  gendre  de  monsieur 
Jourdain. 

COVIELLE,  riant» 

Ah!  ah!  ah! 

CLÉONTE. 

De  quoi  ris*tu? 

COVIELLE. 

D'une  pensée  qui  me  vient  pour  jouer  notre  homme  ^ 
et  vous  faire  obtenir  ce  que  vous  souhaitez. 

CLÉONTE. 

Comment? 

COVIELLE. 

Lldée  est  tout-à-&it  plaisante. 

CLEONTE. 

Quoi  donc? 

COVIELLE. 

U  s  est  fait  depuis  peu  une  certaine  mascarade  qui  vient 
le  mieux  du  monde  ici,  et  que  je  prétends  faire  entrer  dans 
une  bourde   '  que  je  yeux  faire  à  notre  ridicule.  Tout 

'<  Bourde,  mensonge  dont  on  se  sert  pour  se  divertir  de  la  cié- 
dulité  d'un  autre. 


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ACTE  ni,  SCÈffE  Xf^^:  305) 

cela  sent  un  peu  sa  congédie  :  mai^  avec  lui  on  peut  ha- 
sarder toute  chose,  il  n'y  faut  point  chercher  tant  de 
façons;  il  est  homme  à  y  jouer  son  réle  à  merveiOe,  et  k 
doimer  aisément  dans  toutes  le»  feriboles  qu  on  s'avisera 
de  lui  dire.  J'ai  les  acteurs,  j'ai  feskabhsvtaut  poêts^  lais- 
sez-moi &ire  sealem«i>t. 

X^LÉONT-E. 

Mais  apprandsiiBoi. . . 

•      Qtf^IELI/E. 

Je  vais  vous  instruire  de  tout.  Retii^ons-nous;  le  voilà 
qui  revient. 

SCÈNE'  XV. 

'M.  JOURDAIN. 

Que  diable  est-ce  là?  ils  n'ont  rieil  que  les  grands  sei- 
gneurs à  me  reprocher;  et  moi, •je  ne  vois  rien  de  si  beau 
que  de  hanter  le» grands  soigneurs;  ii^  ny  a  ^'hpnaeur 
et  civilité  avec  çnx  ;  et  je.voudrow  qu'il  m'eût  ooàté  4e«x 
doigts  de  la  main,  et  être  né  comté  ou  niarquis.> 

M.  JOURDAIN,  UJS.LA<Ï.UAIS. 

LE   LAQUAIS. 

MonsiexTr  ,  voici  monsieur  le  comte ,  et  «ine  dame  qu'il 
mène  par  la  main. 

M.    JOURI>lll^. 

Héi  mon  Dieu  !  fai  qtïélques^rifcs  à  dbniiér.  Dis- 
^'  leur  quo  je  vais  venir  ici  twit  à  Hiewre. 

MOLlàsB.    5.  34 


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37»    LE  BOURGSOLS  GENTILHOMME. 

SCÈNE   XVIL  - 

DORIMÈNE,  DORANTE,  DN  LAQUAIS.^ 

LE    ILAQUÂÏS. 

MoKiiEuiL  dit  comme  cela  qa'l]  va  Teûir  ici  lout  à 
rheure.  -       .^ 

D0HAHTE4 
VoSà  qui  est  bien. 

SCÈNE  lyiIL 
DORIMÈNE,  DORANTE. 

DÔRIMÈNE. 

Je  ne  sais  pas,  Dorante;  je  fins  encore  ici  une  étrange 
démarche,  de  me  laisser  amener  par  yoos  dans  une  maison 
où  je  ne  conndi^  personne. 

DORANTE. 

QoaI  Uçu  VDidec-ycnis  donc ,  madame ,  que  mon  amour 
choisisse  pour  vous  régaler,  puisque,  pour  fuir  Téclat, 
vous  ne  votdez  ni  votre  maison  ni  la  mienne? 

DORIIfiWE. 

Mais  vous  ne  dites  pas  €[ue  je  m  engage  insensiblement 
chaque  jcTur  à  Feérevek-de  tK^bp  grànd^  témoignages  de 
votre  passion.  Jai  beau^me  dé&i^lre  des  choses,  vous  fa- 
ûgueî^ma  insistance,  et  vous  avez  une  civile  opiniâtreté 
qui  me  fait  venir  doucement  k  tout  ce  qu'il  voi}S  pkît.  Les 
visites  fréquentes  ont  oommencé;  les  déclarations  sont 
vjenueçen^te,  cjpi^  apr^s  elles,  ont  trainé  les  sépénades 
et  les  cadeaux,  que  les  présents  ont  suivis.  Je  me  suis  * 


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ACTE  III,  SCÈNE  XVIM.  871 

opposée  à  tout  cela  ;  mais  vous  ne  vous  rebutez  point ,  et, 
pied  à  pied,  vous  gagnez  mes  résolutions^  Pour  moi,  je 
ne  puis  plus  répondre  de  rien;  et  je  crois  qu'à  la  fin  vous 
me  ferez  venir  au  mariage,  dont  je  me  suis  tant  éloignée. 

DORANTE. 

Ma  foi,  madame,  vous  y  devriez  déjà  être.  Vous  êtes 
veuve ,  et  ne  dépendez  que  de  vous  ;  je  suis  maître  de  moi , 
et  vous  aime  plus  que  ma  vie  :  à  quoi  tient-il  que ,  dès  au- 
jourd'hui, vous.ne  fassiez  tout  mon  bonheur? 

DORIMÈNE. 

Mon  Dieu!  Dorante,  il  faut  des  deux  parts  bien  des 
qualités  pour  vivre  heureusement  ensemble;  et  les  deux 
plus  raisonnables  personnes  du  çionde  ont  swveïLt  peine 
à  composer  une  union,  dont  ils  s'oient  satisfaits. 

DORANTE. 

Vous  vous  moquez ,  madame ,  de  vous  y  figurer  tant 
dç  difficultés;  et  Texpérience  que  vous  avez  faite  ne  con- 
clut rien  pour  tous  les  autres. 

DORIMÈNE. 

Enfin,  jen  reviens  toujpurs  là.  Les  dépenses  que  je 
vous  vois  faire  pour  moi  m'inquiètent  par  deux  raisons  : 
lune,  qu'elles  m'engagent  plus  que  je  ne  voudrois;  et 
lautre,  que  je  suis  sûre,  sans  vous  déplaire,  que  vous  ne 
les  faites  point  que  vous  ne  vous  incommodiez;  et  je  ne 
veux  point  cela. 

DORANTE. 

Âh!  madame,  ce  sont  des  bagatelles;  et  ce  n'est  pas 
par-là. . . 


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373    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

DORIMÈVE. 

Je  sais. ce  qae  je  dis;  et,  entre  autres,  le  diamant  que 
vous  m'avez  forcée  à  prendre  est  d'un  prix. . .  • 

DORANTE. 

Hé!  madame,  de  grâce!  ne  faites  point  tant  valoir  une 
choseque  mon  amour  trouve  indigne  devons  ;  et  souffirez. . . 
Voici  le  maître  du  logis. 

SCÈNE  XIX. 
M.  JOURDAIN,  DORIMÈNE,  DORANTE. 

M.    JOURDAIN,  après  «.voir  fait  deux  réyérencès ,  se  trouvant 
•   trop  près -de  Do^imène. 

Un  peu  plus  loin  y  madame. 

l)ORIMÈPfE% 

Comment? 

M,    JOURDAIN^ 

Un  pas ,  s'il  vous  plaîu 

DORIMÈNE. 

Quoi  donc? 

M.    JOURDAIN» 

Reculez  un  peu  pour  la  troi^ème. 

DORANT.E. 

Madame ,  monsieur  Jourdain  sait  son  monde. 

M.    JOURDAIN. 

Madame ,  ce  m'est  une  gloire  bien  grande  de  me  voir 
assez  fortuné  pour  être  si  heureux  que  d'avoir  le  bonheur 
que  vous  ayez  eu  la  bonté  de  m'accorder  la  grâce  de  me 
faire  Fhonneur  de  m^honorer  de  la  faveur  de  votre  pré- 


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ACTE  III,  SCÈNE  XIX.  SjS 

sence;  et,  si  j'avois  aussi  le  mérite  ponr  mériter  un  mérite 
comBie  le  TÔtre ,  et  que  le  ciel. . .  envieux  de  mon  bien. . . 
m'eât  aecordé. . .  layantage de  me  yok*  digne. . .  des. . . 

DORANTE. 

Monsieur  Jourdain ,  en  voilà  asst^.  Madame  n'aime  pas 
les  grands  complimeuts;  et  elle  sait  que  vous  êtes^  homme 
d'esprit.  (ba8,àDorimène.)  CTest  uu  bou  bourgeois  assez 
ridicule,  comme  ^ous  voyez,  dans  toutes" ses  manières. 

DORIMÈNE;  bas,  à  Doraate. 

n  n'est  pas  malaisé  de  s'en  apercevoir. 

DORANTE. 

Madame,  voilà  le  meSleur  de  mes  sctnis. 

M.   JO^UDAlN. 

C'est  trop  d'tionneur  que  vous  me  faîtes. 

DORANTE. 

Galant  homme  tout-à*fait. 

DORIMÈNE. 

Xai  beaucoup  d  estime  pour  lui. 

M.   JaURDAIN. 

Je  n  ai  rien  fait  encore^,  madame,  pour  mériter  cette 
grâce.  -  .      ^  .  •    -  • 

«   D0RANTE,bas^àM.  Jotirdain. 

Prenez  bien  garde  au  moins  à  ne  lui  point  parler  du 
diamant  que  vous  lui  avez  donné. 

M.   JOURDAIN,  bas,  à  Dorante. 

Ne  pourrai-je  pas  seulement  lui  demander  comment 
elle  le  trouve? 


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J 


374    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

DORAlVTE^baf,  à  M.  Jourdaitt. 

Comment!  gardes-Tous^n  bien.  Cela  seroit  vikio  à 
vous;  et;  poinr  agir  en  galant  homme,  il  .&ut  cpK  Toos 
fessiez  comme  si  ce  n^étoit  pas  vous  qui  lui  eussiez  fait  ce 
présent,  (haut.)  M.  Jourdain ,  madame,  dit  gu'il  est  rayi 
de  vous  voir  chez'lui. 

Doiufliir£. 

Il  m'honore  beaucoup. 

'       M.  JOURDAIN)  bat,  à  Dorante. 

Que  je  vous  suis  el)ligë,  monsieur,  de  lui  parler  ainsi 
pour  moi! 

D04AVTB,  bas,  à  M.  Jourdaio. 

J'ai  eu  une  peine  effirojable  à  la  feire  venir  ici. 

M.   {OURBAIir,  bas,  À  Dprant». 

Je  ne  sais  quelles  gràees  vous  en  rendre. 

DORANTE. 

U  dit,  madame  y  qu  il  vous  trouve  la  plus  belle  personne 
du  monde. 

DORIttiNE. 

C'est  bien  de  la  grâcftqiaiHl  me  &it. 

Bl.    >OU^I>A21C 

Madame,  c'est  v^  qui,&ites  les  grâces,  et.^. 

•       DOl^AKTS, 

Song«on&  à  mabger. 


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ACTE  III,  SCÈNE  XX.  3^5 

SCÈNE  XX.    ■ 

M.  JOURDAm,  DORIMÈWE,  DOftAMTE,  UN 
LAQUAIS. 

LE   LAQUAIS,  àM.  Joucdain. 

Tout  est  prêt,  monsieur. 

DORANTE. 

Allons  donc  nom  mettre  à  taUe^  et  qu'oipi  &É«  y#9Îr 
les  musiciens. 

SCÈNE   XXl. 

ENTRÉE  DE  BALLET. 

(Six  cuisîwers,  qui  ont  pr^ré  le  Ibstin,  dament  ensembfe;  apr^  quoi 
ils  apportent  une  tabft  couverte  de  plusieurs  meu. } 


FIN    ÛV   tHOâ^ïkUE    4CTE. 


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ojê    LE  BQURfiEOlS  GENTILHOMME. 


ACTE  QUATRIÈME. 


SCÈNE  I. 

DORÏMÈNE,  M.  JOtJRDAIN,  DURANTE,  TROIS 
MUSICIENS,  UN  LAQUAIS. 

DORIMÈNE. 

GoHMENT  !  Porante,  voilà  un  reps  tout-à-fait  magni- 
fique!       '  *  ^ 

M.    JOURDAIN. 

Vous  vous  moquez,  madame;  et  je  voudrois  qu'il  fût 
plus  digne  de  vous  être  offert. 

•(  Dorimène ,  monsieur  Jourdaini,  Dorante ,  et  les  trois  musiciens, 

se  mettent  à  table.  ) 

DOUANTE. 

Monsieur  Jourdain  a  raison ,  madame^  de  parler  de  la 
sorte;  et  il  m'oblige  de  vous  faire  si  bien  les  honneurs  de 
chez  lui.  Je  demeure  d^accord  avec  lui  que  le  repas  n  est 
pas  digne  de  vous.  Comme  c'est  moi  qui  Fai  ordonné,  et 
qae  je  n'ai  pas,  sur  cette  matière,  les  lumières  de  nos 
amis,  vous  n'avez  pas  ici  un  repas  fort  savant,  et  vous  y 
trouverez  des  incongruités  de  bonne  chère  et  des  barba- 
rismes de  bon  goût.  Si  Damis  s  en  étoit  mêlé,  tout  seroit 
"dans  les  règles;  il  y  auroit  partout  de  l'élégance  et  de 


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ACTE  IV,  S<:ï;!fE  I.  377 

rérudition  :  et  il  ne  maïupierdit  pas  de  tous  exagérer  lui- 
même  toutes  les  pièces  du  repas  ^11  Too^dontieroit,  et 
d€  vous  fiiire  tomber  d'accord  de  sa  haute  capacité  dans  la 
science  des  bons  morceaux;  de  tous  parler  d'un  pain  de 
rive  à  biseau  doré^  relevé  de  croûte  partout,  croquant 
tendrement  sous  k  dent;  dun  vin  à  sève  veloutée,  armé 
d'un  vert  qui  nVst  point  trop  commandant  ;  d  un  carré  de 
mouton  gourmande  de  [Hîisil  ■  d  une  longe  de  vea^  Je  ri- 
vière ,  longue  comme  ceîa  j  blanche  j  délicate ,  et  (jui  ^  sons 
les  dents,  est  une  vraie  pâte  d'amaDde  ■  de  perdrix  relevées 
d*un  &met  surprenant  ;  et  pour  son  ojîéra,  d*nûe  soupe  à 
bouillon  perlé ,  soutenue  d^un  jeune  gros  dindon ,  can- 
tonnée de  pigeonneaux  ^  et  couronnée  d'oignons  blancs 
mariés  avec  la  chicorée.  Mais ,  poiyr  moi  !  je  vous  avoue 
mon  ignorance;  et,  comme  M.  Jourdain  a  fort  bien  dit, 
je  voudrois  que  le  repas  fut  plus  digne  de  vous  être  oflFert. 
dorimèÀe. 
Je  ne  réponds  à  ce  compliment  qu  en  mangeant  comme 
je  fais. 

M,    JOURDAIff* 

Ah  !  que  voilà  de  belles  mains  ! 

nORUïtWE. 

Les  mains  sont  médiocres,  M,  Jourdain;  mais  vous 
voulez  parler  dn  diamant,  qui  est  fort  beau, 

M.    JOVKU/lilV, 

Moi,  madame 9  Dieu  me  garde  d'en  vouloir  parler!  Ce 
ne  seroit  pas  agir  en  g^s^it  homme;  et  le  diamant  est  fort 
peu  de  chose. 


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378    LE  BODROEOiS  GENTILHOMME. 
Vous  «tes  bien  dégoftté. 

M.    JOURDAIN. 

Vous  avez  trop  de  bonté. . . 

OCRANTE^  après  aroir  fait  signe  à  M.  Jourdain. 
Allons  y  qu  on  donne  du  vin  à  monsieur  Jourdain ,  et  â 
ces  messieurs ,  qui  nous  feront  la  grâce  de  nous  cbant^  au 
air  â  boire. 

DORlHàNE. 

G  est  mervmDeuseibent  assaisoni^r  la  bonne  chère  que 
d^y  mêler  la  musique;  et  je  me  vois  ici  admirablement  ré- 


M.    JOtJRDÀIN« 

Madame ,  ce  n^est  {>as. .  • 

DORANTE. 

Monsieur  Jourdain,  prétons  ^lence  à  ces  messienis; 
ce  qu'ils  nous  diront  vaudra  mieux  que  tout  ce  que  nous 
pourrions  dire. 

PRIMIER  ET  SECOND  MiMtciBfrs  enstmbU ,  un  verre  à  la  maU, 
Un  petit  doigt,  Philis ,  pour  pvatmeûoer  b  to«c. 
Ab .'  qu'un  Terre  en  vos  içains  a  d'agréables  chaimes ! 

Vous  et  le  yin ,  tous  tous  prêtez  .des  armes , 
Et  je  sens  pour  tous  ^ua^  re^oitbfer  niott  àmoui'. 
Entre  lu;,  vous  «t  moi ,  ^ons ,  jfttém ,  ma  l^lle , 

Une  ardeur  étirneft«» 
Qu'en  mouillant  votre  bouche  il  ^n  reçoit  d'attraits  ! 
Et  que  l'on  voit  par  lui  .votre  bouche  embaUie  1 

Àhl  l'un  de  l'autre  ils  ttie  domip^nt -envie  ; 
Et  de  vous  et  de  lui  je  m'enivre  à  longs  traiu. 


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ACTE  IV,  SCÈNE  1.  379 

Entre  lui ,  tous  et  moi ,  jurons ,  jurons ,  ma  belle , 
Une  ardeur  étemelle.' 
SECOND  ET  TROisiàME  MUSICIENS  ensembiû. 
Buvons ,  chers  amis ,  buvons  ; 
Le  temps  qui  ftiit  nous  y  couvie. 
Profitons  de  la  vie 
Autant  que  nous  pouvons. 
Quand  on  a  passé  Tonde  noire , 
Adieu  le  bon  vin ,  nos  amours. 
Dépêchons-nous  de  boiie , 
On  ne  boit  pas  toujours. 
Laissons  raisonner  les  sots 
Sur  le  vrai  bonheur  de  la  vie  ; 
Notre  philosophie 
Le  met  parmi  les  pots. 
Les  biens ,  le  savoir  et  la  gloire 
M'ôtent  point  les  soucis  fâcheux; 
Et  ce  n'est  qu'à  bien  boire 
Que  Ton  peut  ètte  heureux. 

tOtfS   TROIS   BVSEMBtft. 

Sus ,  sus ,  du  vin  paitout  ;  versez ,  garçon ,  ve»ea; 
Versez ,  versez  toujoun ,  tant  qu  on  vous  dise  assez. 

Je  ne  crois  pas  qu'on  paisse  mieux  chanter;  et  cela  est 
tout-à-Êiit  beau. 

M.   JOURDAIN. 

Je  vois  encore  ici,  madame,  quelque  chose  de  plus 
beau. 

DORIMÈNE. 

Ouais,  monsieur  Jourdain  est  galant  plus  que  je  ne 
pensois. 


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38o    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

DORANTE. 

Comment!  madame,  pour  qui  prenez-vous  monsieur 
Jourdain? 

M.    JOURDAIN. 

Je  voudrois  bien  (jumelle  me  prit  pour  ce  (que  je  dirois. 

DORIMÈNE. 

Encore! 

DORANTE,  à  Dorimène. 

Vous  ne  le  connoissez  pas. 

M.    JOURDAIN. 

Elle  me  connoîtra  quand  il  lui  plaira. 

DORIMÈNE. 

Oh!  je  le  quitte. 

DORANTE. 

Il  est  homme  qui  a  toujours  la  riposte  eu  main.  Mais 
vous  ne  voyez  pas  que  monsieur  Jourdain,  madame, 
mange  tous  les  morceaux  que  vous  avez  touchés. 

DORIMÈNE. 

Monsieur  Jourdain  est  wi  Iv^mme  qui  me  ravit. 

M.    JOURDAIÎY. 

Si  je  pouvois  ravir  votre  cœur,  je  serois. . . 


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ACTE  IV,  SCÈNE  II.  38t 

SCÈNE  IL 

MADAME  JOURDAIN,  M.  JOURDAIN,  DORIMENE, 
DORANTE,  MUSICIENS,  LAQUAIS. 

MADAME   JOURDAIN. 

Ah  !  ah  !  je  trouve  ici  bonne  compagnie ,  et  je  vois  bien 
cpi'on  ne  m'y  attendoit  pas.  C'est  donc  pour  cette  belle 
affaire-ci,  monsieur  mon  mari,  que  vous  avez  eu  tant 
d'empressement  à  m  envoyer  dîner  chez  ma  sœur!  Je  viens 
de  voir  un  théâtre  là-bas,  et  je  vois  ici  un  banquet  à  faire 
noces.  Voilà  comme  vous  dépensez  votre  Lien  !  c'est  ainsi 
que  vous  festinez  les  dames  en  mon  absenoe,  et  que  vous 
leur  donnez  la  musique  et  la  comédie,  tandis  que  vous» 
m  envoyez  promener! 

DORANTE. 

Que  voulez -VOUS  dire,  madame  Jourdain?  et  quelles 
fantaisies  sont  les  vôtres ,  de  vous  aller  mettre  eu  tête  que 
votre  mari  dépense  son  bien,  et  que  c'est  lui  qui  donne  ce 
régal  à  madame?  Apprenez  que  c'est  moi,  je  vous  prie; 
qii'il  ne  £à.\t  seulemeat  que  me  prêter  sa  maison;  et  que 
vous  devriez  un  peu  mieux* regarder  auK  choses  que  vous 
dites. 

M.    JOURDAIN. 

Oui,  impertinente,  c'est  monsieur  le  comte  qui  donne 
tout  ceci  à  madame ,  qui  est  une  personne  de  qualité.  Il 
me  fait  l'honneur  de  prendre  ma  maison ,  et  de  voulon- 
que  je  sois  avec  lui. 


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38a    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

MADAME    JOURDAIir. 

Ce  sont  des  chansons  que  cda,  |e  sais  ce  que  je  sais. 

DORANTB. 

Prenez,  madame  Jourdain,  prenez  de  meilleures  lu- 
nettes. 

MADAME  JOURDAIN. 

Je  n'ai  que  faire  de  lunettes ,  monsieur,  et  je  vois  assez 
clair;  il  y  a  long- temps  que  je  sens  les  choses ,  et  je  ne  suis 
pas  une  bête.  Cela  est  fort  yilain  à  tous,  pour  un  grand 
seigneur,  de  prêter  la  main,  comme  vous.  Élites,  aux 
sottises  de  mon  mari.  Et  vous ,  madame ,  pour  une  grande 
dame,  cela  n'est  ni  beau  ni  honnête  à  vous  de  mettre 
la  dissension  dans  un  ménage,  et  de  souffi'ir  que  mon 
mari  soit  amoureux  de  vous. 

DORIMÈNE. 

Que  veut  donc  dire  tout  ceci?  Allez,  Dorante,  vous 
VOUS  moquez  de  m  exposer  aux  sottes  visions  de  cette  ex- 
travagante. 

DORANTE,  suivant  Dorimène  qui  sort. 

Madame ,  holà  !  madame ,  où  conres^vous  ? 

M,   JOVRDAIN. 

Madame. . .  Monsieur  le  comte,  faites-lui  mes  excuses, 
et  tâchez  de  la  ramener. 


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ACTE  IV,  SCÈNE  III.  383 

SCÈNE   III. 
MADAME  JODMDAm,  M,  JOURDAIN,  LAQUAIS, 

M.    JOtîEDAlN, 

Ah!  impertinente  que  tous  êtes,  voilà  de  vos  heaux 
faits  I  voos  me  venez  faire  des  affronts  devant  tout  le 
monde;  et  vous  chassez  de  chez  moi  des  personnes  de 
qualité. 

MADAME    JOURDAIN, 

Je  me  moque  de  leur  qualité, 

M.    JOURDAIN* 

Je  ne  sais  qui  me  tient,  inaudile,  que  je  ne  vous  fende 
ia  tête  avec  les  pièces^  du  repas  que  vous  èles  venue 
troubler-  >     ^  i       - 

(Les  laquais  emportent  la  table.) 
MADABE  JOVKDAIN,  sortant. 

Je  me  moque  de  C^lar  :  ce  sont  mes  droits  que  je  défiends  ; 
et  î'auKri  pour  moi  toutes  les  femmes. 

H.   JOVRBAIN. 

Vous  faites  bien  d^évitër  ma  colère. 

SCÈNE  ly. 

M.  JOURDAIN. 

Elle  est  arrivée  là  bien  malheureusement!  j'étois  en 
humeur  de  dire  de  jolies  choses,  et  jagiais  je  ne  m'étois 
senti  tant  d'esprit.  • .  Qu'est-ce  que  c  est  que  cela  ? 


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384    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

SCÈNE  V.' 
>     M.  JOURDAIN;  CO VIELLE^  déguisé, i^ 

Monsieur,  je  ne  sais  pas  si  j'a.triioiiiieur d'être  connu 
de  TOUS. 

BI.    JOURCXIK. 

Non,  moTisieui.  ^, 

GOVlELLEj  étendant  lu  main  à  un  pied  de  terre. 

Je  vous  aï  Vii  f|ue  tous  n'étiez  pas  plus  grand  (jne  Cela. 

^       M,    J  ou  RUA  IN. 

Moi?  *   " 

COVlELtE, 

Oui,  Vous  éiiez  le  plus  Lel  enfant  du  monde , et  foutfs 
Ivs  dames  tous  prenoien  t  dans  leurs  bras  pour  tou3  babcr. 

Pour  me  baiser?  ,  ^      ^. 

C07IELLE. 

Oui.  Tétois  graud  ami  de  feu  monsieur  vo|re  gère. 

M.    JOURDAIN. 

De  feu  monsieur  mon  père? 

C0VIKI.LE. 

Oui.  C'étoit  un  fort  honnête  gentilhpmme. 
Comment  diteè-Tous? 

COVIEtLE. 

Je  dis  que  c'étoit  un  fort  honnête  gentilhomme. 


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Mon  père? 
Oui. 


ACÎE  IV,  SCÈNE  V.  385 

M.   JOURDAIN. 
COVIEttS. 


ft? 


M.   JOURDAIN. 

Vous  Tavez  fort  dShnu? 

COVIELLÉ. 

Assurément. 

M.    JOURDAIN. 

Et  VOUS  l'avez  connu  pour  gentilhomme] 

GOyiELLE. 

Sans  douté. 

M.    JOURDAIN. 

Je  ne  sais  donc  pas  comment  le  motide  est  fait. 

COVIEELE. 

Comment? 

M.    rOUADAIN. 

Il  y  a  de  sottes  gens  qui  me  veulent  dire  (ju'il  a  été 
marchand. 

COVIEHiE.      , 

Lui,  marchand?  c'est  pure  médisance,  il  ne  Ta  jamais 

été.  Tout  ce  qu'il  faisoit,  c'est  qu'il  étoit  for*  obligeant, 

fort  officieux;  et  comiàe  il  se  connoissoit  fort  bien  en 

étoffes,  il  en  alloit  choisir  de  fous 'les  côtés,  les  faisoit 

apporter  chez  lui,  él  en  doimoit  â  ses  amis  pour  de 

l'argent. 

MoLikBc.  5.  '  a5 


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386    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

M.   JOURDAINi 

Je  suis  ravi  de  vous  connoltre^  afin  que  vous  rendiez 
ce  témoignage-là 9  que  mon  père  étoit  gentilhomme. 

COVIELLE. 

Je  le  soutiendrai  devant  tout  le  monde. 

M.    JOURDAIT^ 

Vous  m  obligerez.  .Quel  sujet  vous  amène? 

COVIELLE. 

Depuis  avoir  connu  feu  monsieur  votre  père,  honnête 
gentilhomme,  comme  je  vous  ai  dît,  j'ai  voyagé  par  tout 
le  monde. 

M.    JOURDAIN. 

Par  tout  le  monde? 

CQVIELLfi» 

Oui. 

M.    JOUAd'AII^. 

Je  pense  qu'il  y  a  bien  loin  en  ce  pays^lâ. 

COVIELLE. 

Assurément.  Je  ne  stlis  levenu  de  tous  mes  longs 
voyages  que  depuis  quatre  jours;  et,  ]^Kur  l'intérêt  que  je 
prends  à  tout  ce  qui  vous  touche,  je  viens  vous  annoncer 
la  meilleure  nouvelle  du  monde. 

.M.  -JOURllAiKi 

QueUc?  . 

COVIBLL», 

Vous  savez  qu^le  filsdu  grand  Turc  est  ici? 

H.    JOURDAIN. 

Moi?  non. 


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ACTE  IV,  SCÈNE  V.  % 

CÔVIELLfi. 

Comment!  il  a  un  train  tout-à-fait  magniâ|ue;  tout  le 
monde  le  va  voir,  et  il  a  été  reçu  en  ce  pays  comme  un 
svignear  d'importance. 

M.    JOURDAIN. 

Par  ma  foi^  je  ne  sàvois  pas  eela. 

COVIEÏ-LE. 

Ce  qu'il  y  a  d'avantageux  pour  vous,  c'est  quil  est 
amoureux  de  votre  fille. 

M.    JOURDAIN* 

Lé  fils  du  grand  Turc? 

COVIELLE. 

Oui  ;  et  il  veut  être  votre,  gendre . 

M.    JOURDAIN. 

Mon  gendre,  le  £1$  du  grand  Turc? 

GOVIB&IE. 

Le  fils  du  grand  Turc  voU'e.  gendres  Comqie  je  le  fus 
voir,  et  que  j'entends  par&itement  sa  langue,  il  s'entre- 
tint avec  moi;  et,  après  c^uelqués  autres  discours,  il  me 
dit  :  Acciàm  croc  soler  oncJi  alla  moustaphgidélum  ama- 
nahem  varàhini  oussere  àarbuUah.  C'est-à^irç  :  N'as-tu 
point  vu  une  jeune  belle  personne,  qui  esfla  fille  de  mon- 
sieur Jourdain ,  gentilhomme  parisien? 

M.    JOV^RDAIK. 

Leiils  du  grand  Turc  dit  ceh  de  moi? 

CdVIELLE. 

Oui.  CoÉnme  je  lui  eus  répondu  que  je  vous  connois- 
sois  particulièredient,  et  que  j^avois  vu  votre  fille  :  Ah! 


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388    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

me  dit-il,  marababa  sciiem  !  C'est-à-dire  :  Ah  !  que  je  suis 
amoureux  d^lle  ! 

M.    JOURDAIN. 

Marababa  sahem  veut  dire ,  Ah  I  que  je  suis  amoui^eox 
d'eUe? 

GOVIELLË. 

Oui. 

M.    JOURDAIN. 

Par  ma  foi,  vous  faites  bien  de  me  le  dire,  cai",  pour 
moi^  je  n'aurois  jamais  cru  que  marababa  sahem  eût 
voulu  dire,  Ah!  que  je  suis  amoureux  d'elle!  Voilà  une 
langue  admirable  que  ce  turc! 

COVIELLE. 

Plus  admirable  qu  on'ne  peut  croire.  Savez-vous  bien 
ce  que  veut  dire  cacaracamouchen? 

M.    JOURDAIN. 

Cacaracamouchen?  non. 

GOV-I^LLE. 

C'est-à-dire ,  ma  chère  âme. 

M.    JOURDAIN. 

Cacaracamouchen  veut-dire  ma  chère  âme? 

COVIELXE. 

Oui. 

M.    jdUJlDAIN. 

Voilà  qui  est  merveilleux?  CacaraQamouchèu ^  ma 
chère  âme!  Diroit-on  jamais  cela!  Voilà  qui  me  confond. 

COVIELLE.' 

Enfiù,  pOur  ache^r  mon  aiûbas2acde,.il  vient  vous 


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ACTE  IV,  SCÈNE  V.  SSg 

deiXKandçr  yotre .fille  en  mariage  ;  et,  pour  ^yoir  un  beau- 
père  fpi  soit  digue  de  lui ,  il  veut  vous  âdre  mamamoucJii, 
qui  est  une  certaine  grande  dignité  de  son  pays. 

M.    JOURDAIN. 

Mamamouchi? 

GOVIELLE. 

Ouij  mamamouchi  :  c est-à-dire ^  en  notre  langue,  pa- 
ladin. Pal«din^cesontc^€esanciens... Paladin  enfin.  Il  n'y 
a  rien  de  plus  noUe  que  cela  dans  le  moud»;  et  tous  irez 
de  pair  avec  les  plus  grands  seigneurs  de  la  terre. 

M.    JOUrtD.AIÎI. 

Le  fils  du  grand  Ture  m'honore  bearucoup;  et  je  toms 
prie  de  me  melter  chez  lin  pour  lui  eif  faire  mes  remer- 
ciments. 

C9V;£LLE. 

Comment!  le  vOillq^i  va  venir  ici. 

M.    JOtifBAIN. 

Il  va  venir  ici?  ".         »    "  ^ 

COVIELLf.  .     ^ 

Oui;  et  il  amène 'toutes  choses  pour  la  cérémonie  de 
votre  dignité. 

M.    JOURDAIUr. 

Voilà  qai  est  bien  prompt. 

COVIELI^E. 

Son  amour  ne  peut  soûffirir  aucun;  retardement. 

M.    JQURtiAIN. 

Tout  ce  qui  m'embarrasse  ici,  c^est  que  ma  fiUe.est  une 


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■  >■  ^■^-— >"   «^ 


3ôo    LE  BOURGEOIS  GEBTTlLaOMME. 

opiniâtre,  qtti  s'est  allée  raottre  dans  la  tête  un  certain 
ClëoBte;  et  efle  jure  de  n'épouser  personne  que  celui-là. 

COVIELLE. 

Elle  changera  de  sentiment ,  quand  elle  verra  le  fils  du 
grand  Turc;  et  puis  il  se  rencontre  ici  une  ^(yenture  mer- 
veilleuse^ c'est  que  le  fils  du  grand  Turc  ressemble  à  ce 
Cléonte,  à  peu  de  chose  près.  Je  viens  de  le  voir,  on  me 
(a  montré;  et  l'amour  qu'elle  ûf)Our  l'un  poura  passer 
ais^ément  à  faiitre^  et. . .  Je  l'entends  yenir  ;  le  voilà. 

sçè^ï;  VI. 

CLÉQNTE,  BK-  turc;  TR0I3  PAGES  j  portant  m 
VESTK  DB  CLioim;  M,  JQOBDAIN,^OV|EIXE, 

CLÉONTB. 

Ambousa^im  oqiii  boraf  ^Gidurdina,  salamaléqui! 

COTIEX.I<B,  Il  Mf  J^jain. 

C'est-à-dire  :  ^lonsicpi;  JoPtu^^ain,  votre  cœur  soit  toute 
Tannée  comme  un  rdsier  |[euri!!Ce  sont  &çons  de  parler 
obligeantes  de  ce  pay^^.* 

M.   JOUÎVDAIII. 

Je  suis  très4iumble  servitetfr  de  «on  altesse  turque. 

COVIBLLB. 

Çarigar  camboto  oustin  mùtdi. 

ÇLÉOUTE. 

Oustin  yoccatamaléqVii  basum  base  alla  morami 

COVÏELLE. 

11  dit  :  Que  le  ciel  wus  donne  h  force  des  lions  et  la 
prudence  des  serpents  !« 


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^  *ç:;r 


ACTE  IV,  SCÈNE  VL  Sgi 

M.    JOURDAIN. 

Son  altesse  turque  m'honore  trop^  et  je  hii  souhaite 
toutes  sortes  de  prospérités. 

€0VIEI.LE. 

Ossa  binamen  sadoc  baballi  oracaf  ouram. 

CLÉONXJB. 

Bel-men. 

COTIELLE. 

Il  dit  que  tous  alliez  Tite  avec  lui  vous  préparer  pour 
la  cérémonie,  afin  de  voir  ensuite  votre  fille,  et  de  con- 
clure le  mariage. 

M.    JOURDAIN. 

Tant  de  choses  on  deux  mots? 

COVIELL^. 

Oui.  La  langue  turque  est  comme  c^,  elle  dit  beau- 
coup en  peu  de  paroles.  Allez  vite  où  il  ^uhaitt.^ 

SOÈ^ÏNTE   VH. 
COVIELLE. 

Ah!  ah!  ahl  ma  fqi,  c<;la  est  tout-à-fait  drôle.  Quelle 
dupe!  Quand  il  auroit  appris  son  rôle  par  cœur,  il  ne 
pourroit  pas  le  mieux  jouer.  Ah  !  ah  ! 

SCÈNE   VIII. 
DORANTE,' COVI'EIXE. 

COVIELLB* 

Jb  vous  prie ,.  rnoosieur,  i3e  nous  vouloir  aider  céans 
dans  une  affaire  qui  s'y  passe. 


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39a    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

DORANTE. 

Ah!  ah!  Covielle,  qui^t'auroit  reconnu?  Comme  te 
voHà  ajusté  ! 

GOTIELLE. 

Vous  voyez.  Ah  !  ah  !  ah  ! 

DORANTE. 

De  quoi  ris-tu? 

COyiELLE. 

D'une  chose,  monsieur,  qui  le  mérite  bien^ 

DORANTE. 

Comment? 

COVIELLE. 

Je  vous  le  donnerois  en  l}ien  des  £ois,  monsieur,  à  de- 
viner le  stratagème  dont  nous  nous  servons  auprès  de 
M.  Jourdain ,  pour  porter  son  esprit  à  donner  sa  fille  à 
mon  mattré.     ^ 

DORANTE. 

Je  ne  devine  point  le  stratagème;  mais  je  devine  qu'il 
ne  manquera  pas  de  faire  son  effet,  puisque  tu  Tenlre- 
prends. 

C0VI«1.LE.- 

Je  sais,  monsieur,  que  la  héte  vous  est  connue. 

DORANTE. 

Apprends-moi  ce  que  c'est. 

COVLEJ.LE. 

Prenez  la  peine  de  vous  tirer  un  peu  plus  loin ,  pour 
faire  place  à  ce  que  j'aperçois  venir.  Vous  pourrez  voir 
une  partie  de  Fhîsloire,  tandis  que  je  vous  conterai  le 
reste. 


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ACTE  IV,  SCENE  IX.  SgS 

SCÈNE   IX. 
.  CÉRÉMONIE  TURQUE. 

LE  MUFTI;  DERVIS,  TURCS  assïstahts  du  mufti, 

CHA9TA1IT3  ET  DAHSAVTS. 

PREMIÈRE  ENTRÉE  DE  BALLET. 

(Six  Turcs  entrent  grayeiâent,  3e|ixâ  deux,  au  son  des  instruments.  Ils 
portent  trois  tapis,  qu'ils  lèvent  fort  haut,  après  en  avoir  fait,  en  dan- 
sant, plusieurs  figures.  Les  Tores  chantants  passent  par-Uessous  ces  tapia 
pour  s'aller  ranger  aux  deux  c6tës  du  théâtre.  Le  tniufti*,  accompagné 
'  des  dervis,  £erme  cette  marche.  ) 

(  Alors  les  Turcs  étendent  les  tapis  par  terre,  et  se  mettent  dessus  à  genoux. 
Le  mufti  et  let  dervis  restant. debout  au  milieu  d'eux;  et  pendant  que 
le  mufti  invoque  Mahomet  en  faisant  beaucoup  de  contorsions  et  de 
grimaces  sans  proférer  une  seule  p^ole^  les  Tores  assistants  se  pros- 
ternent jusqu'à  terre,  en  chantant  àtli,  lèvent  les  bras  au  del  en  chan- 
tant alla,  ce  qu'ils  continuent  jusqu'à  la  fin  de  l'invocation,  après  la- 
quelle ila  se  lèvent  tous  en  chantant  alla  ékher;  et  deux  dervis  vont 
chercher  Bl  Jourdain.) 

SCÈNE   X. 

LE  MUFTI;  DERVIS,  TURCS  chahtahts  et  dahsauts; 

M.    JOURDAIN,    TÉTU   A   LA  TURQUE,    LA    TÉTE    EAsis  ,    SAHS 
TURBAN  ET  SANS  SABRE. 

LE  MUFTI,  à  M.  Jourdain. 
Si  ti  sabir, 
Ti  respondir; 
Se  non  sabir, 
Tazir,  taiir. 

Mi  star  mufti  ; 
Ti  qui  star  ti  ? 
Non  intendir  ; 
Tazir,  tazir. 
(Deux  dervî»ftiil retirer  M.  Jourdain.) 


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39^    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 
SCÈNE  XI. 

LE  MUFTIs  DERVIS,  TURCS,  chastahts. st  dahsavti. 

LE    MUFTI. 

D ici  ^  Turque ,  qui  Star  quitta. 
Âuabatista?  Anabatiâtii7 


LES  Tuacs. 

loc. 

LE  Mvrxi. 

Zutugliflta  ? 

LES    TOBCS. 

loc. 

LE    MVPTI. 

CoffiCB? 

LES  Tuacs. 

loc. 

LE    MUFTI. 

HuBsita?  Moriata?  Fronista? 

LES    TUACS. 

Joe ,  ioc ,  ioc. 

LE    MUFTI. 

loc ,  ioc ,  ioc. 

Star  pagana  > 

LES    TURCS. 

loc. 

LE    MUFTU 

Lutérana? 

LES    TUECS. 

Ioc. 

LE    MUFTI. 

Puritana? 

LES  TVmot* 

Ioc. 

LE    MUFTI. 

Bramiua  ?  Moffina?  ZuriiM? 

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ACTE  IV,  SCÈNE  XL  3<)5 

lEâ    TUBGS, 

loc ,  ioc ,  ioc. 

LE    MUFTI. 

Ioc ,  ioc ,  ioc.  Mahamétana  ?  mafaïainétana  ? 

LES    TURCS. 

Hi  yalla.  Hi  yalla. 

&E    MUFTI. 

Gomo  chamara?  Gomo  chamara? 

LES  Tuacs. 
Giourdina ,  Giourdina. 

LE  MVWTi^  sautant, 
Giourdina ,  Giourdina* 

LES    TUEC9. 

Giourdina ,  Giourdina. 

LE    MUFTI. 

Mâbaméta ,  per  Giourdina , 
Mi  prégar,  sera  é  matina. 
Voler  fer  un  paladina 
De  Giourdina ,  de  Giourdfoa  : 
Dar  turbanta  é  dar  scarrina  , 
Gon  galéra  é  bngantina , 
Per  deSbnder  Palestina. 
M ahaméta ,  t^çt  -Giourdina , 
Mi  prégar,  aéra  é  matina. 
(aux  Turcs.) 
Star  bon  Turca  Giourdina  ? 

.    LEÂ    TUBCS. 

Hi  yalla.  Hi  yalla. 

LE  MUFTI  y  chantant  et  dansant. 
Ha  la  ba ,  ba  la  cbou ,  ba  la  baf ^  ba  }a  da. 

LES  Tuacs. 
Ha  la  ba,  ba  la  cbou,  ba  la  ba ,  ba  1a  da. 


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396    LE  BOURGEOIS  GENTILtfOMME. 
SCÈNE   XII. 

TURCS   CHAlfTAlITS   ET   DANSAHTS. 

DEUXIEME  ENTRÉE  DE  BALLET. 

SCÈNE    XIII. 

LE  MUFTI,  DERVIS,  M.  JOURDAIN;  TURCS 

CHAVTAVTS   ET   DANSANTS. 

(Le  mufti  revient  cmffé  avec  son  turban  de  cérémonie,  qjtù  est  d'une 
grosseur  démesurée,  et  garni  de  bougies  allumées  à  quatre  ou  cmq 
rangs;  il  est  accompagné  de  deux  denris  qui  portent  Talcoran,  et  qui 
ont  des  bonnets  pointus,  garnis  aussi  de  bougies  allumées. ) 

(  Les  deux  autres  denris  amëneni  M.  Jourdain,  et  le  font  mettre  à  genoux 
les  mains  par  terre,  de  façon  que  son  do»,  sur  lequel  est  mb  l'alcoran , 
sert  de  pupitre  au  mufti,  qui  ùât  une  seconde  invocation  burlesque, 
fronçant  le  sourcil,  frappant  de  temps  en  temps  sur^l'alcoran ,  et  tour- 
nant les  feuillets  avec  préii|>itatioa  ;  après  quoi  ^  en  levant  les  bras  au 
ciel ,  le  mufti  crie  à  baute  voix ,  hou.  ) 

(Pendant  cette  seconde  invocation,  les  Turcs  assistants,  s'inclinant  et  se 
relevant  alternativement,  cbai^tent  aussi,  hou,  hou^  hou,} 

M.  JOURDAIN,  après  (ju*on  lui  a  été  l^aîcoran  de  dessus  le  dos. 
Oup. 

LE  MUFTI,  à  M.  Jourdain. 
Ti  non  star  frirba  ? 

LES  Tuncs. 
No ,  no ,  no. 

LE  MUFTI. 

Non  stat  forfanta  ? 

LES    TURCS.. 

No ,  no ,  ne. 

LE  MUFTI,  aux  Turesn 
Dona  turbanta. 


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ACTE  IV,  SCÈNE  XIIL  897 

LES    TUAGS. 

Tî  non  star  furba  ? 

No ,  no ,  no. 
Non  star  forfanta  ? 

No ,  no  ^  no. 
Donar  turbanta. 

tROlSIÊME  ETNTRÉE  Dfi  BALLET. 

(  Les  Turcs  ctaosanis  mettent  le  tiiri)an  sur  la  tète  de  M,  Jotundain  au  son 
desinstrumenis.} 

LE  MUFTI,  donnant  te  tabte  à  M   Jourdain, 
Ti  star  nobile ,  non  star  &bbola* 
Pigliar  sciabbola. 
LES  Tuacs,  mettant  le  sabre  à  ta  main, 
Ti  star  nobile ,  non  star  fabbola. 
Pigliar  sciabbola. 

QUATRIÈME  ENTREE  DK  BALLET. 

Les  Turot  daiisants  donnent,  en  cadence,  plnsieuri  coups'  de  sabre  à 
M.  Jourdain,) 

Ll    MUPTI. 

Dara ,  àara 
Bastonara. 

LES    TIIBC8. 

Dara ,  dara 
Bastonara. 

CINQUIÈME  ENTRÉE  DE  BALLET. 

(  Les  Turcs  dansants  donnent  k  M.  Jourdain  des  coups  de  bâton  en  cadaooe.) 

LE    MUFTI. 

Non  tener  honta, 
Qoesu  star  l'ultima  affironta. 


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39»    LE  BOURGBOIS  GEfTIILHOMME. 

LES    Tt7RC8. 

Non  tener  hoata, 
Questa  star  lultima  affironta. 

(  Le  mufti  commence  une  troisième  invocation.  Les  dervis  le  soutiennent 
par-dessous  les  bras  avec  req»ect;  après  quoi  les  Turcs  chantants  et 
dansants,  sautant  autour  du  mufti  j  se  i^etirenlf  avec  lui,  et  emmènent 
M.  Jourdain.) 


FIN   DU   (^UATRliflfi   ACtEi 


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LE  BOURGEOIS  GENTILHOA^ME.    39g 


1^»^  ■^  '  ^i^^K^i^^»  ^^<^»^^«^><»«*»^«i^««^  «^«^  ^^s^^^-^vg-i^».^»^».^^^»^ 


ACTE  CINQUIÈME. 


SCÈNE  I. 
MADAME  JOURDAIN,  M.  JOURDAIN. 

MADAHE   JOURSAin. 

Ah!  mon  Dieul  miséricorde!  Qu'est-ce  que  c'est  dond 
que  cela  ?  quelle  figura  !  Est-ce  un  mdmoQ  *  que  vous  allez 
porter?  Est -il  temps  d'aller  en  masque?  Parlez  donc,  et 
qu'est-ce  que  c'est  que  ceci?  <Jui  vous  a  âtgotë  comme 
cela? 

M.    JOURnAIN. 

Voyez  rîmpertinente-,  de  parler  de  la  série  à  uti  mama- 
mouchi  ! 

Comment  donc? 

H.    J0URl>AIN. 

Ouï,  il  lue  Êitit  porter  du  respect  maintenant,  et  l'on 
vient  de  me  fiiire  mamamouchi, 

MADAME  JOt^Ea>AlN. 

Que  Youlez-yous  dire  avec  Totre  mamamaucbiP 

'  Momon,  pcar,  momerm,  matcaradt. 


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4oo    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

M.    JOURDAIN. 

Mamamouchi,  vous  dis-je.  Je  suis  tnamamoucki. 

MADÂMB   JOURDAIN. 

Quelle  bête  est-ce  là? 

H.    JOURDAIN. 

Mamamouchi,  c'est-à-dire  en  notre  langue,  paladin. 

MADAME   JOURDAIN. 

Baladin?  Êtes-vous  en  âge  de  danser  dans  des  ballets? 

M.   JOURDAIN. 

Quelle  ignorante!  je  dis  paladin;  cest  une  dignité 
dont  dn  vient  de  me  faire  la  cérémonie. 

MADAME  JOURDAIN. 

Quelle  cérémœiie  donc? 

M.   JOURDAIN. 

Mahaméta  per  Giourdina. 

MADAME    JOURDAIN. 

Qu'est-ce  que  cela  veut  dire  ? 

M.    JOURDAIN. 

Giourdina,  c^e^t-â-^ire  Jourdaià. 

MADAME    JOURDAIN. 

Hé  bien,  quoi,  Jourdain? 

M.    ioURDAIN. 

Voler  far  un  paladina  dé  Giourdina. 

MÂDÀilE   JOUHDAII^. 

Cc(mmént? 

M.    JOURDAIN. 

Dar  turbanta  con  galéra. 


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[Oïl  ACTE  V,  SCÈNE  L  4ot 


na0 


0 


MADAME    JOURDAIN. 

Qu'est-ce  à  dîre  cela? 

M.    JOURDAtN. 

Per  deffender  Palestîna. 

MADAME  JOURDAIN. 

Que  voulez-vous  donc  dire  ? 

M.    JOURDAIN. 

Dara ,  dara  bastonnai:a. 

MADAME  JOURDAIN. 

Qu'est-ce  donc  que  ce  jargonJà? 

M.    JOURDAIN. 

Non  tener  honta,  questa  star  l'ultima  affronta. 

MADAME   JOURDAIN. 

Qu'est-donc  que  tout  cela? 

M.  JOURDAIN^  chantant  et  dansant. 

Hou  la  ba ,  ba  la  chou ,  ba  la  ba,  ba  la  da. 

(11  tombe  par  terré.) 
MADAME   JOURDAIN. 

Hélas!  mon  Dieu!  mon  mari  est  devenu  fou. 

M.   JOURDAIN,  se  releyant  et  s'en  allant. 

Paix,  insolente!  Portez  respect  à  monsieur  le  mama- 
mouchL 

MADAME   JOURDAIN,  seule. 

Où  est-ce  donc  qu'il  a  perdu  lesprit?  Courons  Tempo- 
cher  de  sortir,  (apercevant  Dorimène  et  Dorante.)  Ahl  ah! 

voici  justement  le  reste  de  notre  écu.  Je  ne  vois  que  cha- 
grins de  tous  côtés. 

MoLiàRB.  5.  ^6 


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Hot    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

SCÈNE  IL 

DORANTE,  DORIMÈNK 

dTorante. 
Oui;  madame,  vous  verrez  ia  plus  plaisante  chos^^ 
qu^on  puisse  voir ,  et  je  ne  croîs  pas  <jue  dans  tout  le  monde 
il  soit  possible  de  trouver  encore,un  homme  aussi  fou  que 
celui-là.  Et  puis ,  madame ,  il  faut  tâcher  de  servir  Famour 
de  Cléonte ,  et  d  appuyer  toute  sa  mascarade.  C'est  un  fort 
galant  homme,  et  qui  mérite  que  Ton  slntéresse  pour  lui. 

DORIHÈNE. 

JVn  fais  beaucoup  de  cas,  et  il  est  digne  dune  bonne 
fortune. 

»ORÀNT£. 

Outre  cela,  nous  avons  ici, madame, un  ballet  qui  nous 
revient ,  que  nous  ne  devons  pas  laisser  perdre  ;  et  il  faut 
bien  voir  si  mon  idée  pourra  réussir. 

DORÎMÈNE. 

Tai  vulà  des  apprêts  magnifiques  ;  et  ce  sont  des  choses, 
Dorante,  que  je  ne  puis  plus  souffrir.  Oui,  je  veux  enfin 
vous  empêcher  vos  profasions;  et,  pour  rompre  le  cours 
à  toutes  les  dépenses  que  je  vous  vois  faire  pour  moi,  j'ai 
résolu  de  me  marier  promptement  avec  vous.  C'en  est  le 
vr^  secret;  et  toutes  ces  choses  finissent  avec  le  mariage. 

DORANTE. 

Ah  I  madame ,  est-il  possible  que  vous  ayez  pu  prendre 
pour  moi  une  si  douce  résolution  ! 


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ACTE  V,  SCÈNE  IL  4o3 

DORIMÈNE. 

Ce  n'est  que  pour  vous  empêcher  de  voua  miner;  et, 
sans  cela  j  je  vois  bien  qu'avant  qu'il  fôt  pçu  vous  n  aurîe2 
pas  un  sou. 

DORANtEk 

Que  j'ai  d^obligation, madame ^aux  soiiis  qtte  vods  avet 
de  conserver  mon  bien!  Il  est  entièrement  à  vous,  aussi- 
bien  que  mon  cœur;  et  vous  en  userez  de  la  fiiçon  qu'il 
vous  plaira. 

DORIMÈNE. 

Juserai  bien  de  tous  les  deux.  Mais  voitii  votre  homme  \ 
la  figure  en  est  admirable. 

SCÈNE  III. 

M.  JOURDAIN,  DORIMÈNE,  DORANTE. 

DORANTE. 

MoNsiEtJk,  nous  venons  rendre  hommage,  madame 
et  moi ,  à  votre  nouvelle  dignité ,  et  nous  réjouir  avec  vous 
du  mariage  que  vous  faites  de  votre  fille  avec  le  fils  du 
grand  Turc. 

M.   JOURDAIN,  aptes  avoir  fait  les  réTérences  à  la  tur^e. 

Monsieur,  je  vous  souhaite  la  force  des  serpents  et  la 
prudence  des  lions. 

DORIMiNE. 

J'ai  été  bien  aise  d'être  des  premières,  monsieur,  a 
venir  vous  féliciter  du  haut  degré  de  gloire  où  vous  êtes 
monté. 


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4o4    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

M.    JOURDAIN. 

Madame,  je  vous  souhaite  toute  Tannée  votre  rosier 
fleuri.  Je  vous  suis  infimment  obligé  de  prendre  part  aux 
honneurs  qui  m'arrivent  ;  el  j'ai  beaucoup  de  joie  de  vous 
voir  revenue  ici ,  pour  vous  faire  les  très-humbles  excuses 
de  l'extravagance  de  ma  femme. 

DORIMENE. 

Cela  nest  rien,  j excuse  en  elle  un  pareil  mouvement  : 
votre  cœur  lui  doit  être  précieux,  et  il  n'est  pas  étrange 
que  la  possession  d  un  homme  comme  vous  puisse  ins- 
pirer quelques  alarmes. 

M.    JOURDAIN. 

La  possession  de  mon  cœur  est  une  chose  qui  vous  est 
tout  acquise, 

DORANTE. 

Vous  voyez,  madame,  que  monsieur  Jourdain  nest 
pas  de  ces  gens  que  les  prospérités  aveuglent ,  et  qu'il  sait , 
dans  sa  grandeur,  connoitre  encore  ses  amis. 

DORIMÈNE. 

C'est  la  marque  <l'une  âme  tout-^-fait  généreuse, 

DORANTE. 

Où  est  donc  son  altesse  turque?  Nous  voudrions  bien , 
comme  vos  amis,  lui  remfre  nos  devoirs. 

M.    JOURDAIN. 

Ije  voilà  qui  vient;  et  j'ai  envoyé  quérir  ma  fille  pour 
lui  donner  la  main. 


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ACTE  V,  SCENE  IV.  4o5 

5CÈNE   IV. 

M.  JOURDAIN,  DORIMÈNE,  DORANTEi 

CLÉONTE,    HABILLÉ    EN   TURC 
DORANTE,  à  Cléonte. 

Monsieur,  nous  venons  fâîre  la  révérence  à  votre 
altesse  comme  amis  de  monsieur  votre  beau-père,  et 
l'assurer,  avec  respect,  de  nos  très-humbles  services. 

M.    JOURDAIN. 

Où  est  le  truchement,  pour  lui  dire  qui  vous^ea,  et 
lui  faire  entendre  ce  que  vous  dites?  Vous  verrfez  qu'il 
vous  répondra,  et  il  parle  turc  à  merveille.  Holà  !  où  dian- 
tre est-il  allé?. (à  Cléonte.)  Strouf,  strif ,  strof,  straf  : 
monsieur  est  un  grande  ségnore,  grande  ségnore, 
grande ségnore ;  et  madame,  une  granda  dama,  gronda 

dama,  (  voyant  qu'il  ne  se  fait  point  entendre.  )  Ah  !  {h.  CléouSc  , 

montrant  Dorante. )  Monsieur,  lui  mamamouchi  françois; 
et  madame  ^  mamamouchi  française.  Je  ne  puis  pas  parlei 
plus  clairement.  Bon.  voici  linterprète. 

SCÈNE  V. 
R  JOURDAIN ,  DOREVIÉNE ,  DORANTE  -,  CLÉONTE, 

HABILLÉ    EN   TURC;    COVIELLE,    DEGUISA. 
M.    JOURDJlIN. 

Où  alle^-vous  donc?  nous  ne  saurions  rien  dire  sans 
vous,  (montrant  Cléonte.)  Dites -lui  un  peu  que  monsieur 
et  madame  sont  des  personnes  de  grande  qualité,  qui  lui 
viennent  faire  la  révérence ,  comme  mes  amis ,  et  l'assurer 


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4o6    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

de  leurs  senrices.  ( à  Dorimène  et  k  Dorante)  Vous  allez  voir 
comme  il  ya  répondre. 

COyiELLE. 

ÂUbala  crociam  acd  boram  alabamea. 

CLjfoifTE. 

Gatalégui  tobal  aorin  soter  aoB^loiichanl 

*    H.  JOVRDi.Iir  9  à  Dorimène  et  à  Dorante. 

Voyezrvous? 

COyiElLB. 

U  dit  :  Que  h  pluie  des  prospérités  arrose  eut  tout 
temps  le  jardin  de  yotre  âtmille. 

H.    JOtJRDAIir. 

h  VOUS  Tavois  bien  dit  qu'il  parle  turc.. 

DORANTE. 

Gela  est  admirable. 

SCÈNE  VL 

LUOLE,  ClÉONTE,  M.  JOURDAIN,  DORIMÈNE, 
DORANTE,  œVIELLE. 

M.   JOURDAIN. 

Venez,  ma  fille,  approchez-vous,  et  venez  donner  la 
main  à  monsieur,  qui  vous  &it  llionneur  de  vous  de- 
mander en  mariage. 

LVCILE. 

Gomineaat,  mon  p&re,  comme  vous  voilà  Êdt!  Est-ce 
me  comédie  que  vous  jouez  ? 

M.    JOURDAIN. 

Non,  non,  ce  n*cst  pas  une  comédie,  c'est  une  aflUre 


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ACTE  V,  SCÈNE  VI.  407 

fort  sérieuse^  et  la  plus  pleiDe  d'honneur  pour  vous  qui 
se  peut  souhaiter,  (montrant  Cléonte.)  Voilà  le  mari  que  je 
vous  donne. 

LUCILE. 

A  moi,  mon  père? 

M.    JOURDAIN. 

Ouï,  à  VOUS.  Allons,  touchez -lui-  dans  la  main,  et 
rendez  grâce  au  ciel  de  votre  bonheur. 

^  LUCILE. 

Je  ne  veux  point  me  marier. 

M.    JOURDAIN. 

Je  le  veux ,  moi ,  qui  suis  votre  père. 

LUCILE. 

Je  n'en  ferai  rien. 

M.    J^OURDAIN. 

Ah!  que  de  bruit  !  Allons,  vous  dis-je  ;  çà ,  votre  main. 

LUCILE. 

Non,  mon  père,  je  vous  Faî  dit,  il  n'est  point  de  pou- 
voir qui  me  puisse  obliger  à  prendre  un  autre  mari  que 
Cléonte;  et  je  me  résoudrai  plutôt  à  toutes  les  extrémités, 
que  de...  (reconnoissant  Cléoate.)  Il  est  Vrai  que  vous  êtes 
mon  père ,  je  vous  dois  entière  obéissance  ;  et  c'est  à  vous 
à  disposer  de  moi  selon  vos  volontés. 

M.    JOURDAIN. 

Ah  !  je  suis  ravi  de  vous  voir  si  promptemeut  revenue 
dans  votre  devoir;  et  voilà  qui  me  plait  d'avoir  une  fille 
obéissante. 


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4o8    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

SCÈNE   VIL 

MADAME  JOURDAIN,  CLÉONTE,  M.  JOURDAIN, 
LUCILE,  DORANTE,  DORIMÊNE,  COVIELLE. 

MADAME   JOURDAIN. 

Comment  donc  !  qu'est-ce  que  c^est  que  ceci?  On  dit 
que  vous  voulez  donner  votre  fille  en  mariage  à  un  ca- 
réme-prenant. 

M.    JOURDAIN. 

Voulez-vous  vous  taire,  impertinente?  Vous  venez 
toujours  mêler  vos  extravagances  k  toutes  choses,  et  il  n'y 
a  pas  moyen  de  vous  apprendre  à  être  raisonnable. 

MADAME  JOURDAIN. 

C'est  vous  qu'il  n'y  a  pas  moyen  de  rendre  sage ,  et  vous 
allez  de  folie  en  folie.  Quel  est  votre  dessein  ?  et  que  vou- 
lez-vous Étire  avec  cet  assemblage? 

M.    JOÎJRDAIN. 

Je  veux  marier  notre  fille  avec  le  fils  du  grand  Turc. 

MADAME    JOURDAIN. 

Avec  le  fils  du  grand  Turc? 

M.    JOURDAIN. 

Oui.  (  montrant  Co vielle.  )  Faites- lui  faire  vos  compli- 
ments par  le  truchement  que  voilà. 

MADAME   JOURDAIN. 

Je  n'ai  que  faire  du  truchement;  et  je  lui  dirai  bien 
nioi-même ,  à  son  nez ,  qu'il  n'aura  point  ma  fille, 

M.   JOURDAIN. 

Voulez- vous  vous  taire,  encore  une  fois? 


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ACTE  V,  SCÈNE  VII.  409 

DORANTE. 

Comment  I  madame  Jourdain ,  vous  vous  opposez  à  un 
bonheur  comme  celui-là?  Vous  refusez  son  altesse  tunjue 
pour  gendre? 

MADAME   JOURDAIN. 

Mon  Dieu,  monsieur,  mélez-vous  ds  vos  afiaires. 

DORIMÈNE. 

C'est  une  grande  gloire  qui  n'est  pas  à  rejeter. 

MADAME   JOURDAIN. 

Madame ,  je  vous  prie  aussi  de  ne  tous  point  embar- 
rasser de  oe  qui  ne  vous  touche  pas. 

DORANTE. 

C'est  l'amitié  que  nous  avons  pour  vous  qui  nous  &it 
intéresser  dans  vos  avantages, 

MADAME  JOURDAIN. 

Je  me  passerai  bien  de  votre  amitié. 

DORANTE. 

Voilà  votre  fille  qui  consent  aux  volontés  de  son  père. 

MADAME   JOURDAIN. 

Ma  fille  constnt  à  épouser  un  Turc? 

DORANTE. 

Sans  doute. 

MADAME    JOURDAIN. 

Elle  peut  oublier  Cléonte  ? 

DORANTE. 

Que  ne  fait-on  pas  pour  être  grande  dame? 


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4io    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

MADAME    JOURDAIN. 

Je  l'étranglerob  de  mes  mains ,  si  elle  avoit  Êdt  on  coup 
comme  celui-là. 

M.    JOURDAIN. 

Voilà  bien  du  caquet.  Je  tous  dis  que  ce  mariage-là  se 
fera. 

MADAME    JOURDAIN. 

Je  vous  dis ,  moi ,  qu'il  ne  se  fera  point. 

M.   JOURDAIN 

Ah!  quedebroitî 

LUGIIE. 

Ma  mère. . . 

MADAME    JOURDAIN. 

Allez  j  vous  êtes  une  coquine. 

M.   JOURDAIN^  à  madame  Jourdain. 

Quoi  !  VOUS  la  querellez  de  ce  qu'elle  m'obéit? 

MADAME  JOURDAIN. 

Oui.  Elle  est  à  moi  aussi-bien  qu^à  vous. 
COVIELLE^  à  madame  Jourdain. 

Madame... 

MADAME    JOURDAIN. 

Que  me  voulez-vous  conter,  vous? 

COVIELLE. 

Un  mot. 

MADAME   JOURDAIN. 

Je  n'ai  que  faire  de  votre  mot. 

COVIELLE,  à  M«  Jourdain. 

Monsieur^  si  elle  veut  écouter  une  parole  en  particu- 


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ACTE  V,  SCÈNE  VII-  4ii 

Cer,  je  vous  promets  de  la  faire  consentir  à  ce  que  vous 
voulez. 

MADAME   JOURBAIir. 

Je  n'y  consentirai  point. 

COVIELLS. 

Ecoutez-moi,  seulement. 

MADAME   JOURDAIir. 

Non. 

M.  JOURDAIN,  à  madame  Jourdain. 

Écoutez-le. 

MADAME  JOURDAIN. 

Non ,  je  ne  veux  pas  Técouter. 

M.   JOURDAIN, 

Il  vous  dira. . . 

MADAME    JOURDAIN. 

Je  ne  veux  point  qu'il  me  dise  rien. 

M.    JOURDAIN. 

Voilà  une  grande  obstination  de  femme!  Cela  vous 
feroit-il  mal  de  l'entendre? 

GOVIBLLE. 

Ne  faites  que  m  écouter,  vous  ferez  après  ce  qu'il  vous 
plaira. 

MADAME    JOURDAIN. 

Hé  bien,  quoi? 

COVIELLE,  bas  y  &  madame  Jourdain.  , 

Il  y  a  une  beure ,  madame ,  que  nous  vous  faisons  signe. 
Ne  voyez-vous  pas  bien  que  tout  ceci  n'est  fait  que  pour 
nous  ajuster  aux  visions  de  votre  mari,  que  nous  Fabusons 


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4i2    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME, 
sous  ce  déguisement,  et  que  c^est  Cléonte  lui-même  qui 
est  le  fils  du  grand  Turc  ? 

MADAME   JOURDAIN,  bas  ^  à  Covielle.- 

Ahîahl 

COyiELLE,  bas,  à  madame  Jourdain. 

Et  moi  Covielle,  qui  suis  le  truchement'' 

MADAME   JOURDAIN,  bas,  à  Coyielle. 

Âh!  comme  cela,  je  me  rends. 

COYIELLE,  bas,  à  madame  Jourdaio. 
Ne  faites  pas  semblant  de  rien. 

MADAME   JOURDAIN,  haut. 

Oui,  voilà  qui  est  fait-,  je  consens  au  mariage^ 

M.    JOURDAIN. 

Âh!  voilà  tout^  monde  raisonnable*  (à  madame  Jom- 
dain.)  Vous  ne  vouliez  pas  l'écouter.  Je  savoîs  bien  qu'il 
vous  expliqueroit  ce  que  c'est  que  le  fils  du  grand  Turc. 

MADAME   JOURDAIN. 

Il  me  Fa  expliqué  comme  il  faut;  et  j'en  suîs  satisfaite. 
Envoyons  quérir  un  notahre. 

DORANTE. 

C'est  fort  bien  dit.  Et  afin,  madame  Jourdain,  que 
vous  puissiez  avoir  Fesprit  tout-à-fait  content,  et  que  vous 
perdiez  aujourd'hui  toute  la  jalousie  que  vous  pourriez 
avoir  conçue  de  monsieur  votre  mari ,  c'est  que  nous  nous 
servirons  du  même  notaire  pour  nous  marier,  madame 
et  moi. 

MADAME    JOURDAIN. 

Je  consens  aussi  à  cela. 


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ACTE  V,  SCÈNE  VIL  4i3 

M.   JOURDAIN,  bas,  à  Dorante. 

C'est  pour  lui  faire  accroire. 

DORANTE,  bas,  à  M.  Jourdain. 

Il  feut  bien  Famuser  avec  cette  feinte. 

M.    JOURDAIN,  bas. 

Bon,  bon.  (haut.)  Qu'on  aille  quérir  le  notaire. 

DORANTE. 

Tandis  qu'il  viendra,  et  qu'il  dressera  les  contrats, 
voyons  notre  ballet,  et  donnons-en  le  divertissement  à  son 
altesse  turque. 

M.   JOURDAIN. 

C'est  fort  bien  avisé.  Allons  prendre  nos  places. 

MADAME    JOURDAIN. 

Et  Nicole? 

M.    JOURDAIN. 

Je  laxlonne  au  truchement;  et  ma  femme,  à  qui  la 
voudra. 

COVIELLE. 

Monsieur,  je  vous  remercie,  (à part.)  Si  l'on  en  peut 
voir  un  plus  fou,  je  Tirai  dire  à  Rome. 


FIN   DU   CINQUIEME   ACTIS. 


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4i4    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

BALLET  DES  NATIONS. 


PREMIÈRE  ENTRÉE. 

un  DOKKEUR  DE  LIVRES,  dawsiht;  IMPORTUNS,  dansauts; 
DEUX  HOMMES  du  bel  air,  DEUX  FEMMES  du  bel  air, 
DEUX  GASCONS,  UN  SUISSE,  UN  VIEUX  BOURGEOIS 
BABILLARD,  UNE  VIEILLE  BOURGEOISE  babillari»; 
TROUPE  DE  SPECTATEURS  chastahts. 

CHŒUR  DE  SPECTATEURS,  ttu  doMieUr  de  Uvres, 

A  MOI  I  monsieur,  à  moi  ;  de  grâce ,  à  moi ,  monsieur; 
Un  liyre ,  s'il  vous  plaît ,  à  votre  serviteur^ 

PREMIER    HOMME  du  bel  atTy 

Monsieur,  distinguez-nous  parmi  les  gens  qui  crient  t 
Quelques  livres  ici ,  les  dames  vous  en  prient, 

SECOVD  HOMME  du  bel  air. 
Holà!  monsieur;  monsieur,  ajez  la  charité 
D'en  jeter  de  notre  côté. 

PREMik&E  FEMME  du  bel  air.. 
Mon  Dieu  !  qu'aux  personnes  bien  faites 
On  sait  peu  rendre  honneur  céans  ! 

SRcovDE  FEMME  du  bel  air. 
Ils  n'ont  des  livres  et  des  bancs 
Que  pour  mesdames  les  grisettes. 

PREMIER    GASCON. 

Ah!  rhomme  aux  libres,  qu'on  m'en  raille* 
J'ai  déjà  lé  poulmon  usé. 
Bous  bojez  que  chacun  mé  raille , 
Et  je  suis  escandalisé 
Dé  hoir  es  mains  dé  la  canaille 
Ce  qui  m'est  par  bous  réfusé. 


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BALLET  DES  NATIONS.  4i5 

SECOND    GASCON. 

Hé  !  cadédis ,  monseu ,  bojez  c|ui  l'on  put  être. 
■  Un  libret ,  je  bous  prie ,  au  varon  d'Asbarat. 
J^  pense ,  movdi.,  que  lé  fat 
N'a  pas  l*bonn6ar  dé  mé  connoitre. 

UN    SUISSE. 

Montsir  le  donnait  de  papieir, 
Que  vuel  dir'  sii  façon  de  fifre  ? 
Moi ,  récorchair  tout  mon  gosieir. 

A  crieir> 
Sans  que  je  pouyre  afoir  ein  lifre  : 
Pardi ,  mon  foi ,  montsir,  je  pense  vous  l'être  ifne? 

(  Le  donneur  de  livret,  fatigué  par  les  importuns  qu'il  trouve  toujours  sur 
866  pas,  se  retire  en  colère.) 

vv  VIEUX  BouBOEois  bablUard. 
De  tout  ceci ,  franc  et  net , 

Je  suis  mal  satisfait. 
Et  cela  f  sans  doute ,  est  laid 

Que  notre  fille , 
Si  bien  faite  et  si  gentille , 
De  tant  d'amoureux  Tobjet , 
N'ait  pas  à  son  souhait 
Un  livre  de  ballet , 
Pour  lire  le  sujet 
Du  divertissement  qu'on  fait  ; 
Et  que  toute  notre  fiuAilIe 

Si  proprement  s'habille 

Pour  être  placée  au  sommet 

De  la  salle ,  où  l'on  met 

Les  gens  de  llntrignet. 

De  tout  ceci ,  franc  et  net , 

Je  suis  mal  satisfiut  ; 
Et  cela ,  sans  doute ,  est  laifL 


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4i6    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME, 

HUE  VIEILLE  B0UB0E018E  babUlarde, 
11  est  vrai  que  c'est  une  honte , 
Le  sang  au  visage  me  monte  ; 
Et  ce  jeteur  de  vers ,  qui  manque  au  capiul , 
L'entend  fort  mal.      ,, 
C'est  un  brutal, 
Un  vrai  cheval , 
Franc  animal , 
De  faire  si  peu  de  compte 
D'une  fille  qui  fait  l'ornement  principal 
Du  quartier  du  Palais-Royal , 
Et  que  ces  jour»  passés  un  comte 
Fut  prendre  la  première  au  bal. 
Il  l'entend  mal  : 
C'est  un  brutal , 
Un  vrai  cheval , 
Franc  animal. 

HOMMES  du  bel  air. 

Ah!  quel  bruit! 

FEMMES  du  bel  air. 

Quel  fracas  !  quel  chaos  T  quel  mélange  ! 
HOMMES  du  bel  air. 
Quelle  confusion  !  quelle  cohue  étrange  î 
Quel  désordre  !  Quel  embarras  ! 

pnEMiàBE  FEMME  du  bel  air. 

On  j  sèche. 

SECOWDE  FEMME  du  bel  air. 
L'on  n'y  tient  pas. 

FUEMIEB.    GASCOlf. 

Bentré ,  je  suis  k  vont. 

SECOVD   GàSCOV. 

J'emagé,  Dieu  me  damne! 

LE    SUISSE. 

Ah!  que  li  faire  saif  dans  sti  »al'  de  cians- 


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BALLET  DES  NAIIQNS.  417 

PaEMXER    GASCON,    . 

Je  murs. 

ÀccdHi)  aAscos.  ' 

Je  perds  la  tramontane. 
LE  sutssB. 
Mon  foi ,  moi ,  le  foudrois  être  hots  de  dedans. 
LE  VIEUX  flovitQEoiB  bahUla^d, 
Allons ,  ma  mie , 
Suiirez  mes  pas , 
Je  vous  en  prie , 
Et  ne  tfte  ^ittos  pas. 
On  fait  de  nous  trop  peti  de  cai9  ; 
,  £t  je  suis  las 
De  ce  tracas;  * 

Tout  ce  fr^^gs , . 
Cet  embarras , 
Me  pèse  par  trop  sur  les  bras. 
S'il  me  prend  jamais  envie 
De  retourner  d9  mu  vie 
A  ballet  ni  cotiédiè^ 
Jeveux  bien  qu'on 'm*eftt¥qpU;    * 
Allons ,  ma  mie ,       * 
Suivez  ines  pas , 
Je  vous  ep  prie , 
Et  ne  me  quitter  p^s:    •       ♦        .'      - 
On  fait  de  nous  trop  peu  de  cas. 

LA    VIEILLE    BOOUâ^OlSE    ÀA^iMoJ^e» 

Allons ,  men  mignon ,  mon  fils , 

Hegagnoiis  notre  Togi», 

Et  sortons  de  ce  taudis  '' 

Où  l'on  ne  peut  être  assis.  ' 

Ils  seront  bien  ébaubis 

Quand  ils  noi^^vcM^ront  piirtis. 
Trop  de  confusion  règne  dans  QpXX»,  salle , 
Molière.  5.  ^7 


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4i8    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

Et  j  aimerois  mieux  être  au  milieu  de  la  halle. 

Si  jamais  je  reviens  à  semblable  régale , 

Je  feux  bien  recetoir  des  soufHets  plus  de  six. 

Allons,  moo  migiton  »  mon  (ils , 

RegAguons  notre  logis , 

Et  sortons  de  ce  taudis 

Où  l'on  ne  peut  être  assis. 

(  Le  donneor  de  livres  revient  avec  les  importons  qui  Tont  suirL) 

CaCEUn    DE    SPECTATEURS, 

A  moi  f  monsieur,  à  moi  ;  de  gtftcft,  à'moi ,  monsieur; 

Un  livre ,  s'il  vous  plaît ,  à  voti-e  serviteur. 
(  Les  Importuns,  afant  pris  des  livres  des  mains  'de  celui  qui  les  donne,  les 
distribuent  aux  spectateurs,  pendant  que  le  donneur  de  livres  danse; 
après  quoi  ils  sejoigiiqnt  à  hii,  et  fQ|Sieii  là  première  entrée.) 

■  Il    I..I        il  m      ,^  .1    I  ■     »  I      II.  'i       ■        '.    ■   .  ■  ■       Il  i> 

DEUXIÈME.  ENTRÉE. 
ESPAGIÎOIS. 

TROIS  ESPAGNOLS  caÀVTÂifTS,  ËS^AXÎIIOLS  dusaiti. 

phemzeh  sssAavoL. 

Os  ^ue  me  muero  de  amor, 

Y  soTîcito  ël  dolor. 

Avji  i)|urièi>do  de  ^ue^er, 
De  tan  btiea  ajre  adoleïdeo , 
Que  es  mas  de  lo  qae*pade<€0 , 
Lo  ^ue  quiero  padecer  ; 

Y  no  pudieYido  excéder 
A  mi  desee  el  dgor. 

Se- que  me  mlierq  de  amor, 
T  tolicito  el  dtUoi^. 


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BALLET  DES  NATIONS.  419 

L18OVJEA  me  la  suerte 
Gon  piedad  tan  adyertida, 
Que  me  asegura  la  vida 
En  el  riesgo  de  la  muette. 
Yivir  del  gblpe  ftiertè 
Es  de  mi  salud  primor. 

Si  g[ue  me  muero  de  amor, 
T  solicito  el  dolor. 

(Oànse  de  iix  Espagnols,  après  laquelle  denx  autres  Espagnols  dansent 
ensemble.) 

PAEMIER    ESPAGffcyL. 

A  j  !  que  locura ,  con  tanto  rigor 
Quexarse  dé  Amor , 
Del  nifio  bonito 
Que  todb  e^  dulzura  ! 

Aj  !  que  locura  ! 

Aj  !  que  locuta  ! 

SECOND   ESVAGnOtl.. 

El  dolor  solicita 

El  qtie  al  doloT  se  dà  ; 

Y  nadie  de  omor  nauerc  , 

Sino  qnïco  no  sabe  amar.         ^     > 

FUEMIEU    ET   fEÊOVH   ESFAfrAOliS. 

Dulœ  muETte  es  el  amor 

Con  corre&pûndenciâ  i|[ual  ;      ^ 

Y  si  e&ta  goiaiïios  hoy , 

P  01  que  la  qui  ères  turbar? 

TltOÎAziME    EBrAlîSÛL. 

Aiegrese  enai^raido  ^ 

Y  tome  mi  parecer 

Que  ëta  Mquestoidè  queret 
Todo  es  ballar  el  iraflo. 


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4ao    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 

TOUS    TROIS    ElfSElIBI.1. 

Vajat,  vaja  de  ficsta , 

Vaja  de  ba^le 
Âlegria,  alegria,  alegri%. 
Que  esto  de  dolor  es  £inta»ia. 


TROISIÈME    ENTRÉE. 
ITALIENS. 

UNE  ITALIENNE  CHAiïTAïrTE ,  UN  ITALIEN  chaktaïït; 
ARLEQUIN,  TRIVELINS  bt  SGARAMOUGHES  daisisavts. 

,  L*ITALIEirilE.     ' 

iJi  rigori  armata  il  seno 
Contro  atnor  mi  ribellaî. 
Ma  foi  Tinta  in  nn  baleno 
Al  mirar  duo  vaghi  rai. 
Ahi  !  che  resi^^te  pocd 
Cor  di  gelo  a  stral  di  fiioco  ! 

Ma  si  caro  è  *1  mia  tonoQQnto , 
Dolce  î^  d  la  pUgâ  mià  ^ 
Ch*  il  penare  è  mio  contetiia , 
E  1  Banaimi  é  tivtiuiiia  ; 
Ahi  î  the  pin  gîoya  e  placé- 
Quautfi  amor  è  piu  vIvEceî 
(  Deux  scarainouclies  et  deux  tn^olins  t«pTi3S«ntânt  avec  ^Ie<}uin  une  nuit 

l\italies. 
Bel  tempo  che  vola  . 
Rapisce  il  contfinto  : 
D'amor  nella  scifo^a 
Si  coglie  il  mûfneato. 


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BALLET  DES  NATIONS.  i^i 

'  l'italibsve. 
Jlnâia  che  florjda 

Ride  l'età  ; 
Cbe  pur  tropp'  horrîda,  -  | 

Da  noi  Acn  va, 

TOUS    DEUX    £n3£MtiE« 

Su  cantiama , 
Bu  godiamOî 
Me'  bcî  di  dt  gîo vente  ï 
Perduto  beti  non  si  rscqnista  ptù. 

PupilJa  ch"  è  Taga 

MUr  aime  iacatËiia^  , 

F  à  dolcc  lii  piagâj 

Fdice  la  pCDs. 

L*ITA.LIElf  NE. 

Ma  poichè  f?  igida 

Langue  l'età , 
Più  l'aima  rigida 

Fiamme  non  ha; 

TOtJft    DEUX    ENSEMBLE. 

Sùcaudamo, 
Su  godiamo, 
Ne'  bei  di  di  gioventù  ; 
Perduto  ben  non  si  racc[uista  più. 

(  Les  tcaramouclies  et  les  trivelins  finissent  l'entra  par  une  danse.) 


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423    LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 


QUATRIÈME  ENTRÉE. 
FRANÇOIS. 

DEUX  POITEVINS  chantauts  et  dassauts  ,  POITEVINS 

ET  POITEVINflS  PASSANTS. 
PREMIER    POITEVIN. 

Âh  !  qu'il  fait  beau  dans  ces  bocages  ! 
Ah  !  que  le  ciel  donne  un  beau  jour  ! 

SECQNb    POITEVIN. 

Le  rossignol ,  sons  ces  tendres  feuillaget , 
Chante  aux  éçbos  son  doux  retour  ; 
Ce  beau  séjour, 
Ces  doux  ramages , 
Ce  beau  séjour 
Nous  invfte  à  l'amour. 

TOUS    DEUX   ENSSMBLE. 

Vois ,  ma  Clhnène , 
Vois ,  sous  ce  chêne , 
S'entre-baiser  ces  oiseaux  amoureux  , 
Ils  n'ont  rien  dans  leui^  vœux 
Qui  les  gâne  ; 
De  leurs  doux  feux 
Leur  àme  est  pleine  : 
Qu'ils  sont  heureux  1 
Nous  pouvons  tous  deux , 
Si  tu  le  veux , 
Être  comme  eux. 

(Trois  Poitevins  et  trois  Poitevines  dansent  ensemble.) 


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BALLET  DES  NATIONS:  4a3 


CINQUIÈME  ET  DERNIÈRE  ENTRÉE. 

(  Les  Espagnols,  les  Italiens  f%  les  François  se  inètent  ensemble,  et  iaaoeaA 
ladennèTeei^trée.} 

CEÇeun    DE    SPECTATEURS. 

(^UELS  spectacles  charmants!  quels  plaisirs  goûtons-nouf  t 
Les  dieux  mêmes ,  les  dieux,  n'en  ont  point  de  plus  donx* 


Flir   BU   «ÀM.&T   BBS   HACIOJIft. 


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RÉFLEXIONS 


SUR 


LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME. 


Si  Votk  execpte  lb  Misanthrope  et  le  Tartuppe^  aucune 
pièce  de  Molière  n'offire  de  plu9  grandes  vues  que  celle-ci. 
L'avarice ,  le  pëdantisme ,  la  jalousie ,  ne  sont  que  des  travers 
particuliers  j  au  lieu  que  celui  de  M.  Jourdain  est  commun  à 
presque  tous  les  hommes ,  soit  sous  le  rapport  du  rang,  soit 
sous  o«lui  des  richesses ,  soît  sous  celui  des  talents  :  il  n'y  en. 
a  pas  qui  ne  chôlvlie  à  rfëïever,  et  qui  ne  veuille  paroître  plus 
grand  qtt'il  n-'est  : 

Tout  prince  a  des  ambassadeurs , 
Tout  maïqips  veut  avoir  des  pages. 

'((  Cette  foiUesse ,  dit  M.  de  Voltaire ,  est  prëcisëment  la 
«  même^que  celle  d'un  bourgeois  qui  veut  être  homme  de  qua- 
«  lité.  Mais  la  folie  du  bouiigeoi5  est  la  seule  qui  soit  comique, 
((  et  qui  puisse  Aire. rire  au  théâtre  :  ce  sont  les  extrêmes  dis- 
<(  proportions  dos  manières  et  du  langage  d'un  homme  avec 
(c  les  airs  et  les  discours  qu'il  veut  affecter  qui  font  un  ridi- 
^  cule  plaisant.  Cette  espèce  de  ridicuïe  ne  se  trouve  point 
!f(  àBXis  des  princes  ou  dans  des  hommes  ëlevée  à  la  cour ,  qui 
«  couvrent  toiites  leurs  sottises  du  môme  air  et  du  même  lan- 
n  gage  ',  mais  ce  ridicule  se  montre  tout  entier  dans  un  bour- 


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RÉFLEX.  SUR  LE  BOURGEOIS  GENTILH.   4a5 

(c  geois  ^levë  grossièrement ,  et  dont  le  naturel  fait  à  tout  mo- 
(f  ment  un  contraste  ayec  Fart  dont  il  veut  se  parer.  C'est  ce 
«  naturel  grossier  qui  fait  le  plaisant  de  la  comédie  ;  et  voilà 
(c  pourquoi  ce  n^est  jamaîâ  quo  dans  là  yie  commune  qu^oii 
<c  prend  las  personnages  comiques.  >» 

Ce  jugement  de  M.  de  Voltaire  csl  plein  de  raison  et  de 
goût  :  ce  grand  poêle  avoit  en  vue  Jes  coitiédrcs  qu'on  repré- 
sentoit  de  son  temps  pi  blâmoit  k  niauîe  de  ne  plus  metti^î  de 
Lourgeois  sur  le  théâtre  ^  et  de  ne  faire  que  ce  qu'on  appeloh 
di!S  pièces  de  L*ofi  tm,  genre  absolument  opposé  au  but  que 
doîi  ^  proposer  la  véritayc  comédie. 

11  est  bien  à  regretter  que  Molière,  ajant  trouvé  un  si  beau 
sujet  j  possédant  au  plus  haut  degré  les  moyens  d'en  tirer  tout 
le  parti  possible,  n^ait  fiiit  en  quelque  sorte  que  Tcsquisser. 
Boileau  lui  en  faisoit  souvent  les  reproches  les  plus  vifs  ;  mais 
Molière  r^pondoît  qu-îl  ne  pouvoit  soutenir  son  tbt^âtre  que 
par  un  grand  nombre  de  nouveautés,  et  que,  poiu^  les  multi- 
plier, il  falloît  nécessairement  travailler  vite,  Cqjendant  il  se 
proposoît  de  faire  par  la  suite  une  revue  de  toutes  ses  pièces , 
de  corriger  celles  qui  lui  pamllroient  défectueuses,  et  de  dé» 
velopper  celks  dont  les  idées  coraiq«t*s  nV^toîeut  qu^indi- 
quées.  Quel  trésur  ne possi^derions-nous  pas,  si  MoHère,  aidé 
de  Boileau,  eût  pu  se  livrer  à  ce  travail  !  Maison  sait  qu'une 
mort  prématurée  Fenk-va  au  milieu  de  sa  carrière.  Il  est  pro- 
bable qu'il  auroit  rectifié  le  plan  du  BouBOEOts  oentilhomme, 
il  ont  les  acte*;  sont  disproportionnés  j  et  qu'en  conservant  dans 
leur  entier  les  exccilt'ntcs  conceptions  des  trois  premiers  et 
de  la  moitié  du  quatrièmo,  il  auroit  substitué  à  la  farcq  du 
IMufti^  qui  est  d'uu  antre  ton  que  le  reste,  de  nouveaux  dé- 
veloppements des  ridiculei  de  M.  Jourdain,  et  un  dënoûment 
plus  heureusement  combiné. 


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4a6  RÉFLEXIONS 

Cette  pièce  excita ,  dans  le  diK-huitième  siècle  ^  la  censure 
du  philosophe  qui  s'étoit  déjà  élevé  contre  le  Misanthrope  et 
l'Avare,  u  Quel  est  le  plus  bUmable  ^  dit  J.  J.  Rousseau /d'un 
a  bourgeois  sans  esprit  et  vain ,  qui  ùtït  sottement  Le  gentil? 
«  homme ,  ou  du  gentilhomme  fripon  qui  le  dupe  ?  Dans  cette 
«  pièce)  ce  dernier  n  est-il  pas  l'honnête  homme? 'N'a-t-il  pas 
<c  pour  lui  l'intérêt?  et  le  public  n'applaudit-il  pas  à  tous  les 
(c  tours  qu'il  fait  à  l'autre  ?» 

Or  va  voir  combien  il  y  a  d'erreurs  dans  ce  peu  de  mots. 
Un  homme  du  caractère  de  M.  Jourdain  ne  peut  être  entouré 
que  de  fripons  :  cela  est  indubitable.  Quels  sont  les  honnêtes  . 
gens  qui  voudr oient  ^voir  des  liaisons  avec  un  fou  si  ridicule  ^%^ 
et  près  duquel  on  ne  peut  réussir  qvÇk  l'aide  de  la  plus  basse 
flatterie?  Aussi  Moitié  a-t-ii  fait  de  même  que  dans  l'Avais  : 
il  n'a  point  mis  auprès  de  M«  Jourdifin  un  de  ces  amis  raison- 
nables qu'il  place  si  heureusement  dans  ses  autres  pièces. 
L'avare  et  le  prodigue  n'çmt  pas  pkiis  d'amis  l'un  que  l'autre  : 
ces  deux  exc«s  excluent  nécessairement  toute  liaison  de  ce 
genre.  Molière^  en  faisant  tromper  le  Bourgeois  gei^tlhomme , 
n'a  laissé  aucun  doute  sur  celui  qui  0st  le  plus  blânnable,  ou 
de  k  dupe,  ou  du  fripon.  Dorante  n'est  pas  l'houiête  homme 
de  la  pièce,  il  n'attire  pas  tout  l'intérêt,  le  publie  n'applaudit 
pas  à «e#  ruses;  rien  n^mt  plus  ùoUfi  à  démoiitrer.  Ce  gentil- 
homme n^a  aucun  des  s^éments  que  donue  ordinairement  la 
vie  ée  la  cour  :  «on  adresse  se  borne  à  âatter  bassement  un  sot 
pour  lui  escroquer  de  Pangent.  On  ne  peut  éom  le  coQsidérer 
ni  comme  homme  d'esprit ,  91  comme  honnête  hjomme  ;  et  l'on 
ne  peut  appkucfo  à  des  ru$ies  si  gitossières.  C'^est  plutôt  au 
sens  droit  de  madame  Jourdain  et  de  Nicole  que  le  public  se 
plaît  à  applaudir  :  ni  rsue  ni  Pauvre  ne  sont  dupes  des  fourbe-> 
ries  de  ceux  qui  entourent  M.  Jourdain  ;  elles  les  deinoiPl 


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SUR  LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME.   4^7 

parfaîcement.  On  rit,  il  esft  vrai,  de  leurs  expressions  bour- 
geoises 1  mais  on  partage  leurs  sentiments,  on  se  met  de  leur 
côté,  et  elles  déploient  plus  d'esprit  que  Dorante  et  Dorimèue. 
Une  preuve  certaine  que  Molière  n'a  point  cherche  à  modifier 
le  caractère  odieux  de  Dorante,  c'est  qu'à  la  première  repré- 
sentation de  la  pièce  tous  les  courtisans  s'élev^ent  contre 
l'impertinence  de  l'auteur,  qui,  disoient-ils,  avoit  osé  faire 
jouer  un  rôle  si  odieux  à  un  gentilhomme.  Il  fallut  que 
Louis  Xiy  parlât  pour  faire  cesser  cette  rumeur.  Rousseau, 
en  attaquant \ sans  réflexion  cette  conception  si  heureuse,  n'a 
pas  aperçu  l'art  que  l'auteur  a  employé  pour  ne  pas  tomber 
dans  l'inconvénient  qu'il  lui  reproche.  Si ,  dans  les  farces  du 
quatrième  et  du  cinquième  acte ,  M.  Jourdain  eût  été  bafoué 
par  Dorante  et  par  Dorimènc,  peut-être  auroit-on  été  fondé  à 
dire  que  la  dupe  étoit  trop  sacrifiée  au  fripon.  Maïs  c'est  le 
véritable  honnête  homme  delà  pièce,  c'est  Gléonte,  dont  les 
sentiments  saut  plqins  de  noblesse  et  de  générosité ,  c'est  lui 
qui  imagine  et  exécute  cette  plaisanterie.  Trop  forte  danjs  tout 
autre  sujet,  elle  devient  excusable  dans  celui-ci,  parce  que 
c'est  l'unique  moyen  qui  reste  à  Gléonte  pour  obtenir  la  main 
de  sa  maîtresse. 

L'exposition  du  Bou&geois  qei«t;j.uomme  est  .digne  des 
meilleures  pièces  de  Molière.  Le  maître  de  danse  et  le  .maître 
de  musique  donnent  l'idée  la  plus  juste  du  caractère  de 
M.  Jourdain  :  Icnr  vanité  et  leurs  prétentions  sont  déya- 
loppées  avec  beaucoup  d'art;  et  l'on  remarque^  ce  qui  est  un 
eiK:ellent  trait  de  comédie,  que  celui  dont  la  profession  est  la 
pf u«  frivole ,  le  maître  de  danse ,  a  beaucoup  plus  d'ocgueil 
que  l'autre  :  il  affecte  un  désintéressement  très-comique,  et  se 
met  au  rang  des  premiers  artistes. 

Molière  ne  manque  pas  de  suivra  et  de  développer  cette  idë« 


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4i8  RÉFLEXIONS 

féconde.  Le  maître  d'armes  a  autant  d'orgueil  que  le  maître  de 
musique  et  le  maître  de  danse  :  il  est ,  malheureusement  pour 
cux ,  beaucoup  plus  brutal  ;  et  leurs  prétentions  voulant  lutter 
contre  les  siennes ,  il  s'emporte  en  menaçant  l'un  de  le  faire 
chanter,  et  l'autre  dé  le  fiiire  danseï^  Il  paroîtroit  ici  que  la  plai- 
santerie est  épuisée,  et  qu'il  est  impossible  de  la  pousser  plus 
loin  ;  mais  Molière  la  prolonge  en  grand  maîtire ,  et  lui  donne 
une  force  comique  qui  n'appartenoit  qu'à  lui.  Le  maître  de 
philosophie  arrive  au  milieu  de  la  dispute,  il  cherche  à  réta* 
blir  la  paix  en  citant  le  Traité  de  la  colère  de  Sénèque  : 
mais  bientôt,  voulant  soutenir  que  la  science  qu'il  professe, 
est  supérieure  aux  arts  qu'enseignent  les  trois  autres  maîtres, 
il  les  met  tous  contre  lui  :  son  opiniâtreté  les  irrite  ;  et,'  malgré 
la  présence  et  les  prières  de  M.  Jourdain,  il  est  maltraité  par 
eux.  Rien  de  plus  plaisant,  rien  en  même  temp^  de  plus  con- 
forme aux  caractères  et  à  la. situation  àes  personnages. 

Il  faudroit  parco\irir  en  détail  les  trois  premiers  actes  de- 
cette  pièce  pour  en  faire  sentir  toutes  les  beautés.  Nous  nous 
bornerons  à  indiquer  quelques-unes  des  plus  frappantes.  Les 
leçons  que  reçoit  M.  Jourdain ,  et  qu'il  répète  avec  sa  femme 
et  sa  servante ,  sont  des  tableaux  qui ,  sans  aucune  charge , 
présentent  dans  tout  leur  jour  les  travers  du  Bourgeois  gentil- 
homme. Ses  manières  avec  ses  domestiques  et  ses  taâleur-s, 
ses  galanteries  avec  la  marquise  Dorîmètie ,  sa  facilité  exces- 
sive avec  Dorante,  ses  brusqueries  avec  Nicole  et  madame 
Jourdain,  sont  des  traits  charmants  qui  restent  dans  la  nrë- 
moire  de  ceux  qui  ont  vu  jouer  la  pièce  ou  qui  l'ont  lue. 

On  remarque  dans  cette  comédie  uïie  preuve  de  l'atmour 
extrême  de  Molière  pour  sa  femme  :  il  en  fait  le  portrait  dé- 
taillé, en  peignit  le  ddpit  de  Cléonte^  et  ce  lableàu  est 


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SUR  LE  BOURGEOIS  GENTILHOMME.   4^9 

d'autant  plus  délicat ,  qu'il  est  tracé  par  un  amant  qui  croit 
avoir  à  se  plaindre  de  sa  maîtresse. 

On  auroit  pu  croire  que  Moiière  avoit  eu  l'intention  de  se 
moquer  des  bourgeois  en  général ,  en  couvrant,  le  bon  sens  de 
Nicole  et  de  madame  Jourdain  du  vernis  grossier  d'une  mau- 
vaise éducation ,  s'il  n'avoit  y  avec  beaucoup  de  sagesse ,  re- 
levé cette  condition  dans  le  rôle  de  Gléonte.  Il  lé  fait  parler  de 
la  manière  la  plus  noble  et  la  plus  mesurée,  lorsqu'il  demande 
à  M.  Jourdain  sd  fille  en  mariage  :  la  première  question  que 
lui  fait  le  père,  est  s'il  à  le  rang  de  gentilhomme. 

((  Monsieur,  lui  répond  Gléonte,  la  plupart  des  gens,  sur 
n  cette  qtiestion,  n'hésitent  pas  beaucoup.  On  tranche  le  mot 
«  aisément.  Ce  nom  ne  fait  aucun  scrupule  à  prendre  :  et 
«  l'usage  aujourd'hui  semble  en  autoriser  lé  vol.  Pour  moi, 
«  je  vous  l'avoue ,  j'ai  les  sentiments,  sur  cette  matière,  un  peu 
a  plus  délicats.  Je  trouve  que  toute  imposture  est  indigne  d'un 
<(  honnête  homme ,  et  qu'il  7  a  de  la  lâcheté  à  déguiser  ce  que 
((  le  ciel  nous  a  fait  naître,  à  se  parer  aux  yeux  du  monde  d'un 
ic  titre  dérobé ,  à  se  vouloir  donner  pour  ce  qu'on  n'est  pas.  Je 
a  suis  né  de  parents^  sans  doute ,  qui  ont  tenu  des  charges  ho- 
<c  norables;  je  me  suis  acquis  dans  les  armes  l'honneur  de^ix 
a  ans  de  service  j  et  je  me  trouve  assez  de  bien  pour  tenir  dans 
«  le  monde  un  rang  assez  passable  ;  mais  avec  tout  cela ,  je  ne 
a  veux  point  me  donner  un  nom  où  d'autres  à  ma  place  croi- 
u  roient  pouvdir  prétendre  ;  ai  j«  vous  dirai  franchement  que 
<(  je  ne  suis  pas  gentilhomme  «  )> 

On  doit  regretter,  comme  on  l'a  dit  au  commencement, 
que  Molière  n'ait  pas  soutenu  dans  les  denûers  actes  de  cette 
comédie  le  ton  qu'il  avoit  pris  dans  ïea  premiers.  S'il  avoit  eu 
le  temps  de  la  perfectionner,  il  y  a  lieu  de  présumer  qu'elle 


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43o    RÉFLEX.  SUR  LE  BOURGEOIS  GENTILH. 

aoroit  figuré  au  rang  de  sêb  chefs-d'œuvre.  Telle  qu'elle  est, 
elle  peut  passer  pour  une  des  pièces  les  plus  agréables  de  son 
théâtre  :  toute  l'originalité  et  toute  la  profondeur  de  son  génie 
B'jT  font  remarquer  ;  les  farces  mêmes  qui  la  terminent  soit 
pleines  d'agrément  et  de  sel. 


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LES  FOURBERIES 

DE  SCAPIN, 

COMÉDIE 
EN  TROIS  ACTES  ET  EN  PROSE, 

Représentée  à  Paris ,  sur  le  théâtre  du  Palais  -  Rojal , 
le  a4  ^^^  1671. 


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PERSONÏ^AGES- 

ARGANTE,  père  d'Octave  et  de  Zerbînette. 
GÉRONTE,  père  de  Lëandre  et  d'Hyacinthe. 
OCTAVE,  fils  d'Argante  et  amant  d'Hyacinthe. 
LÉ  AND  RE  ^  fils  de  Gt  route  et  amant  de  Zerbinelte. 
ZERBINETTE j  crue  Egyptienne j  et  reconnue  Elfe  d'Ar* 

gante  ^  amanlc  de  Léandre. 
H YA CINTRE  j  Tdk  cb  Gijronle  et  amante  J^Octavé. 
SCAPïNj  valet  de  Uandre. 
SILVESTRE,  valet  d  Octave, 
NERlNBj  nourrice  dH jacinthe* 
CARLEf  ami  de  Scapîn*  [ 

DEUX  BORTEURS,  .    '       1 


La  scèoe  ètt  k  Nâplef 


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LES  FOURBERIES 

DE  SCAPIN. 

ACTE  PREMIER. 


SCÈNE  I. 

OCTAVE,  SILVESTRE. 

OCTAVE. 

Ah  !  fâcheuses  nouvelles  pour  un  cœur  amoureuxl  Dures 
extrémités  où  je  me  vois  réduit!  Tu  viens,  Silvestre, 
d'apprendre  au  port  que  mon  père  revient? 

SILVESTRE. 

Oui. 

OCTAVE. 

Qull  arrive  ce  matin  même? 

SILVESTRE. 

Ce  matin  même. 

OCTAVE. 

Et  qu  il  revient  dans  la  résolution  de  me  marier? 

SILVESIRE. 

Oui. 

OCTAVE. 

Avec  une  fille  du  seigneur  Géronte? 

MoLiknE.  5\,  a8 


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434      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

8ILTESTRE. 

Du  seigneur  Géronte. 

OCTAVE. 

Et  que  cette  fille  est  mandée  de  Tarente  ici  pour  ceUV 

SILYESTRE. 

Oui. 

OCTAVE. 

Et  tu  tiens  ces  nouvelles  de  mon  oncle? 

SILVESTRE. 

De  votre  oncle. 

OCTAVE. 

À  qui  mon  père  les  a  mandées  par  une  lettre? 

SILVBSTBE. 

Par  une  lettre. 

OCTAVE. 

Et  cet  oncle ,  dis-tu ,  sait  toutes  nos  affaires  ? 

SILVESTRE. 

Toutes  nos  affaires. 

OCTAVE. 

Ah!  parle  si  tu  veux,  et  ne  te  fais  point,  de  la  sorte, 
arracher  les  mots  de  la  bouche. 

SILVESTRE. 

Qu'ai -je  à  parler  davantage?  Vous  n'oubliez  aucune 
circonstance  ;  et  vous  dites  les  choses  tout  justement 
comme  elles  sont. 

OCTAVE. 

Conseille-moi  du  moins,  et  me  dis  ce  que  je  dob  faire 
dans  ces  cruelles  conjonctures. 


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ACTE  I,  SCÈNE  I.  435 

SILYESTRE. 

Ma  foi,  je  m'y  trouve  autant  embarrassé  que  yous^  et 
j  aurois  bon  besoin  que  Ton  me  conseillât  moi-même. 

OCTAVE. 

Je  suis  assassiné  par  ce  maudit  retour. 

SILVESTRE. 

Je  ne  le  suis  pas  moins. 

OCTAVE. 

Lorsque  mon  père  apprendra  les  choses,  je  vais  voir 
fondre  sur  moi  un  orage  soudain  d'impétueuses  répri- 
mandes. 

SILVESTRE. 

Les  réprimandes  ne  sont  rien;  et  plût  au  ciel  que  j'en 
fusse  quitte  à  ce  prix!  Mais  j'ai  bien  la  mine,  pour  moi, 
de  payer  plus  cher  vos  folies;  et  je  vois  se  former  de  loin 
un  nuage  de  coups  de  bâton  qui  crèvera  sur  mes  épaules. 

OCTAVE. 

0  ciel!  par  où  sortir  de  l'embarras  où  je  me  trouve? 

SILVESTRE. 

C  est  à  quoi  vous  deviez  songer  avant  que  de  vous  y 
jeter, 

OCTAVE. 

Ah!  tu  me  fais  mourir  par  tes  leçons  hors  de  saisoiu 

SILVESTRE. 

Vous  me  Êiites  bien  plus  mourir  par  vos  actions 
étourdies. 


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436      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

OCTAVE. 

Que  dols-je  faire?  Quelle  résolution  prendre?  A  quel 
remède  recourir? 

SCÈNE  IL 
OCTAVE,  SCAPIN,  SILVESTRE. 

SCAPIN. 

Qu'est-ce,  seigneur  Oclave?  Qu'avez -vous?  Quy 
a-t-il?  Quel  désordre  est-ce  là?  je  vous  vois  tout  troublé. 

OCTAVE. 

Ah!  mon  pauvre  Scapin,  je  suis  perdu,  je  suis  déses- 
péré, je  suis  le  plus  infortuné  de  tous  les  hommes. 

SCAPIN. 

Comment? 

OCTAVE. 

N'as-tu  riea  appris  de  ce  qui  me  regarde? 

SCAPIN. 

Non. 

OCTAVE. 

Mon  père  arrive  avec  le  seigneur  Géronte;  et  ils  me 
veulent  marier. 

SGAPJN. 

Hé  bien  !  qu'y  a-t-il  là  de  si  funeste? 

OCTAVE. 

Hélas!  tu  ne  sais  pas  la  cause  de  mon  inquiétude? 

SCAPIN. 

Non  :  mais  il  ne  tiendra  qu'à  vous  que  je  ne  la  sache 


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ACTE  I,  SCÈNE  IL  437 

bientôt;  et  je  suis  homme  consoiatif ,  homme  à  m^intéres- 
ser  aux  affaires  des  jeunes  gens. 

OCTAVE. 

Ah!  Scapin,  si  tu  pouvois  trouveï  quelque  invention, 
forger  quelque  machine,  pour  me  tirer  de  la  peine  où  je 
suis,  je  croirois  t'être  redevable  de  plus  que  de  la  vie. 

SCAPIN. 

A  vous  dire  la  vérité,  il  y  a  peu  de  choses  qui  me 
soient  impossibles,  quand  je  m'en  veux  mêler.  J'ai  sans 
doute  reçu  du  ciel  un  génie  assez  beau  pour  toutes  lés  fa- 
briques de  ces  gentillesses  d'esprit,  de  ces  galanteries  in- 
génieuses, à  qui  le  vulgaire  ignorant  donne  le  nom  de 
fourberies;  et  je  puis. dire,  sans  vanité,  qu'on  n'a  guère 
vu  d'homme  qui  fut  plus  habile  ouvrier  de  ressorts  et 
d'intrigues,  qui  ait  acquis  plus  de  gloire  que  moi  dans  ce 
noble  métier.  Mais ,  ma  foi ,  le  mérite  est  trop  maltraité 
aujourd'hui;  et  j'ai  renoncé  à  toutes  choses,  depuis  cer- 
tain chagrin  d'une  affaire  qui  m'arriva. 

OCTAVE. 

Comment?  quelle  affaire,  Scapin? 

SCAPIN. 

Une  aventure  où  je  me  brouillai  avec  la  justice. 

OCTAVE. 

La  justice? 

SCAPIN, 

Oui  :  nous  eûmes  un  petit  démêlé  eosemble. 

SILVESTHE. 

Toi  et  la  justice? 


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438      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

SGAPIN, 

Oai.  EQe  en  usa  fort  mal  avec  moi;  et  je  me  dépitai  de 
telle  sorte  contre  l'ingratitude  du  siècle,  que  je  résolus  de 
ne  plus  rien  faire^  Baste  :  ne  laissez  pas  de  me  conter 
votre  aventure. 

OCTAVB. 

Tu  sais,  Scapin,  qu'il  y  a  deux  mois  que  le  seigneur 
Géronte  et  mon  pire  s  embarquèrent  ensemble  pour  un 
voyage  qui  regarde  certain  commerce  où  leurs  intérêts 
sont  m^lés. 

SCAPIN. 

Je  sais  cela. 

OCTAVB. 

Et  que  Léandre  et  moi  nous  fûmes  laissés  par  nos 
pères,  moi  sous  la  conduite  de  Silvestre,  et  Léandre  sous 
ta  direction. 

SCAPIN. 

Oui.  Je  me  suis  fort  bien  acquitté  de  ma  charge. 

OCTAVE. 

Quelque  temps  après ,  Léandre  fit  rencontre  dVine 
jeune  Égyptienne,  dont  il  devint  amoureux. 

SCAPIN. 

Je  sais  cela  encore. 

OCTAVE. 

Comme  nous  sommes  grands  amis ,  il  me  fit  aussitôt 
confidence  de  son  amour,  et  me  mena  voir  cette  fille,  que 
je  trouvai  belle,  à  la  vérité,  mais  non  pas  tant  qu'il  vou- 
loit  que  je  la  trouvasse.  H  ne  m  entretenoit  que  d'elle 


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ACTE  I,  SCÈNE  IL  439 

chaque  jour,  m'exagérait  à  tous  moments  sa  l>eauté  et  sa 
grâce,  me  louoit  son  esprit,  et  me  parloit  avec  transport 
des  charmes  de  son  entretien,  dont  il  me  rapportoit  jus- 
qu'aux moindres  paroles,  qu'il  s'efforçoit  toujours  de  me 
feire  trouver  les  plus  spirituelles  du  monde.  Il  me  que- 
relloit  quelquefois  de  n'être  pas  assez  sensible  aux  choses 
qu'il  me  venoit  dire,  et  me  Mâmoit  sans  cesse  de  l'indlf 
férence  où  j'étois  pour  les  feux  de  rameur. 

SGAPIN. 

*  Je  ne  vois  pas  encore  où  ceci  veut  aller. 

OCTAVE. 

Un  jour  que  je  laccompagnois  pour  aller  chez  les  gens 
qui  gardent  lobjet  de  ses  vœux,  nous  entendîmes,  dans 
une  petite  maison  d'une  rue  écartée ,  quelques  plaintes 
mêlées  de  beaucoup  de  sanglots.  Nous  demandons  ce  que 
c'est  :  une  femme  nous  dit  en  soupirant  que  nous  pouvions 
voir  là  quelque  chose  de  pitoyable  en  des  personnes 
étrangères,  et  qu'à  moins  que  d'être  insensibles,  nous  en 
serions  touchés. 

SCAPIN. 

Où  est-ce  que  cela  nous  mène? 

OCTAVB. 

La  curiosité  me  fit  presser  Léandre  de  voir  ce  que 
c'étoit.  Nous  entrons  dans  une  salle,  où  nous  voyons  une 
vieille  femme  mourante,  assistée  d'une  servante  qui  fiiisoit 
des  regrets,  et  d une  jeune  fille  toute  fondante  en  larmes, 
la  {^  belle  et  la  plus  touchanle  <pi'on  puisse  jamais  voir. 


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44o      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

SCÀPIÎT. 

Âh!ah! 

OCTAVE. 

Une  autre  auroit  paru  effroyable  en  l'état  où  elle  étoit  ; 
car  elle  n'avoit  pour  habillement  qu  une  méchante  petite 
jupe ,  avec  des  brassières  de  nuit  qui  étoient  de  simple 
futaine  ;  et  sa  coiliure  étoit  ime  cornette  jaune ,  retroussée 
au  haut  de  sa  tête,  qui  laissoit  tomber  en  désordre  ses 
cheveux  sur  ses  épaules  :  et  cependant,  faite  comme  cela, 
elle  brilloit  de  mille  attraits,  et  ce  n'étoit  qu  agréments  et 
que  charmes  que  toute  sa  personne. 

SCAPIN. 

Je  sens  venir  les  choses. 

OCTAVE. 

Si  tu  laTois  vue,  Scapin,  en  l'état  que  je  dis,  tu  Tau- 
rob  trouvée  admirable. 

SGAPIN. 

Oh!  je  n'en  doute  point;  et,  sans  l'avoir  vue,  je  vois 
bien  qu'elle  étoit  tout-à-fait  charmante. 

OCTAVE. 

Ses  larmes  n'étoient  point  de  ces  larmes  désagréables  qui 
défigurent  un  visage;  elle  avoit  à  pleurer  une  grâce  tou- 
chante, et  sa  douleur  étoit  la  plus  belle.du  monde. 

SCAPIN. 

Je  vois  tout  cela. 

OCTAVE. 

Elle  faisoit  fondre  chacun  en  larmes,  en  se  jetant 
amoureusement  sur  le  corps  de  cette  mourantCi  qu^elle 


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ACTE  1,  SCÈNE  II.  441 

appeloît  sa  chère  mère;  et  il  ny  ayoit  personne  qui  n'eût 
l'âme  prcée  de  voir  un  si  bon  naturel. 

SGAPIN. 

En  effet,  cela  est  touchant;  et  je  vois  bien  que  ce  bon 
naturel-là  vous  la  fit  aimer. 

OCTAVE. 

Ahl  Scapin,  un  barbare  Fauroit  aimée! 

SGAPIN. 

Assurément.  Le  moyen  de  s'en  empêcher! 

OCTAVE. 

Après  quelques  paroles  dont  je  tâchai  d^adoucir  la  dou- 
leiir  de  cette  charmante  affligée,  nous  sortîmes  de  là;  et 
demandant  à  Léandre  ce  qu'il  lui  sembloit  de  cette  per- 
sonne, il  me  répondit  froidement  qu'il  la  trouvoit  assez 
jolie.  Je  fus  piqué  de  la  froideur  avec  laquelle  il  m'en  par- 
loit,  et  je  ne  voulus  point  lui  découvrir  l'effet  que  ses 
l>eautés  avoient  fait  sur  mon  âme. 

SILVESTRB,  à  Octave. 

Si  VOUS  n'abrégez  ce  récit,  nous  en  voilà  pour  jusqu  a 
demain.  Laissez-le-moi  finir  ^1  deux  mots.  (  à  Scapin.  )  Son 
cœur  prend  feu  dès  ce  moment;  il  ne  sauroit  plus  vivre 
qu  il  n'aille  consoler  son  aimable  affligée.  Ses  fréquentes 
visites  sont  re jetées  de  la  servante,  devenue  la  gouver- 
nante par  le  trépas  de  la  jnère.  Voilà  mon  homme  au  dés- 
espoir. Il  presse,  supplie,  coq  jure;  point  d  affaire.  On  lui 
dit  que  la  fille,  quoique  sans  bien  et  sans  appui,  est  de 
famille  honnête ,  et  qu  à  moins  x^ae  de  lepouser  on  ne 
peut  souffiîr  ses  poursuites.  Voilà  son  amour  augmenta 


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44a      LtS  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 
par  les  difficultés.  Il  consulte  dans  sa  tète ,  agite  y  raisonne, 
balance^  prend  sa  résolution;  le  voilà  marié  avec  elle 
depuis  trois  jours. 

SCAPIIT. 

J^entends. 

SILYBSTRE. 

Maintenant ,  mets  avec  cela  le  retour  imprévu  du  père , 
qu'on  n^attendoit  que  dans  deux  mois,  la  découverte  que 
Fonxïle  a  âiite  du  secret  de  notre  nkariage,  et  l'autre  ma- 
riage qu'on  veut  faire  de  lui  avec  la  fille  que  le  seigneur 
Géronte  a  eue  d'une  seconde  femme  qu^on  dit  qu  il  a 
épousée  à  Tarente. 

OCTAVE. 

Et,  par-dessus  tout  cela,  mets  encore  llndigence  où  se 
trouve  cette  aimable  personne,  et  Fimpuissance  où  je  me 
vob  d  avoir  de  quoi  la  secourir. 

SCAPIN. 

Est-ce  là  tout?  Vous  voilà  bien  embarrassés  tous  deux 
pour  une  bagatelle  !  C'est  bien  là  de  quoi  se  tant  alarmer  ! 
n'as-tu  point  de  honte ,  toi ,  de  demeurer  court  à  si  peu  de 
chose?  Que  diable!  te  voilà  grand  et  gros  comme  père  et 
mère,  et  tu  ne  saurons  trouver  dans  ta  tête,  forger  dans 
ton  esprit,  quelque  ruse  galante,  quelque  honnête  petit 
stratagème,  pour  ajuster  vos  affaires!  Fi!  peste  soit  du 
butor!  Je  voudrois  bien  que  Ton  m'eût  donné  autrefois 
nos  vieillards  à  duper,  je  les  aurois  joués  tous  deux  par^ 
dessous  la  jambe;  et  je  n'étois  pas  fias  grand  que  cela^ 
que  je  me  signalois  déjà  par  cent  tours  d'adresse  jolis. 


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ACTE  I,  SCÈNE  il.  443 

SILYESTRE. 

fayoue  que  le  ciel  ne  m'a  pas  donné  tes  talents ,  et  que 
je  nai  pas  l'esprit,  comme  toi ,  de  me  brouiller  avec  la 
justice. 

OCTAVE. 

Voici  mon  aimable  Hyacinthe. 

SCÈNE  ni. 

HYACINTHE,  OCTAVE,  SCAPIN,  SDLVESTRE. 

HYACINTHE. 

Ah!  Octave,  est-il  vrai  ce  que  Silvestre  vient  de  dire 
à  Nérine,  que  votre  père  est  de  retour,  et  qu'il  veut  vous 
marier? 

OCTAVE. 

Oui,^  belle  Hyacinthe;  et  ces  nouvelles  mWt  donné 
une  atteinte  cruelle.  Mais  que  vois-je?  vous  pleurez  1 
Pourquoi  ces  larmes?  me  soupçonnez-vous,  dites-moi,  de 
quelque  infidélité?  et  n'étes-vous  pas  assurée  de  Tamouf 
que  j'ai  pour  vous? 

hyacinthe. 

Oui,  Octave,  je  suis  sûre  que  vous  m'aimez,  mais  je 
ne  le  suis  pas  que  vous  m  aimiez  toujours. 

OCTAVE. 

Hé!  peut-on  vous  aimer  quW  ne  vous  aime  toute  sa 
vie? 

HYACINTHE. 

J'ai  oui  dire.  Octave,  que  votre  sexe  aime  moins  long- 
temps que  le  nôtre,  et  que  les  ardouis  que  les  hommes 


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444      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

font  voir  sont  des  feux  qui  s'éteignent  aossi  Êiciletnent 

qu'ils  naissent. 

OCTAVE. 

Ah!  ma  chère  Hyacinthe,  mon  cœur  n'est  donc  pas 
fait  comme  celui  des  autres  hommes  ;  et  je  sens  bien ,  pour 
moi,  que  je  vous  aimerai  jusqu'au  tombeau. 

HYACINTHE. 

Je  veux  croire  que  vous  sentez  ce  que  vous  dites,  et  je 
ne  doute  point  que  vos  paroles  ne  soient  sincères  ;  mais  je 
crains  un  pouvoir  qui  combattra  dans  votre  cœur  les  ten- 
dres sentiments  que  vous  pouvez  avoir  pour  moi.  Vous 
dépendez  d'un  père  qui  veut  vous  marier  à  une  autre 
personne;  et  je  suis  sûre  que  je  mourrai  si  ce  malheur 
m'arrive. 

OCTAVE. 

Non ,  belle  Hyacinthe ,  il  n'y  a  point  de  père  qui  puisse 
me  contraindre  à  vous  manquer  de  foi;  et  je  me  résoudrai 
à  quitter  mon  pays  et  le  jour  même ,  s'il  est  besoin ,  plutôt 
qu'à  vous  quitter.  J'ai  déjà' pris,  sans  l'avoir  vue,  une 
aversion  effroyable  pour  celle  que  Ton  me  destine;  et, 
sans  être  cruel,  je  souhaiterois  que  la  mer  Técartât  d'ici 
pour  jamais.  Nç  pleurez  donc  point,  je  vous  prie,  mon 
aimable  Hyacinthe;  car  vos  larmes  me  tuent,  et  je  ne  les 
puis  voir  sans  me  sentir  percer  le  cœur. 

HYACINTHE. 

Puisque  vous  le  voulez,  je  veux  bien  essuyer  mes 
pleurs^  et  j'attendrai,  dun  œil  constant,  ce  qu'il  plaira  au 
ciel  de  résoudre  de  moi. 


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ACTE  I,  SCÈNE  III.  445 

OCTAVE. 

Le  ciel  nous  sera  favorable. 

HYACINTHE. 

11  ne  sauroît  m'être  contraire ,  si  vous  m'êtes  fidèle. 

OCTAVE. 

Je  le  serai  assurément. 

HYACINTHE. 

Je  serai  donc  heureuse. 

SCAPIN,  à  part. 

Elle  n'est  point  tant  sotte,  ma  foi;  et  je  la  trouve  assez 
passable. 

OCTAVE,  montrant  Scapiu. 

Voici  un  homme  qui  pourroit  bien ,  s'il  le  vouloit,  nous 
être,  dans  tous  nos  besoins,  d'un  secours  merveilleux. 

S€APIN. 

J'ai  fait  de  grands  serments  de  ne  me  mêler  plus  du 
inonde  ;  mais  si  vous  m'en  priez  bien  fort  tous  deux,  peut- 
être.  . . 

OCTAVE. 

Âh!  s^il  ne  tient  qu'à  te  prier  bien  fort  pour  obtenir 
ton  aide,  je  te  conjure  de  tout  mon  cœur  de  prendre  la 
conduite  de  notre  barque. 

se  AFIN,  à  H  jacinthe. 

Et  VOUS,  ne  dites-vous  rien? 

HYACINTHE. 

Je  vous  conjure,  k  son  exeiçple,  par  tout  ce  qui  vous 
est  le  plus  cher  au  monde ,  de  vouloir  servir  notre  amour. 


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446      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

SCAPIN. 

Il  faut  se  laisser  vaincre ,  et  avoir  de  lliumanité.  Allez , 
je  veux  m'employer  pour  vous. 

OCTAVB. 

Crois  que. . . 

SCAPIIT,  à  Octare. 
Chut,  (à  H  jacinthe.)  Allez-voas-eii ,  VOUS  ;  et  soyez  en 
repos. 

SCÈNE  IV. 

OCTAVE,  SCAPIN,  SILVESTRE. 

SCAPIN,  à  Octave. 
Et  vous, préparez-vous  à  soutenir  avec  fermeté  l'abord 
de  votre  père. 

OCTAVE. 

Je  t avoue  (jue  cet  abord  me  fait  trembler  par  avance, 
et  j'ai  une  timidité  naturelle  que  je  ne  saurois  vaincre. 

SCAPIN. 

n  faut  pourtant  parottre  ferme  au  premier  choc,  de  peur 
que,  sur  votre  foiblesse,  il  ne  prenne  le  pied  de  vous  me- 
ner comme  un  enfant.  Là,  tâchez  de  vous  composer  par 
étude.  Un  peu  de  hardiesse;  et  songez  à  répondre  résolu- 
ment sur  tout  ce  qu'il  pourra  vous  dire. 

OCTAVE. 

Je  ferai  du  mieux  que  je  pourrai. 

SCAPIN. 

Çà ,  essayons  un  peu,  pour  vous  accoutumer.  Répétons 


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ACTE  I,  SCÈNE  IV.  44; 

un  peu  voire  rôle ,  et  voyons  si  vous  ferez  bien.  Allons ,  la 
mine  résolue,  la  tête  haute,  les  regards  apurés. 

OCTAVE. 

Comme  cela? 

SCAPIN. 

Encore  un  peu  davantage. 

OCTAVE. 

Ainsi/ 

SGAPIN. 

Bon.  Imaginez-vous  que  je  sub  votre  père  qui  arrive, 
et  répondez-moi  fermement,  cpmme  si  c'étoit  à  lui-même. . , 
Comment,  pendard,  vaurien,  infâme,  fils  indigne  d'un 
père  comme  moi,  oses-tu  bien  parottre  devant  mes  yeux 
après  tes  bons  déportements,  après  le  lâche  tour  que  tu 
m'as  joué  pendant  mon  absence?  Est-ce  là  le  fruit  de  mes 
soins,  maraud,  est-ce  là  le  fruit  de  mes  soins?  le  respect 
qui  m'est  dû,  le  respect  que  tu  me  conserves?  (  Allons 
donc.)  Tu  as  Finsolence,  fripon,  de  t'engager  sans  le 
consentement  de  ton  père  I  de  contracter  un  mariage  clan- 
destin! réponds-moi,  coquin,  réponds-moi.  Voyons  un 
peu  tes  belles  raisons. . .  Oh!  que  diable!  vous  demeurez 
interdit. 

OCTAVE. 

C'est  que  je  m'imagine  que  c'est  mon  père  que  j'en- 
tends. 

SCAPI5. 

Hé,  oui.  C'est  par  cette  raison  qu'il  ne  faut  pas  être 
comme  un  mnocont. 


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448      LES  FOURBERIES  DE  SGÀPIN. 

OCTAVE. 

Je  m'en  vab  prendre  plus  de  résolution,  et  je  répondrai 
fermement. 

SCAPIN. 

Assurément? 

OCTAVE. 

Assurément. 

SILVESTRE. 

Voilà  votre  père  qui  vient. 

OCTAVE. 

O  ciel!  je  suis  perdu. 

SCÈNE  V. 
SCAPm,  SILVESTRE. 

SCAPIN. 

HoLA,  Octave.  Demeurez,  Octave.  Le  voilà  enfiiiî 
QueDe  pauvre  espèce  d'homme!  Ne  laissons  pas d  attendre 
le  vieillard. 

SILVBSTRB. 

Que  lui  dirai- je? 

SCAPIN. 

Laisse-moi  dire,  moi^  et  ne  fais  cjue  me  jsuivre. 


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ACTE  I,  SCÈNE  VL  449 

SCÈNE   VL 

ARGANTE;  SCAPIN  bt  SDLVESTRE,  tk^s  lb  tokb 

DU  THÉÂTRE. 
ARGANTE,  se  crojant  seul. 

A  -T-ON  jamais  ouïparler  d'une  action  pareille  àcèUe-là  ? 

SCAPIN,  àSilvcstw. 

Il  a  déjà  appris  l'affaire  ;  et  elfe  lui  tient  si  (on  en  tête, 
que,  tout  seul,  il  en  parle  haut. 

A  R  gJPn  T  E  j  se  croyant  seul. 

Voilà  une  témérité  bien  grande! 

SCAPIN,  à  Silv«8tiiN 

Ecoutons-le  un  pu. 

ARGANTE)  ge  croyant  scuK 

Je  voudrois  bien  savoir  ce  <]u'ils  me  pourront  dire  sur 
ce  beau  mariage. 

SCAPIN,àpart. 

Nous  y  ayons  songé. 

AR6ANTË,  se  croyant  seul. 

Tâcheront-ils  de  me  nier  la  chose? 

SCAPIN,  à  part. 

Non,  nous  n'y  pensons  pas. 

ARGANTE ,  se  croyant  seul. 

Ou  s'ils  entreprendront  de  l'excus»  ? 

scAPiif,  àparu 
Celui-là  se  pourra  Élire. 

ARGANTE,  se  croyant  seul. 
Prétendront-ils  m'amuser  par  des  contes  en  l'air) 
MoLiàaB.  5.  «9, 


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45o      LES  FOURBERIES  DE  SGAPIN. 

5CAPIN,àpart. 

Peut-être. 

ARGANTË^  se  cfojant  seul. 

Tous  leurs  discours  seront  inutiles. 

SCAPIN,àptn. 

Nou«  allons  voir. 

AROANTB)  ie  crojtnt  teiâ. 

Ils  ne  m'en  donneront  point  â  garder. 

.  SCAPIN,  àpart. 

Ne  jurons  de  rien. 

AB.GANTZ,sfl  oro jan  t  seoL 
Je  saurai  mettre  mon  pendard  de  fils  en  lieu  de  sûreté 

'    SGAPIN,  àpart. 

Nous  y  pounroirons. 

ARGAITTB9  se  crojant  senU 
Et  pour  le  coquin  de  Silvestre ,  je  le  rouerai  de  coup;. 

SILYESTRE,  à  Scapiii. 

Jétob  bien  étonné  s'il  m'oublioit. 

ARGANTE}  apercevant  Silvestre. 

Ah!  ah!  vous  yoilà  donc,  sage  gouverneur  de  famille, 
beau  directeur  de  jeunes  gensi 

SCAPI5. 

Monsieur,  je  suis  ravi  de  vous  voir  de  retour. 

ARGAKTE. 

Bonjour,  Scapin.  (à Silvestre.)  Vous  avez  suivi  mes 
ordres,  vraiment ^  d'une  belle  manière I  et  mon  fils  s'est 
comporté  fort  sagement  pendant  mon  absence! 


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ACTE  I,  SCÈNE  VI.  45i 

SCAPIN* 

Vous  VOUS  portez  bien,  à  ce  que  je  vois* 

ARGANTB. 

Assez  bien.  (àSilyestrev)  Tu  ne  db  mot,  cotjuin,  tùlù^ 
dis  motl 

SCÀPIN* 

Votre  voyage  a-t-il  été  bon? 

ARGANTE. 

Motl  Dieu!  fort  bon.  Laisse-moi  un  peu  quereller  tû 
repos. 

SCAPINv 

Vous  voulez  quereller? 

ARGANTE* 

Oui  5  je  veux  quereller. 

SCAPIN. 

Et  qui,  monsieur? 

A  R  G  A  N  T  Ê ,  montrant  SU  vestre». 

Ce  maraud-là* 

SCAPINk 

Pourquoi? 

ARGANTÉ. 

Tu  n'as  pas  ouï  parler  de  ce  qui  s  est  ^assédans  mon 
absence? 

SCAPIN.; 

J'ai  bien  ouï  parler  de  quelque  petite  chose. 

ARGANTE. 

Comment!  quelque  petite  chose!  une  action  de  cette 
uatnrc! 


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45a      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

SCAPIW, 

Vous  avez  quelque  raison. 

ARGANT5. 

Une  hardiesse  pareille  à  celle-là4 

SCAPIN. 

Cela  est  vrai, 

ARGANTE. 

Un  fils  qui  se  marie  sans  le  consentement  de  son  père  ! 

SCAPIN. 

Oui,  il  y  a  quelque  chose  à  dire  à  cela.  Mais  je  serois 
4'avis  que  vous  ne  fissiez  point  de  bruit. 

ARGANTE, 

Je  ne  suis  pas  de  cet  avis,  moi;  et  je  veux  faire  du 
bruit  tout  mon  soûl.  Quoi!  tu  ne  trouyes  pas  que  jaie 
lous  les  sujets  du  monde  d'être  en  colère? 

SCAPIN. 

Si  fait.  J'y  ai  d'aborf  été ,  moi ,  lorsque  j'^i  su  la  chose  ; 
et  je  me  suis  intéressé  pour  vous,  jusqu'à  quereller  votre 
fils.  Demandez -lui  un  peu  quelles  belles  réprimandes  je 
lui  ai  faites ,  et  comme  je  Tai  chapitré  sur  le  peu  de  respect 
qu'il  gardoit  à  un  père  dont  il  deroit  baiser  les  pas.  On  ne 
peut  pas  lui  mieux  parler,  quand  ce  seroit  vous-même. 
Mais  quoi!  je  me  suis  rendu  à  la  raison,  et  j  ai  considéré 
que,  dans  le  fond,  il  n'a  pas  tant  de  tort  quW  pourroit 
croire. 

ARGANT1B. 

Que  me  viens-tu  conter?  Il  n'a  pas  tant  de  tort  de 
s*aller  marier  de  but  en  blanc  avec  une  inconnue? 


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ACTE  I,  SCÈNE  VI.  453 

SCAPIN, 

Que  voulez-vous?  il  y  a  été  poussé  par  sa  destinée. 

ARGANTE. 

Àhlahl  voici  une  raison  la  plus  belle  du  monde.  On 
n^a  plus  qu'à  commettre  tous  les  crimes  imaginables^ 
tromper,  voler,  assassiner,  et  dir^  pouc  e;cçu3e  quony  a. 
été  ^ussé  par  sa  destinée. 

SCAPIN. 

Mon  Dieu!  vous  pr^ez  mes  paroles  trop  en  pbiloi 
sophe.  Je  veux  dire  qu'il  s'est  trouvé^  fatalement  engagé 
dans  cette  affaire* 

ARGANTE, 

Et  pourquoi  s'y  engageoit-il2 

SCAPim 

Voulez-vous  qu  il  soit  aussi  sage  que  vous?  Les  jeunes 
gens  sont  jeunes,  et  n'ont  pas  toute  la  prudence  qu'il  leur 
faudrait  pour  ne  rien  &ire  que  de  raisonnable  i^  témoin 
notre  Léandre,  qui,  malgré  toutes  mes  leçons^  malgré 
toutes  mes  remontrances,  est  allé  &ire  de  son  côté ^ pis 
encore  que  votre  fils.  Je  voudrob  bien  savoir  si  vous- 
même  n^avez  pas  été  jeune >,  et  n'avez  pas  dans  votre  temps 
fait  des  fredaines  conuaEie  les  autres.  Jai  ouï  dire,  moi, 
que  vous  avez  été  autrefois  un  bon  compagnon  parmi  les 
femmes,  que  vous  faisiez^  de  votre  drôle  avec  les  plus  ga- 
lantes de  ce  temps-là,  et  que. vous  Xl'eu  apprQcliie^,-point 
que  vous  ne  poussassiez-àbout.. 

AJtGANTB. 

Cela  est  vrai,  j'en  demeure  d'accord;  mais  je  m'en  suis 


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454       LES.  FOURBERIES  I>E  SCAPIN. 
toujours  teau  à  la  galanterie ,  et  je  ii*ai  point  été  jusqu'à 
(aire  ce  qii'il  a  fait.. 

SCAPIN. 

Que  vottlîca-vous  qu'il  fit?  Il  voit  une  jeuue  personne 
ftui  lui  yeiit  du  bien  (car  il  tient  cela  de  vous  d'être  aimé 
de  toutjes  les  femmes);  il  la  trouve  charmante ,  il  lui  rend 
des  visites,  lui  conte  des  douceurs,  soupire  galamn\^nt, 
ùii  le  passionné.  Elle  se  rend  à  sa  poursuite.  Il  pousse  sa 
fortune.  Le  voilà  surpris  avec  elle  par  ses  parents ,  qui ,  la 
force  à  la  main  9  le  contraignent  de  l'épouser.. 

SILVESTRE,àp*rt. 

L'habile  fourbe  que  Toilà  ! 

SGAPrif. 

Eussiez-vous  voulu  qu'il  se  fût  laissé  tuer?  II  vaut 
mieux  encore  être  marié  qu^être  mort. 

,  ARGANTE. 

On  ne  m^a  pas  dit  que  lafiaire  se  soit  ainsi  passée. 

s  C  A  P I IC  ji^  Montrant  Silyestre. 

Demandez-lui  pktôt-,  il  ne  vous  dira  pas  le  contfcMlre.. 

ARGANTB,  à  Silvestre. 

C'est  par  force  qu'il  a  été  marié? 

SILVESTRE.. 

Oui,  n>ensieur. 

SCAPIN. 

Voudroi$rje  vous  mentir? 

ARGANTE. 

Il  devoit  donc  aller  tou^  aussitôt  protester  de  violence 
chez  un  notaire. 


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ACTE  I,  SCÈNE  VL  455 

SCAPIN. 

C'est  ce  qu  il.n'a  pas  voulu  faire. 

ARGÀNTE. 

Cela  m'auroil  donné  plus  de  facilité  à  rompre  ce  ma- 
riage. 

SGAPIN. 

Rompre  ce  mariage? 

ARGANTE. 

Oui. 

scAprif,. 
Vous  ne  le  romprez  point. 

ARGANXE. 

Je  ne  le  romprai  point? 

SCAPJN» 

Non. 

.  ARGANTE.. 

Quoi!  je  n'aurai  pas  j^our  moi  lès  droits  de  père>  et  la 
raison  de  la  violence  gu  on  a  faîte  à  mon  fils? 

SCAPIN. 

C'est  une  chose  dont  il  ne  demeurera  pas  d  accord; 

ARGANTE. 

n  n'en  demeurera  pas  d'accord? 

SCAPIN* 

Non. 

ARGANTE, 

Mon  fils?^ 

SCAPIN., 

Votre  fils.  Voulez -VOUS  qu'il  confesse  qu'il  ait  été  ca 


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45Q      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 
pablë  de  crainte,  et  que  ce  soit  par  force  qu'on  hd  ait  Ëiit 
£3ure  les  choses?  Il  n*a  garde  d^aller  ayouer  cela  :  ce  seroit 
se  &ire  tort,  et  se  montrer  indigne  d'un  père  comoQte  vous. 

▲  RGANTE. 

Jç  me  moque  de  cela. 

SCAPINl 

H  &ut,  pour  son  honneur  et  pour  le  vôtre,  qu'il  dise 
dans  le  monde  que  c'est  de  bon  gré  qu'il  Ta  épousée. 

AB^GAME. 

Et  je  yeux,  moi,  pour  moQ  honneur  et  pour  le  sien, 
qu'il  dise  le  contraire. 

scAPiir. 
Non  ^  je  sms  sûr  qu'il  ne  le  fera  pas.. 

A  R  GANTE. 

Je  Yy  forcerai  bien, 

SCAPIIf.. 

Il  ne  le  fera  pas,  yous  dis-je^ 

ARGANTEk 

Il  le  fera,  ou  je  le  déshériteraL 

SCAPIN. 

Vous? 

ARGANTB. 

Moi- 

SCAPIN* 

Boni 

AR  GANTE. 

Comment,  bon? 


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ACTE  I,  SCÈNE  VI.  iSy 

SCAPIN. 

Vous  ne  le  déshériterez  point. 

▲RGANTE. 

Je  ne  le  déshériterai  point? 

SCAPIN. 

Non. 

ARGANTE. 

Non? 

SCAPIN. 

Non. 

ARGAMTE. 

Ouais  I  voici  qui  est  plaisant.  Je  ne  déshériterai  point 
mon  fils? 

SCAPIN. 

Non,  vous  dis- je. 

ARGANTE. 

Qui  m'en  empêchera? 

SCAPIN. 

Vous-même. 

ARGANTE. 

Moi? 

SCAPIN. 

Oui;  vous  n^aurez  pas  ce  cœur-là. 

ARGANTE. 

Je  Faurai. 

SCAPIN. 

Vous  vous  moquez. 

ARGANTE. 

Je  ne  me  moque  poitit. 


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458      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 
La  tendresse  paternelle  fera  don  oifice.. 

▲  ROANTS. 

Elle  ne  fera  rien. 

$CAPIN. 

Oui,  oui. 

ARGANTS* 

Je  vous  dis  que  cela  sera. 

SCAPIN. 

Bagatelles. 

ARGANTE. 

Il  ne  Êiut  point  dire,  bagatelles. 

SCAPIN. 

Mon  Dieu!  je  vous  connois,  vous  êtes  bon  naturelle- 
ment. 

ARGANTE. 

Je  ne  suis  point  bon ,  et  je  suis  méchant  quand  je  veux. 
Finissons  ce  discours  qui  m'échauffe  la  bile,  (à  Silyestre.) 
Va-t'en ,  pendard ,  va-t  en  me  chercher  mon  fripon,  tandis 
que  j'irai  rejoindre  le  seigneur  Géronte  pour  lui  conter 
ma  disgrâce. 

SCAPIN. 

Monsieur,  si  je  vous  puis  être  utile  en  quelque  chose, 
VOUS  n'avez  qu'à  me  commander. 

ARGANTE. 

Je  vous  remercie,  (à  part.)  Ah!  pourquoi  faut-il  qu'il 
soit  fils  unique!  et  que  n'ai- je  à  cette  heure  la  fille  que  le 
ciel  m'a  ôtée,  pour  la  faire  mon  héritière! 


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ACTE  I,  SCÈNE  VU.  459 

SCÈNE   VIL 
SCAPIN,  SILVESTRE. 

SILVESTRE. 

J'avoue  que  tu  es  un  grand  homme,  et  voilà  l'affaire 
en  bon  train  :  mais  l'argent  d'autre  part  nous  presse  pour 
notre  subsistance;  et  nous  avons  de  tous  côtés  des  gens 
qui  aboient  après  nous. 

SCAPIN. 

Laisse-moi  faire,  la  machine  est  trouvée.  Je  cherche 
seulement  dans  ma  tâte  un  homme  qui  nous  soit  affidé, 
pour  jouer  un  personnage  dont  jai  besoin...  Attends, 
Tiens-toi  un  peu, enfonce  ton  bonnet  en  méchant  garçon, 
campe-toi  sur  un  pied,  mets  la  main  au  côté,  fais  les 
yeux  furibonds,  marche  un  peu  en  roi  de  théâtre. .  .Voilà 
qui  est  bien ,  Suis-moi.  J'ai  des  secrets  pour  déguiser  ton 
visage  et  ta  voix.    . 

SILVESTRE. 

Je  te  conjure  au  moins  de  ne  m'aller  point  brouiller 
avec  la  justice. 

SCAPIN. 

Va,  va,  nou!§  partagerons  les  périls  en  frères;  et  trois 
ans  de  galères  de  plus  ou  de  moins  ne  sont  pas  pour 
arrêter  un  noble  cœur. 

FIN   DU   PREMIER   ACTE. 


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46o      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 


»  ^^^^«l^^«^^«^>^^^^>^^»',^^»^>.»s^^^^^.»N#^«^^^  ^.^-^"^  i^^»^^.^»^^!^^»^^» 


ACTE  SECOND. 


SCÈNE  I. 

GÉRONTE,  ARGANTE. 

GÉÏIONTE. 

\J'^\^  sans  doute,  par  le  temps  qu'il  Êiit,  nous  aurons  ici 
nos  gens  aujourd'hui;  et  un  matelot  c[ui  vient  de  Tarente 
ma  assure  qu'il  avoit  vu  mon  homme  qui  ëtoit  près  de 
s'embarquer.  Mais  l'arrivée  de  ma  fille  trouvera  les  choses 
mal  disposées  à  ce  que  nous  nous  proposions;  et  ce. que 
vous  vene^  de  m!apprendre  de  votre  fils  rompt  éti*ange- 
ment  les  mesures  que  nous  avions  prises  ensemble. 

ARGANTE.. 

Ne  vous  mettez  pas  en  peine,  je  vous  réponds. de  ren- 
verser tout  cet  obstacle,  et  j  y  vais  travailler  de  ce  pas. 

GERONTE. 

Ma  foi,  seigneur  Argante ,.  voulez-vous  que  je  vous 
dise?  l'éducation  des  enfiints  est  une  chose  à  quoi  il  faut 
s'attacher  fortement. 

ARGANTE. 

Sans  doute.  A  quel  propos  cela? 

GERONTE. 

A  propos  de  ce  que  les  mauvais  déportements   des 


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ACTE  II,  SCÈNE  I.  46r 

jeunes  gens  viennent  le  plus  souvent  de  la  mauvaise  édu- 
cation (jue  leurs  pères  leur  donnent. 

ARGANTE. 

Cela  arrive  parfois.  Mais  que  voulez-vous  dire  par-là  7 

GÉRONTE. 

Ce  que  je  veux  dire  par-là? 

ARGANTE. 

Oui. 

GÉRONTE. 

Que  si  vous  aviez ,  en  brave  père,  bien  morigéné  votre 
fils,  il  ne  vous  auroit  pas  joué  le  tour  quil  vous  a  fait. 

ARGANTE. 

Fort  b'en.  De  sorte  donc  que  vous  avez  bien  mieux 
morigéné  le  vôtre? 

GÉRONTE. 

Sans  doute;  et  je  serois  bien  fâché  qu'il  m'eût  rien  fait 
approchant  de  cela. 

ARGANTE. 

Et  si  ce  fils,  que  vous  avez  en  brave  père  si  bien  mori- 
géné, avoit  fait  pis  encore  que  le  mien?  Hé? 

GERONTE. 

Comment? 

ARGANTE. 

Comment? 

GERONTE. 

Qu'est-ce  que  cela  veut  dire? 

ARGANTE. 

Cela  veut  dire ,  seigneur  Géronte ,  qu^  ne  Êiut  pas'  être 


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463      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 
si  prompt  à  condamner  la  conduite  des  autf^es,  et  que 
ceux  qui  veulent  gloser  doivent  bien  regarder  chez  eux 
s'il  n  y  a  rien  qui  cloche. 

GÉRONTE. 

Je  n'entends  point  cette  énigme^ 

ARGANTE^ 

On  vous  l'expliquera. 

GÉRONTE. 

Est-ce  que  vous  auriez  ouï  dire  quelque  chose  de  mou 
fils? 

ARGANTE. 

Cela  se  peut  faire* 

GÉRONTE. 

Et  quoi  encore? 

ARGANTÉ. 

Votre  Scapin,  dans  mon  dépit,  ne  m^a  dit  la  chose 
qu'en  gros;  et  vous  pourrez  de  lui,  ou  de  quelque  autre j 
être  instruit  du  détail.  Pour  moi ,  je  vais  vite  consulter 
un  avocat,  et  aviser  des  biais  que  j^ai  à  prendre.  Jusqu'au 
revoir. 

SCÈNE   IL 

GÉRONTE. 

Que  po\uToit-ce  être  que  cette  afiaire-ci?  Pis  encore 
que  le  sien  !  Pour  moi ,  je  ne  vois  pas  ce  que  Ton  peut  faire 
de  pis;  et  je  trouve  que  se  marier  sans  le  conseutement 
de  son  père  est  une  action  qui  passe  tout  ce  qu  on  peut 
s'imaginer.  > 


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ACTE  II,  SCÈNE  III.  4G3 

SCÈNE    IIL 

GÉRONTE,  LÉANDRE. 

GÉRONTE. 

AhI  VOUS  voilà! 

LEANDRE,  courant  à  Géronte ,  pour  Tembrasser. 

Ah  !  mon  père ,  que  j'ai  de  joie  de  vous  voir  de  retour  ! 

GERONTE,  refusant  d  embrasser  Léandre. 

Poucement;  parlons  un  peu  d  affaire. 

LÉANDRE. 

Souffirez  que  je  vous  embrasse ,  et  que. . , 

6^R0NTE,Ie  repoussant  encore. 

Douœment,  vous  dis-je. 

LÉANDRE. 

Quoi!  vous  me  refusez,  mon  père,  de  vous  exprimer 
mon  transport  par  mes  embrassements? 

GÉRONTE. 

Oui.  Nous  avons  quelque  chose  à  démêler  ensemble. 

LÉANDRE. 

Et  quoi? 

GÉRONTE. 

Tenez-vous p  que  je  vous  voie  en  face. 

lEANDRE. 

CoSiment? 

GÉRONTE. 

Regardez-moi  entre  deux  yeux. 

LÉANDRE. 

Hé  bien? 


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464      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

GÉRONTE. 

Qu'est-ce  donc  <jui  s'est  passé  ici? 

LÉANDRR. 

Ce  (jui  s'est  passé? 

GÉRONTÊ. 

Oui.  Qu'ayez-yous  fait  pendant  mon  absence? 

L^ANDRE. 

Que  voulez-vous,  mon  père,  que  j'aie  fait? 

GERONTE. 

Ce  n'est  pas  moi  qui  veux  que  vous  ayez  Êiit ,  mais  qui 
demande  ce  que  c'est  que  vous  avez  Eût 

LÉANDRE. 

Moi!  je  n'ai  Eut  aucune  chose  dont  vous  ayez  lieu  de 
vous  plaindre. 

GÉRONTE» 

Aucune  chose? 

LÉANDRE» 

Non. 

GÂRONTE. 

Vous  êtes  bien  résolu« 

L^ANDRE. 

C'est  que  je  suis  sûr  de  mon  innocence. 

GÉRONTE. 

Scapin  pourtant  a  dit  de  vos  nouvelles. 

LÉANDRE, 

Scapin  ? 

GÉROKTE. 

Ah  1  ah  I  ce  mot  vous  &it  rougir. 


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ACTE  H,   SCÈNE  III.  465 

LÉANDRE. 

Il  VOUS  a  dit  quelque  chose  de  moi? 

OÉRONTE. 

Ce  lieu  n  est  pas  tout-à-fait  propre  à  vider  cetteafiaire , 
et  nous  allons  l'examiner  ailleurs.  Qu'on  se  rende  au  logis  ; 
j'y  vais  revenir  tout  à  l'heure.  Ah  !  traître,  s'il  faut  que  tu 
me  déshonores,  je  te  renonce  pour  mon  fils,  et  tu  peux 
bien ,  pour  jamais ,  te  résoudre  à  fiiir  de  ma  présence. 

SCÈNE   IV. 
LÉANDRE. 

Me  trahir  de  cette  manière!  Un  coquin  qui  doit,  par 
cent  raisons,  être  le  premier  à  cacher  les  choses  que  je  lui 
confie ,  est  le  premier  à  les  aller  découvrir  à  mon  père  ! 
Ah!  je  jure  le  ciel  que  cette  trahison  ne  demeurera  pas 
impunie. 

SCÈNE  V. 
OCTAVE,  LÉANDTtE,  SCAPIN. 

OCTAVE. 

Mon  cher  Scapin  ,  que  ne  dois- je  point  à  tes  soins! 
Que  tu  es  un  homme  adinirable!  et  que  le  ciel  m'est  favo- 
rable de  t'envoyér  à  mon  secours? 

LÉANDRE. 

Ah!  ah!  vous  voilà!  je  suis  ravi  de  vous  trouver,  mon- 
sieur le  coquin. 

MoLièns.  5.  3o 


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466      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

SGAPIK. 

Monsieur,  votre  serviteur.  C'est  trop  d'honneur  que 
vous  me  faites. 

LÉANDRE,  mettant  l'ép^  à  la  main. 

Vous  Élites  le  méchant  plaisant  Ahl  je  vous  appren- 
drai... 

SCAPIir^  te  mettant  à  genoux. 

Monsieur. 

O  C  T AV  E ,  se  mettant  entre  eux  deux ,  pour  empêcher  Léandre  de 
frapper  Soapin. 

Ahl  Léandre. 

LÉANDRB. 

Non 9  Octave,  ne  qi6  retenez  point,  je  vous  prie. 

SGAPIH,  à  Léandre. 

Hé!  monsieur. 

OCTAVE,  retenant  Léandre. 

De  grâce. 

LÉANDRE ,  Tonlant  frapper  Scapin. 

Laissez-moi  contenter  mon  res^ntiment. 

OCTAVE. 

Au  nom  de  Famitié,  Léandre,  ne  le  maltraitez  point. 

SGAPIir. 

Monsieur,  que  vous  ai- je  âiit  ? 

LÉANDRE,  voulant fr>apper Scapin. 
Ce  que  tu  m'as  fait,  traître! 

O  CTAVB ,  retenant  encore  Léandxe. 

Hé!  doucement. 


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ACTE  II,  SCENE  V.  % 

tÉANDRB. 

Non ,  Octave  ;  je  veux  qu'il  me  confesse  lui-même 
tout  à  l'heure  la  perfidie  qu'il  m^a  faite.  Oui ,  coquin ,  je 
sais  le  trait  que  tu  m  as  joué,  on  vient  de  me  l'apprendre  j 
et  tu  ne  croyois  pas  peut-être  que  Fou  me  dût  révéler  ce 
secret  :  mais  je  veuï  «n  avoir  la  confession  de  ta  propre 
bouche ,  ou  je  vais  te  passer  cfette  épée  au  travers  du  corps. 

SCAPIN. 

Ah!  monsieur,  auriez-vous  bien  ce  cœur-là  1 

LÉANDRE. 

Parle  donc. 

SCAPÏK. 

Je  vous  ai  fait  quelque  chose ,  monsieur? 

LÉANDRE. 

Ouï,  coquin;  et  ta  conscience  ne  te  dit  que  trop  ce 
que  c  est. 

SCAPIN. 

Je  vous  assure  que  je  l'ignore. 

LEANDRE',  s'ayançant  pour  frapper  Scapin. 
Tu  l'ignores  I 

0  c  TAVE ,  retenant  Léandre. 

Léandre. 

SCAPIN- 

Hé  bien ,  monsieur ,  puisque  vous  le  voulez ,  je  vous 
confesse  que  j'ai  bu  avec  mes  amis  ce  petit  quartaut  de  vin 
dIEspagne  dont  on  vous  fit  présent  il  y  a  quelques  jours, 
et  que  c'est  moi  qui  fis  une  fente  au  tonneau,  et  répandis 


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«».»' 


468      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

de  Teaa  autour,  pour  faire  croire  cpiê  le  ^n  s*étoit 

échappé. 

>i  LÉANDRE. 

Cest  toi,  peùdard,  qui  m^as  bu  mon  vin  d'Espagne^  et 
qui  as  été  cause  que  j'ai  tant  querellé  la  servante,  croyant 
que  c  etoit  elle  qui  m'avoit  fait  le  tour? 

SCAPIN. 

Oui  9  monsieur.  Je  vous  en  demande  pardon. 

LÉAI^DRE. 

Je  suis  bien  aise  d'apprendre  cela  :  mais  ce  n^est  pas 
laiFaire  dont  il  est  question  maintenant 

SCAPIW. 

Ce  n  est  pas  cela,  monsieur? 

LÉANDRE. 

Non;  cest  une  autre  affaire  qui  me  touche  bien  plus; 
et  je  yeux  que  tu  me  la  dises. 

•SCAPIN. 

Monsieur,  je  ne  me  souviens  pas  d'avoir  fait  autre 
chose. 

LÉANDRE,  voulant  frapper  Scapid. 

Tu  ne  veux  pas  parler? 

SCAPINr 

Hé! 

OCTAVE}  retenant  Léandre. 

Tout  doux. 

SCAPIN. 

Oui,  monsieur,  il  est  vrai  qu'il  y  a  troiâ  semiailies  que 
^  vous  m^envoyâtes  porter  le' soir  une  petite  montre  à  la 


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ACTE  II,  SCÈNE  V.  469 

jeune  Egyptienne  que  vous  aimez  ;  je  revins  au  logis,  mes 
habits  tout  couverts  de  boue,;  et  le  visage  plein  de  sang, 
et  vous  dis  que  j'avois  trouvé  des  voleurs  qui  m  avoient 
bien  battu  et  m'avoient  dérobé  la  montre.  Cetoit  moi, 
monsieur,  qui  l'avois  retenue. 

L^ÀNDRE. 

G^est  toi  qui  as  retenu  ma  montre? 

SGAPIN. 

Oui,  monsieur,  afin  de  voir  quelle  heure  il  est. 

LÉANDRE. 

Ah!  ah!  j  apprends  ici  de  jolies  choses,  et  j'ai  un  servi 
teur  fort  fidèle  vraiment!  Mais  ce  n'est  pas  encore  cela 
que  je  demande. 

SCAPIN. 

Ce  n'est  pas  cela? 

LÉANDRE. 

Non ,  infâme  ;  c'est  autre  chose  encore  <jue  je  veux  que 
tu  me  confesses. 

se  AFIN,  à  paru 

Peste! 

LéANnRB. 

Parle  vite,  j'ai  hâte. 

SCAPIN. 

Monsieur,  voilà  tout  ce  que  j'ai  fait. 

LÉ  ANDRE,  voulant  frapper  Scapin. 

Voilà  tout? 

OCTAVE,  se  metUnt  acMlevant  de  Léandre. 

Hé! 


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470       LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

SCAPIN. 

Hé  bien,  oui,  monsieur;  vous  vous  souyenes  de  ce 
loupgarou,  il  y  a  six  mois,  qui  vous  donna  tant  de  coups 
de  bâton  la  nuit,  et  vous  pensa  faire  rompre  le  cou  dans 
une  cave  où  vous  tombâtes  en  fuyant» 

L^ANDRB. 

Hé  bien? 

SCAPIN. 

C*étoit  moi,  monsieur,  qui  fiiisois  le  loup-garou. 

LÉANDRE. 

C'étoit  toi,  traître,  qui  faisois  le  loup-garou? 

SCAPIN, 

Oui,  monsieur,  seulement  pour  vous  faire  peur,  et 
VOUS  ôter  lenyie  de  nous  Êdre  courir  toutes  les  nuits 
comme  vous  aviez  de  coutume. 

LÉANDRE. 

Je  saurai  me  souvenir  en  temps  et  lieu  de  tout  ce  que 
je  vieis  d'apprendre.  Mais  je  veux  venir  au  fiiit ,  et  que  tu 
me  confesses  ce  que  tu  as  dit  à  mon  père. 

SCAPIN. 

A  votre  père? 

LEANDRE. 

Oui,  fripon,  à  mon  père. 

SCAPIN. 

Je  ne  Fai  pas  seulement  vu  depuis  son  retour. 

LÉANDRB. 

ïu  ne  Tas  pas  vu? 


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ACTE  II,  SCÈNE  v.  471 

8CAPIK. 
Non,  monsieur. 

LÉÀNDRE. 

Assurément? 

SCÀPIN. 

Assurément.  C'est  une  chose  <que  je  vais  vous  faire 
dire  par  lui-même. 

LÉANDRE, 

C^est  de  sa  bouche  que  je  le  tiens  pourtant. 

8CAPIN. 
Avec  votre  permission,  il  n'a  pas  dît  la  vi^rité. 

SCÈNE   VL 

LÉANDRE,  OCTAVE,  CARLE,  SCAPIN. 

CARLE< 

Monsieur,  je  vous  apporte  une  nouvelle  gui  est  fâ- 
cheuse pour  votre  amour. 

LÉANDRE. 

Comment? 

CARLE. 

Vos  Egyptiens  sont  sur  le  point  de  vous  enlever  Zer- 
binette;  et  elle-même,  les  larmes  aux  yeux,  m^a  chargé 
de  venir  promptement  vous  dire  qae ,  si  dans  deux  heures 
vous  ne  songea  à  leur  porter  Pargent  cpi'ils  vous  ont 
demandé  pour  elle,  vous  Fallez  perdre  pour  jamais. 

LÉANDRE. 

Dans  deux  heures? 

CARLE. 

Dans  deux  heures. 


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47^      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

SCÈNE   VIL 

LÉANDRE,  OCTAVE,  SGAPIN. 

LÉANDRE. 

Ah!  mon  pauvre  Scapîn,  j'implore  toi^  secours. 

SCAPIN,  se  levant ,  et  passant  fièrement  devant  Léandre. 

Ahl  mon  pauvre  Scapin!  Je  suis  mon  pauvre  Scapin  à 
cette  heure  qu'on  a  besoin  de  moi. 

LÉANDRE. 

Va,  je  te  pardonne  tout  ce  que  tu  viens  de  me  dire,  et 
pis  encore,  si, tu  me  las  fait. 

SCAPIN. 

Npn,  non,  ne  me  pardonnez  rien  ;  passez-moi  votre 
épée  au  travers  du  corps.  Je  serai  ravi  que  vous  me  tuiez. 

LÉANDRE. 

Non,  je  te  conjure  plutôt  de  me  donner  la  yie  en  ser- 
vant mon  amour. 

SCAPIN. 

Point,  point;  vous  ferez  mieux  de  me  tuer. 

ipÉANDRE. 

Tu  m'es  trop  précieux;  et  je  te  prie  de  vouloir  em- 
ployer pour  moi  ce  gépie  admirable  gui  vient  à  bout  de 
toutes  choses. 

SCAPIN. 

Non;  tuez-moi,  vous  dis-je. 

LEANDRE. 

Ahl  de  grâce,  n^songe  plus  à  tout  cela ,  et  pense  à  me 
donner  le  secours  que  je  te  demande. 


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ACTE  II,   SCÈNE  VIL  473 

OCTAVE. 

Scapin ,  il  uni  faire  queidjue  chose  pour  lui. 

SCÀPIN. 

Le  moyen ,  après  une  avanie  de  la  sorte  ? 

LÉANnRE. 

Je  te  conjure  d'oubliet  mon  emportement,  et  de  me 
prêter  ton  adresse. 

OCTAVE. 

Je  joins  mes  prières  aux  siennes. 

SCAPIF.  . 

Jai  cette  insulte-là  sur  le  cœur. 

OCTAVE. 

n  faut  quitter  ton  ressentiment. 

L^AFDRE. 

Voudrois-tu  m^aLandonner,  Scapin,  dans  la  cruelle 
extrémité  où  se  voit  mon  amour? 

SCAPIN.  • 

Me  venir  faire,  à  Fimproviste,  un  affi'ont  comme 
celui-là! 

LEANDRE. 

J'ai  tort,  je  le  confesse. 

SCAPIN. 

Me  traiter  de  coquin  !  de  fripon  !  de  pendard  !  ^^iviîime^ 

LÉANDRE. 

J  en  ai  tous  les  regrets  du.  monde. 

SCAPIN. 

Me  vouloir  passer  son  épée  au  travers  du  corps! 


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474      LE^S  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

LiAKDRE. 

'  Je  t  en  demande  pardon  de  Umt  mon  ooeur^  et  s^il  ne 
tient  qu'à  me  jeter  à  tes  genoux,  tu  m^  vois,  Scapin, 
pour  te  conjurer  epcore  une  fois  de  ne  me  point  aban- 
donner. 

OCTAYB. 

Âh  !  ma  foi^  Scapin ,  il  faut  se  rendre  à  cela. 

SCAPIN. 

Levez-vous.  Une  autre  fois  ne  soyez  point  si  proaq>t. 

LÉANARE. 

Me  promets-tu  de  travailler  pour  moi? 

SCAPIN. 

On  y  songera. 

LÉANURE. 

Mais  tu  sais  que  le  temps  presse, 

SCAPIN. 

Ne  vou%/ mettez  pas  en  peine.  Combien  est-ce  qu*il 
vous  faut? 

LÉANDRE. 

Cinq  cents  écus. 

SCAPIN. 

Et  à  vous? 

OCTAVE. 

Deux  cents  pistoles. 

SCAPIN. 

Je  veux  tirer  cet  argent  de  vos  pères,  (à  Octave.)  Pour 
ce  qui  est  du  vôtre,  la  macbine  est  déjà  toute  trouvée. 
(h  Léandre.)  Et  quant  au  vôtre,  bien  qu'avare  au  dernier 


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ACTE  II,  SCENE  VII.  4^5 

degré,  il  y  faudra  moins  de  façon  encore  :  car  vous  savez 
que  pour  Tesprit  il  n'en  a  pas ,  grade  à  Dieu ,  grande  provi- 
sion ;  et  je  le  livre  pour  une  espèce  d^homme  à  gui  Ton  fera 
toujours  croire  tout  ce  gue  Ion  voudra.  Cela  ne  vous 
offense  point,  il  ne  tombe  entre  lui  et  vous  aucun  soupçon 
de  ressemblance;  et  vouç  savez  assez  Topiiûon  de  tout  le 
monde,  qui  veut  gu'U  ne  soit  votre  père  que  pour  la 
forme. 

LÉANDRE. 

Tout  beau,  Scapin. 

SGAPIN. 

Bon ,  bon ,  on  fait  bien  scrupule  de  cela  I  Vous  moquez- 
vous?  Mais  j'aperçois  venir  le  père  d'Octave.  Commen- 
çons par  lui,  puisqu^il  se  présente.  Allez-vous-en  tous 
deux,  (à  Octave.)  -Et  vous,  avertissez  votre  Silvestre  de 
venir  vite  jouer  son  rôle.  • 

SCÈNE   VIII. 
ARGANTE,  SCAPIN. 

SCAPIN,  à  part 

Le  voilà  qui  rumine. 

ARGANTE,  se  cro^rant seul. 

Avoir  si  peu  de  conduite  et  de  considération!  S'aller 
jeter  dans  un  engagement  comme  celui-là I  Ah!  ah!  jeu- 
nesse impertinente! 

SCAPIN. 

Monsieur ,  votre  serviteur. 


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476      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

ARGÀNTB. 

Bonjour  y  Scapin. 

SCAPIN. 

Vous  rêvez  à  lafibire  de  yotre  fils. 

ARGANTE. 

Je  t'avoue  que  cela  me  donne  un  furieux  chagrin. 

SCAPIN. 

Monsieur,  la  vie  est  mêlée  de  traverses;  il  est  bon  de 
s'y  tenir  sans  cesse  préparé';  et  j'ai  ouï  dire,  il  y  a  long- 
temps, une  parole  dW  ancien,  <jue  j'ai  toujours  retenue. 

ARGANTB. 

Quoi? 

ftCAPIN. 

Que ,  pour  peu  jju'un  père  de  famille  ait  été  absent  de 
chez  lui,  il  doit  promener  son  esprit  sur  tous  les  fâcheux 
accidents  <Jue  son  retour  peut  rencontrer;  se  figurer  sa 
maison  brûlée,  son  argent  dérobé,  sa  femme  morte,  son 
fils  estropié ,  sa  fille  subornée  ;  et  ce  qu  il  trouve  qui  ne  lui 
est  point  arrivé ,  J'imputer  à  bonne  fortune.  Pour  moi , 
j^ai  pratiqué  toujours  cette  leçon  dans  ma  petite  philoso- 
phie ;  et  je  ne  suis  jamais  revenu  au  logis  que  je  ne  me 
sois  tenu  prêt  à  la  colère  de  mes  maîtres,  aux  réprimandes^ 
aux  injures,  aux  coups  de  pied  au  cul,  aux  bastonnades, 
aux  étrivîères;  et  ce  qui  a  manqué  à  m  arriver,  j'en  ai 
rendu  grâces  à  mon  bon  destin. 

ARGANTB. 

Voilà  qui  est  bien  :  mais  ce  mariage  impertinent  qui 
trouble  celui  que  nous  voulons  &ire  est  une  chose  que  je 


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ACTE  II,  SCÈNE  VIII,  477 

ne  puis  souffirîr,  et  je  viens  de  consulter  des  avocats^-pour 
le  faire  casser. 

SCAPIN. 

Ma  foi ,  monsieur,  si  vous  m'en  croyez ,  vous  tâcherez , 
par  quelque  autrevoie,d'dccclmmodër  laffiiire.  Vous  savez 
ce  que  c'est  que  les  procès  en  ce  pays-ci ,  et  vous  allez  vous 
enfoncer  dans  d'étranges  épines. 

ÀRGANtE. 

Tu  as  raison ,  je  le  vois  bien.  Mais  qiielle  autre  voie? 

SCAPIN. 

Je  pense  que  j'en  ai  trouvé  une.  La  compassion  que 
m'a  donnée  tantôt  votre  chagrin  m'a  obligé  à  chercher 
dans  ma  tête  quelque  moyen  pour  votis  tirer  d'inquiétude  : 
car  je  ne  saurois  voir  dHionnétes  pères  chagrinés  par  leurs 
enfants,  que  cela  ne  m'émeuve:  et,  de  tout  temps,  je  me 
suis  senti  pour  votre  personne  une  inclination  particu- 
lièrefw 

ARGANTE. 

Je  te  suis  obligé* 

SCAPIN* 

J'ai  donc  été  trouver  le  frère  de  cette  fiUé  qui  a  éti 
épousée.  C'est  un  de  ces  braves  de  profession,  de  ces  gens 
qui  sont  tout  coups  d'épée,  qui  ne  parlent  que  d'échiner, 
et  ne  font  non  plus  de  conscience  de  tuer  un  homme  que 
d'avaler  un  verre  de  vin.  Je  l'ai  mis  sur  ce  mariage,  lui  ai 
fait  voir  quelle  facilité  o£Sroit  la  raison  de  la  violence  pour 
le  faire  casser ,  vos  prérogatives  du  nom  de  père ,  et  l'appui 
que  vous  ddnn^oient  auprès  de  k  justice,  et  votre  droit, 


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478  LES  FOURÊERIES  RE  SCAPIN- 
et  votre  argent,  et  vos  ami^;  enfin,  je  Fai  tant  tonmé  de 
tous  les  côtés,  quHl  a  préfté  l'oreille  aux  propositions  que 
je  lui  ai  Ëiites  d'ajuster  Tafiaire  pour  quek[ue  somme;  et 
il  donnera  son  consentement  à  rompre  le  mariage ,  pourvu 
que  vous  lui  donniez  de  l'argent 

AR6ANTE. 

Et  qu'a-t-il  demandé? 

SCAPIN. 

Oh!  d'abord  des  choses  par-desjsus  les  maisons. 

AR6ANTE. 

Hé  I  quoi? 

SCAPIN. 

Des  choses  extravagantes. 

ARGANTB. 

Mais  encore? 

SCAPIN. 

Il  ne  parloit  pas  moins  que  de  cinq  ou  six  cents  pi$- 
toles. 

ARGANTE. 

Cinq  ou  six  cents  fièvres  quartaines  qui  le  puissent 
serrer  I  Se  moque-t^il  des  gens? 

SCAPIN. 

C'est  ce  que  je  lui  ai  dit.  J'ai  rejeté  bien  loin  de  pareilles 
propositions,  et  je  lui  ai  bien  &it  entendre  que  vous  n'é- 
tiez point  une  dupe,  pour  vous  demander  des  cinq  ou  sii 
.  cents  pistoles.  Enfin ,  après  plusieurs  discours ,  voici  où 
s'est  téduit  le  résultat  dé  notre  conférence.  IVous  voilà  an 
temps ,  m Vt-il  dit ,  que  je  dois  partir  pour  Tannée  *^  je  sois 


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ACTE  II,  SCÈNE  VIII.  479 

après  à  m'équiper,  et  le  besoin  que  j  ai  de  quelque  argent 
me  fait  consentir  malgré  moi  à  ce  qu^on  me  propose.  U 
me  faut  un  cheval  de  service,  et  je  n'en  saurois  avoir  un 
qui  soit  tant  soit  peu  raisonnable,  à  moins  de  soixante 
pistoles. 

ARÛANTB. 

Hé  bien,  pour  soixante  pistoles,  je  les  donne. 

se  AFIN. 

Il  faudra  le  hamois  et  les  pistolets,  et  cela  ira  bien  à 
vingt  pistoles  encore. 

AR6ANTB. 

Vingt  pistoles,  et  soixante,  ce  seroit  quatre-Vingts! 

SCAPIN. 

Justement: 

AROAKTB. 

C'est  beaucoup;  mais  soit,  je  consens  à  cela. 

SCAPIN. 

U  me  faut  aussi  un  cheval  pour  monter  mon  valet,  qui 
coûtera  bien  trente  pistoles. 

AR6ANTE. 

Comment  diantre  !  Qu'il  se  promène  ;  il  n'aura  rien  du 
tout. 

SCAPIN. 

Monsieur. . . 

ARGANTE. 

Non.  C'est  un  impertinent. 

SCAPIN. 

Voulez-vous  que  son  valet  aille  à  pied  ? 


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48o      LES  FOURBERIES  DE  SGAPIN. 

argàitte/ 
Qu'il  aille  comme  il  lui  plaira,  et  le  maître  aussi. 

SCAPIN. 

Mon  Dieu!  monsieur,  ne  vous  arrêtez  point  à  peu  de 
chose  :  n^allez  point  plaider,  je  vous  prie;  et  donnez  tout 
pour  vous  sauver  des  main^  de  la  justice. 

ARGANTE. 

Hé  bien,  soit.  Je  me  résous  à  donner  encore  ces  trente 


SCAPIN, 

n  me  feut  encore ,  a-«t-il  dit,  un  mulet  pour  porter. , . 

ARGANTÉ. 

Oh!  qu'il  aille  au  diable  avec  son  mulet  !  C'en  e$t  trop, 
et  nous  irons  devant  les  juges. 

SGAPIN. 

De  grâce ,  monsieur. . . 

ARGANTE. 

Non,  je  n'en  ferai  rien. 

SCAPIN. 

Monsieur ,  un  petit  mulet. 

ARGANTB. 

Je  ne  lui  donnerois  pas  seulement  un  âné. 

SCAPIN. 

Considérez. . . 

ARGANTE. 

Non ,  j'aime  mieux  plaider^ 

SCAPIN. 

Hél  monsieur,  de  quoi  parlez-vous  là ^  et  à  quoi  vous 


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ACTE  II,  SCÈNE  VIII;  481 

résolrez^TOusI  Jetez  les  yeux  sur  les  détours  de  la  justice; 
voyez  combien  d'appels  et  de  degrés  de  juridiction ,  conir 
bien  de  procédures  embarrassantes ,  combien  d^animaax 
ravissants  par  les  griffes  desquels  il  vous  faudra  passer; 
sergents,  procureurs,  avocats,  greffiers,  substituts,  rap- 
porteurs, juges,  et  leurs  clercs.  Il  n'y  a  pas  un  de  tous  ces 
gens-là  gui,  pour  la  moindre  chose,  ne  soit  capaUe  de 
donner  un  soufflet  au  meilleur  droit  du  monde.  Un  ser* 
gent  baillera  de  faux  exploits,  sur  quoi  Vous  serez  con« 
damné  sans  que  vous  le  sachiez.  Votre  procureur  s  Wtendra 
avec  votre  partie,  et  vous  vendra  à  beaux  deniers  Comp- 
tants. Votre  avocat ,  gagné  de  même,  ne  se  trouvera  point 
lorsqu^on  plaidera  votre  cause ,  ou  dira  des.  raisons  qui  ne 
feront  que  battre  la  campagne ,  et  n'iront  point  au  fait.  Le 
greffier  délivrera  par  contumace  des  sentences  et  arrêts 
contre  vous.  Le  clerc  du  rapporteur  soustraira  des  pièces, 
ou  le  rapporteur  même  ne  dira  pas  ce  qu'il  a  vu.  Et  quand, 
par  les  plus  grandes  précautions  du  monde ,  vous  aurez 
paré  tout  cela,  vous  serez  ébahi  quç  vos  juges  auront  été 
sollicités  contre  vous,  ou  pâï*  des  getis  dévots,  ou  par  des 
femmes  qu'ils  aitneront.  Hé!  monsieur,  si  vous  le  pouvez , 
sauvez-vous  de  cet  enfer-là.  C'est  être  damné  dès  ce 
monde  que  d'avoir  à  plaider  ;  et  la  seule  pensée  d'un  pro- 
cès seroit  capable  de  me  fiiire  fuir  jusqu'aux  Indes. 

ARGANT£« 

A  combien  est-ce  qu'il  fait  monter  le  mulet? 

SCAPIN. 

Monsieur,  pour  le  mulet,  pour  son  cheval,  et  celui  d« 

IVloLiknz.  5.  3i 


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482      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 
son  homme ,  ponr  le  harnois  et  les  pbtolets ,  et  pour  payer 
quelque  petite  chose  qu'il  doit  à  son  hôtesse,  il  demande 
en  tout  deux  cents  pistoles. 

AKGANTE. 

Deux  cents  pistoles? 

SCAPIU. 

Oui.  • 

▲  RGANTB,  se  promenant  en  colère. 

Allons )  allons;  nous  plaiderons. 

SCAPIN. 

Faites  réflexion... 

ARGANTE. 

Je  pbiderai. 

SCAPIN. 

Ne  vous  allez  point  jeter. . . 

ARGANTB. 

Je  yeux  plaider. 

SCAPIN. 

Mais,  pour  plaider,  il  tous  £iudra  de  Pargent;  il  yons 
en  faudra  pour  l'exploit;  il  yous  en  faudra  pour  le  con- 
trôle; il  Vous  en  faudra  pour  la  procuration,  pour  la  pré- 
sentation,conseils, productions, et  journécsde  procureur; 
il  yous  en  faudra  pour  les  consultations  et  plaidoiries 
des  ayocats,  pour  le  droit  de  retirer  le  sac,  et  pour  les 
grosses  d^écritures;  il  yous  en  fiiudra  pour  le  rapport  des 
substituts,  pour  les  épices  de  conclusion,  pour  l'enregis- 
trement du  greffier,  &çon  d'appointement,  sentences  et 
arrêts,  conti'ôles^  signatures,  et  expéditions  dô  leurs 


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ACTE  II,  SCÈNE  VIU.  48a 

clercs,  sans  parler  de  tous  les  présents  qu'il  vous  faudra 
faire.  Donnez  cet  a*  gent-là  à  est  homme~ci ,  vous  voilà 
hors  d'affaire. 

ARGANTE. 

Comment!  deux  cents  pistoles! 

SCAPIN. 

Oui.  Vous  y  gagnerez.  J'ai  fait  un  petit  calcul,  en  moi- 
même,  de  tous  les  frais  de  la  justice;  et  j'ai  trouvé  quen 
donnant  deux  cents  pistoles  à  votre  homme,  vous  en  au- 
rez de  reste,  pour  le  moins ^  cent  cinquante,  sans  compter 
les  soins,  les  pas  et  les  chagrins  que  vous  épargnerez^ 
Quand  il  n'y  auroit  à  essuyer  que  les  sottises  que:  dtôent 
devant  tout  le  monde  de  méchants  plaisants  d'avocats, 
j'aimerois  mieux  donner  trois  cents  pistoles,  que  de 
plaider* 

ARXÎANTE. 

Je  me  moque  de  cela ,  et  je  défie  les  avocats  de  rien  dire 
de  moi. 

scaPin. 

Vous  ferez  ce  qu'il  vous  plaira;  mais  si  j'étois  quç  de 
vous,  je  fuirois  les  procès. 

ARGANTE. 

Je  ne  donnerai  point  deux  cents  pistoles. 

SCAPIN. 

Voici  l'homme  dont  il  s'agit. 


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484      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

SCÈNE  IX. 

ARGANTE,  SCAPIN;  SILVESTRE,  déguisé  ex 

SPADASSIN. 
SILVESTRE. 

Se  AFIN  y  fais-moi  connoître  ud  peu  cet  Aidante  qui  est 
père  d'Octave. 

SCAPIN, 

Pourquoi ,  monsieur  ? 

SILVEStRE. 

Je  viens  d  apprendre  c[u'il  veut  me  mettre  eo  procès^-  et 
fiure  rompre  par  justice  le  mariage  de  ma  sœur. 

SCAPIN. 

Je  ne  sais  pas  s'il  a  cette  pensée;  mais  il  ne  veut  point 
consentir  aux  deux  cents  pistoles  que  vous  voulez^  et  il 
dit  que  c'est  trop. 

SILVESTRE. 

Par  la  mort!  par  la  tête!  par  le  ventre!  si  je  le  trouve, 
je  le  veux  échiner,  dussé-je  être  roué  tout  vif.  (Argante., 
pour  ii*étre  point  vu ,  se  tient  en  tremblant  derrière  Scapin.  ) 
SCAPIN. 

Monsieur,  ce  père  dX)ctave  a  du  cœur;  et  peut-être  ne 
VOUS  craindra-t-il  point. 

SILVESTRE. 

Lui!  lui!  Par  le  sang!  par  la  tête!  sil  étoit  là,  je  lui 
donnerois  tout  à  Iheure  de  Fépée  dans  le  ventre,  (aperce- 
vant Argantc.)  Qui  est  Cet  homme-là? 


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ACTE  II,  SCÈNE  IX.  485 

SCAPJN. 

Ce  n'est  pas  lui,  monsieur;  ce  n*est  pas  lui. 

SILVESTRE. 

N'est-ce  point  quelqu'un  de  ses  amis? 

SCAPIN. 

Non ,  monsieur;  au  contraire ,  o'^est  son  ennemi  capital. 

SILVESTRE. 

Son  ennemi  capital  ? 

SCAPIir. 

Oui. 

SILVESTRE. 

Abl  parbleu,  j'en  suis  ravi,  (à  Argante.)  Vous  êtes  en- 
nemi, monsieur,  de  ce  Ëiquin  d'Argante?  Hé? 

6GAPIN. 

Oui ,  oui ,  je  vous  en  réponds. 

SILVESTRE,  secouant  rudement  la  main  d'Ar^nte. 

Touchez  là;  touchez.  Je  vous  donne  ma  parole,  et  vous 
jure,  sur  mon  honneur,  par  Fépée  que  je  porte,  par  tous 
les  serments  que  je  saurois  faire,  qu'avant  la  fin  du  |our 
je  vous  déferai  de  ce  maraud  fieffé,  de  ce  faquin  d'Argante. 
Reposez-vous  sur  moi. 

8CAPIN. 

Monsieur,  les  violences  en  ce  pays-ci  ne  sont  guère 
souffertes. 

SILVBSTRE. 

Je  me  moque  de  tout ,  et  je  n'ai  rien  à  perdre. 

SCAPIN. 

n  se  tiendra  sur  ses  gardes  assurément;  et  il  a  des 


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.186      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

parents,  des  amis  et  des  domestiques  dont  il  se  fera  un 
secours  contre  votre  ressentiment. 

SILVESTRE. 

Cest  ce  que  je  demande,  morbleu;  c'est  ce  que  je 
demande,  'mettant  Tépée  à  la  main. )  Ah^  têtcl  ah,  Ventre! 
Que  ne  le  trouvé- je  à  cette  heure  avec  tout  son  secours! 
Que  ne  paroit-il  à  mes  yeux  au  milieu  de  trente  per- 
sonnes! que  ne  le  vois-je  fondre  sur  moi  les  armes  à  la 
main  !  se  mettant  en  garde.  )  Comment  !  marauds ,  vous  avez 
la  hardiesse  de  vous  attaquer  à  moi!  Allons,  morbleu, 
tue! 

(  poussant  de  tous  les  côtés ,  comme  s'il  avoit  plusieurs  personnes 
k  combattre.  ) 

Point  de  quartier.  Donnons.  Ferme.  Poussons.  Bon  pied, 
bon  œil.  Ah,  coquins!  Ah,  canaille!  vous  en  voulez 
par-là;  je  vous  en  ferai  tâter  votre  soûl.  Soutenez,  ma- 
rauds, soutenez.  Allons.  A  cette  l>otte.  A  cette^autre.  (se 

tournant  du  e6té  d*Argante  et  de  Scapin)  A  celle-ci.  A  celle-là. 
Gomment,  vous  reculez!  Pied  ferme,  morbleu,  pied 
ferme. 

SCAPIIf. 

Hé!  hé!  hé!  monsieur,  nous  n'en  sommes  pas. 

SILVBSTRE. 

Voilà  qui  vous  apprendra  à  vous  oser  jouer  à  moi. 


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ACTE  lî,  SCÈNE  X.  ^Sy 

SCÈNE  X. 
ARGANTE,  SCAPIN. 

SCAPIN. 

Hé  BIEN  !  TOUS  voyez  combien  de  personnes  tuées  pour 
deux  cents  pistoles.  Or  sus,  je  vous  souhaite  une  bonne 
fortune. 

▲  RGÂNTB,  tout  tremblant. 

Scapin. 

SCAPIN. 

Plaît-a? 

ARGANIE. 

Je  me  résous  à  donner  ks  deux  cents  pistoles. 

FCAPIir. 

J'en  suis  ravi  pour  Tamour  de  vous.. 

ARGANTE. 

Allons  le  trouver,  je  les  ai  sur  moi. 

SG4PIN. 

Vous  nWez  <ju'à  me  les  donner.  Il  ne  &ut  pas^  pour 
votre  honneur,  que  vous  paroissiez  là,  après  avoir  passé 
ici  pour  autre  c[ue  ce  que  vous  êtes;  et^  de  plus,  je  crain- 
drois  qu  en  vous  &isant  connoitre  il  n^allàt  s^aviser  de  vous 
demander  davantage. 

ARGANTE. 

Oui;  mais  jaurois  été  bien  aise  de  voir  comme  je 
c  onne  mon  argent. 

SCAPIN. 

Est-ce  que  vous  vous  défiez  de  moi? 


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488      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

▲  RGANTE. 

Non  pas;  mais... 

SCAPIN. 

Parbleu,  monsieur ,  je  suis  un  fourI)e,  ou  je  suis  hon« 
nête  homme;  cest  lun  des  deux.  Est-ce  que  je  voudrois 
vous  tromper,  et  que,  dans  tout  ceci,  j'ai  d'autre  intérêt 
que  le  vôtre  et  celui  de  mon  maître,  à  qui  vous  voulez 
vous  allier?  Si  je  vous  suis  suspect,  je  ne  me  mêle  plus  de 
rien,  et  vous  n'avez  qu'à /chercher,  dès  cette  heure,  qui 
accommodera  vos  afTaires. 

ARGANTE. 

Tiens  donc. 

SGAPITT» 

Non,  monsieur,  ne  me  confiez  point  votre  argent.  Je 
serai  bien  aise  que  vous  vous  serviez  de  quelque  autre. 

ARGANTE. 

Mon  Dieu!  tiens. 

SCAPIN. 

Non,  vous  dîs-je;  ne  vous  fiez  point  à  moi.  Que  sait- 
on  si  je  ne  veux  point  vous  attraper  votre  argent? 

ARGANTE. 

Tiens,  te  dis-je;  ne  me  fais  point  contester  davantage. 
Mais  songe  à  bien  prendre  tes  sûretés  avec  lui. 

SCAPIN, 

Laissez-moi  Ëiire;  il  n  a  pas  afiaire  à  un  sot. 

ARGANTE. 

Je  vais  t'attendre  chez  moi. 


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ACTE  II,  SCÈNE  X.  489 

SCAPIN.     . 

Je  ne  manquerai  pas  d'y  aller,  (seul.)  Et  un.  Je  n'ai 
qu'à  chercher  Fautre.  Ah!  ma  foi,  le  voici.  Il  semUe  que 
le  ciel,  Fun  après  l'autre,  les  amène  dans  mes  filets. 

SCÈNE  XL 
SCAPIN,  GÉRONTË. 

SCAPIN,  faisant  semblant  de  ne  pas  yoir  Géronte. 
O  çielI  O  disgrâce  imprévue!  0  misérable  père  !  Pau- 
vre Géronte,  que  feras-tu? 

GISRONTE,  àpart. 

Que  dit-il  là  de  moi,  avec  ce  visage  affligé? 

SCAPIN. 

N  y  a-t-îl  personne  qui  puisse  me  dire  oit  est  le  seigneur 
Géronte? 

GIÊRONTE. 

Qvlj  a-t-il ,  Scapin ? 

SCAPIN,  courant  sur  le  théâtre,  sans  vouloir  entendre  ni 

voir  Gréronte. 
Où  pourrai-je  le  rencontrer  pour  lui  dire  cette  in- 
fortune? 

6]£r0NTE,  courant  après  Scapin. 
Qu^est-oe  que  c'est  donc? 

SCAPIN. 

En  vain  je  cours  de  tous  côtés  pour  le  pouvoir  trouver. 

GERONTE. 

Me  voici. 


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490      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

SCÂPIN. 

Il  fàui  qu'il  soit  caché  dans  quelque  endroit  qu  on  ne 
pui$se  point  deviner. 

G  s  R  O  K  T  £  9  arrétan  t  Scapin. 

Holà.  Es^tu  aveugle,  que  tu  ne  me  vois  pas? 

SCAPIN. 

Ah  !  monsieur,  il  n'y  a  pas  moyen  de  vous  rencontrer. 

GÏRONTE. 

Il  y  a  une  heure  que  je  suis  devant  toi.  Qu'est-ce  que 
c'est  donc  qull  y  a  ? 

SCAPIIf. 


Monsieur. . . 
Quoi? 


GÉRONTE, 


SCAPIN. 

Monsieur  votre  fils. . . 

GÉRONTE. 

Hé  bien?  mon  fils. .. 

SCAPIN. 

Est  tombé  dans  une  disgrâce  la  plus  étrange  du  monde. 

GÉRON^E. 

Et  quelle? 

SCAPIN. 

Je  Fai  trouvé  tantôt  tout  triste  de  je  ne  sais  quoi  que 
vous  lui  avez  dit,  où  vous  m  avez  mêlé  assez  mal  à  pro- 
pos; et  cherchant  à  divertir  cette  tristesse,  nous^  nous 
sommes  allés  promener  sur  le  port.  Là,  entre  autres  plu- 
sieurs choses,  nous  avons  arrêté  nos  yeux  sur  une  galère 


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ACTE  II,   SCÈNE  XL  491 

turque  assez  bien  équipée.  Un  jeune  Turc  de  bonne  mine 
nous  a  inyités  d'y  entrer,  et  nous  a  présenté  la  main. 
Nous  y  avons  passé.  Il  nous  a  fait  mille  civilités,  nous  a 
donné  la  collation,  où  nous  avons  mangé  des  fruits  les 
plus  excellents  qui  se  puissent  voir,  et  bu  du  vin  que  nous 
avons  trouvé  le  meilleur  du  monde. 

GÉRONTE. 

Qu'y  a-t-îl  de  si  affligeant  A  tout  cela? 

SCAPIN. 

Attendez,  raonsieiur,  nous  y  voici.  Pendant  que  nous 
mangions,  il  a  fait  mettre  la  galère  en  mer;  et  se  voyant 
éloigné  du  port,  il  m'a  fiiit  mettre  dans  un  esquif,  et 
m'envoie  vous  dire  que,  si  vous  ne  lui  envoyez  par  moi 
tout  à  ITieure  cinq  cents  écus,  il  va  vous  emmener  votre 
fils  en  Alger. 

GÉRONTE. 

Comment  diantre!  cinq  cents  écus! 

SCAPIN. 

Oui,  monsieur;  et,  de  plus,  il  ne  m'a  donné  pour  cela 
que  deux  heures» 

GÉRONTE. 

Ah  !  le  pendard  de  Turc!  m'assassiner  de  la  façon, 

SCAPIN. 

C'est  à  vous,  monsieur,  d'aviser  promptement  aux 
moyens  de  sauver  des  fers  un  fils  que  vous  aimez  avec 
tant  de  tendresse. 

GÉRONTE. 

Que  diable  alloit-il  faire  dans  cette  galère  ? 


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492      LES  FOURBERIES  DE  S€APIN. 

SCAPIN. 

Il  ne  songeoit  pas  à  ce  qui  est  arrivé. 

GERONTE. 

Va-t'en,  Scapin,  va-t'en  vite  dire  à  ce  Turc  <jue  je 
vais  envoyer  la  justice  après  lui.  , 

SCAPIN. 

La  justice  en  pleine  mer!  vous  moquez-vous  des  gens? 

GERONTE. 

Que  diable  alloit-il  Ëiire  dans  cette  galère? 

SCAPiy. 

Une  méchante  destinée  conduit  quelquefois  les  per- 
sonnes. . 

GERONTE. 

Il  faut,  Scapin ,  il  Ëiut  que  tu  fasses  id  l'action  d'un 
serviteur  fidèle. 

SCAPIN. 

Quoi,  monsieur? 

GERONTE. 

Que  tu  ailles  dire  à  ce  Turc  quil  me  renvoie  mon  fils, 
et  que  tu  te  mets  à'sa  place ,  jusqu'à  ce  que  j  aie  amassé  la 
somme  qu^il  demande. 

s  Gif  PIN. 

Hé  !  monsieur,  songez-vous  à  ce  que  vous  dites?  et  vous 
figurez-vous  que  ce  Turc  ait  si  peu  de  sens  que  d^aUer 
recevoir  un  misérable  comme  moi  à  la  place  de  votre  fils? 

G^RONT^E. 

Que  diable  alloit-il  ùire  dans  cette  galère  ? 


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ACTE  II,  SCÈNE  XI.  4g3 

SGAPIN. 

Il  ne  deyinoît  pas  ce  malheur.  Songez ,  monsleor,  qu'il 
ne  m'a  donné  que  deux  heures. 

G^RONTE. 

Tu  dis  qu'il  demande. . . 

SCAPIW. 

Cinq  cents  écus. 

GÉRONTE. 

Cinq  cents  écus!  n'a-t-il  point  de  conscience? 

SCAPIN. 

Vraiment  oui,  de  la  conscience  à  un  TurcI 

GiRONTE. 

Sait-il  bien  ce  que  c'est  que  cinq  cents  écus? 

SCAPiy. 

Oui ,  monsieur,  il  sait  que  cest  mille  cinq  cents^  livres. 

GÉRONTE. 

Croit-il,  le  traître,  que  mille  cinq  cents  livres  se  tix>u 
vent  dans  le  pas  d'un  cheval? 

SCAPIN. 

Ce  sont  des  gens  qui  n'entendent  point  de  raisons. 

GÉRONTE. 

Mais  que  diable  alloit-il  faire  dans  cette  galère? 

SCAPIN. 

Il  est  vrai  ;  mais  quoi  !  on  ne  prévoyoît  pas  les  choses. 
De  grâce,  monsieur,  dépêchez. 

GÉRONTE. 

Tiens,  voilà  la  def  de  mon  armoire. 


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4^4      LES  FOURBERIES  DE  SCAPJN 

SCAPIN. 


Bon. 

Tu  rouvriras. 

Fort  bien. 


GÉRONTE. 


SCAPIN, 


GERONTE. 

Tu  trouveras  une  grosse  clef  du  côté  gauche ,  qui  est 
celle  de  mon  girenier. 

SCAPIN. 

Om. 

GÉRONTE. 

Tu  iras  prendre  toutes  les  bardes  qui  sont  dans  cette 
grande  manne,  *  et  tu  les  vendras  aux  fripiers,  pour  aller 
racbeter  mon  fils. 

se  APIN,  en  hii  rendant  la  clef. 

Hél  monsieur,  rêvez-vous?  Je  n^aurois  pas  cent  francs 
de  tout  ce  que  voué  dites;  et,  de  plus,  vous  savez  le  peu 
de  temps  qu  on  m'a  donné. 

GÉRONTE. 

Mais  que  di^die  alloit-il  &ire  dans  cette  galère? 

SCAPIW. 

Ob  !  que  de  paroles  perdues  I  Laissez-là  cette  galère ,  et 
songez  que  le  temps  presse,  et  que  vous  courez  risque  de 
perdre  votre  fils.  Hélas!  mon  pauvre  maître,  peut-être 
que  je  ne  te  verrai  de  ma  vie,  et  qu'à  ITieure  que  je  parle 

^  Manne,  Une  manne  est  un  panier  d  osier,  plus  long  que  large, 
avec  des  anses. 


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ACTE  II,  SCÈNE  XL  490 

on  t'emmène  esclave  en  Alger!  Mais  le  ciel  me  sera  témoin 
que  j'ai  fait  pour  toi  tout  ce  que  j'ai  pu,  et  que,  si  tu 
manques  à  être  racheté,  îl  n'en  faut  accuser  que  le  peu 
d'amitié  d'un  père. 

GÉRONTE, 

Attends,  Scapin ,  je  m'en  vais  quérir  cette  somme. 

SCAPIN. 

Dépêchez  donc  vite,  monsieur,  je  tremble  que  l'heure 
ne  sonne 

GÉRONTE. 

N  est-ce  pas  quatre  cents  écus  que  tu  dis? 

SCAPIN. 

Non,  cinq  cents  écus. 

GÉRONTE. 

Cmqcentffécus! 

SCAPIN. 

Oui. 

GÉRONTE. 

Que  diable  aUoit-il  faire  dans  cette  galère? 

SCAPIN. 

Vous  avez  raison  ;  mais  hâtez-vous. 

GÉRONTE. 

N')'  avoit-il  point  d'autre  promenade? 

SCAPIN. 

Cela  est  vrai  :  mais  faites  promptement. 

GÉRONTE* 

Ah!  maudite  galère! 


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496      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

SCAPIW,àpart. 

Cette  galère  lui  tient  au  cœur. 

GBRONTE. 

Tiens,  Scapin,  je  ne  me  souvenois  pas  que  je  viens 
justement  de  recevoir  cette  somme  en  or;  et  je  ne  croyois 
pas  qu'elle  dût  m'étre  sitôt  ravie»  (tirant  sa  bourse  de  sa 
poche,  et  la  présentant  à  Scapin.)  Tiens,  va-t'en  racheter 
mon  fils, 

SCAPINj  tendant  la  main. 

Oui,  monsieur. 

G]£r0ICT£,  retenant  sa  bourse ,  q[u'U  fait  semblant  de  vouloir 
donner  à  Scapin. 

Mais  dis  à  ce  Turc  que  c'est  un  scélérat. 

SCAPIN,  tendant  encore  la  main. 

Oui. 

GERONTE,  recommençant  la  même  action. 

Un  infâme. 

SCAPIN,  tendant  toujours  la  main. 

Oui. 

GEBONTE,  de  même. 

Un  homme  sans  foi,  un  voleur. 

SCAPIN, 

Laissez-moi  faire. 

GiROWTE,  de  même. 

Qu  il  me  tire  cinq  cents  écus  contre  toute  sorte  de 
droit. 

SCAPIN^ 

Oui. 


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ACTE  II,  SCÈNE  XL        .      497 

6ÉRONTB,  de  même. 

Que  je  ne  les  lui  donne  ni  à  lâ  mort  ni  à  la  vie. 

scAPiN; 
Fôrtbien. 

GÉEONTE,  de  même. 

Et  que,  si  jamais  je  Tattràpe,  je  saurai  nie  venger 
de  lui. 

SCAPIN. 

Oui. 
G  £  E  O  N  T  E  ^  remettant  sa  bourse  dans  sa  poché ,  et  s'en  allant* 
Va ,  va  vite  requérir  mon  fils. 

se  AFIN,  courant  après  Géronte.. 

Holà,  monsieur; 

iOilSRONTE.  ^ 

Quoi?  J 

SCAPIN. 

Où  est  donc  cet  argent  ? 

6ER0NTE. 

'Ne  te  Fai-je  pas  donné? 

SCAPIN. 

Non  vraiment;  vous  Tavez  remis  dans  votre  poche. 

GERONTE. 

Âh  !  c'est  la  douleur  qui  me  trouble  Tesprit. 

,  SOAPIN. 

Je  le  vob  biiefn. 

GÉRONTE. 

Que  diable  alloit-il  fidre  dans  cette  galère?  Ahl  mau- 
dite galère!  traître  de  Turcj  à  tous  les  diables! 

Molière.  5.  3a 


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499      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

SCAPINyieiil. 

n  ne  peut  digérer  I08  ciiiq  cents  écm  quft  |e  loi  àirac^^ 
mais  il  nest  pas  qoitte  eoTers  moi;  et  je  yeux  qu'il  me 
paye  en  une  autre  monnoie  Timposture  qull  ïn'a  &ite  au- 
près de  son  fils. 

SCÈNE   XII. 
OCTAVE,  LEANDRE,  SCAPIN. 

OCTAVE. 

Hâ  Biiirl  Scapin,  as-tu  réussi  pour  moi  dans  ton  en- 
treprise? 

LÉAEfDRE. 

As-tu  Élit  quelque  chose  pour  tirer  mon  amour  de  la 
peine  où  il  est? 

SCAPIN,  à  Octave. 
Voilà  deux  cents  pistdles  que  j^ai  tirées  de  votre,  père. 

ÔCÎAVE. 

Ah  !  que  tu  me  donnes  de  joie  I 

SCAPIN,  à  Léacdre. 

Pour  vous  j  je  n'ai  pu  faire  rien. 

LÉ  AND  RE,  voulant  s  en  alleh 

n  faut  donc  que  j'aille  mourir;  et  je  n'ai  que  faire  de 
làvre ,  si  Zerhinette  m'dst  ôtée.  . 

•  SGAMN. 

Holà,  holà^  tout  doucement  Comme  diantre  vous  allez 
▼itel 

LÉANORE,  se  retournant. 

Que  vôux-te  que  jçdîçviepaft? 


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ACTE  II,  SCENE  XII. 

SGAPIN. 

Allez,  j'ai  votre  affaire  ici. 

LÉANDRE. 

Ah!  tu  me  redoniles  latie. 

SCAPIN. 

Mais  à  condition  que  vous  nie  permettrez,  à  moi,  une 
petite  vengeaiice  contre  votre  père j  pour  le  tour  qu^il  ma 
Élit. 

LEANDRE. 

Tout  ce  que  tu  vbudràs. 

SCAPIN. 

Vous  nie  le  promettez  devant  téxiioin  1 

LÉANDRE. 

Oui. 

SC4.PIN. 

Tene^,  voilà  ciiiq  cenis  écus; 

LÉANDRE; 

Alloûs-en  promptement  acheter  celle  qiiè  j'addre. 


riK  DU  SECOND  acte; 


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5oo      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 


ACTE  TROISIÈME. 


SCÈNE   L 

ZERBINETTE,  HYACINTHE,  SCAPIN,  SILVESTRÈ. 

SILYESTRE^ 

Oui,  yos  amants  ont  arrêté  entre  eux  qiie  vous  fussie^^ 
ensemble;  et  nous  nous  acquittons  de  Tordre  qu'ils  nous 
ont  donné. 

HYACINTHE,  à  Zerbinette. 

Un  tel  ordre  n^a  rien  qui  ne  me  soit  fort  agréable.  Je 
reçois  avec  joie  une  compagne  de  la  sorte  ;  et  il  ne  tiendra 
pas  à  moi  que  lamitié  qui  est  entre  les  personnes  que  nous 
aimons  ne  se  répande  entre  nous  deux. 

ZERBINETTE. 

J'accepte  la  proposition ,  et  ne  suis  point  personne  a 
reculer,  lorsqu'on  m'attaque  d'amitié. 

SCAPIN. 

Et  lorsque  c  est  d'amour  qu  on  vous  attaque? 

ZERBINETTE. 

Pour  l'amour,  c'est  une  autre  chose  :  on  y  court  un  peu 
plus  de  risque,  et  je  n'y  suis  pas  si  haurdie^ 

SCAPIN* 

Vous  l'êtes,  que  je  croîs,  contre  oion  maître,  mainte- 


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ACTE  III,  SCÈNE  I.  5oi 

nant  ;  et  ce  qu'il  vient  de  Êiire  pour  vous  doit  vous  donn*»'' 
du  cœur  pour  répondre  comme  il  ùmi  à  sa  passion.    . 

ZERBINETTE. 

Je  ne  me  fie  encore  que  de  la  bonne  sorte;  et  ce  n«st 
pas  assez  pour  m  assurer  entièrement,  que  ce  qu'il  vient 
de  faire.  J'ai  l'humeur  enjouée,  et  sans  cesse  je  ris  :  mais, 
tout  en  riant,  je  suis  sérieuse  sur  de  certains  chapitres;  et 
ton  maître  s'abusera,  s'il  croit  qu'il  lui  suffise  de  m'avoir 
achetée  pour  me  voir  toute  à  lui.  Il  doit  lui  en  coûter  autre 
chose  que  de  Targent;  et  pour  répondre  à  son  amour  de 
la  manière  qu'il  souhaite,  il  me  faut  un  don  de  sa  foi, 
qui  soit  assaisonné  de  certaines  céréiponies  qu'on  trouve 
nécessaires. 

SGAPIN. 

C'est  là  aussi  comme  il  Fentend*  Il  ne  prétend  à  vous 
qu'en  tout  bien  et  en  tout  honneur;  et  je  n'âilrois  pas  été 
honune  à  me  mêler  de  cette  affaire,  s'il  àvoit  une  autre 
pensée.  ^ 

ZERBINETTE. 

C'est  ce  que  je  veux  croire,  puisque  vous  me  le  dites; 
mais,  du  côté  du  père,  j'y  prévois  des  empêchements. 

SCAPIN. 

Nous  trouverons  moyen  d  accommoder  les  choses. 

HYACINTHE,  k  Zerbinette. 

La  ressemblance  de.  nos  destins  doit  contribuer  en- 
core à  faire  naître  notre  amitié;  et  nous  nous  voyons 
toutes  deux  dans  les  même«î  îibrm/^s,  toutes  deux  expo- 
sées à  la  même  iBf(»:tune. 


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5o2      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

KB&BIIfBTTB.' 

VoustîTeXjûet  Hyantage  au  moins,  que  tous  saye;E  de 
qui  TOUS  êtes  née,  et  que  l'appui  de  vos  parents,  que 
vous  pouvez  &ire  conikoitrcï^  e^t  c^^pable d'a|usteE  tout, 
peut  assurer  votre  bonheur,  et  faire  donner  un  consente- 
ment au  mariage  qu on  troute  &it.  Mâ|is,  pour  moi,  je  ne 
rencontre  aucun  secours  dans  ce  que  je  puis  étr<e;  et  Ton 
me  voit  dans  un  état  qui  n'adoucira  pa3  les  volontés  d'un 
père  qui  ne  regarde  que  le  bien» 

HYACINTHE. 

Mai3  ftussi  avez-vous  c^t  avantage,  que  i^oq  ne  teutt 
point  par  un  autro  parti  cdui  que  vous  aimez. 

ZERBIITETTE. 

Le  changement  du  cœur  duti  amant  n^st  pas  ce  qu'on 
peut  le  {Jus  craindre»  On  se  peut  flatufellemént  croire 
assez  de  nvirite  pour  garder  sa  <^nqaête  ;  et  ce  que  je  vois 
de  plus  redoutable  dans  ces  sortes  d'afiaires ,  c^st  la  puis- 
sance paternelle^  auprès  de  qui  tout  le  mérite  ne  s^  de 
rien. 

BTAClNTaE. 

Hélas!  pourquoi  &tit-il  que  de  justes  indinatiotts  se 
trouvent  traversées!  La  douce  cjiose  qued^aimer,  lorsque 
Ton  ne  voit  point  d^obstade  à  ces  aiinaUes  chaînes  dont 
deux  cœurs  se  lient  ensenkUt  I 

SCAPÎK. 

Vous  vous  moquez;  la  tranquillité  ea  amour  est  tm 
calme  désagréable.  Un  bonheur  tout  uni  nous  devient  en- 
nuyeux, il  &ut  du  haut  et  du  bas  dans  la  vie-,  eties  diffi- 


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ACTE  IIÎ,  SCÈNE  I.  5o3 

cultes  qui  se  mêlent  aux  ehoses  réyeUlent  les  ardeurs , 
augo^enlent  les  plaisirs» 

ZERBIirSTTE.     . 

Mon  Dieu!  Scapin,  fiiK-àoite  un  peu  ce  récit,  qu'on 
m'a  dit  qui  est  si  plaisant ,  du  stratagème  dont  ta  tW  aVisé 
pour  tirer  de  l'argent  de  ton  vieillard  avare  :  tu  sais  q6[^e>Ii 
ne  perd  point  sa  peine  lorsqu'on  me  fait  un  conte,  et  que 
je  le  paye  assez  bien  par  la  joie  qu^oti  là'y  voit  prendre. 

SCAPIN. 

Voilà  Silvestre  qui  s'en  aajuittera  aussi-bien  que  moi. 
J*ai  dans  la  tête  certaine  petite  vengeaûce,  dont  je  vais 
goûter  le  plaisir. 

SILVEStRE.  ' 

Pourquoi ,  de  gaieté  de  cœur ,  veux-tu  chercher  à  t'atti- 
rer  de  méchantes  afiaires? 

•  SCAPIN. 

Je  me  plais  à  tbotct*  des  pptreprises  faasardatises. 

SltV&ëTtlE.  '         .      i 

Je  te  lai  déjà  dit,  tu  quitterois  le  dessein  que  tu  as,  si 
tu  m'en  voulois  croire* 

SCAPIN. 

Oui;  mais  c'est  moi  que  j'en  croirai. 

SILVESTRE. 

A  quoi  diable  te  vas-tu  amuser? 

SCAPIN. 

De  quoi  diable  te  mets-tu  en  pdne 7 


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5oj      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

SILYESTRE. 

Cest  que  je  Tois  que,  sans  nécessité,  tu  vas  courir 
risque  de  t^attirer  une  venue  de  coups  de  bâton. 

SÇÀPIN. 

Hé  bien!  c'est  aux  dépens  de  mon  dos, et  non  pas  du 
tien. 

^IliVESTRX. 

n  est  vrai  que  tu  çs  maître  de  tes  épaules ,  et  tu  en  dis- 
poseras comme  il  te  plaira. 

SGAPIN. 

Ces  sortes  de  périls  ne  mV>nt  jamais  arrêté  ;  et  je  hais  ces 
cœurs  pusillanimes  qui,  pour  trop  prévoir  les  suites  des 
choses,  n'osent  rien  entreprendre. 

ZERBINETTE,  à  Scapin. 

Nous  aurons  besoin  de  tes  soins, 

8GAPIN. 

Allez.  Je  vous  irai  bientôt  rejoindre.  U  ne  sera  pas  dit 
qu'impunément  on  m'ait  mis  en  état  de  me  trahir  moi- 
même,  et  de  découvrir  deç-soçrets  quîl  étoft  bon  qu^on 
ne  sût  pas. 

SCÈNE  II. 

GÊRONTE,  SCAPIN. 

GÉRONTE. 

Hé  BIEN,  Scapin ,  conmient  va  laffaire  de  mon  fils? 

SCAPIN. 

Votre  fils,  monsieur,  est  en  lieu  de  sûreté  :  mais  vous 
courez  maintenant,  vous,  le  péril  le  plus  grand  du 


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ACTE  III,  SCÈNE  II.  5o5 

monde,  et  je  youdrols  pour  beaucoup  que  vous  fiissiez 
dans  votre  logîs. 

GÉRONTB. 

Comment  donc? 

SCAPIN. 

A  Wieure  gue  je  parle ,  on  vous  cherche  de  toutes  parts 
pour  vous  tuer. 

GJÊRONTE. 


Moi? 
Oui. 
Et  qui? 


SC^PIBî. 
QÉRQNTE. 


SCAPIN. 

Le  frère  de  cette  personne  qu'Octave  a  épousée.  Il  croit 
que  le  dessein  que  vous  avez  de  mettre  votre  fille  à  la 
place  que  tient  sa  sœur  est  ce  qui  pousse  le  plus  fort  à 
£iire  rompre  leur  mariage;  et,  dans  cette  pensée,  il  s^  ré- 
solu hautement  de  décharger  son  désespoir  survolas,  et 
de  vous  ôter  la  vie  pour  venger  son  honneur.  Tous  ses 
amis,  gen&d'épée  comme  lui,  vous  cherchent  de  tous  les 
côtés,  et  demandent  de  vosi  nouvelles.  Tai  vu  même  de  ça 
et  de  là  des  soldats  de  sa  compagnie  qui  interrogent  ceux 
qu'ils  trouvent,  et  occupent  par  pelotons  toutes  les  ave- 
nues de  votre  maison-,  de  sorte  que  vous  ne  sauriez  aller 
chez  vous,  vous  ne  sauriez  £ûre  un  pas  ni  à  droite  ni  à 
gauche,  que  vous  ne  tombiez  dans  leuis  mains. 


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5o6      LES  FOURBBRIES  DE  SCÂPIN. 

O^ROKTE. 

Que  ferai-je,  mon  paayre  Scapin? 

fCAPiir. 
Je  ne  sab  pas,  monsieur;  et  yoici  une  étrange  affiûre. 
Je  tremble  pour  vous  depuis  les  pieds  jusqu'à  la  tête ,  et... 

Attendez.  (Scapîn  faisant  semblant  d'aller  voir  au  fqnd  d^ 
théâtre  s'il  n  j  a  personne.) 

G^ROFTE,  en  tremblant. 

Hé? 

SCAPIN. 

Non,  non,  non,  ce  n'est  rien. 

gjSronte. 
Ne  saurois-tu  trouver  que^ue  moyen  pour  me  tirer  de 
peine? 

SCÀPIV. 

J'en,  imagine  bien  un  ;  mais  je  courrois  risi|ue ,  moi,  de 
me  &ire  assommer. 

Hé  !  Scapin ,  montr^toi  serviteur  zélé.  Ne  m^abiiiidopQe 
pas,  je  te  prie. 

scAPiir. 

Je  le  reux  bien.  J^ai  une  teskdxea^  pour,  votts  qui  ne 
sauroit  souffiir  que  je  voui»  laisse  sans  secoun. 

GiftOKTS. 

Tu  ^  seras  irécompensé,  jef  asmn;  et  je  te  promets 
cet  habita ,  qtiahd  je  l'aur^^un  peu  usé. 

SCAPIK. 

AttendeÈ.  Voici  une  affare  que  f  ai  trouvée  fort  à  pro- 


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ACTE  III,  SCÈNE  II.  507 

pos  pour  vous  sauver.  Il  faut  que  vous  yon^  mettiez  dans 
ce  sac,  et  que. . , 

GERONTB,  crojant  yoir  quelqu'un. 

Ah! 

SCAUN. 

Non ,  non ,  non ,  non ,  ce  tfest  personne.  Il  faut ,  dis- je, 
que  vous  vous  mettiez  là-ieciàns,  et  que  vous  vous  gar- 
diez de  remuer  en  aucune  façon.  Je  vous  chargerai  sur 
mon  dos,  comme  un  paquet  de  quelque  chose*,  et  je  vous 
porterai  ainsi,  au  travers  de  vos  ennemis,  jusque  dans 
votre  maison,  où,  quand  nous  serons  une  fois ,  nous  pour- 
rons nous  barricader,  et  envoyer  quérir  main-forte  contre 
la  idolence. 

OiRONTE. 

L'invention  est  bonne. 

SCAPIN. 

La  meilleure  du  monde.  Vous  allez  yoIr.  (à  part.)  Tu 
me  paieras  Fimpostui'e. 

GÉRONTE. 

Hé? 

SCÀPIIT. 

,  Je  dis  que  vos  ennemis  seront  bien  attrapés.  Alettez- 
vous  bien  jusqu'au  fond;  et  surtout  prenez  garde  de  ne 
vous  point  montrer,  et  de  ne  branler  pas,  quelque  chose 
qui  puisse  arriver. 

iJiHoiTTï.: 
Laisse-moi  fidre,  je  saurai  me  tdair. 


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5o8      LE3  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

SGAPIN. 

Cachez-Tons.  Voici  an  spadassin  ^  vous  cherche, 
(en  contrefaitant  sa  voix.)  Quoi!  je  n'aurai  pas  Vabantag$ 
dé  tué  ce  Gérante?  et  quelqu'un,  par  charité,  ne  m'en- 
seignera pas  oâ  il  est?  {k  Géronte,  avec  sa  voix  ordinaire.) 
Ne  braplez  pas.  Cadédis^  je  lé  troubérdi,  se  cachât-il  au 

centré  dç  la  tçrre,   (à  Géronte,  avec  son  ton  naturel.)  Ne 

yoii3  montrez  pas.  Oh!  thomme  cm  sac?.  Monsieur.  Je 
té  vaille  un  louis,  et  m'enseigne  oà  peut  être  Gérante, 
Vous  ç^ierchez  le  seigneur  Géronte?  Oui,  mardi,  je  lé 
chercha.  Et  ppur  quelle  affaire,  monsieur?  Pour  quelle 
affaire?  Oui.  Je  beux,  cadédis,  lé  faire  mourir  sous  le^ 
coups  dé  vaton.  Oh!  monsieur,  les  coups  de  bâton  ne  se 
donnent  point  k  des  gens  conmie  lui,  et  ce  i^'est  pas  ud 
homme  à  être  traité  de  la  sorte.  Qui?  ce  fat  de  Géronte, 
ce  maraud,  ce  vélitre?  Le  seigneur  Géronte^  monsieur, 
n'est  ni  fat,  ni  maraud,  ni  bélître;  et  vous  devriez,  s  il 
vous  plaît,  parler  d'autre  façon.  Comment!  tumé  traites 
à  moi  avec  cette  hauteur?  Je  défends,  comme  je  dois,  un 
homme  d'honneur  qu'on  offense.  Est-ce  que  tu  es  des 
amis  dé  ce  Géronte?  Oui,  monsieur,  j'en  suis.  Ah!  cadé- 
dis, tu  es  de  ses  amis  :  à  la  vanne  hure,  (donnant  plusieurs 
coups  de  b&ton  sur  le  sac.)  Tiens,  boilà  céjqué  je  té  vaille 
pour  lui  (criant  c<Hnme  s'il  recevoit  les  coups  de  bâton.)  Ah! 

ah!  ah!  ah!  ah!  monsieur!  Âh!  ahl  monsieur!  tout  beau! 
Ah!  doucement!  Ah!  ah!  ah!  ah!  Fa^porté-lui  cela  dé 
ma  part.  Adiusias,  Ah  !  diable  soit  le  Gascon  1  Ah  ! 


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ACTE  m,  SCÈNE  II.  Sog 

GÉRONTE,  mettant  la  tête  hors  du  sac. 

Âhl  Scapin^  je  n'en  puis  plus. 

SCAPIN. 

Ah!  tnônsieur,  je  suis  tout  moulu,  et  les  épaules  me 
font  un  mal  éjpoutàntablè. 

G^RÔNTËi 

Comment  !  cVst  sur  les  mienne^  qu'il  a  frappé. 

SCAPIN. 

Nentii,  monsieur;  c^étoit  sur  moti  dos  qu'il  frappoit. 

GÉRONT^. 

Que  veux-tu  dire?  j'ai  bien  senti  les  coups,  et  les  sens 
bien  encore. 

SCAPIÎT. 

Non ,  vous  dis- je,  ce  n'est  que  le  bout  du  bâton  qui  a 
été  jusque  sur  vos  épaules. 

GERONTË. 

Tu  devois  donc  te  retirer  tin  peu  plus  loin,  pour 
m'épargner. . . 

SCAPIn,  faisant  reikiettre  Géronte  dans  le  sac; 

Prenez  garde.  En  voici  un  ailtre  qui  a  la  mine  d'un 
étranger.  Parti,  moi  courir  comme  une  Basque,  et  moi 
ne  poufre  point  troufair  de  tout  le  jour  sti  tiable  de  Gé- 
ronte? Cachez-vous  bien.  Dites  un  peu  moi^  fous,  mon- 
sieur Vhomme^  s'il  ve  platt;  fous  sa\foir  point  où  l'est  sti 
Géronte  que  moi  chercHir?  Non,  monsieur,  je  ne  sais 
point  où  est  Géronte.  Dites-moi-le,  fouSj  franchemente; 
rhoi  li  fouloir  pas  grande  chose  à  lui.  L'est  seulemente 
pour  li  donnair  une  petite  régale  sur  h  dos  d'une  dour 


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5i6  LES  FOURBERIES  DE  SGÂPIN. 
zaine  de  coupe  de  bdtonne,  et  de  trois  ou  yuaire  petites 
coups  d'épié  au  trafers  de  son  poitrine.  Je  vous  assure, 
monsieui*,  que  je  ne  sais.pas  où  il  est.  Il  me  semble  que  ji 
foi  remuair  quelque  chose  dans  sti  sac.  Pardotmez-moi, 
monsieur.  Li  est  assurément  qudque  histoire  là  tetans. 
Point  du  tout,  monsieur.  Moi  Vafoir  enfie  de  tonner  ain 
coup  étépée  dms  sti  sac.  Ah!  monsieur,  gardez-yous-en 
nien.  Montre-le-moi  un  peu,  fous,  ce  que  cestre  là.  Tout 
beau,  moniteur.  Quement,  tout  beau!  Vous  n'ayez  que 
Êdre  de  youloir  yoir  ce  que.je  porte.  Et  moi  je  le  fouloir 
foir,  mou  Vous  ne  lé  yerrez  point.  Ah!  que  dé  badine- 
mente!  Ce  sont  bardes  qui  m  appartiennent.  Montre-moi, 
fous,  te  dis'je.  Je  n'en  ferai  rien.  Toi  nen  faire  rien?  Non. 
Moi  pallier  de  sie  bdtonne  sur  les  épaules  de  ici.  Je  me 
moque  de  cela.  Ah!  toi  faire  le  trdla  (donnant  des  coups 

de  b&ton  sur  le  sac ,  et  criant  comme  8*il  les  receToit.  )   Âb  !  ah  ! 

ah  !  ah  !  monsieur  !  Âh  !  ah  !  ah  !  ah  !  Jusqu'au  refoîr;  l'être 
là  un  petit  leçon  pour  li  apprendre  à  toi  à  parler  însolenf 
tentent.  Ah!  peste  soit  du  baragomneur  !  Ahl 

G  £  E  O  N  T  E  ^  sortant  si^  téu  hors  du  sad. 

Ah!  je  suis  roué» 

SGAPIN*. 

Ah!  jesubmort. 

.        .  GEROKTE* 

Pourquoi  diantre  êluà^U  qu^ils  frappent  sur  mon  dos? 

:  SCÀPlHfluimncttatitlat^edanslesac.  : 
Prenez  garde,  yoici.unedeint-doiizaine  de  soldats  tous 
ensemble,  (èontse&isant  la  yok  d»  flusitnn  j^tmnm^) 


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ACTE  III,  SCÈNE  IL  5n 

Allons,  tâchons  à  tromper  ce  Geronte,  cherchons  par- 
tout. N'épargnons  point  nos  pas.  Courons  toute  la  ville, 
Wouhlions  aucun  lieu.  Visitons  tout.  Furetons  de  tous 
les  côtés.  Par  où  irons-nous?  Tournons  par-là.  Non, 
par-ici,  A  gauche.  A  droite.Nenni.Si  fait.  (ii,G«ronte,  ayec 
sa  Yoix  ordinaire.  )  Cachez-Yous  bien.  Ah!  canuzrades,  voiei 
son  valet.  Allons,  coquin,  il  faut  que  tunous  enseignes  où 
est  ton  maître,  Hél  messieurs,  ne  me  maltraitez  point. 
Allons  f  dis-nous  où  il  est.  Parle.  Hâte-toi.  Expédions. 
Dépêche  vite,  Tât.  Hél  messieurs,  doucement.  (Géionte 

lîlet  doucement  la  tète  hors  du  sac ,  et  aperçoit  la  Iburber^  if 

Scapin.)^<  tu  ne  nojis  fai^  trouver  ton  maitre  tout  à 
l'heure j  nous  allons  faire  pleui^oir  sur  toi  une  ondé$  de 
coups  de  bâton.  J  aime  mieux  souffirir  toute  chose  que  de 
vous  découvrir  mon  maître.  Nous  allons  f  assommer,,  Faites 
tout  ce  qu'il  vous  jilaira.  Tu  as  envie  d^étre  battu!  Je  ne 
trahirai  pas  mon  maître.  Ah!  tu  en  vetuc  tdtcf!  Voilà. . , 

Oh!  (Gomme  il  est  près  de  frapper  ^  Géronte  sort  du  sac,  et 
Scapin  s'enfiiit.  ) 

C^iaONTB,  seul. 

Ah!  infâme!  Ah!  traître!  Ah!  scélérat I  C^est  ainsi  que 
tu  m'assas^es! 

SCÈNE  III. 
ZERBINETTE,  GÉRONTE. 

ZERBINETTE,  riant ,  sauf  yoir  tiéroQte. 

Ah  1  ah!  je  yeux  prendre  un  peu  Pair. 

6ÉRONTB9  à  part ,  sans  yoir  Zerbinette. 

Tu  me  le  paiwas,  je  te  jure. 


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hi2      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN, 

ZBRBINETTE)  tant  voii  Géronte. 

Âh!  ah!  ah!  ah!  la  plaisante  histoire!  et  la  bonne  dape 
que  ce  vieillard! 

GE&ONTB; 

n  n'y  a  rien  de  plaisant  à  cela ,  et  vous  n'avez  que  fidrc 
d'en  rire. 

ZERBINETTE. 

Quoi?  Que  voulez-vous  dire,  monsieur? 

GEBOKTE. 

Je  veux  dire  que  vous  ne  detèz  pas  vous  moqiler  de 
mioL 

ZERBINBTTBé 


Devons? 
Oui. 


GERONTB. 


ZERBINETTE. 

Gomment!  Qtii  songe  à  se  moquer  de  vous? 

G^RONTË. 

Pourquoi  venez-vous  ici  me  rire  au  nez? 

ZERBINETTE. 

Gela  ne  vous  regarde  point,  et  je  ris  toute  seule  dW 
conte  qu'on  vient  de  me  faire,  le  plus  plaisant  qu^où 
puisse  entendre..  Je  ne  sais  pas  si  c'est  parce  que  je  suis 
intéressée  dans  là  chose  ;  mais  je  n'ai  jamais  trouvé  rien  de 
si  drôle  qu'un  tour  qui  vient  d'âtre  joué  par  un  fils  à  soû 
père  pour  en  attraper  de  l'aj^nt. 

GiRONTE. 

Par  un  fils  à  son  père  pour  en  attraper  de  Targent? 


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ACTE  !II,  SCÈNE  III.        .     5x3 

ZERBINET^E. 

Oui.  Pour  peu  que  vous  me  pressiez,  vous  me  trouve* 
rez  assez  disposée  à  vous  dire  Tafiaire  ;  et  j'ai  une  déman^ 
geaison  naturelle  à  Étire  part  des  contes  que  je  sais» 

G^RONTE. 

Je  vous  prie  de  me  dire  cette  histoire. 

ZERBINETTE. 

Je  le  veux  bien.  Je  ne  risquerai  pas  grand'cliose  à  vous 
la  dire ,  et  c'est  une  aventure  qui  n'est  pas  pour  être  long- 
temps secrète.  La  destinée  a  voulu  que  je  me  trouvasse 
parmi  une  bande  de  ces  personnes  qu^on  appelle  Egyp* 
tiens,  et  qui,  rôdant  de  province  en  province,  se  mêlent 
de  dire  la  bonne  fortune,  et  quelquefois  de  beaucoup 
d autres  choses.  En  arrivant  dans  cette  ville,  un  jeune 
homme  me  vit,  et  conçut  pour  moi  de  l'amour»  Dès  ce 
moment  il s^attache  à  mes  pas;  et  le  voilà  d^abord  comme 
tous  les  jeunes  gens,  qui  croient  qu^il  n'y  a  qu'à  parler,  et 
qu'au  moindre  mot  qu'ils  nous  disent  leurs  affaires  sont 
Élites  :  mais  il  trouva  une  fierté  qui  lui  fit  un  peu  corriger 
ses  premières  pensées.  Il  fit  connoitre  sa  passion  aux  gens 
qui  me  tenoient ,  et  il  les  trouva  disposés  à  me  laisser  à  lui , 
moyennant  quelque  somme.  Mais  le  mal  de  l'affaire  étoit 
que  mon  amant  se  trouvoit  dans  l'état  oh.  Ton  voit  très- 
•  souvent  la  plupart  des  fils  de  famille,  c'est-à-dire  qu'il 
étoit  un  pu  dénué  d'argent.  Il  a  un  père  qui,  quoique 
riche,  est  un  avàricieux  fieffé,  le  plus  vilain  homme  du 
monde.  Attendez.  Ne  me  saurois-je  souvenir  de  son  nom? 
Ahl  aidez-mioi  un  peu  :  ne  pouvez-vous  me  nommer 
MoLikut.    5.  33 


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5i4      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 
quelqu'un  de  cette  ville  qui  soit  conau  pour  être  avare  au 
dernier  point? 

GÉRONTE* 

Non. 

^ERBINETTE. 

Il  y  a  à  son  nom  du  ron...  route.  CX*.  Oronte.  Non. 
Gé...  Géronte.  Oui,  Géronte,  justement;  voilà  mon 
vilain,  je  Tai  trouvé,  c^est  ce  ladreJà.que  je  dis.  Pour 
venir  à  notre  conte ,  nos  gens  ont  voulu  aujourdliui  partir 
de  cette  ville;. et  mon  amant  m'alloit  perdre,  faute  d'ar- 
gent, si,  pour  en  tirer  de  son  père,  il  n'avoit  trouvé  du 
secours  dans  Findustrie  d'un  serviteur  qu*il  a.  Pour  le 
nom  ^u  serviteur,  je  le  sais  à  merveille;  il  s'appelle  Sca- 
pin  :  c'est  un  homme  incomparable  :  et  il  mérite  toutes 
les  louanges  que  Ton  peut  donner* 

GERONTE,  à  part. 

Ah!  coquin  que  tu  es! 

ZERBIKETTE. 

Voici  le  stratagème  dont  il  s'est  servi  pour  attraper  sa 
dupe.  Ah!  ah!  ah!  ah!  je  ne  saurois  m'en  souvenir,  que 
je  ne  rie  de  tout  mon  cœur.  Ah  J  ah  !  ah  !  Il  est  allé  trouver 
ce  chien  d'avare,  ah!  ah!  ah!  et  lui  a  dit  qu'en  se  pro- 
menant sur  le  port  avec  son  ûls,  hi!  hi!  ils  avoient  vu 
une  galère  turque,  oii  on  les  avoit  invités  d'entrer;  qu'un . 
jeune  Turc  leur  y  avoit  donné  la  collation  ;  ah  !  ah  !  ah  !  que 
tandis  qu'ils mangeoient  on  avoit  mis  la  galère  en  mer,  et 
que  le  Turc  lavoit  renvoyé  lui  seul  à  terre  dans  un  esquif, 
aivec  ordre  de  dire  au  père  de  son  maître  qu'il  cmmenoit 


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ACTE  III,  SCÈNE  III.  5x5 

son  fils  en  Alger,  s'il  ne  lui  envoyoit  tout  à  llieure  cinq 
cents  écus.  Ahl  ah!  ahl  Voilà  mon  ladre,  mon  vilain, 
dans  de  furieuses  angoisses;  et  la  tendresse  <]ull  a  pour 
son  fils  fait  an  combat  étrange  avec  son  avarice.  Cinq 
cents  écus  qu'on  lui  demande  sont  justement  cinq  cents 
coups  de  poignard  qu'on  lui  donne.  Ah!  ah!  ah!  Il  ne 
peut  se  résoudre  à  tirer  cette  somme  de  ses  entrailles;  et 
la  peine  qu'il  souffire  lui  fait  trouver  cent  moyens  ridicules 
pour  ravoir  son  fils.  Ah  !  ah  !  ah  !  Il  veut  envoyer  la  justice 
en  mer  après  la  galère  du  Turc.  Ah!  ah!  ah!  Il  sollicite 
son  valet  de  s'aller  offrir  à  tenir  la  place  de  son  fils,  jus- 
qu'à ce  qu'il  ait  amassé  l'argent  quil  na  pas  envie  de 
donner.  Ah!  ah!  ah!  Il  abandonne,  pour  faire  les  cinq 
cents  écus,  quatre  ou  cinq  vieux  habits  qui  n'en  valent 
pas  trente.  Ah!  ah!  ah!  Le  valet  lui  fait  comprendre  k 
tous  coups  rimprtinence  de  ses  propositions,  et  chaque 
réflexion  est  douloureusement  accompagnée  d'un  Mais 
que  diable  alloit-il  faire  dans  cette  galère?  Ah!  maudite 
galère!  Traître  de  Turc!  Enfin,  après  plusieurs  détours, 
aprèsavoirlong-tempsgémi  et  soupiré.. .Mais  il  me  semble 
que  vous  ne  riez  point  de  mon  conte.  Qu'en  dites- vous? 

GliRONTE. 

Je  dis  que  le  jeune  homme  est  un  pendard ,  un  insolent, 
qui  sera  puni  par  son  père  du  tour  qu'il  lui  a  fait;  que 
l'Egyptienne  est  une  malavisée,  une  impertinente ,  de  dire 
des  injures  à  un  honune  d'honneur,  qui  saura  lui  ap- 
prendre à  venir  ici  débaucher  les  enfants  de  famille;  et 
que  le  valet  est  un  scélérat,  qui  sera  par  Géronte  envoyé 
au  gibet  avant  qu'il  soit  demain. 


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5i6      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN 

SCÈNE    IV. 
ZERBINETTE,  SILVESTRE. 

SILVESTRE. 

OiJ  est-ce  donc  que  voi^  tous  échappez?  Savez-vous 
bien  que  vous  venez  de  parler  là  au  père  de  votre  amant  ? 

ZERBINETTE. 

Je  viens  de  m'en  douter,  et  je  me  siiis  adressée  à  lui- 
même,  sans  y  penser,  pour  lui  conter  son  histoire. 

SILVESTRE. 

Comment,  son  histoire? 

ZERBINETTE. 

Oui  :  j'étois  toute  remplie  du  conte,  et  je  brûlois  de  le 
redire.  Mab  qu'importe?  Tant  pis  pour  lui.  Je  ne  vois  pas 
que  les  choses  pour  nous  en  puissent  être  ni  pis  ni  mieux. 

SILVESTRE. 

Vous  aviez  grande  envie  de  babiller;  et  c'est  avoir  bien 
de  la  langue,  que  de  ne  pouvoh*  se  taire  de  ses  propres 
afiaires. 

ZERBINETTE. 

N'auroit-il  pas  appris  cela  de  quelque  autre? 

SCÈNE  V. 
ARGANTE,  ZERBINETTE,  SILVESTRE. 

▲R  GANTE,  défère  le  tliéàtre, 

HoLA.,Silvestre. 

SILVESTRE,  à  Zerbinette. 

Rentrez  dans  la  maison.  Voilà  mon  maitrequi  m'appelle. 


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ACTE  III,  SCÈNE  \l  5ij 

SCÈNE   Vl. 

ARGANTE,  SILYESTRE. 

ARGANTE. 

Vous  vous  êtes  donc  accordés ,  coquins ,  tous  vous  êtes 
accordés,  Scapin,  vous  et  mon  fils,  gour  me  fourber!  et 
vous  croyez  que  je  Fendure.  ^ 

3ILVESTRE; 

Ma  foi,  monsieur,  si  Scapin  vous  fourbe,  je  m^ea^iave 
les  mains,,  et  vou$  assure  que  je  uy  trempe  en  aucune 
&çon« 

ARMANTE. 

Nous  verrons  cette  affaire ,  pcndard^  nous  verrons  cette 
afiaire;  et  je  ne  prétends  pas  qu'on  me  fasse  passer  la 
plume  par  le  bec. 

SCÈNE    VIL 
GÉRQNTE,  ARGANTE,^  SILVESTRE. 

GÉÎIONTE. 

Ah!  seigneur  Argante,  vous  me  voyez  accablé  de  dis- 
grâce. 

ABGAJîïXE, 

Vous  me  voyez  aussi  dans  un  accablement  borriWc. 

GÉRONTE. 

T^  pendard  de  Scapin,  par  une  fourberie,  m'a  attrape' 
cin|  cents  écus. 


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5ï8      LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN. 

AR6AKTB. 

Le  même  pendard  de  Scapin,  par  une  fourberie  aussi, 
ma  attrapé  deux  cents  pistoles. 

GÉHONTB. 

n  ne  s^est  pas  contenté  de  m'attraper  cinq  cents  ecus, 
il  m'a  traité  d'une  manière  que  j'ai  honte  de  dire.  Mais  il 
me  la  paiera. 

Je  yeux  qu'il  me  ù^se  raison  de  la  pièce  qull  m'a 
jouée. 

GÉRONTE. 

Et  je  prétends  Étire  de  lui  une  vengeance  exemplaire. 

SILTESTRE,  à  part. 

Plaise  au  delque^  dans  tout  ceci,  je  n'aie  point  ma 
part! 

GÉRONTE. 

Mais  ce  n'est  pas  encore  tout,  seigneur  Aidante,  et  un 
malheur  nous  est  toujours  l'avant-coureur  d'un  autre.  Je 
me  réjouissois  aujourdliui  de  l'espérance  d  ayoîr  ma  fille, 
dont  je  faisois  toute  ma  consolation;  et  je  viens  d'ap- 
prendre de  mon  homme  qu^elle  est  partie  il  y  a  long-temps 
de  Tarente ,  et  qu'on  y  croit  qu  elle  a  péri  dans  le  vaisseau 
où  elle  s'embarqua. 

ARGANTE. 

Mais  pourquoi ,  s'il  vous  plaît ,  la  tenir  à  Tarente ,  et  ne 
TOUS  être  pas  donné  la  joie  de  l'avoir  avec  vous? 

GÉRONTE. 

J'ai  eu  mes  raisons  pour  cela;  et  des  intérêts  de  famille 


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ACTE  III,  SCÈNE  VIL  5rç 

m*ont  obligé  jus^^ici  à  tenir  fort  secret  ce  second  mariage. 
Mais  que  vois-je? 

SCÈNE   VIIL 
ARGANTE,  GÉRONTE,  NÉRINE^  SILVESTRE. 

GÉRONTE. 

Ah  I  te  voilà,  nourrice! 

NERII7E,   se  jetant  aux  genoux  de  Géronte. 
Ah!  seigneur  Pandolphe,  que.. . 

GERONTE. 

Appelle-moi  Géronte ,  et  ne  te  sers  plus  dfe  ee  nom  :  les 
raisons  ont  cessé  qui  m'avoient  obligé  à  le  prendre  parmi 
vous  à  Tarente. 

NÉRINE. 

Las  !  que  ce  changement  de  nom  nous  a  causé  de  trou- 
bles et  d  inquiétudes  dans  les  soins  que  nous  avons  pris 
de  vous  venir  chercher  ici! 

GERONTE.     . 

Où  est  ma  fille  et  sa  mère? 

NÉRINE» 

Votre  fille,  monsieur,  n'est  pas  loin  d'ici;  mais,  avant 
que  de  vous  la  faire  voir,  il  faut  que  je  vous  demande 
pardon  de  Tavoir  mariée,  dans  labandonnement  où, 
faute  de  vous  rencontrer,  je  me  suis  trouvée  avec  elle. 

GERONTE. 


Ma  fille  mariée! 
Oui,  monsieur. 


KERINS^ 


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5ao      lES  FODRBERIES  DE  SCAPIN. 

GÉI^OICTE. 

Et  avec  qui? 

NÉRINE. 

Avec  un  jeune  homme  nommé  Octave,  fils  d'un  cer- 
taÎQ  seigneur  Argaptc^ 

GÉRONTE. 

Ociel! 

Quelle  reqcontre! 

GÉRONTE^ 

]M[ènQ-nou;i9  mène-nous  promptemeut  où  elle  est. 

NÉ  RI  NE. 

Vous  u'ayez  qu'à  entrer  dans  ce  logis. 

GÉRONTE. 

Passe  devant.  Suivez -moi,  suivez-moi ,  seigneur  Ar- 
gante. 

8ILVESTRE,  seul. 

Voilà  une  av^ture  qui  est  tout-à-fait  surprenante. 

SCÈNE   IX. 

SCAPIN,  SILVESTRE. 

'  SCAPIN. 

Hé  jbienI  Silvestre,  que  font  nos  gens? 

SILVESTRE. 

Jai  deux  avis  à  te  doqner.  L'un,  que  Fafiaire  d'Octave 
est  accommodée  :  notre  Hyacinthe  s'est  trouvée  la  fille  du 
seigneur  Gréronte^  et  le  hasard  a  fait  ce  que  la  prudence 


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ACTE  III,  SCÈNE  IX.  Sai 

des  pères  avoit  délibéré*  L'autre  avis,  c'est  que  les  deux 
vieillards  font  contre  toi  des  menaces  épouvantables ,  et 
surtout  le  seigneur  Géronte. 

SGAPIN. 

Cela  n'est  rien.  Les  menaces  ne  m'ont  jamais  fait  mal  : 
et  ce  sont  des  nuées  qui  passent  bien  loin  sur  nos  têtes. 

SILVESTRE. 

Prends  garde  à  toi;  les  fils  se  pourroient  bien  raccom- 
moder avec  les  pères,  et  toi  demeurer  dans  la  nasse. 

SCAPIN. 

Laisse -moi  fiiire,  je  trouverai  moyen  d'apaiser  leur 
courroux-,  et... 

SILVESTRE. 

Retire-toi  ;  les  voilà  qui  sortent. 

SCÈNE  X. 

GÉRONTE,ARGANTE,HyACINTHE,ZERBINETTE, 
NÉRINE,  SILVESTRE. 

6ÉR0NTE. 

ALLONS,  ma  fiOe,  ven^z  cbez  moi.  Ma  joie  auroit  été 
parfaite  si  j'avois  pu  voir  votre  mère  avec  vous. 

ARGANTÉ. 

Voici  Octave  tout  à  propos. 


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&ia      LES  FOURBERIES  DE  SGÂPIN. 
SCÈNE   XL 

ARGANTE,  GÉRONTE,  OCTAVE,  HYACINTHE, 
ZERBINETTE,  NÉRINE,  SILVESTRE. 

ARGANTE. 

Venbz,  moD  fils,  venez  vous  réjouir  ayjec  nous  de 
llieureuse  aventure  de  votre  mariage»  Le  ciel. . . 

OCTAVE. 

Non,  mon  père,  toutes  vos  propositions  de  mariage  ne 
serviront  de  rien.  Je  dois  lever  le  masque  avec  vous,  et 
Ton  vous  a  dit  mon  engagement. 

ARGANTE. 

Oui.  Mais  tu  ne  sais  pas. .  • 

OCTAVE. 

Je  sais  tout  ce  qu'il  faut  savoir. 

ARGANTE. 

Je  te  veux  dire  que  la  fille  du  seigneur  Géronte.  •  • 

OCTAVE. 

La  fiUe  du  seigneur  Géronte  ne  me  sera  jamais  de 

rien. 

GÉRONTE. 

C'est  elle. . . 

O  C  T  AV  E  ,  à  Géronte. 

Non,  monsieur,  je  vous  demande  pardon  :  mes  résolu' 
bons  sont  prises. 

SILVESTRB,  à  OcUTe. 

Eroutez. 


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ACTE  111,  SCÈNE  XI.  5^3 

OCTAYB. 

Non  y  tais-toi,  je  n'écoute  rien. 

AR6ANTB,  à  OcUTt. 

Tafemmek.. 

OCTAVE. 

Non^  VOUS  dis-je,  mon  père;  je  mourrai  plutôt  que  de 
cjuitter  mou  aimable  Hyacinthe.  Oui,  vous  ayez  beau 

faire,  la  voilà  celle  à  qui  ma  foi  (trayersant  le  théâtre  pour 

se  mettre  à  c6té  d'Hjaciathe)  est  engagée;  je  l'aimerai  toute 
ma  vie ,  et  je  ne  yeux  point  d^autre  femme. 

ARGANTE. 

Ift  bien!  c  est  elle  qu'on  te  donne.  Quel  diable  d'étourdi 
qui  suit  toujours  sa  pointe! 

HYACINTHE,  montrant  Gironte. 

Oui,  Octave,  voilà  mon  père  que.  j'ai  trouvé;  et  nous 
nous  voyons  hors  de  pine. 

GÉRONTE. 

Allons  chez  moi,  nous  serons  mieux  quHci  pour  nous 
entretenir. 

HTACIKTHE,  montrant  Zerbinette. 

Ah!  mon  père,  je  vous  demande  par  grâce  que  je  ne 
sois  point  séparée  de  l'aimable  personne  que  vous  voyez. 
Elle  a  un  mérite  qui  vous  fera  concevoir  de  Testime  pour 
elle ,  quand  il  sera  connu  de  vous. 

GERONTE. 

Tu  veux  que  je  tienne  chez  moi  une  personne  qui  est 
aimée  de  ton  frère,  et  qui  m'a  dit  tantôt  au  nez  mille  sot- 
tises de  moi-même  2 


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54      l'Es  FOURBERIES  DE  SC AFIN, 

ZERBINETTE. 

Monsieur,  je  vous  prie  de  m  excuser.  Je  n^aurois  pas 
parlé  de  la  sorte,  si  j'avois  su  que  cétoit  vous;  et  je  ne 
vous  connoissois  que  d^  réputation. 

GÉRONTE. 

Comment!  que  de  réputation? 

HYACINTHE. 

Mon  père,  la  passion  que  mon  frère  a  pour  elle  n'a 
rien  de  criminel,  et  je  réponds  de  sa  vertu. 
GéaoNTE. 

Voilà  qui  est  fort  bien.  Ne  voudroît-on  point  que  je 
mariasse  mon  fils  avec  elle?  une  fille  inconnue,  qui  ^it  le 
métier  de  coureuse 

SCÈNE   XIL 

ARGANTE,  GÉRONTE,  LEANDRE,  OCTAVE, 
HYACINTHE,  ZERBINETTE,  NÉRINE,  SIL- 
VESTRE. 

LÉANDRE. 

Mon  père,  ne  vous  plaignez  point  que  j'aime  une  in- 
connue sans  naissance  et  saDS  bien.  Ceux  de  qui  je  Fai 
rachetée  viennent  de  me  découvrir  qu'elle  est  de  cette 
ville,  et  d'honnête  fiimille;  que  ce  sont  eux  qui  l'y  oui 
dérobée  à  Tàge  de  quatre  ans  :  et  voici  un  bracekt  qu'ils 
m'ont  donné ,  qui  pourra  nous  aider  à  trouver  ses  parenls. 

ARGANTE, 

Hélasl  à  voir'ce  bracelet,  c'est  ma  fille  que  je  prdis  à 
Tâgc  que  vous  dites. 


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ACTE  III,  SCÈNE  XII.  5a5 

GÉRONTE. 

Votre  fille.' 

ARGANTE. 

Ouï ,  ce  lest  :  et  j  y  vois  tous  les  traits  qui  m'en  peuvent 
rendre  assuré. 

HYACINTHE. 

O  ciel!  que  d'aventures  extraordinaires! 

SCÈNE  XIII. 

ARGANTE,  GÉRONTE,  LÉANDRE,  OCTAVE, 
HYACINTHE,  ZERBINETTE,  NÉRINE,  SIL- 
VESTRE,  CARLE. 

CARLE. 

AbI  messieurs,  il  vient  d'arriver  un  accident  étrange. 

Gl5:i0ITTE. 

Quoi? 

GAULE. 

Le  pauvre  Scapin. . . 

GÉRONTB. 

C'est  un  coquin  que  je  veux  faire  pendre. 

CARLE. 

Hélas!  monsieur,  vous  ne  serez  pas  en  peine  de  cela. 
En  passant  contre  un  bâtiment;  il  lui  est  tombé  sur  la 
tête  un  marteau  de  tailleur  de  pierre,  qui  lui  a  brisé  Fos 
et  découvert  toute  la  cervelle.  Il  se  meurt,  et  il  a  prié 
qu'on  rapportât  ici  pour  vous  pouvoir  parler  avant  que  de 
mourir. 


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5a$      LES  FOURBERIES  QE  SCAPIN. 

AR6ÀNTE. 

Oùest-a? 

CAALB. 

Le  voilà. 

SCÈNE  XIV 

ARGANTE,  GÉRONTE,  LÉANDRE,  OCTAVE, 
HYACINTHE,  ZERBINETTE,  NÉRINE,  SCAPIN, 
SILVESTRE,  CARLE. 

ftCAPIN^  apporté  par  deux  hommes,  et  la  tête  entourée  de 
linge  y  comme  s'il  ayoit  été  blessé. 

Ah  I  ah  I  messieurs  y  tous  me  voyez...  ahl  vous  me 
voyez  dans  un  étrange  état!...  Ah!  je  n'ai  pas  voulu 
mourir  sans  venir  demander  pardon  à  toutes  les  personnes 
que  je  pub  avoir  ofibisées.  Ah  !  oui ,  messieurs  y  avant  que 
de  rendre  le  dernier  soupir,  je  vous  conjure  de  tout  mon 
cœur  de  vouloir  me  pardonner  tout  ce  que  je  puis  vous 
avoir  fait,  et  principalement  le  seigneur  Argante  et  le 
seigneur  Géronte.  Ah! 

ARGANTE. 

Pour  moi  Je  te  pardonne;  va,  meurs  en  repos. 

SCAPIN,  à  Géronte. 

Cest  VOUS,  monsieur,  que  j'ai  le  plus  offensé  par  les 
coups  de  bâton  que. . . 

GERONTE. 

Ne  parle  point  davantage,  je  te  pardonne  aussi. 

SCAPIN. 

C^a  été  une  témérité  bien  grande  à  moi  ^  que  les  coups 
de  bâton  que  je. . . 


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ACTE  III,  SCÈNE  XIV.  Say 

OÉRONTB. 

Laissons  cela. 

SCAPI5. 

Tai,  en  mourant,  une  douleur  inconcevable  des  coups 
de  bâton  <}ue..* 

iQrERONTE. 

Mon  Dieul  tais-toi. 

SGAPIir. 

Les  malheureux  coups  de  bâton  <jue  je  vous. .  • 

6ÉR0NTE. 

Tais-toi,  te  dis- je;  j^oublie  tout. 

SCAPIV. 

Hélas!  quelle  bonté!  mais  est-ce  de  bon  cœur,  mon- 
sieur, que  vous  me  pardonnez  ces  coups  de  bâton  que.  • . 
giSroîtte. 

Hé!  oui.  Ne  parlons  plus  de  rien;  je  te  pardonne  tout, 
voilà  qui  est  fait. 

SCAPIN. 

Ah  !  monsieur,  je  me  sens  tout  soulagé  depuis  cette 
parole. 

GERONTE. 

Oui,  mais  je  te  pardonne  à  la  charge  que  tu  mourras. 

SGAPIN. 

Comment,  monsieur? 

GERONTE. 

Je  me  dédis  de  ma  parole,  si  tu  réchappes. 

scAPiir. 
Ah!  ah!  voilà  mes  foiblesses  qui  me  reprennent 


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528  LES  FOURB.  DE  SCAPIN.  ACTE  HI^  SC.  XIV, 

ARGANTE. 

Seigneur  Géronte,  en  &yenr  de  notre  joie,  il  faut  lui 
pardonner  sans  condition. 

GÉRONTE. 

Soit 

ARGAKTE. 

Allons  souper  ensemble,  pour  mieux  goûter  notre 
plaisir. 

SCAPIN. 

Et  moi,  qu'on  me  porte  au  bout  de  la  table,  en  atten- 
dant que  je  meure. 


riN   DES  FOURBERIES   DE   SCAPIN. 


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REFLEXIONS 

SUR 

LES  FOURBERIES  DE  SGAPIN. 


CiÉTTE  pièce,  quoique  remplie  de  traits  de  là  plus  grande 
force,  est  du  nombre  de  celles  que  Boileau  condamnoit  :  il 
voyoit  avec  peiile  qu'un  homme  tel  que  Molière  s'abaissât 
jusqu'à  la  farce,  et  consacrât  des  moments  prëcieux  â  l'amu*^ 
sèment  de  la  dernière  classe  du  peuple.  Tant  que  Molière 
vëcut,  il  ne  lui  dissimula  pas  cette  opinion  :  après  sa  mort,  il 
dëploradans  l'Art  poétique  cette  complaisance  malheureuse, 
et  s'exprima  d'une  manière  un  peu  sëvère  sur  la  pièce  qui  fait 
en  ce  moment  l'objet  de  nos  réflexions. 

Plusieurs  bons  esprits  blâmèrent  cette  sévérité  de  Boileau  : 
ils  sèutinrent  que  la  comëdie  a  plus  d'un  genre,  et  qti'etle  peut 
môme  offrir  des  tableaux  grossiers  quand  ils  ont  l'originalité 
et  la  force  comique  des  moindres  productions  de  Molière. 
J.  B.  Rousseau  ëtoit  de  cet  avis.  Consulte  par  M.  de  Ghauvèlin, 
an  milieu  du  siècle  dernier,  sur  nne  édition  de  MolSère  entre-*' 
prise  par  Brossette ,  et  qui  ne  fut  pas  achevée ,  il  s'étend  sur 
les  critiques  qui  avoient  été  faites  de  Pourceaugnac  et  des 
Fourberies  de  Scapin.  Ce  morceau  est  curieux  et  peu  connu  : 

«  La  comëdie,  dit-il,  n'a  pas  ëté  inventée  seulement  pour 
n  les  esprits  délicats,  qui  sont  en  très-petit  nombre,  mais  pour 
M  tous  les  esprits  qui  composent  le  public,  entre  lesquels  il  se 
«trouve  des  combinaisons  infinies  de  sensibilitë,  qu'il  faut 
ff  pourtant  trouver  le  secret  de  réveiller  toates,  à  peine  dt 
MoLTkmï.  5.  34 


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53o  RÉFLEXIONS 

«  déplaire  ila  multitude  et  aux  délicats  marnes ^  que  le  grand 
«  nombre  entraîne  comme  lesiautrea,  e|  qui,  quoi  qu'ils  en 
ce  disent,  ne  sont  jamais  les  derniers  à  languir  quand  ils  voient 
te  languir  le  public.  Ce  qui  peut  paroître  outre  sur  le  papier, 
<c  dan&  quelques  endroits  de  Molière ,  n^  Test  point  pour  le 
(I  théâtre,  qui  demande  plus  d'action  que  de  paroles ,  et  où  les 
«  traits  ne  sauroient  paroître  naturels  dans  la  perspective  où 
ce  ils  sont  vus,  sans  être  souvent  plus  grands  que  la  nature 
«  même  y  dont.  Molière  ne  s'est  jamais  écarté,  bien  différent 
«.d'Aristophane,  qui  s'en  éloigne  presque  toujours;  ce  qui  n'a 
«  pas  empêché  le  peuple  le  plus  poli  de  la  Grèce  de  lui  prodi- 
(c  guer  les  mêmes  admirations  qu'à  Ménandre ,  de  qui  les  co- 
«  mëdies  auroientpu  faire  tomber  Aristophane  dans  le  mépris, 
«  s'il  suffisoit  d'exceller  dans  use  espèce  pour  rendre  mépri- 
«  sables  ceux  qui  excellent  dans  une  autre.  Mais  enfin  l'exem- 
«  pie  de  ces  deux  célèbres  anciens  prouvant,  qu'il  y  a  deux 
<c  manières  de  traiter  la  comédie  >  on  nie  saurqît  4onn^  trop 
«  de  louanges:  à  Molière  d'avoir  su  réunir  ces  deux  manières 
«  différentes  aussi  parfaitement,  et  avec  autant  de  succès  qu'il 
a  a  fait,  ji 

Le  PHo&MioN.de  Térence  a  servi  de  modèle  aux  Fopkbeiue^ 
DE  ScABiK  :  daus  l'une  et  l'autre  pièces ,  deux  jeunes  gens ,  en 
l'absence  de  leurs  pères ^  forment  des  liens  amoureux;  l'un  de 
ces  amants  a  même  épousé  sa  maîtresse*  Grand  embarras 
quand  ils  apprennent < le  retour  de  knrs  pères.  Comm^  s'en 
tircroBt-ils?  Dans  Térence,  leurs  esclaves,  et  Pbormion,  pa- 
rasite qui  jooe  à  peu  près  le  même  rôle  que  Scapib,  servent  les 
}eufies  gens,  leur  Ibnt  trouver  de  l'argent,  et  les  aident  à  sor- 
tir d'intrigue.  Le  dénoûmeni  6st  ^emême  dapsles  deux  pièces, 
mais x[uçlle différence  dans  la  manière  dont  le  sujet  est  traité! 
Molière  ne  traduit  presque  jamais  Térence  f  ei  quand  il  rimitef 


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SUR  LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN,     53 1 

il  le  surpasse  toujours.  Les  scènes  ont  une  vivacité,  une  force, 
une  abondance  de  saillies  qui  n'étoient  pas  dans  le  g^nie  du 
poète  latin. 

Dans  Térence,  c'est  Geta,  esclave  d'Antiphon,  qui  raconte 
à  un  esclave  de  l'ami  de  son  maître  la  manière  dont  ce  dernier 
a  connu  la  jeune  Phanion.  Cette  scène  du  rëcit  entre  deux 
valets  ne  peut  manquer  d'ôtre  froide  et  languissante  :  dans 
Molière,  c'est  l'amant  lui-même  qui  raconte  son  aventure  aveo 
tout  le  feu  que  peut  lui  donner  sa  passion.  Les  circonstances 
de  cette  histoire  sont  les  làêmes  dans  les  deux  auteurs  :  nous 
nous  bornerons  à  rapprocher  les  portraits  de  l'héroïne  de  ce 
petit  roman ,  traces  par  Tërence  et  Molière. 

Tërence  la  peint  d'une  manière  très-délicate  : 

'  ((Nous  la  voyons,  dit  Geta;  qu'elle  étoit  belle!  tu  ne 
M  peux  t'en  faire  une  idée  :  figure-toi  que  sa  beauté  n'avoit 
a  aucun  ornement.  Ses  cheveux  étoient  épars ,  ses  pieds  nus; 
n  elle  étoit  au  désespoir.  Les  larmes  înondoient  son  visage; 
a  et  ses  habits  étoient  tellement  délabrés,  que  si  sa  beauté 
((  n'eût  été  à  l'épreuve ,  ces  objets  qui  l'entouroient  l'auroient 
((  fait  entièrement  disparoître.  » 

Moli^,  mettant  ce  portrait  dans  la  bouche  d'un  amant  y 
retend  davantage  :  il  y  a  moins  de  délicatesse  et  plus  de  pas- 
sion dans  cette  peinture. 

K  Une  autre,  dit  Octave,  auroit  paru  effroyable  en  l'éUt  où 
«  elle  étoit,  car  elle  n'avoit  pour  tout  habillement  qu'une  mé- 
((  chante  petite  jupe,  avec  des  brassières  de  nuit  qui  étoient  de 

>  yicl«mu8.  yirgo  pulchra  :  et  quo  magis  diceres , 
Nihil  aderat  «djuinemi  ad  putebritndineni. 
Capillus  passus ,  nudos  pes ,  ipM  honida  : 
LaCrumaB ,  vestitu«  turpis ,  ut  ni  vis^ni 
In  ipsft  inesset  fonnâ ,  haoc  fonnam  eningucrent. 


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532  RÉFLEXIONS 

d  simple  fuUine;  et  sa  coiiFui^  ëtoit  une  cornette  jaune ,  re- 
«  troussée  au  haut  de  sa  tête  y  qui  laissolt  tomber  en  désordre 
«  ses  cheveux  sur  ses  épaules  ;  et  cependant ,  faite  comme 
<(  cela,  elle  brilloit  de  mille  attraits,  et  ce  u'ëtoit  qu'agréments 
((  et  que  charmes  que  toute  sa  personne. — Ses  larmes  n'ëtoient 
«  point  de  ces  larmes  désagréables  qui  dépurent  un  visage  : 
«  elle  avoit  à  pleurer  une  grâce  touchante,  et  sa  douleur  étoît 
«  la  plus  belle  du  monde,  etc.  » 

Pour  montrer  quel  parti 'Molière  sait  tirer  de  Térence,  il 
suffira  de  citer  encore  un  morceau  qu'il  a  presque  traduit 
Démiphon,  père  d'Antiphon ,  fait  des  réflexions  très-sérieuses 
sur  la  résignation  avec  laquelle  un  voyageur  doit  supporter 
tous  les  malheurs  qui  ont  pu  arriver  en  son  absence. 

*  «  Quand  nous  revenons  d'un  long  voyage ,  nous  devons 
ce  penser  sans  cesse  aux  désastres  dont  notre  maison  a  pu  être 
a  frappée,  dangers,  pertes,  exils.  Il  faut  se  figurer  que  notre 
«  fils  est  tombé  dans  la  débauche,  que  notre  fille  est  malade, 
«  et  que  notre  épouse  est  morte.  Tous  ces  accidents  sont  com- 
(c  miins  dans  la  vie  ;  ils  nous  menacent  sans  cesse,  et  ne  pour- 
c(  ront  nous  abattre,  si  nous  y  sommes  préparés.  Par  la  même 
«  raison,  nous  nous  trouverons  heureux  si  aucun  de  ces 
(c  maux  ne  nous  est  arrivé.  » 

Molicre  tourne  1res  -  adroitement  ces  graves  maximes  en 
plaisanterie.  Scapin,  pour  consoler  Argante,  cite  les  paroles 
d'un  ancien ,  et  continue  ainsi  : 

«  Pour  peu  qu'un  père  de  famille  ait  été  absent  de  chez  lui , 
c(  il  doit  promener  son  esprit  sur  tous  les  fôçheux  accidents 

'  Pericla ,  danma ,  exilia,  peregrè  rediens  semper  oogitet, 
Aut  fili  peccatum,  ant  uxoris  moitem ,  aut  moiham  filiae  : 
Communia  esse  haec  f  fini  posse  :  ut  uequid  animo  sit  novum 
Quld(]uid  pneter  spem  eveniati  omne  id  deputare  esse  in  lucro. 


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SUR  LES  FOURBERIES  DE  SCAPIN.     533 

«  que  son  retour  peut  rencontrer,  se  figurer  sa  maison  brûlëe , 
«  son  argent  dërobë ,  sa  femme  morte ,  son  fils  estropie ,  sa 
«  fille  subornée  ;  et  ce  qu'il  trouve  qui  ne  lui  est  point  arrive , 
«  rimputer  à  bonne  fortune.  Pour  moi,  j'ai  pratiqué  toujours 
<(  cette  leçon  dans  ma  petite  philosophie,  et  je  ne  suis  jamais 
«  revenu  au  logis  que  je  ne  me  sois  tenu  prêt  à  la  colère  de 
((  mes  maîtres,  aux  réprimandes,  aux  injures,  aux  coups  de 
«  pied  au  cul ,  aux  bastonnades ,  aux  étrlvières  ;  et  ce  qui  a 
«  manqué  à  ni'arriver,  j'en  ai  rendu  grâce  à  mon  bon  destin.  » 

Ou  conviendra  que  cette  philosophie  mise  dans  la  bouche 
de  Scapin ,  et  le  retour  plaisant  qu'il  fait  sur  lui-même ,  sont 
beaucoup  plus  dramatiques  que  les  sages  méditations  de 
Démiphon. 

L'exposition  de  cette  pièce  est  pleine  de  rapidité  et  de  mou- 
vement, mais  elle  n'appartient  pas  à  Molière  :  il  l'a  puisée 
dans  une  comédie  de  Rotrou  intitulée,  la  Sœur.  Ce  grand 
homme,  comme  on  l'a  dit  dans  sa  Yîe,  ne  se  faisoit  aucun 
scrupule  de  prendre  chez  les  anciens  et  les  mkodernes  tout  ce 
qu'il  trouvoit  bon  :  il  se  l'approprioit  par  la  manière  dont  il 
savoit  l'employer.  La  scène  de  Rotrou  est  en  vers,  et  fort  bien 
écrite.  Ergaste ,  valet  de  Lélie ,  vient  de  lui  apprendre  qu  on 
veut  le  marier  avec  uue  demoiselle  qu'il  n'aime  pas. 

LÉLIE. 

O  fatale  nouvelle ,  et  qui  me  désespère  ! 
Mon  oncle  te  l'a  dit ,  et  le  tient  de  mon  père  ? 

EBGASTE. 

Oui 

LÉLIE. 

Que  pour  Eroxène  il  destine  ma  foi , 
«Qu'il  doit  absolument  m'imposer  cette  loi  ? 
Qu'il  promet  Aurâie  aux  vceux  de  Pol  jdore  ^ 


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5j:^        RÉFLEXIONS 

EBGÀSTl. 

Je  TAiu  rd  déjà  dit ,  et  vous  le  dU  euoore. 

LÉLIB. 

Et  qu'ex%ç«iit  de  iioat  oe  fiinette  devoir. 
Il  veut  DOU8  obliger  d'éponseï'  dès  ce  soir? 

EBOASTS. 

Dès  ce  soir  * 

LÊLIB. 

Et  tu  crois  qu'il  te  parbit  sans  (èinte? 

EBOÀSTE. 

Saut  feinte. 

LÉLIB. 

O  si  d'axDour  tu  ressentols  l'atteinte  ^ 
Tu  plaindrois  moins  ces  moU  qui  te  coûtent  si  cher. 
Et  qu'avec  tant  de  peine  il  te  faut  arracher  * 

On  Toit  que  le  mouvement  de  cette  scène  est  absoittinent  Je 
même  que  celui  dé  la  scène  d'Octave  et  de  Silvestre. 

Molière  profita  aussi  d'une  scène  du  Pédant  joué,  de 
Gjrrano  de  Bergerac  y  c'est  de  celle  oà  revient  souvent  le  mot 
si  vrai  :  Que  diable  aUoit-U  faire  dans  cette  galère?  Cjrano  avoit 
beaucoup  de  bizarrerie  dans  l'esprit;  mais  il  ëtoit  quelquefois 
naturel  et  comique.  On  doit  savoir  gré  à  Molière  de  nous  avoir 
conserve  cette  excellente  scène,  qui  eût  ètë  oubliée  et  perdue, 
s'il  ne  l'eût  mise  dans  un  de  ses  ouvrages.  La  voici  telle  que 
Cjrano  l'a  composée.  Gorbinelî,  valet  fripon,  fait  croire  à 
Oranger,  principal  du  collège  de  Beauvais,  que  son  fils  a  été 
enlevé  par  des  corsaires  turcs  en  passant  la  Seine  vis-à-vis  le 
quai  de  l'École. 

oKAiTaEa. 

Hé  !  par  le  cornet  retort  de  Triton ,  diei»  marin ,  qm  jsjomm  ouït 
parler  que  la  mer  fût  à  Salnt-Cloud ,  qu'il  j  eût  des  galères,  des 
pirates ,  des  écueils  ? 


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SDR  LES  FOURBERIES  DE  SCAFFÎT.     535 

CORBlUSLI. 

C'eit  tn  cela  que  la  ckoM  «st  plus  menreilkiise  ;  et  quoiqu'on 
ne  les  ait  point  m»  en  France  que  eela ,  que  sait-on  sïb  ne  sont 
pM  venus  de  Gonstantinople  jusqu'ici  entre  deux  eaux? 

0«ANOKB. 

Que  diable  aller  faire  dans  la  galère  d'un  Turc  ?  Pêrgê. 

CORBIVELl. 

Je  me  suis  jeté  aux  genoux  du  plus  apparent  d*eiitre  eux.  Hé  1 
monsieur  le  Turc ,  lui  ai-je  dit ,  permettez-moi  d*aller  «rercir  ••n 
père ,  qui  vous  enverra  tout  k  l'heure  sa  rançon. 

GRAHOEA. 

Tu  ne  deyois  pas  parier  de  rançon  :  ils  se  seront  moqués  de  toi. 

GOABIVSLI. 

Au  contraire ,  à  ce  mot  il  a  un  peu  rasséréné  sa  fare.  Ta ,  m'a- 
t-il  dit;  mais  si  tu  n'es  pas  ici  de  retour  dans  un  moment,  j'irai 
prendre  ton  maître  dans  son  collège»  et  tous  étranglerai  tous 
trois  aux  antennes  de  mon  navire. 

ORAHOEft. 

Que  diable  aller  faire  dans  la  galère  d'un  Turc  ? 
(tl  demande  son  écritoire,  et  parle  d'écrire  au  corsaire;  Gotinnèli  hii  té- 
pond  que  le  Turc  se  moquera  de  lui.  ) 

GRASOER. 

Va  donc  leur  dire  de  ma  part  que  je  suis  prêt  à  leur  répokidre 
pàr-devant  notaire ,  que  le  premier  des  leurs  qui  tondra  entre 
mes  mains ,.  je  le  leur  renvierrai  pour  rien.  •  »  Hé  !  que  diable  »  que 
diable  aller  faire  dana  une  galère?  Ou  dis-leur  qu'autrement  je 
vais  m'en  plaindre  en  justice. 

CORBIVXLI. 

Tout  cela  s'appelle  dormir  les  yeux  ouverts. 

GRAVGEB. 

Mais  faut-il  être  ruihé  &  l'âge  Ou  je  suis?  Ya-t'en  avec  Pasqnier, 
preuds  le  reste  du  teston  que  je  lui  ai  donné  pour  la  dépense  il 
n'j  a  que  huit  jours...  Aller  sans  dessein  dans  une  galère!..* 
Prends  tout  le  reliquat  de  cette  plèos...  Ah!  maliMmreuM  géni- 


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536    RÉFLEX.  SUR  LES  FOURB.  DE  SCAPIN. 

ture  !  tu  me  coûtes  plus  d'or  que  tu  n  es  pesant. . .  Vaye  la  rançon, 
«t  ce  qui  te  restera,  emploie-le  en  oeuvres  pies.. .  Dans  la  galère 
.d'un  Turc!...  Bien,  va-t'en. ..  ^ais,  misérable,  dis -moi,  que 
diable  allois-tu  faire  dans  cette  galère?.  •'.  Va.prendre  dans  mes 
armoires  ce  pourpoint  découpé  que  quitta  feu  mon  père  l'année 
du  grand  biver. 

CORBIRELI. 

A  quoi  bon  ces  fariboles?  11  faut  au  moins,  cent.pistoles  pour 
•ta  rançon. 

•  KAVGZA. 

Cent  pistoles!  Ab!  mon  fils,  ne  tient-il  qu'à  ma  vie  pour  con- 
server la  tienne  ?  Mais  cent  pistoles  !  Gorbineli ,  va-t'en  lui  dire 
qu'il  se  laisse  pendre  sans  dire  mot  :  cependant  qu'il  ne  s'aflligs 
point ,  je  les  en  ferai  bien  repentir. 

jCOB^ISIEi^l. 

MademoiselIe,Geneyote  n'étoit  pas  trop  sptte,  qui  refiisoit  tan« 
tôt  de  vous  épouser,  0ur  ce  qu'on  lui  assuroit  que  vous  étiez 
d'bumeur,  quand  elle  seroit  esclave  en  Turquie,  de  Vj  laisser. 

GRAVGEn. 

Je  les  ferai  mentir  sans  aller  dans  la  galère  d'un  Turc.  Et  quoi 
faire,  de  par  tous  les  diables,  dans  cette  galère?  O  galère,  galère! 
tu  mets  bien  ma  bourse  aux  galères  I 

Cette  scène ,  dans  Cyrano ,  est  une  cbarge ,  parce  que  l'ac- 
tion se  passe  à  Paris  :  Molière  y  qui  transporte  le  sujet  à 
Naplcs,  où  un  enlève  ment  de  ce  genre  n'est  pas  sans  vraî.sem- 
blance ,  a  gardé,  suivant  sa  coutume,  la  plus  juste  mesure. 

Si  l'on  partage  l'opinion  de  J.  B.  Rousseau  sur  les  pièces 
destinées  à  l'amusement  du  peuple ,  on  admirera  sans  res- 
triction LES  Fourberies  de  Se  afin,  qu'on  doit  considérer 
comme  le  modèle,  des  comédies  de  ce  genre.  On  y  sera  d'au- 
tani;  plus  porté ,  que  cette  pièce  est  remplie  de  traits  cbar- 
mants,  et  qu'elle  est  également  de  nature  à  plaire,  soit  aux 
gens  délicats,  soit  à  ceux  dont  le  goût  est  moins  épuré. 


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FÊTE 


DE  VERSAILLES, 

BN     1668, 

ET 

INTERMÈDES 

DE  GEORGE  DANDIN. 


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FETE 

DE  VERSAILLES. 


Le  roi  y  ajtnt  accordé  la  paix  aux  instances  de  ses  alliés  et  aux 
vœux  de  toute  l'Europe ,  et  donné  des  marques  d  une  modération 
et  d'une  bonté  sans  exemple ,  même  dans  le  plus  fort  de  ses  con- 
quêtes ,  ne  pensoit  plus  qu'à  s'appliquer  aux  affaires  de  son 
royaume  ,  lorsque  ,  pour  réparer  en  quelque  sorte  ce  que  la  éour 
ayoit  perdu  dans  le  carnaval  pendant  son  absence*,  il  résolut  de 
faire  une  fête  dans  les  jardins  de  Versailles ,  où ,  parmi  les  plaisirs 
que  l'on  trouve  dans  un  séjour  si  délicieux ,  l'esprit  fût  encore 
touché  de  ces  beautés  surprenantes  et  extraordinaires  dont  ce 
grand  prince  sait  si  bien  assaisonner  tous  ses  divertissements. 

Pour  cet  effet ,  voulant  donner  la  comédie  en  suite  d'une  col-» 
lation  ;  et  après  la  comédie ,  le  souper ,  qui  fut  suivi  d'un  bal  et 
d'un  feu  d'artifice,  il  jeta  les  jeux  sur  les  personnes  qu'il  jugea 
les  plus  capables  pour  disposer  toutes  les  choses  propres  à  cela.  Il 
leur  marqua  lui-même  les  endroits  où  la  disposition  du  lieu  pou- 
voit ,  par  sa  beauté  naturelle ,  contribuer  davantage  à  leur  déco- 
ration ;  et  parce  que  l'un  des  plus  beaux  ornements  de  eette 
maison  est  la  quantité  des  eaux  que  l'art  j  a  conduites  malgré  la 
nature  qui  les  lui  «voit  refiuées ,  sa  majesté  leur  ordonna  de  s'en 
servir ,  le  plus  qu'ils  ponrroient ,  à  l'embellissement  de  ces  lienx  » 
et  même  leur  ouvrit  les  mojens  de  les  emplojer  et  d'en  tirer  les 
efiets  qu'elles  peuvent  faire. 

Pour  l'exécution  de  cette  fête ,  le  duc  de  Créquj,  comme  pre- 
mier gentilhomme  de  la  chambi« ,  ^t  chargé  de  oe  qui  regard  oit 


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£4©  FÊTE  DE  VERSAILLES. 

la  comédie  ;  le  maréchal  de  Bellefonds ,  comme  premier  maître- 
d'hôtel  du  roi ,  prit  soin  de  la  collation  ,  du  souper ,  et  de  tout  et 
qui  regardoit  le  service  des  tables  ;  et  M.  Colbert ,  comme  surin  > 
tendant  des  bâtiments ,  fit  construire  et  embellir  les  diyers  lieux 
destinés  à  ce  dirertissement  rojal ,  et  donna  les  ordres  pour  l'exé- 
cution des  feux  d'artifice. 

Le  sieur  Yigarani  eut  ordre  de  dresser  le  théâtre  pour  la  co- 
médie ,  le  sieur  Gisscj  d'accommoder  un  endroit  pour  le  souper, 
et  le  sieur  Le  Yau ,  premier  architecte  du  roi ,  un  autre  pour 
le  bal. 

Le  mercredi ,  dix-huitième  jour  de  juillet ,  le  roi ,  étant.parti  de 
Saint-Germain,  vint  dîner  à  Versailles  arec  la  reine,  monseigneur 
le  dauphin ,  Monsieur  et  Madame.  Le  reste  de  la  cour ,  étant  ar- 
rivé incontinent  après  midi ,  trouva  des  officiers  du  roi  qui  fai- 
soicnt  les  honneurs ,  et  recevoient  tout  le  monde  dans  les  salles 
du  château ,  où  il  j  avoit ,  en  plusieurs  endroits ,  des  tables  dres- 
sées, et  de  quoi  se  rafraîchir;  les  principales  dames  furent  con- 
duites dans  des  chambres  particulières  pour  se  reposer. 

Sur  les  six  heures  du  soir,  le  roi  ajant  commandé  au  marquis 
de  Gesvres  ,  capitaine  de  ses  gardes,  de  faire  ouvrir  toutes  lej 
portes ,  afin  qu'il  n'j  eût  personne  qui  ne  prît  part  au  divertisse- 
ment ,  sortit  du  château  avec  la  reine  ,  et  tout  le  reste  de  la 
cour ,  pour  prendre  le  plaisir  de  la  promenade. 

Quand  leurs  majestés  eurent  fait  le  tour  du  grand  parterre, 
elles  descendirent  dans  celui  de  gazon  qui  est  du  côté  de  la 
grotte ,  où ,  après  avoir  considéré  les  fontaines  quî  les  embel- 
lissent,  elles  s'arrêtèrent  particulièrement  à  regarder  celle  qui  est 
.  au  bas  du  petit  parc ,  du  côté  de  la  pompe.  Dans  le  milieu  de  son 
bassin',  l'on  voit  un  dragon  de  bronze  qui ,  percé  d'une  flèche , 
semble  vomir  le  sang  par  la  gueule ,  en  poussant  en  l'air  un  bouil- 
lon d'eau  qui  retombe  en  pluie ,  et  couvre  tout  le  bassin. 

Autour  de  ce  dragon  il  j  a  quatre  petits  amours  sur  des  cjrgneSi 


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FÊTE  DE  VERSAILLES.  341 

qui  font  chacun  un  grand  jet  d'eau ,  et  qui  nagent  Térs  le  bord 
comme  pour  se  sauver.  Deux  de  ces  amours  qui  sont  en  face  du 
dragon ,  se  cachent  le  visage  avec  la  main  pour  ne  le  pas  voir ,  et 
sur  leur  visage  Ton  aperçoit  toutes  les  marques  de  la  crainte  par- 
faitement exprimées  ;  les  deux  autres ,  plus  hardis ,  parce  que  le 
monstre  n'est  pas  tourné  de  leur  côté ,  l'attaquent  de  leurs  armes. 
Entre  ces  amours ,  sont  des  dauphins  de  bronze ,  dont  la  gueule 
ouverte  pousse  en  l'air  de  gros  bouillons  d'eau. 

Leurs  majestés  allèrent  ensuite  chercher  le  frais  dans  ces  bos« 
quets  si  délicieux ,  où  l'épaisseur  des  arbres  empêche  que  le  soleil 
ne  se  fasse  sentir.  Lorsqu'elles  furent  dans  celui  dont  un  grand 
nombre  d'agréables  allées  forment  une  espèce  de  labyrinthe ,  elles 
arrivèrent ,  après  plusieurs  décours ,  dans  un  cabinet  de  verdure 
pentagone  où  aboutissent  cinq  allées.  Au  milieu  de  ce  cabinet  il 
y  a  une  fontaine  dont  le  bassin  est  bordé  de  gazon.  De  ce 
bassin  sortoient  cinq  tables  en  manière  de  buffets  ,  chargées 
de  toutes  les  choses  qui  peuvent  composer  une  collation  magni- 
fique. 

L'une  de  ces  tables  représentoit  une  montagne  où ,  dans  plu- 
sieurs espèces  de  cavernes ,  on  voyoit  diverses  sortes  de  viandes 
froides  ;  l'autre  étoit  comme  la  face  d'un  palais  bâti  de  massepains 
et  pâtes  sucrées.,  Il  j  en  avoit  une  chargée  de  pyramides  de  confi- 
tures sèches ,  une  autre  d'une  infinité  de  vases  remplis  de  toutes 
sortes  de  liqueurs  ;  et  la  dernière  étoit  composée  de  caramels. 
Toutes  ces  tables ,  dont  les  plans  étoient  ingénieusement  formés 
eu  divers  compartiments,  étoient  couvertes  d'une  infinité  de 
choses  délicates ,  et  disposées  d'une  manière  toute  nouvelle  ; 
leurs  pieds  et  leurs  dossiers  étoient  environnés  de  feuillages 
mêlés  de  festons  de  fleurs,  dont  une  partie  étoit  soutenue  par  des 
bacchantes.  Il  j  avoit  entre  ces  tables  une  petite  pelouse  de 
mousse  verte  qui  s'avançoit  dans  le  bassin,  et  sur  laquelle  on 
▼ojoit ,  dans  de  grands  vasct ,  des  orangers  dont  les  fruits 
«toient  confits;  chacun  de  ces  orangers  avoit  à  côté  de  lui  deux 


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54a  FÊTE  DE  VERSAILLES. 

autres  arbret  de  difierentet  espèces ,  dont  les  fruits  étoient  pareil» 
lement  confits,. 

Du  milieu  de  ces  tables  s'éleToit  un  jet  d  eau  de  plus  de  trente 
pieds  de  haut,  dont  la  chute  faisoit  un  bruit  très -agréable;  de 
sorte  qu'en  voyant  tous  ces  buffets  d'une  même  hauteur ,  joints 
les  uns  aux  autres  par  les  branches  d'arbres  et  les  fleurs  dont  ils 
étoient  revêtus,  il  sembloit  que  ce  fût  une  petite  montagne  du 
haut  de  laquelle  sortît  une  fontaine. 

La  palissade  qui  fait  l'enceinte  de  ce  cabinet  étoit  disposée 
d'une  manière  toute  particulière  ;  le  jardinier,  ajant  employé  son 
industrie  à  bien  ployer  les  branches  des  arbres ,  et  à  les  lier  en- 
semble en  diverses  façons ,  en  ayoit  formé  une  espèce  d'architec- 
ture.  Dans  le  milieu  du  couronnement  on  voyoit  un  socle  de  ve^ 
dure ,  sur  lequel  il  y  avoit  un  dé  qui  portoit  un  vase  rempli  de 
fleurs.  Aux  côtés  du  dé ,  et  sur  le  même  socle ,  étoient  deux  autres 
vases  de  fleurs  ;  et  en  cet  endroit ,  le  haut  de  la  palissade  venant 
doucement  à  s'arrondir  en  forme  de  globe ,  se  terminoit  aux  deux 
extrémités  par  deux  autres  vases  aussi  remplis  de  fleurs. 

Au  lieu  de  sièges  de  gazon,  il  j  avoit,  tout  autour  du  cabinet, 
des  couches  de  melons^  dont  la  quantité  ,  la  grosseur  et  la  bonté 
étoient  surprenantes  pour  la  saison.  Ces  couches  étoient  fûtes 
d'une  manière  tout  extraordinaire  ;  et  à  bien  considérer  la  beanté 
de  ce  lieu ,  l'on  auroit  pu  dire  autrefois  que  les  hommes  n^auroieat 
point  eu  de  part  à  un  si  bel  arrangement  ^  mais  que  quelques  di- 
vinités de  ces  bois  auroient  employé  leurs  soins  pour  l'embellir 
de  la  sorte. 

Gomme  il  7  a  cinq  allées  qui  se  tenninent  toutes  dans  ce  ca- 
binet ,  et  qui  forment  une  étoile ,  l'on  tronroit  ces  allées  ornées 
de  chaque  côté  de  vîngt'-six  arcades  de  cyprès.  Sona  chaqne 
areade  ,  et  sur  des  sièges  de  gaaon  ,  il  y  ayoit  de  grands  rases 
fttuj^is  de  divers  arbret  chargés  de  leurs  fruits.  Dans  la  prtmièn 
de  ces  allées  il  n-y  avoit  que  des  oranger»  de  Portugal.  La  s^ 


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FÊTE  DE  VERSAILLES.  543 

oonde  étoît  toute  da  bigarreautiers  et  de  cerisiers  mâles  ensemble. 
La  troisième  étoit  bordée  d'abricotiers  et  de  pêchers  ;  la  qua» 
triéme ,  de  groseilliers  de  Hollande  ;  et  dans  la  cinquième  Ion 
ne  vojoit  que  des  poiriers  de  différentes  espèces.  Tous  ces  arbres 
fai soient  un  agréable  objet  à  la  vue ,  à  cause  de  leurs  fruits ,  qui 
paroissoient  encore  davantage  contre  Tépaisseur  du  bois. 

Au  bout  de  ces  cinq  allées ,  il  j  a  cinq  grandes  niches  de  ver- 
dure, que  l'on  voit  toutes  en  fece  du  milieu  du  cabinet.  Ces 
niches  étoient  cintrées  ;  et  sur  les  pilastres  des  côtés  s 'éle voient 
deux  rouleaux  qui  s'alloient  joindre  k  un  carré  qui  étoit  au  mi- 
lieu. Dans  ce  carré  Ion  vojoit  les  chiffi^s  dti  roi ,  composés  de 
différentes  fleurs  ;  et  des  deux  côtés  pendoient  des  festons  qui 
t'attachoient  à  l'extrémitéi  des  rouleaux..  A  côté  de  la  niche  il  y 
avoit  deux  arcades ,  aussi  de  verdure ,  avec  leurs  pilastres  d'un 
côté  et.d'autre  ;.et  tous  ces  pilastres  étoient  terminés  par  des  vases 
a-emplis  de  fleurs. 

Dans  l'une  de  ces  niches  étoit  la  figure  du  dieu  Pan  ,  qui  , 
ajant  sur  le  visage  toutes  les  marques  de  la  joie ,  sembloit  prendre 
part  k  celle  de  toute  rassemblée.  Le  sculpteur  ravt>it  disposé  dans 
une  action  qui  faisoit  connoitre  qu'il  étoit  mis  là  comme  la  divi- 
nité qui  présidoit  dans  ce  lieu. 

Dans  les  quatre  autres  niches  il  j.avoit  quatre  satjres,  deux 
hommes  et, deux  femmes,  qui  tous  sembloient  danser,  et  témoi- 
gner le  plaisir  qu'ils  ressentoient  de  se  voir  visités  par  un  si  grand 
monarque  suivi  d'une  si  belle  cour.  Toutes  ces  figures  étoient 
dorées ,  et  faisoient  un  effet  admirable  contre  le  vert  de  ces  palis- 
sades. 

Après  que  leurs  majestés  eurent  été  quelque  temps  dans  cet 
endroit  si  charmant ,  et  que  les  dames  eurent  fait  collation ,  le  roi 
abandonna  les  tables  an  pillage  des  gens  qui  sui voient;  et  la  de»^ 
traction  d'un  arrangement  si  beau  servit  encore  d'un  divertisse- 
ment agréable  k  XquXû  la  cour,  par  l'empressement  et  la  confusion 


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54-i  FÊTE  DE  VERSAILLES. 

de  ceux  qui  démolissoient  ces  chAteanx  de  massepaiiM ,  et  cet 
montagnes  de  confitures. 

Au  sortir  de  ce  lien ,  le  roi  rentrant  dans  une  calèche ,  la  reine 
dans  sa  chaise ,  et  tout  le  reste  de  la  cour  dans  leurs  carrosses , 
poursuivirent  leur  promenade  pour  se  rendre  à  la  comédie ,  et 
passant  dans  une  grande  allée  de  quatre  rangs  de  tilleuls,  firent 
le  tour  du  bassin  de  la  fontaine  des  cognes ,  qui  termine  Tallée 
rojale  vis-à-vis  du  ch&teau.  Ce  bassin  est  un  carré  long  finissant 
par  deux  demi -ronds.  Sa  longueur  est  de  soixante  toises  ,  sur 
quarante  de  large.  Dans  son  milieu  il  7  a  une  infinité  de  jetn 
d'eau ,  qui ,  réunis  ensemble ,  font  une  gerbe  d'une  hauteur  et 
d'une  grosseur  extraordinaires. 

A  c^té  de  la  grande  allée  rojale ,  il  j  en  a  deux  autres  qui  en 
sont  éloignées  d'environ  deux  cents  pas  ;  celle  qui  est  à  droite  en 
montant  yers  le  château  s'appelle  Tallée  du  roi ,  et  celle  qui  est  à 
gauche ,  l'allée  des  prés.  Ces  trois  allées  sont  traversées  par  une 
autre  qui  se  termine  à  deux  grilles  qui  font  la  clôture  du  petit 
parc.  Les  deux  allées  des  côtés  et  celle  qui  les  traverse  ont  cinq 
toises  de  large  ;  mais  à  l'endroit  où  elles  se  rencontrent ,  elles 
forment  un  grand  espace  qui  a  plus  de  treize  toises  en  carré. 
C'est  dans  cet  endroit  de  l'allée  du  roi  que  le  sieur  Yigarani  avoit 
disposé  le  lieu  de  la  comédie.  Le  théâtre,  qui  avançoit  un  peu 
dans  le  carré  de  la  place ,  s'enfonçoit  de  dix  toises  dans  l'allée 
qui  monte  vers  le  château ,  et  laissoit  pour  la  salle  un  espace  de 
treize  toises  de  face  sur  neuf  de  large. 

L'exhaussement  de  ce  salon  etoit  de  trente  pieds  jusqu'à  la 
corniche ,  d'où  les  côtés  du  plafond  s'élevoient  encore  de  huit 
pieds  jusqu'au  dernier  enfoncement.  Il  étoit  couvert  de  feuillée 
par-dehors  ;  et  par-dedans ,  paré  de  riches  tapisseries  que  le  sieur 
du  Metz ,  intendant  des  meubles  de  la  couronné ,  ayoit  pris  soin 
de  fuire  disposer  de  la  manière  la  plus  belle  et  la  plus  convenable 
pour  la  décoration  de  ce  lieu.  Du  haut  du  plafond  pendoieat 
iteute-deax  chandeliers  de  cristal^  portant  chacun  dix  bougies 


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FÊTE  DE  VERSAILLES.  545 

âe  cire  blanche.  Xatoar  de  la  f  aile  étoîent  plusieurs  si^es  dispo* 
ses  en  amphithéâtre ,  remplis  de  plus  de  douze  centa  personnes  ; 
et  dans  le  parterre  il  y  ayoit  encore  sur  des  bancs  une  plus 
grande  cpianiité  de  monde.  Cette  salle  étëit  percée  par  deux 
grandes  ax^aâes\  'dont  Tiiiie  étoît  vii-A-vîs  du  théâtre ,  et  l'autre , 
du  cAté  qiii  yarers  la  grande  allée.  L'btiyferturé  dii  théâtre  etoit 
de  trente-six  pieds ,  et  de  chaque  c6té  il  y  avait  disux  grandes  coh 
lonnei  tbrSes  dé  bronze  et  de  lapis ,  enyironiiées  de  branches  et 
de  feuilles  de  vigne  d'or;  elles  étoîent  posées  sur  des  piédestaux  ' 
de  marbre  ,  et  portaient  une  grande  corniche ,  aussi  de  marbre , 
dans  le  milieu  de  laquelle  on  vojoit  les  armes  du  roi  sur  un 
cartouche  doré  ,  accompagnées  de  trophées  ;  l'architecture  étoit 
d'ordre  ionique.  Entre  chaque  colonne  il  j  avoit  une  figure  ;  celle 
qui  étoit  à  droite  représentoit  la  Paix,  et  celle  qui  étoit  à  gauche 
ûguroit  la  Victoire ,  pour  montrer  que  sa  majesté  est  toujours  en 
état  de  faire  que  ëe^  peuples  jouissent  d'une  paix  heureuse  et 
pleine  d'abondance ,  en  rétablissant  le  repos  dans  l'Europe ,  ou 
d*nné  victoire^orieuf e  et  remplie  de  joie ,  quand  elle  est  obligée 
de  prendre  léB- armes  pour  soutenir  ses  droits: 

Lorsque  leurs  majestés  furent  arrivées  daiis  ce  lieu,  dont  la 
grandeut  et  la  magnificence  surprirent  toute  la  cour ,  et  quand 
elles  durent  pris  leurs  places  sôus  le  haut  dais  qui  étoit  afu 
nlilieu  du  parterre ,  on  leva  la  toile  qui  cachoit  la  décoration  du 
théâtre;  et  alors  les  ^ux  se  trouvant  tout- à- fait  détronipés, 
l'on  erut  Voir  effectivement  un  jatdin  d'une  beautér  extraordi- 
iiairèj 

A  l'entrée  de  ce  jardin ,  l'on  découvroit  deux  palissades  si  in- 
génieusement moulées,  qu'elles  formoient  un  ordre  d'architec- 
ture dont  la  corniche  étoit  soutenue  par  quatre  termes  qui 
r«présentoient  des  satjres.  La  partie  d'en -bas  da  ces  termes,  et 
ce  qu'on  appelle  gaine,  étoient  de  jaspe ^  et  lé  reste  de  bronze 
doréi.Ges  satjres  portoiént  sur  leurs  têtes  des  cprbeilles  pleines 
de  fleurs;  et  sur  les  piédestaux  de  marbre  qui  soutenoient  ces 

MOLIÈHE.  5.  35 


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546  FÊTE  DE  VERSAILLES. 

mêmes  tennef  il  j  ayoït  de  grands  yases  dorés,  aussi  remplis  de 
fleurs. 

Un  peu  plus  loi>^  paroissoie^t  deux  terrasses  reyétues  de 
marbre  blanc ,  qui  enyironnoient  un  long  canal.  Au  bord  de  ces 
terrasses  il  j  ayoit  des  masques  dorés  qui  yomi^sojent  de  Vem 
dans  le  canal;  et  au-des8\is  dte  ces  n^sques  on  yo^oit  ^e»  yases 
de  bronze  doré  d'où  sortoient  aussi  de  yéritables  j^ets  d'eau. 

On  montoit  sur  ces  temasses  par  trois  degrés  ;  et«6ur  la  même 
ligne  où  étoient  rangés  les  termes ,  il  y  ayoit  d'un  cdté  et  d'autre 
une  allée  de  grands  arbres ,  entre  lesquels  paroissoient  des  cabi- 
nets d'une  architecture  rustique.  Chaque  cabinet  couyroit  un 
grand  bassin  de  marbre ,  soutenu  surun  piédestal  de  même  ma- 
tière ,  et  de  ces  bassins  sortoient  autant  de  jets  d'eau. 

Le  bout  du  canal  le  j^us  proche  étoit  bordé  de  donxe  jets 
d'eau  qui  formoieni  autant  de  chandeliers  ;  et  à  l'antre  extré- 
mité on  yojoit  un  superbe  édifice  en  formé  de  dème*  Il  étoit 
percé  de  trois  grands  portiques ,  au  trayers  desquels  on  décou- 
yroit  une  grande  étendue  de  pajs.. 

D'abord  on  yit  sur  le  théâtre  une  collation  magnifique  d'o- 
ranges de  Portugal ,  et  de  toutes  sortes  de  fruits  chargés  à  Ibnd 
et  en  pjramides  dans  trente -six  corbeilles,  qui  furent  seryies  à 
.  toute  la  cour  par  le  miuréchal  de  Bellefonds ,  et  par  plusieucs  sei- 
gneurs, pendant  que  le  sieur  de  Launaj,  intendant  des  menus- 
plaisirs  et  affaires  de  la  chambre ,  donnoit  de  tous  côtés  des  im- 
primés qui  contenoient  le  sujet  de  la  comédie  et  du  ballet. 

Bien  que  la  pièce  qu'on  représenta  doiye  être  considâTe 
comme  un  impromptu ,  et  uU  de  ces  ouyrages  où  la  nécessité  de 
satisfiure  sur4e-ohamp  aux  yolontés  du  roi  ne  donne  pas  tou- 
jours le  loisir  d'j  apporter  la  dernière  main  et  d'ein  former  les 
derniers  traits,  néanmoins  il  est  certain  qu'elle  est  composée  de 
parties  si  diyersi^ées  et  si  a^préables ,  qu'op  peut  dire  qu'il  a'eo  • 


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FÊTE  DE  VERSAILLES.  547 

guère' para  sur  le  théâtre  de  plus  capable  ide  satisfaire  tout  en- 
semble Toreille  et  les  jeux  des  spectateurs.  La  prose  dont  on  s*est 
%ern  est  un  langage  très  «-propre  p6iàr  raolsion  qa*on  ceprésadtCi 
et  les  yers  qui  se  chantent  entre  les  actes  de  la  comédie  conyien- 
sent  si  bien  au  sujet,  et  expriment  si  tendrement  les  passioni 
dont  ceux  cpj  Içs  téoî(tçn|t  ^oiveut  être  émuf ,  qjfi*il  pi  j  a  japais 
rien  eu  de  plus  touchant.  Quoiqu'il  semblée  que  ce  soient  deux 
comédies  que  Ion  joile  en  même  temps ,  dont  Tune  soit  fsn  prose 
et  Tautre  en  yers ,  elles  sont  pourtant  si  bien  unies  à  un  même 
sujet ,  qu'elles  ne  font  qu'une  même  pièce ,'  et  ne  représenteitt 
qu'une  seule  action. 


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PERSONNAGES 

DES  INTERMËDBS  DE  LÀ  GOMËDIE  DE  GEORGE  D'ANDIll 

GEORGE  DANDIN. 

BERGERS  dansants,  dëguisës  en  valets  de  ftte^ 

BERGERS  jouant  de  la  flûte* 

GLIMfiNE /bergère  chantante. 

GHLORIS,  bergère  chantante. 

TIRGISy  berger  chantant,  amant  de  Gliniène« 

PHILËNE,  berger  chantant,  amant  de  Ghioris. 

UNE  BERGERE. 

BATELIERS  dansants. 

UN  PAYSAN,  ami  de  George  Dandîn. 

GHOËURS  DE  BERGERS  chantants. 

BERGERS  ET  BERGERES  dansants* 

UN  SATYRE  chantant. 

UN  SUIVANT  DE  BAGGHUS,  chantant. 

CHOEUR  DE  SUIVANTS  DE  BAGGHUS,  chanUnts. 

CHOEUR  DE  SUIVANTS  DE  L'AMOUR,  chantants. 

UN  BERGER  chantant. 

SUIVANTS  DE  BAGGHUS  Et  BACCHANTES,  dansants. 

SUIVANTS  DE  L'AMOUR,  dansants. 


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INTERMÈDES. 

PREMIER  INTERMÈDE. 


^*^<»  i^»i^i^»^S^>#««^S^«.^«^>^^^.^^t^.^»^^H^>^^i  ^^O^^M^^l^li^  ^^■■^■^■^^'«^«^«^s^^.^^^^  »^ 


SCÈNE  I. 

GEORGE  BANDIN,  BERGERS  Diamsà  eh  valets  db  fête, 
BERGERS  JouART  de  la  fl^te. 

PBEBIliBB    ElTTEis. 

Quatre  bergen  'déguisa  en  yalets'de  fête,  accompagnes  de  quatre  ber* 
gen  jouant  de  la  flûte,  cntient  en  dansant,  et  obligent  George  Dandin  dt 
danser  ayec  eux. 

George  Dandin,  mal  satis&it  de  son  mariage,  et  n'ayant  l'esprit  rempli 
qae  de  fikhenses  pensées,  quitte  bientôt  les  bergers,  avec  lesquels  il  n'a 
demeuré  que  par  contrainte. 

SCÈNE   IL 

GLÏMËIfE,  CHLORI.' 
CLiMiai. 

L'avtbb  ionr,  d'Asetie 

J'entendis  la  Toix, 

Qui  sur  sa  musette 

Chantoit  dans  nos  bob  : 
Amour ,  que  sous  ton  empire 
On  souflre  de  maux  cuisants  ! 

Je  le  puis  bien  dire, 

Puisque  Je  le  sens. 

CHLOBIS. 

La  jeune  Lisette, 
Aui 


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55o  FÊTE  DE  VERSAILLES. 

Sur  le  tOD  d'Anetite 

Reprit  tendraDMiit  : 
Amour,  si  80us  ton  empire 
Je  soufibe  de«  nuniz  ciiisintt, 

G'ett  de  n'oser  dire 

Tout  ce  gne  je  sens* 

SCÈNE  III. 

TIUCIS,  PHIt^ÈNE,  GLIU^NB,  COLORIS. 

GBLOBXS. 

LAiiSB-vovi  ea  fqKMi  PhîlèDe. 

CI.IMÈRB. 

Tîrds,  ne  riens  point  m'airèter. 

TIBCia   XT  taiLlSB  EVSBMBLS. 

Ah!  belle  inhumain», 
Dei^e  un  moment  m'écouter. 

GtlKilTB  BT  GBLOBia   BB8BMB1.B. 

Mail  que  me  yenz-ta  conter? 

TIBGXi   ET   VBItàBB  BBiBMBLf. 

Que  d'une  flamme  immortelle 
HoDOCBut  brûle  iQua  tes  lois. 

CLXMftVB  XT  CXLOBia  EBSBMBLX. 

Ce  n^est  pas  un«  nor  telle, 
Ttf  me  Tas  dit  mille  to\i, 

pBiLiBB,  à  CUori». 
Quoi  I  Tenz-tn ,  toutei  ma  vie , 
Que  )*aime  et  n'obtienne  rien  ? 

CHLOBIS. 

Non ,  ce  n'est  pas  mon  enrit; 
iTaime  plus,  je  le  veux  bien; 

TIBCI8,  à  Climênê. 
Le  ciel  me  force  à  iTiommaga 
Dam  tons  ces  bois  sont  témoÎDB. 


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FÊTE  DE  VERSAILLES.  55i 

G*e8t  an  ciel,  puisqu'il  t'engage, 
A  te  payer  de  ties  toâns. 

PBiLftir&,  à  ChioH»; 
C'est  par  ton  mérite  extrême 
Que  tu  captrres  Mes  voboz. 

CBtaBXS. 

Si  je  mérite  qu'on  m'aSme , 
Je  ne  dois  rien  à  tea  fisbx. 

TIRCC8   ET   PâïtiHB  ZVBlttàVlM» 

L'éclat  de  tes  yeux  me  tito. 

CLluint  HT  OdLOBri  sut ÈMttSé 

Détourne  dé  fiioî  tiespê. 

TIBOIS    ET   PHILÈHB   EVSBMÏLB; 

Je  mê  plais  dans  cette  Vue. 

ChititVB   ET   CHLOBIS    ESTSIMBLE.! 

Berger,  ne  t'en  plains  donc  pat. 

PHILÈHE. 

jLhil>eilleClimèner 

TIBCX8. 

ALI  belle  Chiens! 

PHiLàBB,  à  Climèiie, 
Rends-la  pour  moi  plus  humaine. 
TiBCis,  'à  Chloris, 
Domte  pour  moi  ses  m^ris. 

CLIMÈBE,  à  Chloris. 
Sois  sensible  à  l'amour  que  te  porte  Philène 
CB10BI9,  à  Climène, 
Sois  senable  à  l'ardeur  dont  Tircis  est  épris. 

CLiMÉBE,  à  ChlorU» 
Si  tu  veux  me  donner  ton  exen^le ,  bergère , 
Peut-étK  je  le  recevrai 

CHI.OBI8,  à  Climène, 
Si  tu  veux  te  résoudre  à  marcher  1a  première, 
Posûble  que  je  te  suivrai. 


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55a  FÊTE  DE  VERSAILLES. 

CLlMtm   tT.  CBLOBXS    EVgEMlLE. 

AdicBi  borner* 

CLXMÈRB,  A  PhUèna^ 
Anenda  an  ÛYoraUe  sort. 
CBLOAIS,  à  Tirof. 
Attends  nn  doux  tuccèt  du  mal  qui  te  poieède. 

Je  n'attends  aacnn  remèd^^ 

Et  je  n'attends  qne  la  mort. 

TXBCIS   BT   VBILtBE   EBSBKl^LB. 

Fuîsqu'Q  nous  &nC  languir  en  de  tels  d^laisirs. 
Mettons  £ny  en  nxmnint,  à  nos  tristea  soojpin. 


flN   irU  PEEMlÊâ  urTEEMàDC 


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FÊTE  DE  VERSAILLES.  553 

A<]TE  PREMIER. 
SECOND   INTERMÈDE. 


SCÈNE  I. 

GEORGE  DANDIN,  UNE  BERGÈRE. 
La  bergère  vient  apprendre  à  George  Dandia  le  désespoir  da  Tireis  et 
de  Philène ,  qni  se  sont  précipités  dans  les  eaux.  George  Dandin ,  agîttf 
d'autief  inquiétudes,  la  quitte  en  colère. 

SCÈNE  IL 

CHLORIS. 

Ah  !  mortelles  douleurs  ! 

Qu'ai-je  plus  â  prétendre? 

Goulex ,  coulez  )  mes  pleurs  : 

Je  n*en  puis  trop  r^and^e. 
Pourquoi  faut-il  qu*uii  tyrannique  honneur 
Tienne  notre  âme  en  esclaye  asservie? 
Hélas  !  pour  contenter  sa  barl>are  rigueur, 
J'ai  réduit  mon  amant  h.  sortir  de  la  via  I 

Ali  !  mortelles  douleurs  ! 

Qu*ai-je  plus  h  prétendre? 

Coules,  coulex,  mes  pleurs  : 

Je  n'en  puis  trop  répandre. 
Me  puis-je  pardonner  dans  ce  funeste  sort 
Les  sévères  froideurs  doat  je  m'étois  armée? 
Quoi  donc  I  mon  cher  amant ,  je  t'ai  donné  la  mort  ! 
Est-ce  le  prix,  hélas  !  de  m'avoir  tant  aimée? 

Ah  !  mortelles  douleurs  ! 

Qu'ai-je  plus  h.  prétendre? 

Coulez ,  coulez ,  mes  pleurs  : 

Je  n'en  puis  trop  répandre. 
FIN   DU   SECOND   INTfiaMÈOI. 


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554  V^TE  DE  VERSAILLES. 

ACTE  SECOND. 
TROISIÈME  INTERMÈDE. 


SCÈNE  I. 

GEORGE  DAUDIN,  UNE  BEROÈRB,  BATELIERS. 

La  bergère  qui  ayoh  amiolioé  à  George  l)aiidm  le  malbear  de  Tîrcb  et 
de  Philène  lui  Tient  dire  que  ces  bergen  ne  sont  point  morts  y  et  lui 
montre  les  bateliers  qui  les  ont  atarës.  George  Dandin  n*ëcoute  pas  pins 
tranquillement  ce  second  récit  de  la  beigire  qu'il  n'aToit  £dt  le  premier, 
et  se  retire; 

SCÈNE   IL 

ENTRÉE  DE  BALLET. 

Les  bateliers  qui  ont  sauré  Hrcîs  et  Silène  ^  rayis  de  la  récompense 
qu'ils  ont  reçue,  eipriment  leur  joie  en  dansant,  et  font  une  manière  de 
jeu  ayec  leurs  crocs. 


FIN   DU  TEOrSIÈMB   INTEEMÈDE. 


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FÊTE  DE  VERSAILLES.  555 

ACTE  TROISIÈME. 
QUATRIÈME   INTERMÈDE. 


SCÈNE  I. 

j&EOHGË  DANDIN,  UN  TAYSAN. 

Ce  pajrgan ,  amî  de  George  Dan^A ,  kâ  draMfie'  de  noyer  dans  le 
▼in  tontes  ses  in^quiëtudes,  et  rçttiin^e  pour  jdhidre  $d  irbrxpe,  Tojant 
venir  tonte  la  foule  des  bergers  amonreitz,  qoi  cotBrinndeflt  à  célébrer  par 
des  cbants  et  des  danses  le  ponvoir  de  VAmùfxr, 

SOÈNE   II. 

le  théâtre  change ,  et  représente  de  grandes  roches  encrepâées  d*arhiief 
où  l'on  voit  plusienrs  berger;  qm  jouent  des  instruments. 

GHLORIS,  GLIMÊNE,  TIRGIS,  PHILÈNE,  GHOEUR  DE 
BERGERS  CBAVTAirrs,  BERGERS  et  BERGÈRES  DAmAars. 

CHLonis. 
Ici  Tombrv  dst  onneatÉz 
Donne  un  tel:it  frais  anx  herbettei, 
Et  les  bords  à»  ces  nasseaia 
Brillent  de  mille  icmiettes 
Qui  se  mirent  dans  les  eanx. 
Prenez  )  bergers,  vos  masettesy 
Ajustes  vos  chalumeaux, 
Et  mêlons  nos  chansonneties 
Aux  chan}8  des  petits  oiseaux. 
Le  xéphyr  entre  cet  eamx 


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556  FÊTE  DE  VERSAILLES. 

Faîl  xaSUiit  oonrses  secrètes  ; 
Et  les  rotsignolf  nouveaux 
De  leurs  douces  amooretM^ 
Parlent  aux  tendres  rameaux. 
Prenex,  Iwrgers ,  tm  muaettes , 
Ajustei  TQS  cLalumeauXy 
Et  mêlons  nos  chansonnettes 
Aux  chants  des  petits  oiseaux^ 

PREMIÈRE  ENTRÉfl  DE  BALLET. 

Bergers  et  hergires  damanU, 

*  cimiREt  • 
Ah  I  qn*il  est  doux,  htXkt  SjlWe, 
Ah  !  quH  est  doux  de  s'enflammer  ! 
n  fimt  letrancher  de  la  TÎe 
Ce  qu*on  en  passe  sana  aîmer. 

COLOBIS. 

Ah!  les  beaux  jours  qu'Amour  nous  donne. 

Lorsque  sa  flamme  unit  les  coeurs} 

Estrll  ni  globt  ni  counonne 

Qui  Taille  ses  moindres  douoeuri  ?  «^  * 

TIBCXfl. 

Qu'ayeç  peu  de  r^isqn  on  se  plaint  d*un  martyre 
Que  suiyent  de  si  doux  plaisirs  (  ; 
VBiLivx. 

Un  moment  de  bonheur  dans  l'amoureux  empire 
Repaie  dix  ans  de  soupirs. 

vous   XflSBMBLK. 

diantons  ioua  de  TAmour  le  ponroir  adorablt  ; 
Chantons  tous  dans  ce»  lieux 
Scis  attraits  glorieux  : 
Il  est  le  plus  aûnab^ 
Et  le  plus  grand  des  dieux. 


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FÊTE  DE  VERSAILLES.  667 

SCÈNE   III. 

Un  grand  rocker  couvert  d*arbreb,  sur  lequel  est  assise  toiiifo  U  troupe 
de  Baochus ,  s^avance  sur  le  bord  dn  théâtre. 

UN  SATYRE  t  VJ$  SUIVANT  DE  BACCHUS  j  CBOPUR  DE  SA- 
TYRES CHA1STA1ÏT8  ;  SUIVANTS  DE  BAGCHÛS  et  BACCHANTES 
DAusABTs;  CHLORIS,  CUMÉNE^  TIRCIS,  PHILÈNE ,  CHOEURS 
DE  BERGERS  cvautauts;  ËËBOERS.et  BERGÈRES  DASRAifTtf 

LE  SATTàE. 

Arbêtez,  c'est  trop  entreprendre  ; 
Un  antre  dieu ,  dont  nous  suivons  les  lois  y 
8*oppose  à  cet  honneur  qu'à  TAmonr  osent  rendre 
Vos  musettes  et  vos  toix: 
A  des  titres  si  beaux  Bacchtis  seul  peut  prétendre  » 
Et  nous  sommes  ici  pour  d^sndre  ses  droits. 

CHOEUR    DE    SATTBES. 

Abus  suivons  de  Baccbus  le  pouvoir  adorable  $ 
Nous  Suivons  en  tous  lieux 
Ses  attraiu  glorieux  : 
Il  est  le  plus  aimable 
Et  le  plus  grand  des  dieux* 

DEÙS^IËMË  ENTRÉE  DE  bALLET. 

Suh^anù  de  Bacchui  et  haàchantes  dansants, 

CHioftis. 
C'est  le  printemps  qui  rend  l'âme 
A  nos  champs  semés  de  fleurs^ 
M  au  c'est  l'aniour  et  sa  flamme 
<^ui  font  revivre  nos  oceurs. 

VV   StriTAlfT   DE   BACC»U^ 

Le  soleil  chasse  les  ombres 
Dont  le  ciel  est  obscurci  ; 


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358  FÊTE  OE  VERSAII.I/E& 

Et  été  âmes  les  (dos  sombres 
Btochns  chasse  le  soncL 

GHOBUB  DES  8UITAVTS  DB  BAGCBUl, 

fiaccliM.«t  léyécé  awr  la  tene  et  sar  l'oode. 

GHOBUB   DES  JUryARTB  DS  x'AJCOITB. 

Et  rAmonr  est  un  dieu  qa*on  adore  en  tons  lieux. 

GHOBUB    DES   SUITÂBTS   DE   BACCHUff, 

Bacchns  à  son  pouToir  a  soumis  tout  le  blonde. 

CHOEUR   DEf   BUIYABTS   DE   L'AMOUB.  ! 

Et  rAmour  a  domté  les  hommes  et  les  dieux. 

CHOEUR   DES   SUITAHTS    DE    BACCHU8. 

Rien  peut-il  égaler  su  douceur  sans  s^nde  ? . 

GHOBUBS   DES   fUlfrAl^TS   DE  L*A|^i9i;J9. 

Rien  peut-il  ^lc;r  pei  chai^nes  pr^depx?! 

GHOBUB   DBS  tVtJ^:ff$   P»  9ACGUP^ 

Fi  de  VwnOMT  fH âflmUmil 

GHOBUB   D»â   SJDITAJIXB  DB  ^'âUOXIM. 

Ah!  quel  plaisir  d'aimer! 

CHOBUjI   DSS   BUXYAjrxS   DH  BACOHVS.  * 

Ah!  fuel  plaisir  de Ixûce! 

GHOBUB   DES   SUITABTS   DE   L*AllOVR, 

A  qui  vit  sans  amour  la  yie  est  sans  appas; 

GHOBUR    DES   SUITANTS   DE   BACCHÛS.' 

C'est  mourir  que  '610  vivre  et  de  ne  boire  pas. 

GHOBUB    DES    SUIVAVTS    DE  l'AIIOUH. 

Aimables  fers  ! 

GHOBUB    DES    SUIVANTS  DB   BACGHUS. 

Douce  victoire! 

GHOBUB    DES    SUjyAKTS    DE   C^MO^rR. 

Ah  !  quel  plaisir  d'aimer  1 

GHOBUB    DES  flUiyABT>S   DE   ^ACCHUA; 

Ah  !  ^luel  |ibù^  de  hémt 

TOUS   EVSBNBCA 

Non  y  non ,  c'est  vm  0iJimi 
Le  plus  grand  dieu  de  tout» 


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FÊTF  DE  VERSAILLES.  559 

C'est  TAmour. 

CBOBVB    DES   lUIVANTS    DE   BAGCHUB. 

C'eit  Baochot, 

SCÈNE   IV. 

UN  BERGER,  et  lei  vême»  AorEo&&, 

LE  BERGEB. 

C'est  trop,  c'est  trop,  bergers.  Hé!  poarqam  ces  débats? 
Souflrons  qu'en  un  parti  la  raison  nous  assemble.  , 
L'Amour  a  des  douceuijs^  BaochuB  a  des  appas;; 
Ce  sont  deux  dattfs  qui  sont  fort  bien  ensemble  ; 
Ne  les  séparons  pas. 

lES  DEUX    CH(BUBS. 

Mâlons  donc  lenrs  douceurs  aûnaUes. 
Mêlons  ijios  voix  dUM^  ces  lieux  agréaUes^ 
Et  Êdsons  répéter  aux  échos  d'alentour 
Qu'il  n'est  rien  de  plus  dloux  que  Bacchns  et  FAmour* 

TROISIÈME  E^NT^ljÊE  DE  BA^^L^T. 

Les  bergers  ef  bergères  se  mêlent  avec  les  sntyants  de  Baocbus  et  les 
Imediantes.  Les  suivants  de  Baccbus  frappent  ayec  leurs  ^yrses  les  es- 
pèces de  tambours  de  Basque  que  portent  les  bacchantes  pour  repiésenter 
ces  cribles  qu'elles  portoient  anciennement  anx  fttes  de  Baoohns;  les  uns 
et  les  autres  font  différentes  postures,  pendanl;  que  lesbergort  et  les  ber- 
gères dansent  plus  aériensemept. 


FIN   DES  INTE&MtDIES   DB  CFOftOK   DAillJ>Iir« 


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66o  FÊTE  DE  VERSAILLES. 

Nonu  dei^  personnes  qui  bnï  Représentée  chanté  et  dansé' dans  tes 
intermèdes  de  la  coaiédie  de  Geor^  pandin, 

George  Dandin^  le  sieur  Molière,  Bergers  dansants,  déguisés  en 
Talets  de  Tféte  ,  les  sieurs  Beauchamp ,  Saint-André ,  La  Pierre , 
Favier,  Bergers  jouant  de  la  flûte,  les  sieurs  DescSteaux,  Phitbert, 
Jean  et  Martin  Hotteterre,  Glimène ,  mademoiselle  Hilaire.  Chloris , 
mademoiselle  des  Fronteaux,  Tircis ,  le  sieur  BlondeL  Philène ,  le 
sieur  Gaye,  Une  bergère ,  mademoiselle, . .  .  Bateliers  dansants ,  les 
sieurs  Beauchamp,  Jouan,  ChicanneaUy  Favier,  Noblet,  May  eux. 
Un  pajsan ,  ami ide George  Dandin,  /e  sieur, . , .  Bergers  dansants , 
les  sieurs  Chicanneaa,  Saint-André,  La  Pierre ,  Favier,  Bergères 
dansantes,  les  siedrs  Bonard,  Arnald,  NoBlet,  Foignard*  Satjre 
chantant  y  le  sieur  Estival,  Suîrant  de  Bacchus  chantant,  te  sieur 
Glmgan,.  Suivants  de  Bacchus  dansants,  les  sieurs  Beauchamf, 
Dolivet,  Chicanneau,  Mayeux,'  Bacchantes  dansantes,  tes  sieurs 
Paysan,  Manceau ,  Le  Roy ,  Pesan.  Un  berger ,  le  sieuf  Le  Gros, 

Cet  agréable  spectacle  étant  fini  de  la  sorte ,  le  roi  et  toute  la 
cour  sortirent  par  le  portique  du  côté  gauche  du  salon ,  et  qui 
rend  dans  lallée  de  traverse ,  au  bout  de  laquelle ,  à  l'endroit  ou 
elle  coupe  l'allée  des  prés ,  Ton  aperçut  de  loin  un  édifice  élevé 
de  cinquante  pieds  de  haut.  Sa  figure  étoit  t>ctogone ,  et  sur  le 
haut  de  la  couverture  s'élevoit  une, espèce  de  dôme,  d'une  gran- 
deur et  d'une  hauteur  si  belle  et  si  proportionnée-,  que  le  tout 
ensemble  ressembloit  beaucoup  à  ces  beaux  temples  antiques, 
dont  l'on  voit  encore  quelques  restes.  Il  étoit  tout  couvert  de 
feuillages ,  et  rempli  d'une  inanité  de  lumières.  A  mesure  qu'on 
s'en  approchoit,  on  j  découvroit  mille  différentes  beautés.  Il 
étoit  isolé ,  et  Ion  vo  joitdans  les  huit  angles  autant  de  pilastres 
qui  seiircliént  comme  de  pieds  fores  tni  d'arcs-boutants  élevés  de 
quinze  pieds  de  haut.  Au-dessus  dé  ces  pilastres  il  j  avoit  de 
grands  vases  ornés  de  différentes  façons  et  remplis  de  lumières. 
Du  haut  de  ces  vases  sortoit  une  fontaine  qui  ^  retombant  à  l'en- 
tour ,  les  «nvironnoit  comme   d'une  cloche  de  cristal  :  ce  qui 


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FÊTE  DE  VERSAILLES  56i 

lûsoit  un  effet  d'autant  plus  admirable ,  qu'on  yojroit  un  feu 
éclairer  agréablement  au  milieu  de  l'eau. 

Cet  édifice  étoit  pet>cé  de  huit  portes.  Au-devant  de  celle  par 
ou  l'on  entroit ,  et  sur  deux  piédestaux  de  verdure ,  étoient  deux 
grandes  figures  dorées  qui  représentoient  delix  faunes  jouant 
chacun  d'un  instrument.  Au-dessus  de  ces  portes  on  yojoit 
comme  une  espèce  de  irise  ornée  de  huit  grands  bas-reliefs  repré- 
sentant ,  par  des  figures  assises ,  les  quatre  saisons  de  l'année  et 
les  quatre  parties  du  jour.  A  côté  des  premières  il  j  avoit  des 
doubles  L,  et  à  côté  des  autres,  des  fleurs  de  lis.  Elles  étoient 
toutes  enchâssées  parmi  le  feuillage ,  et  faites  avec  un  artifice  de 
lumière  si  beau  et  si  surprenant,  qu'il  semliloit  que  toutes  ces 
figures ,  ces  L  et  ces  fleurs  de  lis  fassent  d'un  métal  lumineux  et 
transparent. 

Le  tour  du  petit  dôme  étoit  aussi  orné  de  huit  bas-relieft 
éclairés  de  la  même  sorte  ;  mais  au  lieu  de  figures ,  c'étoient  des 
trophées  disposés  en  différentes  manières.  Sur  les  angles  du  prin- 
cipal édifice  et  du  petit  dôme  ,  il  j  ayoit  de  grosses  boules  de 
▼erdnre  qui  en  terminoient  les  extrémités. 

Si  l'on  fiit  surpris  en  voyant  par-^lehors  la  beauté  de  ce  lieu , 
on  le  fiit  encore  davantage  en  voyant  le  dedans.  11  étoit  presque 
impossible  de  ne  se  pas  persuader  que  ce  ne' fût  un  enchantement, 
tant  il  j  paroissoit  de  choses  qui  sembloient  ne  se  pouvoir  faire 
que  par  magie.  Sa  grandeur  étoit  de  huit  toises  de  diamètre.  Au 
milieu  il  y  avoit  un  grand  rocher,  et  autour  du  rocher  une  table 
de  figure  octogone  chargée  de  soixante -«quatre  couverts.  Ce 
rocher  étoit  percé  en  quatre  endroits.  Il  sembloit  que  la  nature 
eût  fait  choix  de  tout  ce  qu'elle  a  de  plus  beau  et  de  plus  riche 
pour  la  composition  de  cet  ouvrage ,  et  qu'elle  eût  elle-même  |fris 
plaisir  d'en  faire  son  chef-d*œuvre ,  tant  les  ouvriers  avoîent 
bien  su  cacher  l'artifice  dont  ils  s'étoient  servis  pour  l'imiter. 

Sur  la  cime  du  rocher  étoit  le  cheval  Pégase  ;  il  sembloit,  en 
MoLiknc.  5.  3^ 


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56a  FÊTE  DE  VERSAILLES. 

se  cabrant,  faire  sortir  de  l'eau  qu'on  yojoit  couler  doucement 
de  dessous  ses  pieds ,  mais  qui  aussitôt  tomboit  avec  abondance , 
et  formoit  comme  quatre  fleuves.  Cct-te  eau ,  qui  se  précipitoit 
avec  yiolence  et  par  gros  bouillons  parmi  les  pointes  du  rocher, 
le  rendoit  tout  blanc  d  écume,  et  ne  s'j  perdoit  que  pour  paroitre 
ensuite  plus  belle  et  plus  brillante  ;  car,  ressortant  ayec  impétuo- 
sité par  des  endroits  cachés ,  elle  faisoit  des  chutes  d'autant  plus 
agréables,  qu'elles  se  sëparoient  en  plusieurs  petits  ruisseaux 
parmi  les  cailloux  et  les  coquilles.  Il  sortoit  de  tous  les  endroits 
les  plus  creux  du  rocher  mille  gouttes  d'eau  qui ,  ayec  celles  des 
cascades ,  yenoient  inonder  une  pelouse  couverte  de  mousse  et  de 
divers  coquillages  qui  en  faisoit  l'entrée.  C'étoît  sur  ce  beau  vert, 
et  à  l'entour  de  ces  coquilles ,  que  ces  eaux  venant  à  se  répandre 
et  h  couler  agréablement ,  faisoient  une  infinité  de  retours  qui 
paroissoient  autant  de  petites  ondes  d'argent ,  et ,  ayec  un  mur- 
mure doux  et  agréable  qui  s'accordoit  au  bruit  des  cascades  , 
tombaient  en  cent  différentes  manières  dans  huit  canaux  qui  sé- 
paroieat  la  table  <l'ayec  le  rocher ,  et  en  recevoîent  toutes  les 
eaux.  Ces  canaux  et  oient  revêtus  de  carreaux  de  porcelaine  et  de 
mousse ,  au  bord  desquels  il  j  ayoit  de  grands  vases  à  l'antique 
émaillés  d'or  et  d'azur,  qui,  jetant  l'eau  par  trois  différents  en- 
droits, remplissoient  trois  grandes  coupes  de  cristal  qui  se 
dégorgeoient  encore  clans  ces  mêmes  canaux. 

Au-dessous  du  cberal  Pégase,  etyts-à-yis  la  porte  par  où  l'on 
entroit ,  on  yoyoit  la  figure  d'Apollon  assis ,  tenant  dans  sa  main 
une  Ijre  :  les  neuf  Muses  étoient  au-dessous  de  lui,  qui  tenoient 
aiMsi  divers  instruments.  Dans  les  quatre  coins  du  rocher ,  et  au- 
dessous  de  la  chute  de  ces  fleuves ,  il  j  aroit  quatre  figures  cou- 
chées qui  en  représentoient  les  divinités. 

De  que'lque  côté  qu'on  regardât  ce  rocher ,  l'on  j  vojoit  tou- 
jours différents  effets  d'eau  ;  et  les  lumières  dont  il  étoit  éclairé 
étoient  si  bien  disposées ,  qu'il  n'j  en  ayoit  point  qui  ne  contri*- 
buassent  à  faire  paroitre  toutes  les  figures  qui  étoient  d'argent , 


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FÊTE  DE  VERSAILLES.  563 

et  à  faire  briller  davantage  les  divers  éclats  de  l'eau  et  les  diffé- 
rentes couleurs  des  pierres  et  des  cristaux  dont  il  étoit  composé. 
Il  j  avoit  môme  des  lumières  si  industrieusement  cachées  dans  les 
cavités  de  ce  rocher ,  qu  elles  n  etoient  point  aperçues ,  mais  qui 
cependant  le  faisoient  voir  partout ,  et  donnoîent  un  lustre  et  un 
éclat  merveilleux  à  toute»  les  gouttes  d  eau  qui  tomboient. 

Des  huit  portes  dont  ce  salon  étoit  percé ,  il  j  en  avoit  quatre 
au  droit  des  quatre  grandes  allées ,  et  quatre  autres  qui  étoient 
vis-à-vis  des  petites  allées  qui  sont  dans  les  angles  de  cette  place. 
A  côté  de  chaque  porte  il  j  avoit  quatre  grandes  niches  percées  à 
jour  et  remplies  d'un  grand  pied  d'argent;  au-dessus  étoit  un 
grand  vase  de  même  matière,  qui  portoit  une  girandole  de 
cristal ,  allumée  de  dix  bougies  de  cire  blanche.  Dans  les  huit 
angles  qui  forment  la  figure  de  ce  lieu  il  j  avoit  un  corps  solide 
taillé  rustiquement ,  et  dont  le  fond  verdâtre  brilloit  en  façon  de 
cristal  ou  d'eau  congelée.  Contre  ce  corps  étoient  quatre  coquilles 
de  marbre  les  unes  au-dessous  des  autres ,  et  dans  des  distances 
fort  proportionnées  :  la  plus  haute  étoit  la  moins  grande ,  et  celles 
de  dessous  augmentoient  toujours  en  grandeur ,  pour  mieux  re- 
cevoir Teau  qui  tomboit  des  unes  dans  les  autres.  On  avoit  mis 
sur  la  coquille  la  plus  élevée  une  girandole  de  cristal ,  allumée 
de  dix  bougies ,  et  de  cette  coquille  sortoit  de  leau  en  forme  do 
nappe,  qui,  tombant  dans  la'  seconde  coquille,  se  répandoit 
dans  une  troisième ,  où  Tean  d'un  .masque  posé  au-dessus  venant 
à  se  rendre ,  la  remplissoit  encore  davantage.  Cette  troisième 
coquille  étoit  portée  par  deux  dauphins  dont  les  écailles  étoient 
de  couleur  de  nacre  :  ces  deux  dauphins  jetoient  de  l'eau  dans  la 
quatrième  coquille,  où  tomboit  aussi  en  nappe  l'eau  de  la  coquille 
qui  étoit  au-dessus  ;  et  toutes  ces  eaux  ve'noient  enfin  se  rendre 
dans  un  bassin  de  marbre,  aux  deux  extrémités  duquel  étoient 
deux  grands  vases  remplis  d'orangers. 

Le  plnfond  de  ce  lieu  n'étoit  pas  cintré  en  forme  de  voûte  ;  il 
t'élevoit  jusqu'à  l'ouverture  du  petit  dôme  par  huit  pan«,  qui 


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554  FÊTE  DE  VERSAILLES. 

représentoient  an  compartiment  de  menuiserie  artistement  taillé 
de  feuillages  dorés.  Dans  ces  compartimens  qui  paroissoient 
percés,  l'on  aroit  peint  des  branches  d'arbres  au  naturel,  pour 
ayoir  plus  d'union  avec  la  feuillée  dont  le  corps  de  cet  édifice 
étoit  composé.  Le  haut  du  petit  dôme  étoît  aussi  un  comparti- 
ment d'une  riche  broderie  d^or  et  d'argent  sur  un  fond  vert. 

Outre  vingt -cinq  lustres  de  cristal,  chacun  de  dix  bougies, 
qui  éclairoient  ce  lieu ,  et  qui  tomboient  du  haut  de  la  yoûte ,  il 
/  en  ayoit  encore  d'autres  au  milieu  des  huit  portes^  qui  étoicnt 
attachés  avec  de  grandes  écharpes  de  gaze  d'argent  entre  des  fes- 
tons de  fieurs ,  noués  avec  de  pareilles  écharpes  enrichies  d'une 
frange  de  même. 

Su^  la  grande  corniche  qui  régnoit  tout  autour  de  ce  salon 
ctoien^  rangés  soixante-quatre  vases  de  porcelaine  remplis  de  di- 
verses fleurs,  et  entre  ces  vases  on  avoit  mis  soixante -quatre 
boules  de  cristal  de  diverses  couleurs  et  d'un  pied  de  diamètre, 
soutenues  sur  des  pieds  d'argent  :  elles  paroissoient  comme  au- 
tant de  pierres  précieuses ,  et  étoient  éclairées  d'une  manière  si 
ingénieuse ,  que  la  lumière ,  passant  au  travers ,  et  se  trouvant 
chargée  de  différentes  couleurs  de  ces  cristaux ,  se  répandoit  par 
tout  le  haut  du  plafond,  où  elle  faisoit  des  effets  si  admirables, 
qu'il  sembloit  que  ce  fassent  les  couleurs  mêmes  d'un  véritable 
arc-en-ciel.  De  cette  corniche,  et  du  tour  que  formoit  l'ouverture 
du  petit  dôme ,  pendoient  plusieurs  festons  de  toutes  sortes  de 
fleurs ,  attachés  avec  de  grandes  écharpes  de  gaze  d'argent ,  dont 
les  bouts  tombant  entre  chaque  feston  paroissoient  avec  beau- 
coup d'éclat  et  de  grâce  sur  tout  le  corps  de  cette  architecture, 
qui  étoit  de  feuillage ,  et  dont  l'on  avoit  si  bien  su  former  diffé- 
rentes sortes  de  verdure,  que  la  diversité  des  arbres  qu'on  j  avoit 
emplojés,  et  que  l'on  avoit  su  accommoder  les  uns  auprès  des 
autres,  ne  faisoit  pas  une  des  moindres  beautés  de  la  compositioa 
de  cet  agréable  édifice.  *^ 

Ao-delk  du  portique  qui  étoit  vis-à-vis  de  celui  par  où  l'on 


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FÊTE  DE.  VERSAILLES;  56Ô 

entroit,  on  avoit  dressé  un  buffet  d'une  beauté  et  d!une  richesse 
tout  extraordinaire.  Il  étoit  enfoncé  de  dix-huit  pieds  dansTallée, 
et  l'on  jmontoit  par  trois  grands  degrés  en  forme  d'estrade.  Il  y 
avoit  des  deux  côtés  de  ce  buffet  deux  manières  d'ailes  élevées 
d'environ  dix  pieds  de  haut ,  dont  le  dessous  servoit  pour  passer 
ceux  qui  porjtoient  les  viandes.  Sur  le  milieu  de  chacune  de  ces 
ailes  étoit  un  socle  de  verdure  qui  portoit  un.  grand  guéridon 
d'argent ,  chargé  d'une  girandole  aussi  d'argent ,  allumée  de 
bougies  de  cire  blanche;  et  à  côté  de  ces  guéridons  plusieurs 
grands  vases  d'argent  :  contre  ce  socle  étoit  attachée  une  grande 
plaque  d'argent  à  trois  branches ,  portant  chacune  un  flambeau 
de  cire  blanche. 

Sur  la  table  du  buffet,  il  j  avoit  quatre  degrés,  de  deux  pieds 
de  large  et  de  trois  à  quatre  pieds  de  haut,  qui  s'élevoient  jusques 
à  un  plaCond  de  feuillée  de  vingt-cinq  pieds  d'exhaussement.  Sur 
ce  buffet  et  sur  ces  degrés  l'on  voyoit,  dans  une  disposition  agréa- 
ble, vingt-quatre  bassins  d'argent  d'une  grandeur  extrême  et 
d'un  ouvrage  merveilleux  :  Us  étoient  séparés  les  uns  des  autres 
par  autant  de  grands  vases,  de  cassolettes  et  de  girandoles  d'ar- 
gent d'une  pareille  beauté.  Il  j  aVoit  sur  la  table  vingt- quatre 
grands  pots  d'argent ,  remplis  de  toutes  sortes  de  fleurs ,  avec  la 
nef  du  roi,  la  vaisselle  et  les  verres  destinés-  pour  son  service. 
Au-devant  de  la  table  on  vojoit  une  grande  cuvette  d'argent  en 
forme  de  coquille ,  et  aux  deux  bouts  du  buffet  quatre  guéridons 
d'argent  de  six  pieds  de  haut ,  sur  lesquels-  étoien^des  girandoles 
d'argent  allumées  de  dix  bongiès  de  cire  blanche. 

D  ns^  les  deux  autres  arcades  qui  étoient  à  c6té  de  celle-ci 
étoient  deux  autres  buffets  moins  hauts  et  moins  larges  que  celui 
cfn  milieu  :  chaque  table  avoit  deux  degrés ,  sur  lesquels  étoient 
dressés  quatre  grands  bassins  d'argent,, qui  accompagnoient  un 
grand  vase  chargé  dune  girandole  allumée  de  dix  bougies;  et 
entre  ces  bassins  et  ce  vase  il  y  avoit  plusieurs  figures  d'argent. 
Aux  deux  bouts  du  buffet  l'on  voyoit  deux  grandes  plaques  pop- 


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5G6  FÊTE  DE  VERSAILLES. 

tant  chacune  trois  flambeaux  de  cire  blanche  ;  an-dessus  du  dossier, 
,  un  guéridon  d*argent  chargé  de  plusieurs  bougies;  et  à  côté,  plu- 
sieurs grands  yases  d'un  prix  et  d*nne  pesanteur  extraordinaires  ; 
outre  six  grands  bassins  qui  serroient  de  fond.  Devant  chaque 
table  il  j  ayoit  une  grande  cuyette  d*argent ,  pesant  mille  marcs  ; 
et  ces  tables ,  qui  étoient  comme  deux  crédences  pour  accompa- 
gner le  grand  buffet  du  roi ,  étoient  destinées  pour  le  service  des 
dames. 

Au-delà  de  l'arcade  qui  servoit  d'entrée  du  côté  de  l'allée  qui 
descend  vers  les  grilles  du  grand  parc ,.  étoit  un  enfoncement  d« 
dix-huit  toises  de  long ,  qui  formoit  comme  un  ayant-6alon. 

Ce  lieu  étoit  terminé  d'un  grand  portique  de  verdure ,  au-delà 
duquel  il  y  ayoit  une  graude  salle  bornée  par  les  deux,  côtés  des 
palissades  de  l'allée,  et,  par  l'autre  bout,'  d'un  autre  portique  de 
feuillages.  Dans  cette  salle  l'on  ayoit  dressé  quatre  grandes  tentes 
tiès-magnifiques ,  sous  lesquelles  étoient  huit  tables  accompa- 
gnées de  leurs  buffets  chargés  de  bassins,  de  verres. et  de  lumières, 
disposés  dans  un  ordre  tout-à-fait  singulier.; 

Lorsque  le  roi  fut  entré  dans  le  salon  octogone ,  et  que  toute 
la  cour,  surprise  de  la  beauté  et  de  ]a  disposition  si  extraordi- 
naire de  ce  lieu ,  en  eut  bien  considéré  toutes  les  parties ,  sa  majesté 
se  mit  à  table ,  le  dos  tourné  du  côté  par  où  elle  étoit  entrée  ;  et 
lorsque  Monsieur  eut  pris  aussi  sa  place ,  les  dames  qui  étoient 
nommée»  par  sa  majesté  pour  j  souper  prirent  les  leurs ,  selon 
qu'elles  se  rencontrèrent,  sans  garder  aucun  rang.  Celles  qui 
eurent  cet  honneur  furent  : 

Mesdemoiselles  d'Angoulé***» 
Mesdames 

Aubrj  de  Courcjf» 
De  Saint-Abre. 

V  DeBroglio. 
De  Bailleul.* 

V  De  Bonnelle^ 


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FÊTE  DE  VERSAILLES.  567 

Bignon. 

De  Bordeaux. 

Mademoiselle  Borelle. 

De  Brissac. 

De  Coulange. 

La  maréchale  de  Cléramhaut. 

La  maréchale  de  Castelnau^ 

De  Comminge. 

La  marquise  de  Castelnau^ 

La  maréchale  d'Estrées. 

La  maréchale  d'Albret  el  mademoiselle  sa  fille. 

Mademoiselle  d'EJbeuf . 

La  maréchale  de  la  Ferté. 

De  la  Fajrette. 

La  comtesse  de  Fiesque. 

De  Fontenaj-Hotman. 

De  Fieubet. 

La  maréchale  de  Grancej  et  mesdemoiselles  ses  den^ 

filles. 
Des  Hameaux. 
La  maréchale  de  l'Hôpital. 
L'a  lieutenante  civile. 
La  comtesse  de  Louyignj. 
Mademoiselle  de  Manichan. 
De  Meckelbourg. 
La  grande  maréchale. 
De  Marré.. 
De  Nemours,. 
De  Richelieu^ 
La  duchesse  de  Richemont. 
Mademoiselle  de  Tresme. 
Tambonneau. 
De  La  Trousse. 
La  présidente  de  Tubœuf. 


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5'68  FÊTE  DE  VERSAILLES. 

La  duchesse  de  La  Valliére. 

La  marquise  de  La  Valliére. 

De  Vilaccrf .      . 

La  duchesse  de  Wirtemberg  et  madame  sa  fille. 

De  Valavoîr. 

Comme  la  somptuosité  de  «e  festin  passe  tout  ce  qu'on  en 
pourroit  dire ,  tant  par  l'abondance  et  la  délicatesse  des  viandes 
qui  j  furent  seryies  que  par  le  bel  ordre  que  le  maréchal  de 
Bellefonds,  et  le  sieur  de  Yalentîné,  contrôleur-général  de  la 
maison  du  roa ,  j  apportèrent ,  je  n'entreprendrai  pas  d'en  faire 
le  détail;  je  dirai  seulement  que  le  pied  du  rocher  étoit  reyêtu, 
parmi  les  coquilles  et  la  mousse ,  de  quantité  de  pâtes ,  de  confi- 
tures, de  consenres,  d'hedbages,  et  de  fruits  sucrés,  qui  sem- 
bloient  être  crûs  parmi  les  pierres ,  et  en  faire  partie.  Il  j  avoit 
sur  les  huit  angles  qui  marquent  la  figure  du  rocher  et  de  la  table 
huit  pjramides  de  fleurs ,  dont  chacune  étoit  composée  de  treize 
porcelaines  remplies  de  différents  mets.  11  j  eut  cinq  seryices, 
chacun  de  cinquante- six  plats;  les  plats  du  dessert  étoient 
chargés  de  seize  porcelaines  en  pjramides ,  où  tout  ce  qu'il  j  a 
de  plus  exquis  et  de  plus  rare  dans  la  saison  paroissoit  à  l'œil  et 
au  goût  d'une  manière  qui  secondoit  bien  ce  que  l'on  avoit  fait 
dans  cet  agréable  lieu  pour  charmer  la  vue. 

Dans  une  allée  assez  proche  de  U ,  et  aous  une  tente ,  étoit  la 
table  de  la  reine,  oûmangeoient  Madame ,  Mademoiselle ,  madame 
la  princesse  de  Carignan.  Monseigneur  le  dauphin  sonpa  au  châ- 
teau dans  son  appartement. 

Le  roi  étoit  servi  par  M.  le  duc ,  et  Monsieur  par  le  sieur  de 
Valentiné.  Le  sieur  Grotteau ,  contrôleur  de  la  bouche ,  les  sieurs 
Gaut  et  Chamois ,  contrôleurs  d'office ,  mettoient  les  viandes  sur 
la  table. 

Le  maréchal  de  Bellefonds  servoit  la  reine  ;  et  le  sieur  Coaret , 
contrôletur  d'office,  servoit  Madame  ;  le  sieur  de  La  Grange .  aussi 
eontcôlenr  d'office,  mettoit  sur  table;  les  cent-suisses  de  la  garda 


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FETE  DE  VERSAILLES.  «iGg 

poTtoient  les  yiandes ,  et  les  pages  et  valets  de  pied  da  roi ,  de  la 
reine ,  de  Monsieuj  et  de  Madame ,  servoient  les  tables  de  leurs 
majestés^ 

Dans  le  même  temps  que  Ton  portoit  sur  ces  deux  tables ,  il  y 
en  ayoit  buit  auties  que  Ion  seryoit  de  la  même  manière,  qui 
étoient  dressées  sous  les  quatre  tentes  dont  j'ai  parlé,  et  ces  tables 
avoient  leurs  maîtres  d'bôtel ,  qui  faisoient  porter  les  yiandes  par 
les  gardes-suisses. 

La  première  étoit  celle 
De  madame  la  comtesse  de  Soissons ,  de  20  couverts. 

De  madame  la  princesse  de  Bade ,  de  ao 

Demadame  la  ducbesse  deCréquy,  de  20 

De  madame  la  maréchale  de  La  Motbe ,  de         20 
De  madame  de  Montausier,  de  t\0 

De  madame  la  marécbale  de  Bellefonds ,  de      65 
De  madame  la  marécbale  d'Humières ,  de  20 

De  madame  de  Bétbune ,  de  20 

Il  j  en  ayoit  encore  trois  autres  dans  une  petite  allée  k  côté  de 
celle  que  tenoit  madame  la  maréchale  de  Bellefonds,  de  quinze  à 
scixe  couyerU  chacune,  dont  les  maîtres  d'hôtel  du  roi  ayoient  le 
«oin. 

Quantité  d'autres  tables  se  seryoient  de  la  desserte  de  la  reine, 
et  des  autres ,  pour  les  femmes  de  la  reine  et  pour  d'autres  per- 
sonnes. 

Dans  la  grotte ,  proche  du  château ,  il  j  eut  trois  tables  pour 
les  ambassadeurs ,  qui  ftirent  servies  en  même  temps ,  de  vingt- 
deux  couverts  chacune. 

Il  J  avoit  encore  en  plu.Hieurs  endroits  des  tables  dressées ,  où 
l*on  donnoit  à  manger  à  tout  le  monde;  et  l'on  peut  dire  que  l'a- 
bondance des  yiandes ,  des  vin»  et  des  liqueurs ,  la  beauté  et 
Texcellence  des  fruits  et  des  confitures^  et  une  infinité  d'autres 
chosef  délicatement  apprêtées ,  faisoient  bien  voir  que  la  magni- 
ficence du  roi  se  répandoit  de  tous  côtés. 


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570  FÊTE  DE  VERSAILLES. 

Le  roi  a'éunt  leyé  de  tabla  pour  donner  un  nouveau  divertis- 
sement aox  dames ,  et  passant  par  le  portique  ou  l'allée  monte 
vers  le  obAtean ,  les  conduisit  dans  la  salle  du  bal. 

A  deux  cents  pas  de  lendroit  où  Ton  avoit  soupe ,  et  dans  une 
traverse  d'allées  qui  forme  un  espace  d  une  vaste  grandeur,  Ton 
avoit  dressé  un  édifice  d'une  6gure  octogone,  haut  de  plus  du 
neuf  toises ,  et  large  de  dix.  Toute  la  cour  marcha  le  long  de  l'al- 
lée sans  s'apercevoir  du  lieu  où  elle  étoit  ;  mais ,  comme  elle  eut 
fait  plus  de  la  moitié  du  chemin ,  il  j  eut  une  palissade  de  ver- 
dure qui,  s'ouvrant  tout  d'un  coup  de  part  et  d'autre,  laissa  voir, 
au  travers  d'un  grand  portique ,  un  salon  rempli  d'une  infinité 
de  lumières,  et  une  longue  allée  au-delà,  dont  l'extraordinaire 
beauté  surprit  tout  le  monde. 

Ce  bAtiment  n'étoit  pas  tout  de  feuillages  comme  celui  où 
l'on  avoit  soupe;  il  représentoit  une  superbe  salle  revêtue  de 
marbre  et  de  porphjre ,  et  ornée  seulement  en  quelques  endroits 
de  verdure  et  de  festons.  Un  grand  poitique  de  seize  pieds  de 
large  et  de  trente -deux  de  haut  servoit  d'entrée  à  ce  riche  salon; 
il  avançoit  environ  trois  toises  dans  l'allée ,  et  cette  avance  ser- 
voit encore  de  vestibule ,  et  faisoit  sjrmétrie  aux  autres  enfonce- 
ments qui  se  rencontroient  dans  les  huit  côtés.  Du  milieu  du  por- 
tique pendoient  de  grands  festons  de  fleurs ,  attachés  de  part  et 
d*]ïutre.  Aux  deux  côtés  de  l'entrée ,  et  sur  deux  piédestaux ,  on 
vojoit  des  termes  représentant  des  satjres ,  qui  étoient  là  comme 
les  gardes  de  ce  beau  lieu.  A  la  hauteur  de  huit  pieds ,  ce  salon 
étoit  ouvert  par  les  six  côtés ,  entre  la  porte  par  où  l'on  entroit  et 
l'allée  du  milieu;  ces  ouvertures  formoient  six  grandes  arcades, 
qui  servoient  de  tribunes,  où  l'on  avoit  dressé  plusieurs  sièges  en 
forme  d'amphithéâtres ,  pour  asseoir  plus  de  six-vingts  personnes 
dans  chacune.  Ces  enibncements  étoient  ornés  de  feuillages  qui , 
?énant  à  se  terminer  contre  les  pilastres  et  le  haut  des  arcades ,  j 
montroient  assez  que  ce  bel  endroit  étoit  paré  comme  à  un  jour 
de  fête ,  puisque  l'on  j  mêloit  des  feuilles  et  des  fleurs  pour  l'or- 


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rÊTE  DE  VERSAILLES.  571 

ncr;  car  le»  impostes  et  les  clefs  des  arcades  étoient  marquées  pai 
des  festoni  et  des  ceintures  de  flcars. 

Bu  côté  droit ,  dans  l'arcade  du  milieu ,  et  au  haut  de  l'enfon- 
cement, étoit  une  grotte  de  rocaille,  où^  dans  un  large  bassin 
trayalUé  mstiquement ,  Ton  vojoit  Arion  porté  sur  un  dauphin , 
et  tenant  une  Ijre  ;  il  ayoit  à  côté  de  lui  deux  tritons;  c'étoit  dans 
ce  lieu  que  les  musiciens  étoient  placés.  A  Topposite ,  Ton  ayoit 
mis  tous  les  joueurs  d'instruments  ;  l'enfoncement  de  l'arcade  où 
ils  étoient  formoit  anssi  une  grotte  où  l'on  yojoit  Orphée  sur  un 
rocher,  qui  sembloit  joindre  sa  yoix  à  celle  de  deux  njniphes  as- 
sises auprès  de  lui.  Dans  le  fond  des  quatre  autres  arcades  il  j 
ayoit  d'autres  grottes ,  où ,  par  la  gueule  de  certains  monstres , 
sortoit  de  l'eau  qui  tomhoît  dans  des  bassins  rustiques ,  d'où  elle 
&*éohappoit  entre  des  pierres ,  et  dégouttoit  lentement  parmi  la 
mousse  et  les  rocailles. 

Contre  les  huit  pilastres  qui  formoient  ces  arcades ,  et  sur  des 
piédestaux  de  marbre,  l'on  ayoit  posé  huit  grandes  figures  de 
femmes,  qui  tenoient  dans  leurs  mains  diyers  instruments  dont 
elles  sembloient  se  seryir  pour  contribuer  au  diyertissement  du  bal. 

Dans  le  milieu  des  piédestaux  il  j  ayoit  des  masques  de  bronze 
doré  qui  jetoient  de  l'eau  dans  un  bassin.  Au  bas  de  chaque  pié- 
destal et  des  deux  côtés  du  même  bassin  s'éleyoient  deux  jets 
d'eau  qui  formoient  deux  chandeliers.  Tout  autour  de  ce  salon 
réghoit  un  siège  de  marbre  sur  lequel ,  d'espace  en  espace ,  étoient 
plusieurs  yases  remplis  d'orangers. 

Dans  l'arcade  qui  étoit  yis-à-yis  de  l'entrée ,  et  qui  seryoit 
d'ouyerture  à  une  grande  allée  de  yerdure,  l'on  yojoit  encore  , 
sur  deux  piédestaux ,  deux  figures  qui  représentoient  Flore  et 
Pomone.  De  ces  piédestaux  il  en  sortoit  de  l'eau  comme  de  ceux 
du  salon. 

Le  haut  du  salon  s'éleyoit  au-dessus  de  la  corniche  par  huit 
ms ,  jusques  à  la  hautenr  de  douze  pieds  ;  puis ,  formant  tm 


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Sja  i'ETE  DE  VERSAILLES. 

plafond  de  figure  octogone ,  laissoit  dans  le  milieu  une  ouyertarc 
de  pareille  forme ,  dont  l'enfoncement  étoit  de  «inq  à  six  pieds. 
Dans  ces  huit  pans  étoient  huit.grands  soleils  d'or ,  soutenus  de 
huit  figures  qui  représentoient  les  douze  mois  de  l'année  avec 
les  signes  du  zodiaque  ;  le  fond  étoit  d'azur  semé  de  fleurs  de  lis 
d'or,  et  le  reste  enrichi  de  roses  et  d'autres  ornemens  d'or  ,  d'où 
pcndoient  trente-deux  lustres  poi-tant  chacun  douze  bougies. 

Outre  toutes  ces  lumières ,  qui  faisoient  le  pins  bea«  jour  du 
monde ,  il  j  ayoit  dans  les  six  tribunes  yingt-<piatre  plaques , 
dont  chacune  portoit  àeuf  bougies  ;  et  aux  deux  côtés  des  huit 
pilastres ,  au-dessus  des  figurés ,  sortoient  de  la  fouillée ,  de  grands  - 
fleurons  d'argent,  en  forme  de  branches  d'arbres, qui  sontenoient 
treize  chandeliers  disposés  en  pjramides.  Aux  deux  côtés  de  la 
porte ,  et  dans  l'endroit  qui  seryoit  comme  de  vestibule ,  il  j  aroii 
six  grandes  plaques  en  orale ,  enrichies  des  chiffres  du  roi  ;  cha- 
cune de  ces  plaques  portoit  seize  chandeliers  allumés  de  seize 
bougies. 

L'allée  qui  aboutit  au  milieu  de  ce  salon  a  voit  plus  de  vingt 
pieds  de  large;  elle  étoit  toute  de  fouillée  de  part  et  d'autre,  et 
paroissoit  découverte  par  le  haut  ;  par  les  côtés  elle  scmbloit  ac- 
compagnée de  huit  cabinets  ,  où  ,  à  chaque  encoignure  ,  l'on 
vojoit,  sur  des  piédestaux  de  marbre,  des  termes  qui  représen- 
toient des  satjres;  à  l'endroit  où  étoient  ces  termes  les  cabinets  se 
formoient  en  berceau. 

Au  bout  de  l'allée  il  y  avoit  une  grOtte  de  rocaille ,  où  l'art 
étoit  si  heureusement  joint  à  la  nature,  que  parmi  les  figures 
qui  l'ornoient  on  j  vojoit  cette  belle  négligence  et  cet  arrange- 
ment rustique  qui  donne  un  si  grand  plaisir  à  la  vue. 

Au  haut  et  dans  le  lieu  le  plus  enfoncé  de  la  grotte  on  décou- 
vroit  une  espèce  de  masque  de  bronze  doré  ,  représentant  la  tête 
d'un  monstre  marin.  Deux  tritons  argentés  ouvroient  les  deux 
eôtés  de  la  gueule  de  ce  masque ,  duquel  s'élevoit  en  forme  d'ai- 


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FÊTE  DE  VERSAILLES.  673 

grette  un  gros  bouillon  d'eau ,  dont  la  chute ,  augmentant  celle 
qui  tomboit  de  sa  gueule  extraordinairemeut  grande ,  faisoit  une 
nappe  qui  se  répandoit  dans  un  grand  bassin  d'où  ces  deux  tri- 
tons sembloient  sortir. 

De  ce  b&ssin  se  formoit  une  autre  grande  nappe,  accom- 
pagnée de  deux  gros  jets  d'eau  que  deux  animaux  d'une  figure 
monstrueuse  vomissoient  en  se  regardant  l'un  l'autre.  Ces  deux 
animaux ,  qui  ne  paroissoient  qu'à  demi  hors  de  la  roche ,  étoient 
aussi  de  bronze  doré.  De  cette  quantité  d'eau  qu'ils  jetoient ,  et 
de  celle  de  ce  bassin  qui  tomboit  dans  un  autre  beaucoup  plus 
grand,  il  se  formoit  une  troisième  nappe  qui,  couvrant  tout  le 
bas  du  rocher,  et  se  déchirant  inégalement  contre  les  pierres  d'en 
bas ,  faisoit  paroitre  des  éclats  si  beaux  et  si  extraordinaires ,  qu'on 
ne  les  peut  bien  exprimer. 

Cette  abondance  d'eau  qui,  comme  un  agréable  torrent,  so 
précipitoit  de  la  sorte  par  différentes  chutes ,  sembloit  couvrir  le 
rocher  de  plusieurs  voiles  d'argent  qui  n'empêchoient  pas  qu'on 
ne  vit  la  disposition  des  piejres  et  des  coquillages ,  dont  les  couleurs 
paroissoient  encore  avec  plus  de  beauté  parmi  la  mousse  mouil- 
lée ,  et  au  travers  de  l'eau  qui  tomboit  en  bas ,  où  elle  formoit  de 
gros  bouillons  d'écume. 

De  ce  dernier  endroit ,  où  toute  cette  eau  finissoit  sa  chute  dans 
nn  carré  qui  étoit  au  pied  de  la  grotte ,  elle  se  divisoit  en  deux 
canaux  qui.,  bordant  les  deux  côtés  de  l'allée,  venoient  se  ter- 
miner dans  un  grand  bassin  dont  la  figure  étoit  d'un  carré  long 
augmenté  par  les  quatre  côtés  de  quatre  demi-ronds ,  lequel  sépa- 
roit  l'allée  d'avec  le  salon  ;  mais  cette  eau  ne  couloit  pas  sans 
faire  paroitre  mille  beaux  effets  ;  car  vis-à-vis  des  huit  cabinets  il 
y  avoit  dans  chaque  canal  deux  jets  d'eau  qui  formoient  de 
chaque  côté  seize  lances  de  douze  à  quinze  pieds  de  haut  ;  et ,  d'es- 
pace en  espace ,  l'eau  de  ces  canaux  venant  à  tomber  faisoit  des 
«sascades  qui  composoiect  autant  de  petites  nappes  argentées,  dont 
la  longueur  de  chaque  canal  étoit  agréablem^ent  interrompue. 


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57Î  FÊTE  DE  VERSAILLES. 

Ces  ciniux  étoient  borclés  de  gazon  de  part  et  d'antre.  Du  côté 
des  cabinets  et  entre  les  termes  qui  en  marquoient  les  encoignures, 
il  y  avoit  dans  de  grands  yases  des  orangers  chargés  de  fleurs  et 
de  fruits  ;  et  le  milieu  de  l'allée  étoit  d'un  sable  jaune  qui  pârta- 
geoit  les  deux  lisières  de  gazon. 

Dans  le  bassin  qui  séparoit  l'allée  d'avec  le  salon  il  j  ayoit 
un  groupe  de  quatre  dauphins  dans  des  coquilles  de  bronze  doré , 
posées  sur  un  petit  rocher;  ces  quatre  dauphins  ne  formoient 
qu'une  seule  tête  qui  étoit  renversée ,  et  qui ,  ouvrant  la  gueule  en 
haut ,  poussoit  un  jet  d'eau  d'une  grosseur  extraordinaire.  Après 
que  cette  eau ,  qui  s'élevoit  de  plus  de  trente  pieds  de  haut,  avoit 
frappé  la  feuillée  avec  violence ,  elle  retomboit  dans  le  bassin  en 
mille  petites  boules  de  cristal. 

Aux  deux  côtés  de  ce  bassin  il  y  avoit  quati'e  grandes  plaques 
en  ovale ,  chargées  chacune  de  quinze  bougies;  mais  comme  toutes* 
les  autres  lumières  qui  éclairoient  cette  allée  étoient  cachées  der> 
rière  les  pilastres  et  les  termes  qui  marquoient  les  cabinets ,  l'on 
ne  yojoit  qu'un  jour  universel ,  qui  se  répandoit  si  agréablement 
dans  tout  ce  lieu,  et  en  découvroit  les  parties  avec  tant  de  beauté, 
que  tout  le  monde  pi^féroit  cette  clarté  à  la  lumière  des  plus 
beaux  jours.  11  ny  avoit  point  de  jet  d'eau  qui  ne  fît  paroitre 
mille  brillants;  et  l'on  reconnoissoit  principalement  dans  ce  lieu 
et  dans  la  grotte  où  le  roi  ayoit  soupe ,  une  distribution  d'eau  si 
belle  et  si  extraordinaire ,  que  jamais  il  ne  s'est  rien  vu  de  pareil. 
Le  sieur  JoXy ,  qui  en  ayoit  eu  la  conduite ,  les  avoit  si  bien  mé> 
nagées,  que ,  produisant  toutes  des  effets  différents ,  il  y  avoit  en- 
core une  union  et  un  certain  accord  qui  faisoit  paroitre  partout 
une  agréable  beauté ,  la  chute  des  unes  servant ,  en  plusieurs  en- 
droits, à  donner  plus  d'éclat  à  la  chute  des  autres.  Les  jets  d'eau , 
qui  s'éleyoient  de  quinze  pieds  sur  le  devant  des  deux  canaux , 
venoient  peu  à  peu  à  diminuer  de  hauteur  et  de  force ,  à  mesur« 
qu'ils  s'éloignoient  de  la  vue  ;  de  sorte  que ,  s'accordant  avec  la 
belle  manière  dont  l'on  ayoit  disposé  l'allée, il  sembloitque  cette 


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FÊTE  DE  VERSAILLES.  Sy5 

allée  qui  n'ayoit  guère  plus  que  quinze  toises  de  long,  en  eût 
quatre  fois  davantage,  tant  toutes  choses  j  étoient  bien  con- 
duites. 

Pendant  que ,  dans  un  séjour  si  charmant ,  leurs  majestés  et 
toute  la  cour  prenoient  le  divertissement  du  bal ,  à  la  vue  de  ces 
beaux  objets ,  et  au  bruit  de  ces  eaux  qui  n'interrompoient  qu'a- 
gréablement le  son  des  instruments ,  Ton  préparoit  ailleurs  d'aii^ 
très  spectacles  dont  personne  ne  s'étoit  aperçu,  et  qui  dévoient 
surprendre  tout  le  monde.  Le  sieur  Gissej ,  outre  le  soin  qu'il 
avoit  pris  du  lieu  où  le  roi  avoit  soupe ,  et  des  dessins  de  tous  les 
habits  de  la  comédie ,  se  trouvant  encore  chargé  des  illuminations 
qu'on  devoit  mettre  au  château  et  en  plusieurs  endroits  du  parc , 
travailloit  à  mettre  toutes  ces  choses  en  ordre  pour  faire  quie  ce 
beau  divertissement  eût  une  fin  aussi  heureuse  et  aussi  agréable 
que  le  succès  en  avoit  été  favorable  jusques  alors  ;  ce  qui  arriva  en 
effet  par  les  soins  qu'il  j  prit;  car  en  un  moment  toutes  les  choses 
furent  si  bien  ordonnées,  que ,  quand  leurs  majestés  sortirent  du 
bal ,  elles  aperçurent  le  tour  du  fer  à  cheval  et  le  château  tout  en 
feu ,  mais  d'un  feu  si  beau  et  si  agréable ,  que  cet  élément ,  qui  ne 
parolt  guère  dans  l'obscurité  de  la  nuit  sans  donner  de  la  crainte 
et  de  la  frajeur,  ne  causoit  que  du  plaisir  et  de  l'admiration. 
Deux  cents  vases  de  quatre  pieds  de  haut  de  plusieurs  façons ,  et 
ornés  de  différentes  manières ,  entouroient  ce  grand  espace  qui 
enferme  les  parterres  de  gazon ,  et  qui  forme  le  fer  à  cheval.  Au 
bas  des  degrés  qui  sont  au  milieu  on  vo^oit  quatre  figures  repré- 
sentant quatre  fleuves  ;  et  au-dessus ,  sur  quatre  piédestaux  qui 
sont  aux  extrémités  des  rampes ,  quatre  autres  figures  qui  repré- 
sentoient  les  quatre  parties  du  monde.  Sur  les  angles  du  fer  h 
cheval ,  et  entre  les  vases  ,  il  j  avoit  trente-huit  candélabres  ou 
chandeliers  antiques ,  de  six  pieds  de  haut  ;  et  ces  vases ,  ces  can- 
délabres et  ces  figures  étant  éclairés  de  la  même  sorte  que  celles 
qui  avoient  paru  dans  la  frise  du  salon  où  l'on  avoit  soupe ,  fai- 
soient  un  spectacle  merveilleux.  Mais  la  cour  étant  arrivée  au 
haut  du  fer  à  cheval ,  et  découvrant  encore  mieux  tout  le  château , 


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576  FÊTE  DE  VERSAILLES. 

ce  fut  alors  que  tout  le  monde  demeura  dans  une  surprise  qui  ne 
se  peut  connoitre  qu'en  la  ressentant. 

Il  étoit  orné  de  quarante-cinq  figures.  Dans  le  milieu  de  la 
porte  du  château  il  j  en  ayoit  une  qui  représent  oitJanus  ;  et  des 
deux  côtés ,  dans  les  quatorze  fenêtres  d  en-bas ,  l'on  TOjoit  diffé- 
rents trophées  de  guerre.  A  l'étage  d'en-haut  il  y  ayoit  quinze 
figures  qui  représentoient  diverses  vertus ,  et  au-dessus  un  soleil 
avec  des  Ijres ,  et  d'autres  instruments  ajant  rapport  à  Apollon , 
qui  paroissoient  en  quinze  différents  endroits.  Toutes  ces  fibres 
étoient  de  diverses  couleurs ,  mais  si  brillantes  et  si  belles ,  que 
l'on  ne  pouvoit  dire  si  c'étoient  différents  métaux  allumés,  ou  des 
pierres  de  plusieurs  couleurs  qui  fussent  éclairées  par  un  artifice 
inconnu.  Les  balustrades  qui  environnent  le  fossé  du  cbâteau 
étoient  illuminées  de  la  même  sorte.;  et  dans  les  endroits  où 
durant  le  jour  on  avoit  vu  des  vases  d'orangers  et  de  fleurs ,  l'on 
j  vojoit  cent  vases  de  diverses  formes,  allumés  de  différentes 
couleurs. 

De  si  merveilleux  objets  arrêtoient  la  vue  de  tout  le  inonde, 
lorsqu'un  bruit ,  qui  s'éleva  vers  la  grande  allée ,  fit  qu'on  se 
tourna  de  ce  côté-là.  Aussitôt  on  la  vit  éclairée,  d'un  bout  à 
l'autre ,  de  soixante-douze  termes ,  faits  de  la  même  manière  que 
les  figures  qui  étoient  au  château ,  et  qui  la  bordoient  des  deux 
côtés.  De  ces  termes  il  partit  en  un  moment  un  si  grand,  nombre 
de  fusées,  que  les  unes,  se  croisant  sur  l'allée,  faisoient  une  espèce 
de  berceau,  et  les  autres  s'élevant  tout  droit,  et  laissant  jusque» 
en  terre  une  grosse  trace  de  lumière,  formoient  comme  une  haute 
palissade  de  feu.  Dans  le  temps  que  ces  fiisees  montoient  jusqu'au 
ciel ,  et  qu'elles  remplissoient  Fair  de  mille  clartés  plus  brillantes 
que  les  étoiles,  Ion  voyoit,  tout  au  bas  de  l'allée,  le  grand  bassin 
d'eau ,  qui  paroissoit  une  mer  de  flamme  et  de  lumière ,  dans 
laquelle  une  infinité  de  feux  plus  rouges  et  plus  vifs  sembloient 
se  jouer  au  milieu  d'une  clarté  plus  blanche  et  plus  claire. 

A  de  si  beaux  effets  se  joignit  le  bruit  de  plus  de  cinq  cents 


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FÊTE  DE  VERSAILLES.         '677 

boites  qui ,  étant  dans  le  grand  parc  et  fort  éloignées ,  scmbloient 
être  récho  de  ces  grands  éclats  dont  les  grosses  fusées  faisoient 
retentir  Tair  lorsqu'elles  étoient  en  haut. 

Cette  grande  allée  ne  fut  guère  en  cet  étatique  les  trois  bassins 
de  fontaines  qui  sont  dans  le  parterre  de  gazon ,  au  bas  tlu  fer  à 
cheval ,  parurent  trois  sources  de  lumières.  Mille  feux  sortoient 
.  du  milieu  de  Teau ,  qui ,  comme  furieux,  et  s'cchappant  d'un  lieu 
où  ils  auroient  été  retenus  par  force ,  se  répandoient  de  tous  côtés 
sur  les  bords  du  parterre.  Une  infinité  d'autres  feux  sortant  de  la 
gueule  des  lézards ,  des  crocodiles ,  des  grenouilles  et  des  autres 
animaux  de  bronze  qui  sont  sur  les  bords  des  fontaines  ^  sem> 
bloient  aller  secourir  les  premiers ,  et  se  jetant  dans  Teau  sous  la 
figure  de  plusieurs  serpens ,  tantôt  séparément,  tantôt,  joints  en» 
semble  par  gros  pelotons ,  lui  faisoient  une  rude  guerre.  Dans  ces 
combats  accompagnés  de  bruits  épouvantables  et  d'un  embrase- 
ment qu*on  ne  peut  représenter,  ces  deux  éléments  étoient  si 
étroitement  mêlés  ensemble ,^  qu'il  étoit  impossible  de  les  distin- 
guer. Mille  fusées  qui  s'élevoient  en  l'air  paroissoient  comme  de« 
jets  d'eau  enflammés ;^  et  l'eau  qui  boiiillonnoit  de  toute  part, 
ressembloit  à  des  flots  de  feu  et  à  des  flammes  agitées. 

Bien  que  tout  le  monde  sût  que  l'on  préparoit  des  feux  d'arti- 
fice ,  néanmoins^  en  quelque  lieu  qu'on  allât  durant  le  jour,  l'on 
n'j  voyoit  nulle  disposition  ;  de  sorte  que ,  dans  le  temps  que 
chacun  étoit  en  peine  du  lieu  où  ils  dévoient  paroître ,  l'on  s'en 
trouva  tout  d'un  coup  environné;  car  non-seulement  ih  paitoieni 
de  ces  bassins  de  fontaines ,  mais  encore  des  grandes  allées  qui 
environnent  le  parterre  ;  et  en  voyant  sortir  de  terre  mille  flammes 
qui  s'élevoient  de  tous  côtés,  l'on  ne  savoit  s'il  j  avoit  des 
canaux  qui  fournissoient  cette  nuit-là  autant  de  feux ,  comme  pen- 
dant le  jour  on  avoit  vu  de  jets  d*eau  qui  rafraichissoient  ce  bean 
parterre.  Cette  surprise  causa  un  agréable  désordre  parmi  tout  le 
inonde,  qui,  ne  sachant  ou  se  retirer,  se  cachoit  dans  l'épaisseur 
des  bocages ,  et  se  jetoit  contre  terre» 

MoLikBE.  5.  37 


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578  FÊTE  DE  VERSAILLES. 

Ce  spectacle  ne  dura  qu'autant  de  temps  qu'il  en  îamt  pou? 
imprimer  dans  l'esprit  une  belle  image  de  ce  que  l'eau  et  le  feu 
peuvent  faire  quand  ils  se  rencontrent  ensemble  et  qu'ils  se  font 
la  guerre  ;  et  chacun ,  croyant  que  la  fête  se  termineroit  par  un 
artifice  ^  merveilleux,  retournoit  vers  le  château,  quand,  du 
côté  du  grand  étang,  Ton  vit  tout  d'un  coup  le  ciel  rempli 
d'éclairs ,  et  l'air  d'un  bruit  qui  sembloit  faire  trembler  la  terre. 
Chacun  se  rangea  vers  la  grotte  pour  voir  cette  nouveauté,  et 
aussitôt  il  sortit  de  la  tour  de  la  pompe  qui  élève  toutes  les  eaux 
une  infinité  de  grosses  fusées  qui  remplirent  tous  les  environs  de 
feu  et  de  lumières.  A  quelque  hauteur  qu'elles  monta3sent ,  elles 
Jaissoient  attachée  à  la  tour  une  grosse  queue  qui  ne  s'en  séparoit 
point  que  la  Jusée  n'eut  rempli  l'air  d'une  infinité  d'étoiles 
qu'elle  j  alloit  répandre.  Tout  le  haut  de  cette  tour  sembloit  être 
embrasé ,  et  de  moment  en  moment  elle  yomissoit  une  infinité  de 
feux,  dont  les  uns  s'élevoient  jusqu'au  ciel^et  les  autres,  ne  mon- 
tant pas  si  haut,  sembloient  se  jouer  par  mille  mouvements 
agréables  qu'ils  faisoient.  Il  j  en  avoit  même  qui  \  marquant  les 
chiffres  du  roi  par  leurs  tours  et  retours,  traçoient  dans  l'air  de 
doubles  L,  toutes  brillantes  d'une  lumière  très-vive  et  très-pure. 
Enfin,  après  que  de  cette  tour  il  fut  sorti  à  plusieurs  fois  une 
li  grande  quantité  de  fusées,  que  jamais  on  n'a  rien  vu  de  sem- 
blable ,  toutes  ces  lumières  s'éteignirent  ;  et ,  comme  si  elles  eussent 
obligé  les  étoiles  du  ciel  à  se  retirer,  l'on  s'aperçut  que  de  ce 
côté-là  la  plus  grande  partie  ne  se  voyoit  plus;  mais  que  le  jour, 
jaloux  des  avantages  d'une  si  belle  nuit,  commcnçoit  à  paroi trc. 

Leurs  majestés  prirent  aussitôt  le  chemin  de  Saint^ermain 
avec  toute  la  cour,  et  il  n'y  eut  que  monseigneur  le  dauphin  qui 
demeura  dans  le  château. 

Ainsi  finit  cette  grande  fête ,  de  laquelle ,  si  l'on  remarque  bien 
toutes  les  circonstances ,  on  verra  qu  elle  a  surpassé  en  quelque 
façon  ce  qui  a  jamais  été  fait  de  plus  mémorable.  Car,  soit  quo 
l'on  regarde  comme  en  si  peu  do  temps  l'on  a  dressé  d«9  liens 


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FÊTE  DE  VERSAILLES.  579 

d'une  grandeur  extraordinaire  pour  la  comédie ,  pour  le  souper  ' 
et  pour  le  bal,  soit  que  Ion  considère  les  divers  ornements  dont 
on  les  a  embellis ,  le  nombre  des  lumières  dont  on  les  a  éclairés , 
la  quantité  d'eau  qu'il  a  fallu  conduire ,  et  la  distribution  qui  en 
a  été  faite ,  la  somptuosité  des  repas ,  où  l'on  a  yu  une  quantité  de 
toutes  sortes  de  viandes  qui  n'est  pas  concevable ,  et  enfin  toutes 
les  choses  nécessaires  à  la  magnificence  de  ces  spectacles  et  à  la 
conduite  de  tant  de  différents  ouvriers ,  on  avouera  qu'il  ne  s'est 
jamais  rien  fait  de  plus  surprenant,  et  qui  ait  causé  plus  d'admt* 
ration. 


FIN    DU   TOME  CINQ^SME. 


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TABLE 

DES  PIÈCES  CONTENUES  DANS  CE  VOLUME. 


CjrEaAaE  Dasdin,  ou  le  Maai  confondu page  i 

Réflexions  sur  George  Dandin 83 

M.  DE  POUBCEAUGNAC ~ 91 

Réflexions  sur  M.  de  Pourccaugnac i83 

Les  Amants  maonifiques 187 

Réflexions  sur  les  Amants  magnifiques 268 

Le  Bouhgeois  gentilhomme.  . a^3 

Réflexions  sur  le  Bourgeois  gentilhomme 4^4 

Les  Fourberies)  de  Sopin /jSi 

Réflexions  sur  les  Fourberies  de  Scapin 529 

Fête  de  Versailles ,  et  Intermèdes  de  George  Dandin SSj 


Fia     DE    LA     TABLE. 


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